Chapitre 301
Une voix d’homme résonna, pleine d’assurance.
C’était Dowd Campbell, qui avait enfoncé la porte principale et s’était introduit de force.
« Je vous ai apporté un cadeau~ ! »
Après ces mots, il laissa tomber un corps dans la cour.
Il s’agissait d’un homme, ligoté avec soin comme un « paquet cadeau ». Son corps retomba avec un bruit particulièrement fort qui se démarquait même parmi le bourdonnement et les cris autour de Dowd.
“…”
Le Comte Ravel plissa les yeux en silence.
Il reconnut rapidement que l’homme ligoté était l’un des informateurs qu’il avait chargés de surveiller le punk. Le comte se souvenait aussi de l’enthousiasme de cet homme pour cette tâche, car il était l’un des confidents de la Maison Comitale de Nicholas.
Au début, il avait pensé que lui confier cette tâche pouvait être un peu dangereux. Après tout, le risque qu’il commette une erreur était élevé, et s’il se faisait prendre, les choses pourraient rapidement devenir très compliquées.
Et pourtant…
Comment… ?
La « tenue furtive » de la Tour de Magie, qu’ils avaient apportée ici avec beaucoup de difficultés, se vantait de performances exceptionnelles en matière de discrétion. À tel point qu’il était convaincu qu’un assassin pourrait facilement assassiner quiconque il voulait – sauf l’impératrice, car le Saint de l’Épée lui colle toujours à la peau.
Avec cet outil, même si l’informateur faisait une petite erreur, le comte était certain que personne ne pourrait l’attraper, et encore moins le ligoté de la sorte.
Pendant que le comte se creusait la tête, essayant de deviner ce qui s’était passé, Dowd continua avec un sourire.
« Ce type a visité ma chambre et a essayé de me percer le corps. Quel manque de manières, vous ne trouvez pas ? Bon, je ne sais pas quel idiot a pensé qu’il serait acceptable de m’envoyer un type comme ça, alors… Pouvez-vous dire à cet idiot d’arrêter ? Il n’accomplira rien en faisant ça. »
« …Vous n’avez pas le droit de parler de manières, Vicomte Campbell. »
Le Comte Ravel prononça ces mots, réussissant à peine à réprimer la rage qui essayait de percer sa voix.
« Après tout, que puis-je attendre de quelqu’un issu d’une lignée aussi humble ? »
Même s’il réussissait à peine à réprimer la rage qui bouillonnait en lui et avait atteint son point d’ébullition…
Son esprit était plus froid que jamais.
Il fit signe à son aide de camp, qui n’était pas en vue.
Lui disant de préparer les autres « équipements » de la demeure.
Le fait que le plus grand sponsor de la Tour de Magie était l’Association des Nobles Supérieurs était déjà bien connu. Dans ce contexte, il n’était pas difficile de deviner que la demeure du Comte Ravel était bien équipée des « équipements les plus avancés » créés par la Tour de Magie.
Même maintenant, il lui suffisait de donner le signal, et tous les équipements – chacun capable de tuer le punk dix fois – seraient activés sans délai.
…Il est allé si loin, je n’ai aucune raison de supporter ses bêtises plus longtemps.
Il ne restait plus beaucoup de temps avant que les membres de l’Association des Nobles Supérieurs, y compris lui, ne mènent « l’insurrection ».
Tout ce temps, ils avaient fait de leur mieux pour ne pas donner à l’adversaire l’excuse de les attaquer, mais, puisque le punk devant lui les provoquait si ouvertement, le comte pensa qu’il n’avait plus aucune raison de le tolérer.
S’il est vrai que c’est eux qui lui ont fourni un prétexte à une telle provocation, le punk a franchi la ligne qu’il n’aurait jamais dû franchir.
« C’est pourquoi, nous prendrons sur nous de vous éduquer en matière de bonnes manières, Vicomte. Alors, s’il vous plaît, ne nous en voulez pas trop. »
« Oho. »
Cependant, même après avoir entendu la voix froide du Comte Ravel…
Dowd lui répondit toujours calmement.
C’était comme s’il aimait la tournure des événements, et qu’il accueillerait ce résultat à bras ouverts.
« J’attends ça avec impatience. »
“…”
Entendant sa réponse, le Comte Ravel serra les dents.
Lui apprendre les bonnes manières était une affaire conclue, mais il ressentait le besoin de porter un coup dur avec « ses mots » avant que sa rage ne soit apaisée.
« …Une fois que j’en aurai fini avec vous… »
C’est pourquoi il décida de prononcer une phrase « efficace », même s’il savait qu’il traînerait sa dignité dans la boue s’il la disait.
