[Point de vue de l’Ours Alpha]
« Alors... que comptes-tu faire maintenant ? »
L’Ours Alpha entendit la question de l’humain.
La vérité, c’est qu’il ne savait pas.
Une partie de lui aspirait à retrouver son ancienne vie, à regagner la sécurité de la forêt et les siens.
Mais une autre partie, plus vive et récemment éveillée, l’attirait dans une direction différente.
Il avait changé. Non, il avait grandi. Le lien avait aiguisé ses pensées et approfondi sa conscience.
Il n’agissait plus uniquement par instinct primaire. Il réfléchissait. Il pesait le pour et le contre. Il comprenait.
Surtout après ce que l’être — celui qui les avait ressuscités — lui avait dit.
Cette résurrection avait un prix. Ce miracle était rare et précieux.
Et l’humain, son ancien ennemi, l’avait utilisé pour eux. Pas pour le pouvoir. Pas pour le profit. Pour eux.
Il avait commencé à respecter l’humain.
Alors, au moment où ce miracle fut dépensé pour eux...
Il fit un serment silencieux.
Il suivrait l’humain.
Non, son suzerain.
Pas par soumission... Ni parce qu’il était dompté, mais par conviction.
Pour le reste de ses jours.
D’ailleurs...
Il n’avait jamais été l’Alpha le plus fort de son campement. Ils le respectaient, mais seulement parce qu’il était le fils du chef.
Et au bout du compte, c’était son échec et sa témérité qui avaient causé la perte de ses amis.
Alors, quel droit avait-il de revenir en tant que leur protecteur ?
Il baissa la tête, non par défaite, mais par un respect indéniable.
« Je souhaite vous suivre dans votre périple, mon suzerain. »
___
[Point de vue de Rael]
Je regardai l’Alpha au pelage rouge menaçant s’incliner devant moi avec un respect total.
Eh bien, mince alors. Je visais le respect. Je ne m’attendais pas à de la révérence.
Enfin, c’est une bonne chose dans les deux cas.
Je veux dire, je viens d’obtenir gratuitement un artiste martial accompli capable de copier une technique en un seul coup d’œil.
Il n’y a aucune chance que je refuse ça.
Alors ouais, je suppose que j’ai bien utilisé le miracle.
Je veux dire, c’est sûr, j’aurais pu demander quelque chose de plus tape-à-l’œil.
Comme la Carte des Arcanes sans avoir à entrer dans la Forêt des Sans-Masques.
Ou une compétence stylée.
Ou un artefact qui enflamme les ennemis quand ils croisent mon regard, je ne sais pas.
Mais honnêtement ?
Je ne savais même pas de quoi le Bouffon était capable dans cet état, et encore moins comment il s’y prenait.
Peu importe à quel point il semblait amical, j’aurais été un idiot de le laisser toucher à mon corps sans rien savoir.
Et certes, techniquement, il a bien touché à quelque chose en me liant à l’Ours Alpha. Mais c’était autorisé par les principes célestes, même sans mon consentement.
Ce qui signifiait que c’était inoffensif.
Si cela avait été dangereux, le système ne l’aurait pas laissé passer. Du moins, pas sans ma permission.
Le système était strict en ce qui concernait les affaires divines, après tout.
Et c’est bien là le problème. Si j’avais demandé quelque chose qui me concernait directement, cela aurait été une invitation ouverte pour le Bouffon à fourrer ses petits doigts divins dans mon destin.
Hors de question que je fasse ça.
Et ouais, c’est sûr, récupérer la Carte des Arcanes en avance, ça peut sembler génial.
Mais honnêtement ?
Ça n’aurait pas été amusant.
J’avais passé les vingt derniers jours à me préparer pour cette épreuve. À élaborer des stratégies. À m’entraîner. À brûler des calories que je n’avais même pas.
Sauter cette étape maintenant, ça aurait eu un goût... de facilité.
Et connaissant la personnalité du Bouffon, il m’aurait probablement ri au nez en disant un truc du genre : « Ce n’est pas amusant, gamin. Demande autre chose. »
Bon, peut-être que mon Nexus m’a affecté et m’a rendu capricieux d’une manière que je ne réalise pas totalement.
Mais je m’en fiche royalement. Je n’ai aucun regret. Surtout que maintenant, j’ai un serviteur loyal avec un potentiel immense.
Avant que je ne puisse m’enfoncer davantage dans mes pensées, la voix de l’Ours Alpha me tira de ma rêverie.
« Est-ce que nous pouvons visiter le campement avant de partir, mon suzerain ? »
Eh bien, ça semble juste.
Le ciel était déjà devenu orange et j’avais encore un peu de temps avant que Razek ne vienne me traîner de force.
...En y repensant, où est passé ce bâtard ?
Je viens de discuter avec un Bouffon cosmique, d’utiliser un miracle, de me lier à un ours littéral et de jouer les thérapeutes émotionnels pour les morts.
Et Razek – la personne censée être mon mentor et me surveiller pour éviter que je ne crève – était introuvable.
Ouais... ce type a besoin d’une bonne punition.
____
[Point de vue de Razek]
Pendant ce temps, un homme aux cheveux verts en bataille et aux yeux marron perçants courait frénétiquement à travers la forêt dense, scrutant chaque petit mouvement qu’il percevait autour de lui.
Où est-il passé ?
Tout s’était déroulé comme prévu.
Comme d’habitude, Razek avait suivi son exercice habituel : jeter le Jeune Maître dans une situation désespérée, le forcer à éveiller ses instincts de survie et le pousser au-delà de ses limites.
C’était la méthode d’entraînement que le Duc Ashborn avait personnellement ordonnée — pour que le Jeune Maître apprenne à survivre dans la Forêt des Sans-Masques, où les monstres rôdaient librement, sans retenue ni pitié.
Razek avait toujours gardé ses distances, prêt à intervenir dès que la situation devenait dangereuse.
Mais le Jeune Maître... n’avait jamais eu besoin d’être secouru. Il s’en sortait toujours assez bien en utilisant son intelligence et, parfois, des méthodes absurdes pour vaincre ses ennemis.
Aujourd’hui n’aurait pas dû faire exception.
Le dernier jour d’entraînement. Le grand final. Alors, Razek voulait marquer le coup.
Il avait attiré un Alpha particulièrement colérique pour qu’il poursuive le Jeune Maître, puis avait commencé à surveiller depuis une distance de sécurité.
La bataille fut brutale — étonnamment brutale. Mais le Jeune Maître tint bon.
Il ne s’est pas contenté de survivre... il a gagné. Il a abattu l’Alpha et sa meute.
Razek avait même souri. Il était sur le point de sortir de sa cachette, prêt à féliciter le Jeune Maître pour avoir survécu à quelque chose qui aurait dû le tuer.
Mais alors —
Sa vision a buggé pendant quelques instants avant que le Jeune Maître ne disparaisse comme s’il n’avait jamais été là.
Le cœur de Razek rata un battement. Il fit immédiatement monter son aura, scannant le périmètre avec tout ce qu’il avait.
Il était un Résonnant de rang A et pourtant, il ne trouva aucun signe de magie... ou d’utilisation d’artefact.
Rien.
Il décida de fouiller les environs.
Mais même après une demi-heure de recherche, il ne trouva aucune trace du jeune maître.
Il sortit son AetherLink, prêt à informer le patriarche —
— quand sa notification vibra.
En voyant le nom de l’expéditeur, son corps se figea. Ce n’était nul autre que le Jeune Maître Rael.
Il appuya immédiatement dessus pour vérifier le message. C’était simple et direct.
« Viens au campement des ours, espèce de sadique. »