Alors que mon esprit revenait à la réalité, mes pensées tournaient toujours autour de la seule chose que j'avais apprise.
Le père de ce transmigré, le père de Lucien, était le même psychopathe qui m'avait fait exploser.
Tout ça parce qu'il pensait que j'avais couché avec sa femme.
Sa femme.
Une femme que je n'avais même jamais vue de toute ma vie.
Bon sang, d'après ce dont je me souvenais, ce n'était même pas le genre de femme capable de me faire briser mon code sacré : ne jamais toucher une femme mariée.
Alors pourquoi ?
Non, plus important encore, de quoi diable ce bâtard parlait-il ?
Je l'avais entendu clairement : « C'était nécessaire. C'est le commencement. »
Les mots résonnaient encore dans ma tête comme une énigme.
D'après ce que j'avais vu, cet homme n'était pas brisé.
Il avait été heureux.
Il aimait sa femme.
Il aimait sa famille.
Alors, qu'est-ce qui l'avait fait basculer dans la folie du jour au lendemain ?
Et même s'il avait craqué, pourquoi aller aussi loin ? Pourquoi la tuer ? S'il s'agissait vraiment de trahison, il y avait des moyens plus simples comme une dispute, un divorce ou n'importe quoi d'autre, mais... ça.
Alors, qu'est-ce qui l'avait poussé à bout ?
Y avait-il quelqu'un ou quelque chose d'autre impliqué ?
C'était la seule chose qui avait du sens. La seule explication qui ne se terminait pas par « un psychopathe au hasard a perdu la tête ».
Mais si c'était vrai... alors ma mort n'était pas juste le caprice d'un bâtard dément. C'était planifié, et cette pensée... était bien pire.
Mais évidemment, il fallait que quelqu'un interrompe ma réflexion.
Un poing vola droit vers mon visage, assez rapide pour faire hurler l'air lui-même.
J'ai bougé par instinct, en tordant mon corps vers l'arrière.
Le coup de poing fendit le vide et l'onde de choc qui suivit éclata dans un fracas assourdissant.
La poussière s'éparpilla et ma cape voleta.
« Qu'est-ce que tu crois faire, bon sang ? » ai-je marmonné en époussetant mon épaule tout en fixant la fille qui venait d'essayer de refaire le portrait de mon glorieux visage.
Elle gloussait.
« Tu étais parti dans tes pensées pendant une seconde », dit-elle entre deux rires, les yeux remplis de folie. « Alors je me suis dit que je pourrais... te réveiller. »
J'ai cligné des yeux.
« En me frappant ? »
Elle a juste affiché un sourire plus large et a hoché la tête.
Je ne savais même plus quoi dire, mais bon sang, ce coup avait de la puissance.
Maintenant que je l'avais senti d'aussi près, j'avais enfin compris comment elle parvenait à asséner des coups aussi brutaux avec ce corps faussement fragile.
Ce n'était pas de la force brute.
C'était la gravité.
Elle la manipulait, se rendant plus légère quand elle bougeait et plus lourde quand elle frappait.
C'était simple et pourtant terrifiant.
D'après ce que je pouvais voir, elle n'utilisait pas d'affinité du tout.
Non, cela semblait différent, ce qui signifiait que c'était définitivement une compétence. Car utiliser une affinité avec autant de précision, d'instinct, était presque impossible, à moins d'avoir été entraînée depuis l'enfance.
Et c'était impossible, car les gens ne découvraient leur affinité qu'après l'éveil... qui n'arrivait pas avant dix-sept ans.
Alors oui, c'était forcément une compétence. Pas que ça ait un rapport avec moi.
Je me suis redressé et je l'ai regardée.
« Alors... qui es-tu exactement ? »
Je devais garder mon calme. Je veux dire, quand une petite guérisseuse timide se transforme soudainement en psychopathe hilare, il faut poser quelques questions pour ne pas paraître suspect.
« Je suis Seraphina », dit-elle immédiatement, comme si c'était la chose la plus évidente au monde.
« Je vois... » J'ai hoché la tête lentement. « Alors, pourquoi ce changement soudain ? Et, tu sais... » J'ai agité vaguement la main vers son visage. « Ce changement complet de personnalité ? »
Je voulais juste voir comment elle réagirait.
Allait-elle me parler de son petit marché avec une Déesse ou jouer l'idiote ?
Mais avant que je puisse obtenir ma réponse, son corps commença à changer à nouveau. Les reflets sombres de ses cheveux scintillèrent, s'estompant pour redevenir blond platine.
Ah... donc son temps est écoulé, hein ?
« À bientôt, beau gosse. »
Sa voix avait changé, devenant plus douce tout en conservant ce léger écho de folie en dessous.
Puis, tout simplement, ses jambes se dérobèrent.
Le sourire disparut de son visage alors que son corps devenait mou,
la dernière trace de cet autre moi s'effaçant de ses yeux.
Son corps commença à s'effondrer en arrière, complètement épuisée.
Normalement, je ne suis pas du genre à sauter dans le cliché du
« oh non, la fille tombe, je ferais mieux de la rattraper », mais je venais tout juste de réévaluer mon opinion à son sujet.
Elle était utile... Assez utile pour mériter d'être rattrapée.
Alors je me suis penché en avant, j'ai attrapé sa main et je l'ai tirée vers moi.
Son corps était léger, presque trop léger, alors qu'elle trébuchait dans mes bras.
Pendant un instant, la grotte devint silencieuse, hormis sa respiration saccadée.
J'ai affiché mon plus beau sourire.
Celui que je réserve à la diplomatie... ou aux désastres.
« Ça va ? » ai-je demandé doucement.
