Chapitre 101
NOUS AVONS ESSAYÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 101 : Amitié
« — Ainsi, la position commune adoptée par le chevalier Friedrich Hosenfeld et notre vicomte Chester Kahreil est désormais connue de tous les nobles du cœur de l’Empire. Dès que l’hiver s’achèvera, l’histoire se répandra sans doute aux quatre coins de nos vastes terres impériales.
Je l’ai entendue raconter maintes fois, et c’est véritablement une bataille qui symbolise les liens entre votre royaume et l’Empire. C’est admirable. »
« Je suis honoré. Si nos durs combats ont contribué, de quelque manière que ce soit, à l’amitié et à la prospérité de nos deux nations, ainsi qu’au maintien de la paix, je n’en éprouve pas de plus grande joie. »
Nous étions au début du mois de mars, et cet hiver exceptionnellement long touchait à sa fin.
Lors d’un banquet organisé par la famille royale d’Edelstein, Friedrich, comme à son habitude accompagné de son père adoptif Matthias, écouta les propos d’un diplomate de l’Empire de Rigald, venu de loin par les routes hivernales. Il lui répondit avec une courtoisie chaleureuse.
D’après le diplomate, le marquis Christopher Langford, de retour dans l’Empire, avait habilement manœuvré pour préserver les relations entre les deux nations.
Le récent raid arélien avait suscité le ressentiment et l’hostilité des nobles impériaux, tandis que la défense commune menée par des chevaliers d’Edelstein comme Friedrich et des chevaliers impériaux comme Chester était devenue un récit célèbre.
Dans la capitale impériale et les régions alentour, le sentiment anti-arélien gagnait du terrain, et le soutien au maintien de l’amitié avec le Royaume d’Edelstein restait, dans l’ensemble, stable.
« Il n’y a pas que l’ambassadeur : il semble que son épouse ait elle aussi beaucoup contribué à la cause. Tout l’hiver, elle s’est rendue à des réunions mondaines, des goûters et autres rencontres, où elle a raconté comment vous et les vôtres l’aviez sauvée.
J’ai entendu dire que les chefs des maisons nobles, mais aussi leurs épouses, affirment désormais que le Royaume d’Arelia est un ennemi commun. »
« … C’est une nouvelle très réjouissante. »
Friedrich sourit davantage en répondant, se rappelant les paroles que la marquise Melinda Langford lui avait adressées au moment de prendre congé.
« Ma foi, vos exploits n’en finissent pas. On reconnaît bien là celui que le héros vivant d’Edelstein lui-même a choisi pour lui succéder. »
« Vous me flattez. À titre personnel, j’ai le sentiment que les éloges que j’ai reçus dépassent quelque peu mes mérites… »
Ces paroles venaient d’un officier venu du Royaume de Novakia. Friedrich lui répondit par un sourire légèrement gêné.
Matthias, quant à lui, conversait ailleurs dans la salle avec de grands seigneurs terriens. Il avait dit à Friedrich qu’il était temps qu’il apprenne à se débrouiller seul dans ce genre de mondanités.
Ainsi, Yurika à ses côtés pour lui servir à la fois de garde et d’assistante, Friedrich faisait le tour de la salle et discutait avec des personnalités importantes des nations alliées. Ses interlocuteurs se montrant chaleureux et cordiaux, il se dit que la situation était moins intimidante qu’il ne l’avait craint.
« On dit que votre réputation s’est même répandue jusqu’à la région de Loire, au Royaume d’Arelia. En tant qu’héritier du seigneur Hosenfeld, vous y êtes devenu une nouvelle figure de terreur. »
« Oui, je le sais… “Le Démon de Yudit descendu des montagnes”, n’est-ce pas ? »
Friedrich répondit avec un sourire narquois. L’officier novakien lui rendit un sourire entendu, tandis que le diplomate impérial, qui ne semblait pas connaître cette histoire, se contenta d’un sourire poli et incertain.
