Chapitre 379
Au moment où Sophia activa son tout dernier atout, le seul qui lui restait, le monde lui-même grisa un instant. Tous les éléments de pure obscurité présents dans ce territoire métaphysique se ruèrent vers elle, formant une tornade de ténèbres.
Une armure noire étincelante enveloppa tout son corps, manifestée et façonnée par les ténèbres elles-mêmes. Un casque à plumes reposait sur sa tête, dissimulant son visage. Seuls ses yeux noirs et ses pupilles cramoisies apparaissaient à travers les étroites fentes de la visière.
Cette fois, aucune épée ne se manifesta dans ses mains ; une longue lance noire et brillante apparut à la place. Elle jugea qu'une lance était plus adaptée à la situation face à de multiples ennemis, et elle avait vu juste.
Un sourire sanglant étira ses lèvres. Ses yeux fixés sur Axel, elle lança avec sarcasme : « Tu disais ? »
Avant même qu'il n'ait l'opportunité de répondre à sa pique, le son de deux bangs soniques résonna aux oreilles d'Axel et de ses deux humains démonisés. Axel parvint à peine à suivre ses mouvements grâce à l'usage intensif de ses yeux runiques et de son sens de l'énergie, se verrouillant sur cette obscurité omniprésente, plus puissante que jamais.
Dans un rugissement démoniaque, les trois silhouettes l'attaquèrent. Sophia se précipita vers eux, telle un missile à tête chercheuse. Elle était désormais prête, mentalement et physiquement, à affronter trois adversaires. Ses paroles précédentes résonnèrent à nouveau :
« Art du Saint, Style de l'Épée Valkyrien, Première Forme — Pencer de Probabilité. »
Voyant les probabilités défiler sous ses yeux, elle ne bloqua aucune des trois attaques. Sa forme actuelle lui conférait une immunité de 50 % contre tout type de dégâts, et sa lance fendit l'air à une vitesse fulgurante, portant des contre-attaques précises sur ses trois assaillants.
Plus encore, cette forme lui donnait accès, pour une courte période, à des réserves quasi infinies de la forme la plus pure de l'obscurité totale.
Mais elle ne pouvait pas abuser du Pencer de probabilité. C'était une attaque qui surchargeait totalement son cerveau ; un temps de recharge était nécessaire avant de pouvoir l'utiliser à nouveau, sans parler du coût massif en réserves d'énergie.
Ken Dusker, Axel Nomrad et Galagar Gareth furent tous trois repoussés de trente mètres d'un seul coup. Axel donna un ordre mental à ses deux acolytes, partageant son sens de l'énergie des ténèbres ainsi que la vision de ses yeux runiques via le lien qu'il entretenait avec eux, ancré dans la graine de l'obsession.
Une trace de choc apparut sur leurs visages, incapables de masquer leur stupeur. La vision avec laquelle Axel percevait le monde différait de tout ce qui était normal.
Ses yeux runiques affichaient des motifs et des trajectoires à suivre, selon ses intentions et ses désirs. Le sens de l'énergie qu'il avait tiré du monde du Vide était une autre capacité brisée qui ne nécessitait aucune explication.
Avec une efficacité bien supérieure, les trois démons travaillèrent comme un esprit de ruche unique. Ils attaquèrent Sophia avec toute leur puissance et leur tactique, sans gaspiller le moindre mouvement. Axel utilisait principalement Ken Dusker comme bouclier humain ; il était le maillon faible du trio, ce qui signifiait que Sophia ne pouvait pas lui porter un coup trop puissant.
La marque d'âme l'en empêcherait immédiatement et provoquerait un contrecoup violent. Elle souffrait déjà d'un tel contrecoup, mais tolérait la douleur de son âme comme si de rien n'était, grâce à sa volonté de fer.
Trois techniques d'épée différentes, mais puissantes, s'abattirent sur la Valkyrie, chacune imprégnée d'attributs distincts. Ses yeux brillèrent froidement ; elle maniait les ténèbres comme une extension de ses propres membres, en plus de sa lance acérée. Elle para toutes les attaques avec grâce, mouvant chaque partie de son corps comme une danseuse.
Une ballerine dansant sur un champ de bataille couvert de sang et jonché de cadavres. L'éclipse pourpre s'était transformée en une nuit cramoisie, sinistre, faite de massacres, de trahisons, de destructions et de cœurs brisés. Deux amants tentant d'imposer de force leur idéologie et leur volonté tordues à l'autre.
Ce n'était pas seulement un choc d'intérêts, mais de destin et de fatalité, comme si l'univers lui-même tentait de décider qui serait l'« Élu »... celui qui sortirait vainqueur.
Tels trois bêtes devenues folles par désespoir, ils continuèrent à se battre contre l'expertise martiale inégalée de la Valkyrie. Axel voyait clairement que son armure se réparait constamment alors qu'elle subissait des dégâts et s'effritait sous leur assaut combiné.
Sophia, sous son armure, n'était pas indemne non plus. Son état empirait sans cesse, sa régénération ayant cessé depuis longtemps. Pourtant, ses yeux ne perdaient pas leur éclat meurtrier. Elle dominait toujours les trois. Comme si elle voyait et comprenait quelque chose qu'Axel ignorait.
Soudain, le tempo de la bataille changea. Elle avait prédit et appris le schéma de leur combat. Se déplaçant selon un rythme contre-nature, elle passa entre Axel et Gareth, et saisit la gorge de Ken avec une force colossale.
Elle le projeta haut dans le ciel... même si Ken ne mourait pas de la chute, il serait au moins totalement neutralisé. Elle ne laissa aucune opportunité à Gareth ou Axel de s'éloigner du combat, les maintenant sous une pression constante.
