[N/A : Ne vous inquiétez pas, vous n'avez pas basculé par erreur dans une autre histoire.]
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« Pourquoi la vie est-elle toujours aussi cruelle ? »
Lucas murmura ces mots entre ses dents, son costume noir collé à la peau tandis que la pluie pleurait avec lui.
Il assistait aux funérailles de ses parents, ou plus précisément, à celles de sa mère. Il avait fêté ses dix-huit ans il y a à peine quelques mois.
Cela aurait dû être le début d'une existence radieuse, mais tout ce qu'il voyait devant lui n'était que grisaille.
Lucas n'avait jamais eu une vie sociale très riche ni rien de grandiose à revendiquer. Mais il avait une famille, et cela lui suffisait.
Une mère qui l'accueillait chaque matin avec un sourire chaleureux.
Un père calme, patient et bienveillant.
Il avait toujours été heureux de cette vie simple.
Jusqu'à ce jour... le jour où tout a basculé.
Cela commença dans le calme.
Son père s'était réveillé en agissant bizarrement, et la première chose qu'il fit fut de commencer à fumer, une habitude qu'il n'avait jamais eue à la maison.
Il posa même des questions étranges. Au sujet de Maman. Pour savoir si elle avait « agi bizarrement ces derniers temps ».
Lucas n'avait rien compris à tout cela.
Il n'avait jamais vu son père dans cet état. Ses parents étaient ensemble depuis le lycée, ils s'étaient enfuis juste après l'obtention de leur diplôme et l'avaient eu alors qu'ils n'avaient que dix-neuf ans.
Et maintenant, dix-neuf ans plus tard, ils étaient censés fêter leur anniversaire de mariage. Cela aurait dû être un jour heureux.
Mais au lieu de cela, son père l'avait regardé avec des yeux hantés et avait posé des questions qu'aucun fils ne devrait jamais entendre.
« As-tu... vu ta mère avec un autre homme ? »
Pendant un instant, Lucas crut avoir mal entendu.
Puis, le sens de la phrase le percuta. Une rage bouillonnante monta en lui avant même qu'il puisse la contenir.
Il cria sans réfléchir, la voix brisée par la douleur.
Comment pouvait-il ?
Comment Papa pouvait-il seulement dire une chose pareille ?
L'homme qui avait toujours parlé d'elle avec tant de douceur.
L'homme qui souriait à chaque fois que Maman riait.
Et maintenant... ça ?
« Comment peux-tu seulement demander ça, Papa ? »
Mais son père ne répondit pas. Il resta assis là, tel un étranger portant le visage de son père. Pour la première fois, Lucas le vit comme quelqu'un de totalement différent.
Pas l'homme qu'il admirait.
Pas le héros de ses histoires d'enfance.
Pas celui qui se vantait de ses années lycée et de la façon dont il avait « mis la main sur la plus belle femme du monde ».
Non.
Tout ce que Lucas voyait désormais, c'était un homme pathétique.
Et la vue de cet homme, cette version vide et brisée de lui-même, lui retourna l'estomac.
Cela le répugnait.
« Je ne veux plus voir ta tête. »
C'est tout ce qu'il réussit à dire avant que son père ne se détourne et ne sorte de la maison en trombe.
La porte claqua et le silence revint.
Pendant près d'une demi-heure, Lucas resta là, immobile, ne sachant pas s'il devait le suivre, lui crier dessus ou faire quoi que ce soit.
Puis la porte d'entrée s'ouvrit à nouveau.
Sa mère entra.
Son parapluie fit goutter de l'eau sur le sol et elle arborait ce sourire familier... seulement, cette fois, il semblait déplacé.
« Lucas, dit-elle doucement, la voix tremblante, nous devons partir. »
Il cligna des yeux. « Partir ? Pourquoi ? Où ça ? »
« Ton père a perdu la raison, dit-elle précipitamment. Il m'accuse de quelque chose que je n'ai jamais fait. »
« De quoi tu parles, Maman ? » demanda Lucas.
Mais elle n'eut jamais l'occasion de répondre.
La porte d'entrée s'ouvrit une fois de plus et son père entra.
Cette fois, un large sourire barrait son visage, un sourire qui semblait faux et terrifiant.
L'eau de pluie ruisselait sur ses cheveux et, dans sa main, brillait un couteau acéré.
« Tout ira bien si je fais ça, dit-il calmement. »
« C'est le commencement. »
« Oui... Je suis juste en train de remettre les choses en ordre. »
« Il faut que je le fasse. »
Chaque phrase sortait de manière frénétique, ses mots devenant de plus en plus incompréhensibles à chaque seconde.
Puis, il se rua avec le couteau vers la mère de Lucas.
Lucas réagit par instinct. Il n'eut pas le temps de réfléchir. Il se jeta entre eux, les bras écartés, tentant de la protéger.
Mais les mains de sa mère furent plus rapides. Elle le poussa sur le côté.
« Cours, Lucas... »
Sa voix tremblait, étouffée par les larmes qui coulaient sur ses joues et pourtant, malgré tout, elle souriait.
Ce même sourire doux et maternel qu'elle arborait toujours quand il avait peur, enfant.
Puis le couteau frappa.
Il lui transperça la poitrine. Son corps trembla. Elle s'effondra dans les bras de son père... avec ce sourire incroyablement tendre toujours présent sur son visage.
Pendant un instant, tout s'arrêta pour Lucas.
Le monde devint silencieux.
Aucun son.
Aucune odeur.
Il arrivait à peine à respirer.
Même les sanglots rauques de son père semblaient lointains, comme des échos venant d'ailleurs.
Pourquoi... ?
Pourquoi cela arrivait-il ?
Pourquoi maintenant ?
« ESPÈCE DE SALAUD !!! »
Le cri brut et désespéré de Lucas résonna dans le silence.
Son père se tenait là, à le fixer. Sans colère ni culpabilité. Juste avec ce même regard étrange et distant, comme s'il voyait quelque chose que Lucas ne pouvait pas percevoir.
« C'était nécessaire », dit-il doucement.
Puis, sans un regard de plus, son père fit demi-tour et s'enfuit.
Lucas bougea, se laissant tomber à genoux près de sa mère. Son corps tressaillait encore au rythme de respirations superficielles.
Une quinte de toux s'échappa de ses lèvres, faisant jaillir du sang.
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« Maman... » sa voix se brisa. « Laisse-moi appeler une ambulance, s'il te plaît, tiens bon. Ne me laisse pas, je t'en supplie. »
Ses mains tremblaient alors qu'il se précipitait vers elle, pressant la plaie comme s'il pouvait, d'une manière ou d'une autre, arrêter l'hémorragie.
Ses doigts effleurèrent sa joue, faibles mais chauds.
« C'est... *tousse*... trop tard, Lucas. »
Sa voix n'était plus qu'un murmure.
« Ton père... il a perdu la raison », haleta-t-elle, les larmes se mélangeant au sang sur ses lèvres.
« Il m'a accusée de... d'avoir une liaison avec un homme que je n'ai même jamais rencontré. »
Lucas secoua la tête frénétiquement. « Non... non, ne dis pas ça. Tu vas t'en sortir, Maman, s'il te plaît... »
Mais elle se contenta de sourire, un sourire faible et las.
« S'il te plaît... vis une belle vie, mon fils. »
Sa voix tremblait, chaque mot plus doux que le précédent.
« Maman est toujours avec toi et tu... tu es le plus beau cadeau que le monde m'ait jamais fait. »
Sa main resta sur sa joue une seconde de plus, puis elle glissa.
La chaleur quitta ses doigts et le monde redevint totalement immobile.