Chapitre 121
Traductions WeTried
Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 121 : Le siège de la forteresse d’Arnsberg (5)
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« Tss. Ça va mal. À ce rythme, on n’avancera pas. »
À l’extrême avant-garde de cette retraite combattante, où ses hommes s’efforçaient de repousser l’ennemi à leurs trousses sans parvenir à reprendre la situation en main, le baron Eugen Stamitz claqua la langue et marmonna.
Eugen passait pour un officier chevronné, toujours calme et maître de lui, mais même lui peinait à garder son sang-froid dans ces circonstances.
Le principal obstacle à leur réorganisation était la dispersion des unités et le mélange des soldats. L’infanterie conservait une cohésion relative à l’échelle des pelotons, mais elle ne parvenait pas à se rassembler en formations plus importantes ni à se coordonner correctement. Impossible, donc, de reformer une ligne de bataille.
Il avait pensé qu’en rassemblant la cavalerie, il pourrait obtenir une force de frappe suffisante pour repousser l’ennemi. Il avait tenté le coup, mais les chevaliers ne pouvaient manœuvrer à leur guise avec l’infanterie qui s’agitait tout autour. Éparpillés, ils ne parvenaient pas à donner leur pleine mesure.
Quant aux archers, dans cette mêlée chaotique, ils ne pouvaient pas décocher leurs flèches à l’aveuglette. Par-ci par-là, Eugen apercevait des tirs désespérés qui, nés de la panique, touchaient leurs propres hommes.
Chaque commandant de bataillon faisait tout son possible pour empêcher ses hommes de sombrer davantage dans la confusion. Même communiquer avec Eugen était difficile.
Tout cela était dû à la rapidité avec laquelle l’ennemi s’était lancé à leur poursuite.
Sans même parler des chasseurs qui les avaient pris en embuscade par derrière, il était inattendu qu’une force d’un bataillon se détache des troupes assiégeant la forteresse pour participer à la poursuite. Leur entraînement n’avait rien à voir avec celui des unités aréliennes stationnées dans la région de Loire, qui avaient combattu le Régiment Ferdinand jusqu’alors. Voilà donc la puissance de l’élite de ce royaume.
S’ils poursuivaient leur retraite tout en subissant l’assaut de l’ennemi, la situation ne ferait qu’empirer peu à peu. Et si une autre force ennemie bien organisée se joignait à la poursuite, la déroute serait inévitable.
Que pouvait-il faire pour sortir de cette impasse et permettre au Régiment Ferdinand de battre en retraite avec le moins de pertes possible ?
Eugen prit rapidement sa décision et s’apprêtait à parler.
« Messager ! Messager ! Seigneur Stamitz ! Un message de seigneur Friedrich ! »
Un soldat se faufila entre les chevaliers et les hommes qui se hâtaient de battre en retraite, puis accourut vers Eugen.
« Si nous continuons ainsi, la déroute est inévitable ! À ce stade, nous devons accepter de laisser une partie de nos forces derrière nous pour former une arrière-garde sacrifiée, afin que plus de la moitié du régiment puisse se retirer sans encombre ! C’est la proposition de seigneur Friedrich ! »
« … Lui aussi l’a compris. »
Eugen eut un sourire en coin.
Friedrich Hosenfeld lui avait transmis exactement la proposition qu’il s’apprêtait à ordonner. Si ce jeune homme avait le courage et la détermination de formuler une telle proposition dans ces circonstances, et s’il était bien celui qui hériterait du nom du comte Hosenfeld, alors, même si Matthias ne se remettait jamais de sa blessure, infligée par une flèche ennemie…
« En ma qualité de commandant de régiment par intérim, je donne l’ordre ! Que cent hommes qui se considèrent comme des vétérans cessent ici leur retraite ! Restez sur ce champ de bataille et sacrifiez vos vies pour assurer l’avenir du régiment ! »
Quand Eugen lança son ordre de toutes ses forces, ceux qui l’entouraient se retournèrent, stupéfaits.
Il répéta son ordre plusieurs fois. Les chevaliers et les soldats les plus âgés, ceux qui devaient l’exécuter, semblèrent se préparer à leur sort. Ils se mirent à leur tour à reprendre les paroles d’Eugen, et cet ordre cruel se répandit dans toute l’armée.
