Chapitre 279
Chapitre 279 - Du temps avec maman
Traduction: Moonkissed
[La remontée d’une vie : d’une suspension de presque toute une saison à la course au titre
Par Kaori Gurney
Publié le 30 juillet 2018
Dans l’univers impitoyable des formules de promotion, la dynamique est essentielle. Pour la plupart des pilotes, manquer près de la moitié d’une saison suffit à mettre fin à toute ambition. Mais pour la sensation turco-allemande Fatih Yıldırım, une suspension de douze courses n’a pas marqué la fin de l’aventure. Elle a plutôt donné naissance à l’une des remontées les plus chaotiques et passionnantes de l’histoire récente de la F4 britannique.
Le piège de la « paperasse »
La saison de Yıldırım a tristement commencé non pas sur la grille de départ, mais dans le bureau des commissaires. Une erreur administrative concernant sa licence de compétition lui a valu une draconienne suspension de douze courses. Contraint de rester sur la touche pendant 40 % de la saison, le jeune pilote n’a pu qu’observer depuis le paddock ses rivaux accumuler les points et, surtout, une précieuse expérience en piste.
Au sein du Red Bull Junior Team, où Helmut Marko est réputé pour privilégier les résultats immédiats aux excuses, beaucoup se demandaient si Yıldırım parviendrait un jour à récupérer son baquet et si l’étincelle qu’il avait montrée en karting finirait par s’éteindre.
Pourtant, cette pause forcée semble avoir forgé un pilote animé par une détermination unique et agressive.
Le retour du prodige
Le prodige du karting, qui avait dominé durant les premières années de sa carrière, avait pratiquement disparu de toutes les discussions concernant le championnat pour sa première saison en monoplace.
Mais dès son retour dans le cockpit, il a répondu à ses détracteurs non pas avec des promesses de « potentiel », mais avec de la gomme brûlée sur l’asphalte.
Dans une série sans précédent, Yıldırım a obtenu le maximum de points lors de chacune de ses courses pendant quatre week-ends consécutifs.
Cette série implacable l’a propulsé jusqu’à la quatrième place du classement et lui a permis, presque miraculeusement, de réduire à seulement onze points son retard sur le leader du championnat, Kiern Jewiss.
Un héritage de domination
Son parcours en sport automobile n’a jusqu’à présent été rien de moins qu’une domination absolue.....]
« Maman, c’est nous qui avons écrit ça ? »
Fatih s’interrompit au milieu du paragraphe lorsque l’article commença à parler de son passé en karting.
« De quoi tu parles ? »
Rümeysa, qui était en train de cuisiner, se tourna vers Fatih. Celui-ci découpait des légumes tandis qu’une tablette, appuyée contre le mur, affichait l’article. Il désigna l’écran d’un mouvement du menton.
Rümeysa se contenta de lire le titre ainsi que le nom de l’autrice avant de répondre :
« Non, je ne pense pas. Mais elle travaillait pour ton entreprise avant qu’on la vende, alors elle a probablement une opinion assez positive de toi. »
Elle jeta brièvement un regard à Fatih avant de reporter son attention sur la casserole devant elle.
Durant ce bref instant, elle se demanda s’il avait seulement conscience de toute la sympathie que les anciens employés de leur entreprise éprouvaient envers eux.
Elle ignorait où il avait acquis l’expérience nécessaire pour penser de cette manière, mais Fatih avait réussi à créer un environnement de travail particulièrement agréable pour les journalistes.
Il leur avait notamment laissé le choix entre devenir des employés permanents ou travailler comme indépendants, payés à l’article. Dans les deux cas, la rémunération était généreuse, à condition que les articles produits soient de grande qualité.
Et lors de la vente de l’entreprise, chacun d’entre eux avait reçu une part des cinquante millions de dollars que Fatih avait demandé à sa mère de mettre de côté afin de les redistribuer aux employés.
Grâce à tout cela, ces gens avaient gardé une excellente opinion de Rümeysa, qu’ils considéraient comme la propriétaire de l’entreprise.
Et par extension, cette sympathie s’était naturellement étendue à Fatih, son fils.
Cette bonne volonté était une graine particulièrement précieuse.
Car la plupart de ces anciens employés travaillaient désormais directement pour la F1. Certains avaient rejoint la FIA, d’autres différentes entreprises spécialisées dans l’actualité du sport automobile, tandis que les derniers étaient restés dans les différentes branches issues de la division de leur ancienne entreprise.
Tous avaient devant eux un avenir prometteur dans le monde du sport automobile.
Et ils conserveraient probablement pendant longtemps une opinion favorable de Rümeysa et Fatih.
Des articles comme celui-ci n’étaient que le commencement.
