Chapitre 624
Le lendemain, Axel se réveilla après une bonne nuit de sommeil. Son corps et son esprit étaient parfaitement reposés : plus de douze heures de sommeil avaient réparé ses blessures physiques et dissipé sa fatigue mentale.
Et comme son esprit était dépourvu d’émotions, aucune pensée superflue ni aucun cauchemar ne vint le tourmenter dans ses rêves.
Il avait peut-être vraiment bien dormi pour la première fois depuis de nombreuses années.
Heureusement, même pendant son sommeil, l’élément d’Oblivion en lui n’avait pas échappé à tout contrôle.
C’était comme si son esprit avait appris à le contenir automatiquement, son subconscient mobilisant sans cesse une certaine quantité de puissance mentale pour le maintenir passivement sous contrôle.
Un intérêt froid s’éveilla dans son esprit pour cet attribut surpuissant d’« Effacement absolu ». Il devrait probablement s’en servir désormais ; il était absolument indispensable de connaître à l’avance la nature et les limites de ce pouvoir.
Avec sa putain de malchance, n’importe quoi pouvait arriver à tout moment.
Il commença par balayer les environs de ses sens, mais ne vit personne, même s’il était certain qu’on le surveillait encore.
Malheureusement, sans ses Yeux runiques, il ne pouvait pas vraiment percer les formations magiques sylvestres sophistiquées dissimulées aux regards.
Axel soupira et disposa quelques artefacts de barrière de troisième rang dans la chambre en bois.
Il était peu probable qu’ils arrêtent vraiment les regards indiscrets, mais son esprit calculateur jugea qu’il valait mieux avoir quelque chose que rien du tout.
Axel serra puis desserra le poing droit, en contrôlant lentement son esprit, comme s’il débouchait progressivement une bouteille de soda.
Il laissa échapper un minuscule… minuscule fragment de l’élément d’Oblivion.
Et, étrangement… cette fois, Axel parvint dans une certaine mesure à voir les particules. Elles ressemblaient à un essaim de points noirs et, dès qu’il relâcha un peu son contrôle, les points se mirent à danser violemment sur toute sa main.
En se déplaçant, ces particules noires attiraient imperceptiblement l’air autour de sa main, comme si celui-ci était aspiré vers la main qui les entourait.
En y regardant de plus près, il comprit ce qui se passait réellement : ces points noirs effaçaient sans cesse les particules d’air qui entraient en contact avec eux.
Avec le recul, cela aurait pu ressembler à une destruction des particules d’air à l’échelle moléculaire, mais ce n’était pas le cas : il s’agissait d’un effacement absolu. Comme si elles étaient supprimées et réduites au néant.
Et ce concept même avait de quoi déstabiliser, pour le moins.
Parce qu’il violait le principe même de conservation de l’énergie !!!!
Peu importait qu’une masse, des particules ou des objets soient détruits : l’énergie était toujours conservée. Elle passait d’une forme à une autre.
Mais si les molécules étaient littéralement effacées de l’existence, alors l’énergie n’était pas transformée : elle était supprimée.
Tandis qu’Axel approfondissait sa compréhension de l’élément extraversal, une suite de mots lui fut murmurée à l’oreille.
[Votre affinité avec l’élément d’Oblivion a légèrement augmenté.]
[Affinité actuelle : 1,6 %]
Axel prit note du message et ressentit de nouveau l’absence de ses Yeux runiques. Si seulement ses yeux surpuissants lui étaient restés, il aurait pu analyser et suivre l’utilisation de ce pouvoir à un niveau bien plus fondamental, d’un simple regard.
La vie était tellement plus facile quand sa vue surpuissante fonctionnait jour et nuit.
Le Runiste reporta son attention sur la tâche en cours.
Il tenta d’affiner le contrôle de ce pouvoir, mais plus il se concentrait, plus l’énergie devenait instable.
Et avec cette tentative, la sensation qui lui engourdissait l’esprit revint et s’intensifia peu à peu.
Il essaya donc une autre approche, au lieu de continuer à forcer le contrôle.
Il relâcha son emprise mentale sur Oblivion, qu’il contenait en lui, et une nouvelle couche de particules noires en mouvement violent apparut dans sa paume.
Les mouvements chaotiques de toute la masse d’Oblivion dans sa main se multiplièrent plusieurs fois ; sa lucidité mentale diminua encore, au point de lui donner le vertige.
Axel reprit aussitôt le contrôle d’Oblivion et ramena les particules noires dans son corps.
Le Runiste prit plusieurs grandes inspirations pour apaiser légèrement son mal de tête lancinant et le bourdonnement assourdissant qui résonnait dans son esprit depuis cette perte temporaire de lucidité.
