Le monde n’est pas fait pour les gens gentils.
Tu essaies de faire quelque chose de décent, quelque chose de bien, et qu’est-ce que tu obtiens ? Des moqueries, de la haine et peut-être même quelques malédictions de la part de ceux-là mêmes que tu as tenté d’aider.
Je veux dire, c’est quoi ce bordel.
Si quelqu’un se donne la peine de t’aider, la moindre des choses est de dire merci ou, si cette personne est aussi glorieuse que moi, peut-être de s’agenouiller un peu, de frotter son nez contre le sol et de murmurer quelques louanges.
Bon sang, je n’aurais même pas été contre quelques trésors, mais tout ce que j’ai reçu, ce sont des menaces de mort et des regards intenses.
C’est pour ça que je n’aime pas faire de bonnes actions. Faire le bien dans ce monde ne fait pas de toi un noble, ça fait juste de toi une cible.
Alors, j’essaie toujours de ne pas aider ceux qui ne servent à rien... mais que voulez-vous ?
Mon cœur agaçant et bienveillant parvient toujours à passer outre mon bon sens pour se jeter sur des gens inutiles.
Comme ce bâtard en particulier, Cedric quelque chose.
Ce connard me lançait des regards noirs depuis notre première rencontre.
Il ne prenait même pas la peine de cacher son hostilité, pas une seule fois, même quand je suis arrivé pour sauver son misérable derrière, et maintenant, après tout ce que j’ai fait pour le garder en vie... il me fixe encore.
Moi.
Une personne si bienveillante et miséricordieuse qui a risqué sa peau pour lui, malgré la rancœur mesquine à laquelle il s’accroche.
Quelle impudence, quelle ingratitude.
« Pourquoi l’as-tu tué ? » a-t-il exigé en m’attrapant par le col, les yeux brûlants d’accusation comme si je venais de commettre un péché impardonnable.
Pourquoi je l’ai tué ?
Son ami ?
Le même ami qui, il y a moins de cinq minutes, essayait de nous tuer tous jusqu’au dernier.
Est-ce qu’il est vraiment attardé ou il fait semblant ?
« Il était occupé à sucer le jus d’un elfe plutôt que celui de sa mère, alors son père m’a demandé de l’endormir. »
J’ai répondu avec mon habituel sourire aux lèvres.
Écoutez, j’aurais pu donner une réponse polie. Quelque chose de doux, voire sensible pour ce pauvre gars qui venait de perdre son meilleur ami.
Mais la question est... Pourquoi diable ferais-je ça ?
Qui était-il, bon sang ?
C’est moi qui l’ai sauvé.
C’est moi qui ai tué le monstre sur le point de sacrifier tout le monde, et ce bâtard avait encore le culot de me regarder comme si j’étais le méchant.
Alors je me suis dit : pourquoi ne pas lui donner une raison de plus de me détester ?
Ce n’est pas comme si ce bâtard cachait sa haine.
Le monde n’a jamais été tendre et les gens doivent l’apprendre. Ce n’est pas un jardin fleuri d’espoir, c’est un champ d’épines, et ceux qui sont trop aveugles pour le voir ne sont que des merdes en attente d’être éliminées.
J’aurais été un idiot de ne pas remarquer la soif de sang de ce bâtard dès notre première rencontre, mais à l’époque, j’avais balayé ça en pensant que c’était peut-être juste de la jalousie.
Je veux dire, vraiment, peut-on lui en vouloir de détester mon visage agaçant de beauté ?
Puis est venue l’orientation. Il s’est assuré que tout le monde voie à quel point il me méprisait.
Pourtant, j’ai ignoré ça, la deuxième fois.
Et maintenant, ça.
La troisième fois, où il m’accuse encore.
J’aime me considérer comme un gars patient... mais quand quelqu’un franchit une certaine limite, il faut s’assurer qu’il comprenne les conséquences, non ?
« Espèce de bâtard !!! »
L’ingrat s’est jeté sur moi, son poing fendant l’air, visant droit mon visage.
J’ai esquivé sans effort, laissant son coup ne rencontrer que le vent avant de lui enfoncer mon poing dans le plexus solaire.
J’étais complètement à sec de mana, à l’exception de la petite quantité qui récupérait lentement, mais même sans ça... mon coup a atterri avec la force d’une frappe renforcée au mana, car mon corps n’était plus normal.
Après avoir fusionné avec l’essence d’un cœur draconique et avoir été renaître en tant qu’Humain des Arcanes, mon physique avait évolué bien au-delà de ceux du même rang.
Plus dur. Plus dense. Plus fort.
Je ne savais pas exactement comment ça fonctionnait, mais bon, je ne suis plus seulement en vie, je suis un noyau vivant.
Le souffle a été coupé net à ce bâtard avant qu’il ne tombe à genoux.
C’est beaucoup mieux comme ça.
Bearlo restait là, figé derrière moi aux côtés de Seraphina.
Il s’était réveillé en même temps que Cedric, juste après que Seraphina a lancé le sort de dissipation de malédiction.
Le pauvre gars avait l’air anéanti, probablement déprimé après m’avoir déçu une fois de plus, mais pour sa défense, ce n’était pas vraiment sa faute cette fois.
Je veux dire, allez, comment était-il censé vaincre ce sale elfe bizarre fusionné avec le corps d’un otaku reclus ?
Alors oui, je ne lui en voulais pas, mais je ne lui ai pas expliqué non plus, car parfois, nos propres attentes et inquiétudes nous poussent plus haut que n’importe quelle réprimande ou encouragement.
Si je ne dis rien, le poids de ses propres pensées fera le travail pour moi, et si ce poids l’écrase au lieu de le pousser à se relever... Eh bien, c’est qu’il n’était tout simplement pas fait pour être mon assistant.
Quoi qu’il en soit, mon regard s’est posé à nouveau sur ce bâtard agenouillé.
« Qu’est-ce que tu crois faire ? »
J’ai souri en disant cela, mais à l’intérieur, le dégoût s’intensifiait. Ce visage suffisant, cette fausse droiture... je sentais ma patience pourrir rien qu’en le regardant.
« Espèce de bâtard, » a-t-il craché, la voix tremblante de chagrin et de rage. « Pourquoi l’as-tu tué ? Pourquoi ?! J’aurais pu le sauver... J’aurais pu. »
Il m’a lancé un regard noir, la haine brûlant à travers les larmes dans ses yeux alors qu’il se cramponnait à son estomac.
« Je vais te tuer, » a-t-il sifflé. « Même si c’est la dernière chose que je fais... une fois qu’on sera sortis de cette forêt maudite, je te tuerai, c’est certain. »
C’est quoi ce délire ?
C’étaient les seules pensées qui me traversaient l’esprit en le voyant prononcer ces mots avec une expression pleine de haine sur le visage.