La légende du « Démon de Yudit » se racontait dans toutes les régions avoisinant les monts Yudit, au-delà des frontières : non seulement dans le Royaume d’Edelstein, mais aussi dans le Royaume de Novakia et jusqu’aux confins montagneux de la région de Loire.
En partie grâce à la famille royale d’Edelstein, qui faisait activement circuler le récit de ses exploits, Friedrich savait qu’on le considérait désormais comme un ennemi redoutable dans la région de Loire.
L’information était parvenue à la Maison royale d’Edelstein par l’intermédiaire d’espions, puis Matthias la lui avait transmise.
Pour les habitants de la région de Loire, le héros vivant d’Edelstein était déjà une figure terrifiante. Puis ils avaient appris que ce héros avait soudain recueilli un fils adoptif, un ancien orphelin aux origines inconnues, élevé dans les contrées reculées bordant les monts Yudit.
Certains trouvaient trop invraisemblable qu’un homme sorti de l’ombre, qui avait ensuite accompli tant d’exploits militaires, ne soit qu’un orphelin.
La rumeur enfla : peut-être n’était-il pas un homme, mais un démon vivant dans les monts Yudit, qui était descendu dans le monde des humains, avait pris forme humaine, puis avait été découvert et recueilli par le héros.
On ne savait pas si ceux qui colportaient ces histoires y croyaient eux-mêmes, mais, du côté de Loire, les gens se les murmuraient comme si elles étaient vraies.
« Être traité de démon ne me laisse pas indifférent… mais si la peur peut servir de moyen de dissuasion, alors, en tant que soldat, je ne peux pas dire que ce soit une mauvaise chose. Raison de plus pour continuer à gagner, afin qu’ils restent terrifiés le plus longtemps possible. »
« Ha ha ha ! Voilà qui est bien dit. »
« En tant qu’allié, je trouve cela très rassurant. »
L’officier novakien lança ces mots avec un sourire amusé. Le diplomate impérial ajouta les siens, ayant apparemment assez bien compris cette histoire de « Démon de Yudit » pour s’y joindre sans difficulté.
・・・・・・
« Je vois… Sa Majesté Sigismund est donc à ce point affaiblie. »
« Oui. Il devrait tenir encore un jour ou deux, mais je ne saurais dire dans quel état il sera dans quelques mois… À votre prochaine visite, je vous accueillerai probablement non plus comme princesse héritière, mais comme reine. »
Le lendemain du banquet, Claudia prononça ces mots lors d’un entretien avec le ministre des Affaires étrangères du Royaume de Novakia, venu en visite.
Au cours de l’hiver, l’état de Sigismund s’était encore détérioré.
Il pouvait toujours prendre des repas, comme de la bouillie de riz, et semblait déterminé à poursuivre la guerre contre le Royaume d’Arelia aussi longtemps qu’il vivrait. Cependant, ses périodes d’éveil s’étaient raccourcies et l’on pensait qu’il n’était plus très loin d’avoir épuisé ses dernières forces.
Même réfléchir trop longtemps semblait désormais l’épuiser. Il ne pouvait plus s’occuper de la moindre affaire gouvernementale, si petite fût-elle.
« Il n’est plus possible de soumettre de nouvelles affaires à mon père. Je prendrai connaissance de tout et rendrai les décisions. Je vous prie de parler en partant de ce principe. »
« Bien compris. C’est avec une profonde tristesse que je vois approcher le moment de prendre congé du grand souverain de votre royaume, mais je transmettrai vos paroles à mon seigneur et veillerai à ce que le Royaume de Novakia se prépare à ce jour. »
« Je vous sais gré du respect que votre nation témoigne à mon père. »
Le ministre des Affaires étrangères s’inclina gravement, et Claudia lui répondit.
« Et comment se présente la situation à la frontière de votre royaume ? »
« Sur la frontière entre notre nation et le Royaume d’Arelia, les forces ennemies qui nous font face n’ont pas changé depuis l’automne dernier : elles sont environ six mille cinq cents. Même pour le Royaume d’Arelia, maintenir une telle armée aussi loin de ses terres centrales n’est pas chose aisée.