Quelques minutes s’écoulèrent en silence, puis il se murmura : « Donc, plus j’essaie de le contrôler consciemment, plus c’est difficile. »
Il ajouta : « Et plus je manie d’Oblivion à la fois, plus ma lucidité s’érode. »
Il remarqua un autre détail : « Chacune de ces particules noires tourbillonnantes qui représentent l’élément d’Oblivion continue d’effacer une masse d’un volume cinq à dix fois supérieur au sien. »
« Cette quantité augmente de façon exponentielle quand je manie davantage d’Oblivion à la fois. Et ma lucidité mentale s’érode tout autant, en proportion inverse. »
Axel observa une nouvelle fois la petite boule de particules noires d’Oblivion, gazeuses et agitées, puis plissa les yeux lorsqu’une idée lui traversa soudain l’esprit. « Oblivion !!! »
« Si c’est le pouvoir de l’effacement absolu, n’est-ce pas quelque chose qui s’apparente à des antiparticules ? » se demanda-t-il. « Non, non, ce n’est pas ça. Le Faux Vide et l’élément du Vide sont plus proches des antiparticules. »
Il poursuivit : « Toute masse ou énergie du monde matériel qui entre en contact avec le Faux Vide s’érode mutuellement avec lui jusqu’à être réduite au néant. »
« Mais Oblivion est un élément altéré de l’élément du Vide. Sa nature est peut-être similaire, tout en étant différente. »
« Contrairement à l’élément du Vide lorsqu’il entre en contact avec l’énergie des mondes matériels, il ne se détruit pas. Il est bien plus stable et continue d’effacer à un rythme constant tout ce qui entre en contact avec lui. »
Ses yeux s’écarquillèrent quand la révélation le frappa. « Alors… Oblivion ne s’agite pas ainsi par nature : c’est plutôt le monde matériel qui agit sur lui ? »
« Il me faut donc quelque chose pour le séparer des particules d’air ou de toute forme d’énergie qui entre en contact avec lui ? » supposa Axel.
Son esprit froid s’emballa comme un ordinateur tournant à plein régime, car il utilisait sa puissance mentale pour contrôler plus ou moins Oblivion.
La puissance mentale était essentiellement une extension de sa Volonté. Il lui fallait donc, dans cette situation, exprimer sa Volonté plus adéquatement afin de s’en servir comme mécanisme de séparation et de contrôle précis d’Oblivion.
La réponse lui vint bien plus facilement qu’il ne l’avait imaginé. Il murmura : « Mon Intention meurtrière !!! »
Une couche de soif de sang maîtrisée suinta de ses doigts, telle une couverture rouge… Lentement mais sûrement, la soif de sang d’Axel enveloppa les particules d’Oblivion qui s’agitaient de façon erratique.
Pendant un instant, il sentit une légère résistance de la part d’Oblivion, et peut-être même une pointe de corrosion qui rongeait sa propre soif de sang, mais cela cessa ensuite.
Peu à peu, sous ses yeux, les particules noires ralentirent jusqu’à s’immobiliser complètement.
Axel sourit. « Ça a marché… »
Pourtant, son sourire était étrangement vide. Il ne ressentait pas la moindre joie face à cette découverte ; son esprit tenta plutôt d’en imiter la sensation, mais échoua lamentablement.
Des Runes noires scintillèrent au coin de ses yeux…
[Félicitations ! Axel Nomrad, vous avez eu une révélation liée à l’élément d’Oblivion.]
[Votre affinité avec l’élément a considérablement augmenté.]
[Affinité actuelle : 10 %]
[Vous avez accompli un exploit remarquable que peu d’individus dans l’histoire de l’univers ont réalisé : comprendre un fragment d’une loi extraversale.]
[Vous avez obtenu 1000 points de statistique non attribués.]
Mais à cet instant précis, avant même qu’Axel puisse assimiler les mots de Prime ou ressentir la soudaine hausse de son affinité, il perçut brusquement quelqu’un qui approchait avec hésitation de la cabane perchée dans l’arbre…
Il fit donc disparaître les messages runiques clignotants de Prime et réintégra dans son corps la boule de particules noires qu’il tenait dans la main.
Il désactiva les quelques artefacts de barrière qui enveloppaient la pièce dans l’arbre.
Lorsqu’il sortit, il aperçut un jeune Elfe caché derrière un arbre, à quelques mètres de là. On aurait dit qu’il hésitait, tiraillé entre avancer et rebrousser chemin.
Axel lui lança depuis la fenêtre de sa chambre : « Hé, qu’est-ce qu’il y a, gamin ? »
Pour une raison quelconque, la signature de mana du jeune Elfe lui semblait familière.
Le garçon sursauta et leva les yeux vers le visage froid et impassible d’Axel. Il s’empressa de dire : « Euh, bonjour, monsieur Arlo. Je suis Balran, le fils du chef de la tribu. »
Axel ne répondit pas et fixa le garçon d’un air impassible.
Après un court silence, Balran ajouta : « En fait, c’est moi qui vous ai trouvé le premier après votre chute… du ciel. »
Les yeux d’Axel vacillèrent et il comprit pourquoi la signature énergétique de Balran lui semblait familière : son subconscient avait dû enregistrer avec méfiance le mana du jeune Elfe.
Il étudia les expressions changeantes de Balran et lui demanda doucement : « Alors, Balran, qu’est-ce que je peux faire pour toi ? »
Balran, avec une pointe d’enthousiasme, répondit : « Si cela ne vous dérange pas, j’aimerais vous poser des questions sur l’Ouest désolé, non… je veux dire les terres humaines. »
Axel prit un air faussement surpris, puis hocha la tête. « Bien sûr, ce n’est rien. Pourquoi ne monterais-tu pas ? Je pourrai te raconter tout ce que tu veux savoir. »
Balran parut d’abord enthousiaste, puis hésita un instant en regardant derrière lui les innombrables regards indiscrets braqués sur eux, tels des faucons.
Mais Axel lui lança de loin : « Ne t’inquiète pas pour les anciens, ils ne te diront rien. Et n’aie pas peur de moi non plus. »
« Après tout… je ne suis qu’un humain ordinaire à l’âme blessée », ajouta le Runiste avec un rire sans joie, « et pas un Démon caché sous une apparence humaine. »