« …Je m’en prendrai à Lady Tristan pour la tenir responsable de vos actes, car je sais que c’est soit l’impératrice, soit elle qui vous a fait croire que vous pouviez faire tout ça sans vous soucier du monde. »
Mais, peut-être à cause de sa rage bouillonnante…
Il ne remarqua pas le changement subtil dans l’attitude de Dowd Campbell au moment où il entendit ces mots.
« Je n’ai jamais été un fan de cette maudite maisonnée meurtrière. Surtout leur fille aînée qui a toujours agi comme si elle était supérieure à tout le monde. »
Le Comte Ravel dit avec un sourire rusé.
Bien sûr, il n’avait pas vraiment l’intention d’aller si loin, mais si la situation tournait ainsi…
Il était assez connu que Lady Tristan était une femme d’une grande beauté. Si l’occasion se présentait, il ne refuserait pas d’accepter le plaisir annexe d’une « conquête ».
« J’attends ça avec impatience. Ce serait assez amusant de maîtriser ce punk arrogant et imprudent et de vous faire voir Lady Tristan devenue « soumise » à— »
Ce n’est qu’après avoir prononcé cette phrase que le Comte Ravel réalisa…
« Permettez-moi de vous dire une chose, »
Que ses paroles étaient plus « efficaces » qu’il ne l’avait jamais espéré.
« Je n’aime pas particulièrement qu’on parle des gens qui m’entourent de cette façon, Comte. »
Un sourire éclatant était toujours plaqué sur le visage de Dowd.
Mais son ton était devenu assez poli maintenant.
Cependant, sous ce ton poli se trouvait…
Du noir.
Une noirceur semblable à de la suie gluante qui collait au cœur.
Tous ceux qui portaient leur regard sur cette noirceur ressentaient une sensation semblable à celle de leurs nerfs pourrissant.
“…”
“…”
“…”
Les gens autour se turent soudainement.
Ou plutôt, ils ne pouvaient rien dire.
—Quoi… ?
Dans l’endroit devenu silencieux comme la mort, comme si le temps était figé…
Seul le Comte Ravel réussit à se creuser la tête.
Les rumeurs étaient toujours vouées à être exagérées, et elles donnaient toujours naissance à toutes sortes de fausses informations étranges.
C’est du moins ce que le Comte Ravel avait cru.
-Il y a une monstruosité humanoïde à l’intérieur d’Elfante.
Lorsque de telles rumeurs se répandaient, il était le premier à les railler.
Quelle absurdité, les gens ne pouvaient pas bouger d’un pouce parce qu’ils étaient supprimés par une simple « présence » ?
Ces guerriers, chevaliers et mages exceptionnels ? Chacun d’entre eux ?
Pfft, qui que ce soit, l’impératrice, le Duc Tristan, à quel point sont-ils désespérés pour même penser à répandre une telle rumeur infondée ?
Cependant…
Au moment où il vit « ça »…
De ses propres yeux…
Il ne put s’empêcher de comprendre…
Le sentiment d’une fourmi contrainte de faire face à un éléphant.
« En tout cas, je suis juste passé pour dire bonjour. J’apprécie votre chaleureux accueil. »
Même après avoir prononcé de tels mots de manière moqueuse, personne ne dit un mot.
Peu importe la sophistication de leur équipement, en fin de compte, ils étaient utilisés par des humains.
Et pour que les humains ne craignent pas cette « chose » devant leurs yeux ?
C’était impossible. Jamais en un million d’années.
« Très bien, j’attendrai que vous m’envoyiez quelque chose d’un peu plus…’sauvage’ la prochaine fois. »
Ce fut la dernière chose que Dowd Campbell dit avant de quitter les lieux.
« …Étrange. »
Alors que je prononçais ce mot sur un ton qui sonnait comme si le monde entier devenait fou, Victoria, qui se bourrait la figure de gâteau à côté de moi, tourna rapidement la tête pour me regarder.
« Quoi ? »
« Pourquoi ils ne viennent pas me tuer ? J’ai même fait tout ça… »
Je suis littéralement entré dans la demeure de quelqu’un d’autre tard dans la nuit, je l’ai à moitié détruite, et j’ai même insulté son propriétaire.
Après tout ça, ne devraient-ils pas m’envoyer un défi officiel ou au moins un autre assassin ?
“…”
Victoria me regarda comme si j’étais une sorte de fou avant de retourner son attention à son gâteau tout en soupirant profondément.
Comme pour indiquer que lui accorder de l’attention à une chose pareille ne ferait que la fatiguer.
“…”
Trop méchante.
[Elle semble s’habituer à tes conneries maintenant.]
Cela dit… Pourquoi diable ces salauds restent-ils immobiles même après que je me sois clairement disputé avec eux ?
[…Parce que tu as exagéré, bien sûr.]