Rümeysa se demanda alors si Fatih avait prévu tout cela lorsqu’il lui avait demandé de distribuer cet argent aux employés, ou s’il avait simplement voulu les remercier pour leur travail, tous les bénéfices à long terme n’étant qu’une conséquence imprévue.
Elle penchait largement pour la seconde possibilité.
Fatih était intelligent, voire brillant pour son âge, mais il restait complètement à côté de la plaque dans la plupart des domaines qui n’avaient rien à voir avec la conduite automobile.
La situation avec Seraphina en était probablement le meilleur exemple.
Fatih semblait totalement inconscient de ce qui se passait alors que, pour absolument tous ceux qui les entouraient, la situation était évidente.
« Mais elle a mal compris Helmut », déclara soudain Fatih en désignant la partie où l’autrice affirmait qu’Helmut ne se préoccupait que des résultats.
« Moi, je trouve qu’elle a plutôt bien compris », répondit Rümeysa.
« Helmut se soucie du résultat en fonction du contexte. Si un pilote possède une voiture pourrie et termine P10, il considérera probablement sa performance comme meilleure que celle d’un pilote disposant d’une voiture capable de gagner et qui termine seulement P3. »
Fatih continua tranquillement à couper les légumes.
« Donc, de son point de vue, si la saison se terminait et que je finissais dans le top 5, j’aurais probablement réalisé une meilleure saison que mes deux coéquipiers, même s’ils terminaient devant moi au championnat. »
« Hoooo… »
Rümeysa s’arrêta un instant pour réfléchir.
Même si elle évoluait dans cet environnement depuis plus d’une décennie grâce à Fatih, elle savait que ses connaissances restaient seulement intermédiaires.
La plupart de ce qu’elle savait et faisait concernait directement son fils.
Sa compréhension des différentes personnalités du monde du sport automobile restait relativement superficielle.
La raison était simple.
À chaque nouvelle saison, Fatih gravissait un nouvel échelon.
Et à chaque fois, elle devait rencontrer tout un nouveau groupe de personnes.
Cela lui laissait rarement suffisamment de temps pour apprendre à connaître véritablement les individus avant qu’ils ne passent déjà à l’étape suivante.
« Mais est-ce que tu ressens au moins un peu de pression maintenant que tu es aussi proche de la tête du championnat ? » demanda-t-elle finalement. « Si tout continue comme ça, tu pourrais même prendre la tête dès cette manche. »
Même elle, alors qu’elle n’était pas celle qui devait piloter, commençait à ressentir de la nervosité à l’approche du prochain week-end.
Ils étaient désormais extrêmement proches de leur objectif.
Mais plus ils s’en rapprochaient, plus la pression semblait augmenter.
Elle se demandait donc si Fatih ressentait la même chose.
Elle ne l’avait jamais vraiment vu devenir nerveux lorsqu’il pilotait, même dans des situations où n’importe qui aurait normalement ressenti une immense pression.
Mais cette fois-ci était différente.
Tout ce qui avait conduit jusqu’à cet instant rendait la situation particulière.
Peut-être que, cette fois, même Fatih ressentait quelque chose.
« Pas vraiment », répondit-il avec désinvolture. « J’ai surtout hâte d’y être. »
Rümeysa le regarda.
« Je me suis toujours demandé comment tu faisais pour ne jamais être nerveux ou ressentir de pression. Ça m’a même parfois fait me demander si c’était moi qui étais bizarre de ressentir tout ça à ta place. »
Fatih prit quelques secondes pour réfléchir à la meilleure manière de répondre.
Puis il déclara :
« Ressentir de la pression, ça veut dire que tu n’es pas totalement certain de ce dont tu es capable. Que tu sais qu’il existe une possibilité que tu commettes une erreur et que tu perdes tout. »
Il marqua une courte pause.
« Mais si j’ai confiance en mes capacités et dans tout le travail que j’ai fourni auparavant pour me préparer, alors je ne vois pas vraiment pourquoi je devrais être nerveux. »
Rümeysa le fixa, impressionnée par sa réponse.
« Mais où est-ce que tu as appris à penser comme ça ? »
Elle se demandait sincèrement si quelqu’un lui avait enseigné cette manière de voir les choses ou s’il en était arrivé à cette conclusion grâce à ses propres expériences.
Fatih répondit simplement :
« Entraîne-toi comme si c’était réel, et fais-le pour de vrai comme si ce n’était qu’un entraînement. J’ai lu ça quelque part et je l’ai pris à cœur. »
Et sur ces mots, Fatih venait tranquillement de jeter à la poubelle tout le mérite qui aurait normalement dû revenir à Apollo pour l’attribuer à Allen Iverson à la place.
Dans sa tête, il lui présenta silencieusement ses excuses.