—
Les yeux de Seraphina s'ouvrirent en battant des cils et la première chose qu'elle vit fut lui. Le visage du garçon était bien trop proche, ses yeux cramoisis fixés sur les siens.
Il y avait un sourire sur ses lèvres, le même qu'il portait toujours, mais en ce moment, il semblait... plus doux et plus humain que celui qu'il arborait d'habitude.
Pendant un instant, elle oublia tout : l'épuisement, le sang et la pulsation de pouvoir qui s'estompait dans l'air.
Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était plonger son regard dans ces yeux cramoisis qui, d'une certaine manière, brûlaient tout en l'apaisant.
Elle pouvait entendre son rythme cardiaque... mais le sien était plus fort, tonnant dans sa poitrine.
Elle n'avait jamais été aussi proche d'un garçon auparavant.
Techniquement, elle s'était accrochée à lui plus tôt, dans cette partie de la grotte qui s'effondrait, mais c'était par pur instinct.
Son corps avait simplement bougé tout seul, essayant de survivre.
Mais ça... Ça semblait différent.
Quelque chose au plus profond d'elle hurlait de ne pas lui faire confiance. C'était comme si l'univers entier lui murmurait un avertissement à l'oreille.
Et pourtant... Quelque chose d'autre voulait le croire... Voulait faire confiance à chaque mot qui quittait ses lèvres.
C'était étrange.
Son corps réagit avant que ses pensées ne suivent, alors qu'elle se repoussait, mettant un peu de distance entre eux.
Les souvenirs de son autre moi étaient encore frais, car même si la personnalité avait changé, le corps et l'esprit restaient les mêmes.
Le même cœur qui avait ri comme une maniaque quelques instants plus tôt battait maintenant dans la confusion et la honte.
Tout semblait étranger et pourtant, d'une certaine manière, toujours sien, mais sous la peur et les tremblements, il y avait autre chose.
Du bonheur.
Parce que pour la première fois, elle n'était pas un fardeau.
Elle s'était battue.
Elle avait tenu bon.
Elle ne s'était pas cachée derrière quelqu'un de plus fort, n'avait pas pleuré à l'aide.
Elle avait aidé à mettre fin à tout ça, et cette petite vérité suffisait à remplir sa poitrine d'une fierté tranquille.
Elle regarda le garçon, son regard fuyant sans jamais vraiment croiser ses yeux.
« J–je vais... bien. »
Sa voix était différente maintenant, fragile et hésitante, bien loin du ton confiant de son autre moi.
Et elle le sentait.
Contrairement à celle qui agissait sans réfléchir, cette Seraphina réfléchissait trop.
Elle s'inquiétait de ce que les gens pouvaient penser.
Et s'ils la détestaient ?
Et si elle disait encore une bêtise ?
Alors elle restait silencieuse et prudente... piégée dans ses propres pensées.
Elle connaissait ses défauts et elle savait exactement comment son autre moi bougeait, parlait et vivait.
Et pourtant... Elle ne pouvait pas se résoudre à agir ainsi.
Parce que cette partie d'elle, ce côté timide et incertain, était toujours elle, et peu importe à quel point elle voulait changer, certaines choses n'étaient pas destinées à être effacées.
Elle pouvait sentir le regard du garçon sur elle.
Ai-je dit quelque chose de travers, ou mon ton était-il trop sec ou trop doux ?
Ses pensées se bousculaient, s'entrechoquant dans la panique. Chaque seconde de silence semblait s'étirer à l'infini, chaque battement de cœur résonnant un peu trop fort dans sa poitrine.
Elle ne savait même plus pourquoi elle réfléchissait autant. Pourquoi chaque mot, chaque souffle, devait ressembler à un test.
Mais au fond d'elle... elle savait.
Son défaut.
Il l'avait légèrement changée... Cette rumination constante n'était pas entièrement la sienne. Du moins, c'est ce qu'elle avait compris grâce au flot de connaissances et à ce qu'elle avait vu sur son Défaut : Dualité de l'Âme.
Cela la rendait douloureusement consciente d'elle-même.
Mais cela ne la dérangeait pas, car elle avait toujours été comme ça : hésitante, incertaine et pleine de trop de pensées sans assez de courage.
La seule différence maintenant, c'est que le Défaut avait monté le volume.
Il ne la changeait pas... il rendait juste tout plus bruyant.
Pendant un moment, aucun des deux ne parla.
Puis la voix de Rael brisa le calme, plus douce qu'à l'accoutumée et presque tendre.
« Je vois », dit-il. « C'est bon à savoir. »
Une seconde passa.
Puis, avec ce sourire familier sur le visage,
« Dis, Seraphina... tu veux être à moi ? »
Il murmura ces mots si nonchalamment qu'il fallut une seconde pour qu'ils soient assimilés.
Pendant un instant, l'esprit de Seraphina s'arrêta net et tout devint vide.
« ...Quoi ? » chuchota-t-elle.
Ses pensées trébuchèrent.
Quoi ?
Quoi ?
Le mot résonnait encore et encore dans sa tête,
comme si son cerveau refusait de traiter quoi que ce soit d'autre.
—
Note de l'auteur :
Les gars, détendez-vous, ce n'est pas votre cliché habituel... probablement. Et non, Seraphina n'est pas « amoureuse », c'est le Mythe et le Défaut de Rael qui lui retournent le cerveau 💫.
L'arnaqueur qui a dupé Hel est en train de tordre la confiance elle-même... et son propre défaut ? Oui, c'est ce qui la fait douter. Et son propre défaut n'aide pas du tout. Donc oui, ce n'est pas de l'amour.
Alors, pourquoi Rael lui demande-t-il d'être à lui ? C'est pour le prochain chapitre, ou vous pouvez deviner si vous voulez. 😂