Quoi ?
[Écoute, si tu voulais te battre, tu aurais dû être un peu plus faible pour qu’ils soient plus tentés de t’attaquer. Dans ce cas, tu es trop fort.]
‘…’
[Tu exudais littéralement « Essaye de t’en prendre à moi, je vais te réduire en poussière », bien sûr qu’ils ne se seraient pas amusés à essayer.]
…Hein, vraiment ?
Dans le jeu original, ces rebelles de la guerre civile ne s’en souciaient même pas lorsqu’ils devaient couper la gorge de l’impératrice et créer une mer de sang juste pour monopoliser l’autorité politique et militaire de l’empire.
Mais quand je leur ai fait une petite peur, ils ont en fait eu peur et ont abandonné toute tentative de me combattre ?
…Étais-je vraiment si effrayant ?
[Quoi ? Tu as vraiment fait tout ça sans le savoir ?]
J’ai retenu mon pouvoir pourtant…
Eh bien, je savais combien le pouvoir du Diable pouvait affecter les humains, mais je ne m’attendais pas à ce que ces types abandonnent comme ça même après que je me sois disputé avec eux.
Alors que j’avais de telles pensées, Victoria, qui avait complètement terminé son gâteau, soupira.
« En fait, je comprends tes sentiments à moitié. Je pouvais dire que tu essayais de « mettre ton adversaire en colère ». »
En entendant ce qu’elle a dit, mon corps a tressailli.
Parce qu’il y avait une partie dans ses paroles que je ne pouvais ignorer.
« …Par moitié, tu voulais dire que tu ne comprends pas l’autre moitié ? »
« Oui. À partir du moment où Lady Tristan a été mentionnée. »
“…”
« À partir de ce moment, je comprends seulement les autres. Parce que tu es devenu si terrifiant que tous ceux qui t’ont vu penseraient que ce serait un suicide de t’affronter. »
“…”
Étais-je vraiment si terrifiant ?
Je me souviens que mon changement d’humeur s’est estompé assez rapidement à ce moment-là. Bien sûr, je ne pouvais pas savoir à quoi cela pouvait ressembler pour les autres.
« Si Lady Tristan sait que tu penses à elle comme ça, elle serait certainement heureuse. Ça doit être agréable. »
« …Hé, Victoria. »
« Quoi. »
« Je ne sais pas si c’est juste moi ou quoi, mais…pourquoi as-tu l’air contrariée en disant tout ça ? »
« C’est juste toi. »
“…”
« Je dis que c’est juste toi. Continue à me regarder comme ça, je jure que je vais te poignarder. »
Victoria dit en poignardant son gâteau avec une fourchette.
Comme pour démontrer qu’elle allait faire exactement ça si je ne me taisais pas.
« …De toute façon, concernant ce que tu m’as demandé de faire… »
En me voyant me taire, elle soupira en changeant de sujet.
« Premièrement, c’est une bonne nouvelle pour toi. Grâce à ce que tu as fait, les activités militaires ont augmenté sur le territoire du Comte Ravel, ils en font tout un plat partout. »
Voilà.
Tout en célébrant la nouvelle intérieurement, j’ai attendu avec impatience ses prochains mots.
« C’est vrai ? Bien, bien. Enfin, ils sortent pour me faire du mal— »
« Faux. Tu vois, la nouvelle de la possibilité qu’ils te fassent du mal est parvenue aux « oreilles de quelqu’un d’autre ». »
“…”
Quoi ?
« Suite à cela, les centres militaires de l’Association des Nobles Supérieurs à proximité sont détruits les uns après les autres. »
“…”
« La plupart des rapports ont un point commun… Les coupables sont « plusieurs femmes ». »
…Quoi ?
[Bien sûr, cela devait arriver.]
Quoi ?
[C’est exactement ce qui s’est passé la dernière fois. Tu as toujours pensé que tu devais tout faire « tout seul », tu n’as donc jamais envisagé la possibilité que « quelqu’un d’autre le fasse à ta place ».]
Quoi…?
[Sérieusement, tu n’as rien appris de la dernière fois, hein ?]
Caliban continua en laissant échapper un rire.
[Autant tu chérissais les femmes qui t’entourent, autant elles te chérissent.]
…Pourquoi tu parles d’elles tout d’un coup ?
[Imagine ça. La nouvelle de la possibilité que tu sois « menacé » est parvenue aux oreilles de ces femmes. Comment penses-tu qu’elles ont réagi ?]
…Hein…?
A-Attends…
Cela signifie que ce dont je devrais me préoccuper n’est pas de savoir si le Comte Ravel va se battre contre moi ou non…
Mais le fait qu’il puisse simplement être tué par elles bientôt…