Parmi les mille hommes du régiment, ceux qui se savaient vétérans — le dixième le plus âgé des troupes — cessèrent de battre en retraite, restèrent sur place et préparèrent leurs armes. Ils pressèrent les plus jeunes qu’eux de poursuivre leur retraite, puis se jetèrent sur l’ennemi qui approchait.
Tandis que tous les autres reculaient, ceux qui restaient se retrouvèrent naturellement à l’extrême avant de la bataille, où se forma la ligne d’arrière-garde.
« Tenez bon ! Repoussez-les plutôt ! Les rangs ennemis sont eux aussi désorganisés ! »
Tout en donnant ses ordres aux vétérans, Eugen ne battit pas en retraite.
À l’approche de la cinquantaine, il savait qu’il faisait lui aussi partie des cent vétérans. Surtout, un homme qui venait de donner un tel ordre ne pouvait pas se permettre de fuir. Il n’avait de toute façon jamais eu l’intention de s’enfuir.
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L’ordre d’Eugen parvint à tout le régiment. Oliver, commandant en second du bataillon de cavalerie et posté à une certaine distance, l’accepta en soldat du royaume. Dans cette bataille si éprouvante, il comprenait qu’un ordre aussi terrible fût nécessaire.
Grâce à la lutte désespérée des chevaliers et soldats vétérans qui avaient choisi de rester, la retraite s’accéléra enfin. Oliver, qui était à cheval, pouvait désormais avancer un peu plus facilement.
Au milieu de tout cela, il remarqua Eugen qui dirigeait la ligne d’arrière-garde sans montrer le moindre signe de vouloir reculer.
Ce n’était tout de même pas…
Vu son âge et ses états de service, il n’aurait rien eu d’étonnant à ce qu’Eugen se soit lui aussi résolu à mourir. Après avoir donné un ordre pareil, Oliver n’imaginait pas qu’il puisse battre en retraite. Il le comprenait, mais ne put s’empêcher de s’approcher et de l’interpeller.
« Seigneur Stamitz ! »
Eugen se retourna, croisa le regard d’Oliver et esquissa un léger sourire.
« … Je vous confie la suite ! Faites de votre mieux, commandant du bataillon de cavalerie ! »
Sur ces mots, Eugen leva légèrement son épée et se tourna de nouveau vers l’ennemi. Il ne semblait pas près de regarder derrière lui.
« … Que la fortune vous accompagne. »
Oliver murmura ces mots, le salua, puis fit volte-face.
・・・・・・
« Monsieur Barthold ! Ne me dites pas que vous comptez rester ici ! »
Alors que les vétérans de l’infanterie restaient sur le champ de bataille et formaient leurs rangs, le commandant du bataillon d’infanterie Barthold montra qu’il comptait lui aussi demeurer avec eux. le chevalier Rüdiger, l’autre commandant de bataillon d’infanterie, insista avec véhémence.
« Bien sûr que oui. Vous savez aussi bien que moi que je suis l’un des vétérans les plus âgés du régiment. »
« Mais vous êtes commandant de bataillon ! Seigneur Stamitz s’apprête lui aussi à tenir sa position. Dans ces circonstances, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre deux commandants de bataillon au combat ! »
Face aux supplications désespérées du jeune commandant, Barthold, son aîné, garda un air détendu et secoua la tête.
« N’importe lequel des capitaines de compagnie de ce régiment pourrait devenir commandant du bataillon d’infanterie. Dans ces conditions, un vieux soldat comme moi n’a aucune raison de s’accrocher à la vie… C’est ici que des hommes comme nous doivent mourir. Alors, retournez auprès des autres. Le régiment aura besoin de son commandant chevronné du bataillon d’infanterie pour former celui qui prendra ma place. »
Sur ces mots, Barthold se tourna de nouveau vers l’ennemi.
« … ! »
En voyant son profil, le chevalier Rüdiger comprit que Barthold ne changerait pas d’avis. Sans un mot de plus, il le salua et s’éloigna au pas de course. Il jeta un dernier regard à celui qui n’avait cessé de lui montrer ce que devait être un commandant de bataillon d’infanterie, puis se tourna vers les fantassins en retraite pour les diriger.