À en juger par leurs réserves de provisions, rien n’indique pour l’instant qu’ils comptent renforcer leurs effectifs avec de nouvelles recrues.
S’ils passaient à l’offensive, ils le feraient probablement avec environ quatre mille cinq cents hommes, sans compter les garnisons chargées de maintenir l’ordre dans la région de Myurei ni les réserves à l’arrière.
Même en ajoutant les levées nobles ou des mercenaires, je pense que leurs effectifs ne dépasseraient pas cinq mille hommes. »
Interrogé sur la situation de son pays, le ministre des Affaires étrangères répondit sans hésiter.
« Avec de tels effectifs, vos défenses frontalières devraient tenir, n’est-ce pas ? »
« Sans aucun doute. La Forteresse de Vantor est la position défensive la plus solide de notre royaume, parfaitement intégrée aux montagnes environnantes.
Près de trois mille soldats — troupes royales, hommes au service des nobles et conscrits confondus — la gardent désormais plus fermement que jamais. Même si l’ennemi nous attaquait avec deux fois, voire trois fois nos effectifs, nous pourrions facilement tenir bon. »
« Voilà qui est rassurant. Je n’étais pas inquiet, sachant que votre royaume compte tant de valeureux guerriers… mais notre position ne change pas : votre nation et la mienne sont des alliées qui s’opposent à la conduite barbare du roi d’Arelia. Cette vérité ne changera pas. »
Le Royaume d’Edelstein et le Royaume de Novakia étaient alliés, mais aucun des deux n’avait de forces en réserve. Ils ne pouvaient pas envoyer à la légère un important détachement au secours de l’autre.
Ils ne souhaitaient pas non plus, si possible, solliciter directement l’aide militaire de l’Empire de Rigald. S’incliner pour demander de l’aide signifierait contracter une dette immense envers l’Empire.
Le Royaume d’Edelstein, qui entretenait depuis longtemps des relations amicales avec l’Empire, aurait peut-être pu supporter un tel fardeau. Mais pour le Royaume de Novakia, qui avait autrefois été en conflit avec lui, ce n’était pas une décision facile à prendre.
Pour cette raison, les deux nations s’en remettaient à la consolidation de leurs zones frontalières pour assurer leur défense. En ne laissant aucune ouverture, elles forçaient le Royaume d’Arelia à disperser ses forces, ce qui limitait ses offensives et leur permettait de survivre.
Au vu des invasions passées, le roi Childebert d’Arelia prenait toujours lui-même le commandement suprême lors de la grande offensive finale qui menait à la conquête, et se rendait sur le front.
Pour les royaumes moins puissants d’Edelstein et de Novakia, ce serait le moment de saisir leur chance. S’ils parvenaient à abattre le roi arélien, mû par l’ambition, l’expansionnisme actuel de son royaume s’arrêterait, au moins pour un temps.
Le pays, qui avait grandi démesurément mais ne tenait que grâce à la poigne d’un souverain puissant, ne pourrait rester uni sans lui. Avec le temps, il s’effondrerait.
Telle était l’entente entre les deux royaumes. Chacun défendrait ses propres frontières par ses propres moyens, maintiendrait la ligne actuelle et attendrait le moment décisif.
D’ici là, toute mésentente entre eux était exclue ; aussi les Maisons royales restaient-elles en contact régulier, échangeant des informations et œuvrant à préserver leur alliance.
« Il semble que, chacune à sa manière, cette année sera difficile pour nos deux nations. »
« Oui, Votre Altesse. En tant qu’émissaire de la Maison royale de Novakia, je prie sincèrement pour que nos deux pays surmontent ensemble les épreuves qui les attendent. »
Claudia poussa un léger soupir. Le ministre des Affaires étrangères lui répondit ainsi, en s’inclinant profondément.
Moins d’un mois plus tard, à la fin du mois de mars, une nouvelle urgente parvint à Claudia : la Forteresse de Vantor était tombée, et les armées du Royaume d’Arelia avaient pénétré sur le territoire de Novakia.
Notes de bas de page :
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