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Le chevalier Yarg, qui avait dépassé la quarantaine, se comptait parmi les vétérans. Il remonta le courant de la retraite pour rejoindre la ligne de bataille des sacrifiés, puis plaça son cheval à côté de celui d’Eugen.
Eugen lui jeta un regard en coin, croisa ses yeux et prit un air incrédule, comme s’il avait devant lui quelque chose d’étrange.
« Vous êtes idiot ou quoi ? Qu’est-ce que vous faites ? Dépêchez-vous de battre en retraite. »
« Hein ? »
Yarg s’était préparé au combat et avait pris place dans les rangs. Il reçut un accueil si inattendu qu’un son stupide lui échappa.
« Je vous rappelle que j’ai plus de quarante ans. »
« Et alors ? Vous vous prenez pour un vétéran ? Ne dites pas de bêtises. À force de passer des années à ne livrer que des escarmouches, ce régiment compte maintenant des hommes qui approchent de la cinquantaine, et même certains qui frôlent la soixantaine. Il vous reste cinq ans avant de pouvoir vous prétendre vétéran… Allez-y. Le nouveau commandant du bataillon de cavalerie aura besoin de subordonnés expérimentés en qui il puisse avoir confiance. »
« … Tss. Ça gâche tout l’effet. »
Yarg hésita quelques instants seulement. Il finit par accepter à contrecœur l’ordre d’Eugen et, une fois sa décision prise, fit aussitôt pivoter son cheval pour ne pas gêner les autres, puis se hâta de rejoindre la retraite.
« Adieu, monseigneur le baron. »
Bien des années auparavant, alors qu’il venait tout juste de s’engager dans l’armée du royaume, Eugen avait été le premier supérieur à corriger l’insolence de son jeune moi, alors excessivement arrogant.
Tourné vers l’avant, Yarg agita une main et lança ces mots sur son ton effronté. Ce fut son adieu à Eugen, en cette vie.
・・・・・・
Après qu’Oliver, puis Yarg, lui eurent fait leurs adieux, Eugen regarda autour de lui.
La plupart des hommes avaient déjà réussi à s’éloigner du front. À présent, les vieux chevaliers et soldats qui avaient choisi de mourir ici contenaient la poursuite ennemie.
Au-delà de l’ennemi qui se pressait contre eux, il aperçut les renforts chargés de les poursuivre, qui venaient de terminer leur formation et se mettaient en marche. Ils seraient engloutis par ces troupes et y trouveraient la mort. Il ne leur restait qu’à retarder cette fin ne serait-ce qu’une seconde et à gagner une seconde de plus pour la retraite de leurs camarades.
« … Ça me rappelle des souvenirs. »
Quel que fût leur courage, quels que fussent leurs efforts pour tenir bon et résister, leur anéantissement était déjà scellé.
Sur ce champ de bataille où la mort était certaine, Eugen affichait un sourire empreint de nostalgie.
Plus de vingt ans auparavant, alors que faisait rage la guerre contre le Royaume de Loire, le Royaume d’Edelstein avait d’abord été acculé et avait perdu nombre de chevaliers et de soldats chevronnés. C’était grâce à ces hommes qu’Eugen et les autres jeunes soldats de sa génération avaient survécu, remporté la victoire, puis accumulé de l’expérience jusqu’à devenir eux-mêmes des chevaliers et soldats aguerris.
Et maintenant, leur tour était venu.
Parmi les vétérans qui formaient la ligne, il aperçut le chevalier Barthold. Celui-ci se tourna également vers lui, et ils échangèrent un sourire intrépide.
Ces visages lui rappelaient leur jeunesse. Barthold devait penser la même chose. Eugen se tourna vers l’ennemi et leva son épée.
« Finissons-en dignement, comme nos prédécesseurs tombés avant nous ! C’est un beau jour pour mourir ! »
« « « Oui ! » » »
Avec presque une pointe de joie, les soldats vétérans qui avaient soutenu le Régiment Ferdinand jusqu’alors poursuivirent le combat. Pour le régiment. Pour le royaume. Et pour leur fierté.
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