Désormais, avec Ken Dusker hors jeu, les attaques de Sophia devinrent plus fréquentes et violentes, sans rien pour la retenir. Elle était sans aucun doute la machine de guerre la plus mortelle. Si tuer avec précision était un art, il n'existait pas d'artiste plus grande qu'elle.
Gareth s'avança, encaissant la plupart des attaques, servant de tank et se sacrifiant volontairement pour le futur qui se profilait, pour l'horreur qui attendait le monde et la vision de fin du monde qu'Axel Nomrad lui avait montrée. Pour empêcher cette fin apocalyptique, il ne voyait aucun inconvénient à être l'agneau sacrificiel insignifiant.
Mais hélas ! Tout comme pour Ken Dusker, il ne fallut pas longtemps à Sophia pour lire son schéma de combat et trouver une opportunité de l'écarter, car il avait déjà trop souffert au milieu de la mêlée. La longue lance noire de Sophia transperça directement le cœur de Gareth, à plusieurs reprises.
Désormais, seul Axel restait face à elle. Le cœur endurci et une expression douloureuse sur le visage, il activa son tout dernier recours, celui qu'il ne voulait pas utiliser en raison de son coût immense. Tout comme la forme actuelle de Sophia, qui lui coûtait un tiers de son espérance de vie.
Mais le sacrifice que le Prime exigeait de lui, c'étaient ses émotions. Il y avait trois raisons pour lesquelles il avait massacré tous ces étudiants :
Un, parce qu'ils étaient censés mourir dans la chronologie originale. Ils avaient vécu un peu plus longtemps parce qu'il avait altéré la formation magique du Liche.
Deux, leurs âmes et leur force vitale étaient nécessaires en sacrifice pour manifester son territoire métaphysique, qui supprimerait Sophia de 25 %.
Trois, leurs esprits et leurs noyaux de nexus étaient nécessaires comme medium de sacrifice, permettant à Axel de se transformer en démon complet de l'obsession.
La transformation en démon de l'obsession n'était possible que si Axel devenait un démon complet et non un hybride. Même alors, il devait sacrifier toutes ses émotions obsessionnelles accumulées pour toujours afin d'incarner cette forme. Un chemin qui ne lui permettrait jamais d'explorer le véritable potentiel de cette transformation, ce pouvoir que la Volonté du monde ne voulait pas qu'il atteigne.
Un pouvoir qui brise l'équilibre même du monde, cet équilibre que la Volonté du monde protège jalousement.
Car sous la forme du démon de l'obsession, le véritable pouvoir de la compétence « Obsession objective » est débloqué à son maximum. Puisqu'il avait utilisé l'esprit des étudiants pour réussir cette transformation, il conservait encore toute son obsession. Il pouvait l'utiliser maintenant. Mais c'était précisément la partie la plus difficile.
Ce ne serait pas une simple perte temporaire de ces émotions, mais une perte permanente. Il ne pouvait s'empêcher de se sentir totalement écrasé à cet instant. Non seulement il devrait la perdre, mais il devrait aussi perdre tout l'amour et les sentiments qu'il éprouvait pour elle. À la fin, il ne serait plus qu'une coquille vide.
Dans ce cas, serait-ce encore lui, ou deviendrait-il quelqu'un d'autre ?
De nos jours, il ressentait rarement la perte de son petit frère, Akon.
Celui pour qui il détruirait le monde, au sein de cette épreuve.
Tout comme cela, oublierait-il aussi un jour totalement Sophia ?
Même ainsi, il n'y avait pas d'autre choix ; il savait que cela pouvait arriver. Les deux options qui lui avaient été données par le fantôme.
Il avait fait son choix ; maintenant, il devait aller jusqu'au bout. Il devait avancer, gagner, être libre, peu importe le prix.
Sophia l'interrogea froidement, sa voix teintée de sarcasme : « D'autres tours ou renforts en réserve ? Si non, il semble que ce soit ma victoire, au final... Comme c'était censé être. »
Axel laissa échapper un rire amer, répondant de sa voix démoniaque : « Tu avais raison, Sophia... il semble que je sois comme toi. Un monstre sous une apparence humaine. Une merde égoïste, prête à trahir même celle à qui je tiens le plus, juste pour mon propre intérêt. »
« Non... Peut-être suis-je encore pire que toi. »
C'était plus une déclaration pour lui-même qu'une question adressée à Sophia. Avant qu'elle ne puisse l'attaquer ou répondre, ses lèvres bougèrent dans une langue perdue que le monde avait oubliée depuis un million d'années ou plus, la langue oubliée des anciens démons. Il prononça les mots interdits : « Péché de l'Obsession_Désir de Force. »
Au moment où il prononça ces mots, les pupilles de Sophia se dilatèrent à l'extrême, et le sol sous ses pieds sembla se fissurer. Le sol, les cieux, les cieux... un tremblement parcourut tout. Elle entendit un cri alien terrifiant résonner dans tout le monde environnant ; la nature elle-même rugissait de fureur.
La Volonté du monde, qui sommeillait tranquillement, s'était réveillée, enragée par les paroles de cette langue impie, car elle brisait les règles mêmes de la réalité, imposant l'existence de l'équilibre. Une terreur primordiale parcourut les milliers de milliards de cellules de Sophia. Non pas parce qu'Axel était soudainement devenu incroyablement plus fort ; en fait, rien de tel ne s'était produit.
Aucune pression écrasante ne rayonnait d'Axel pour la menacer.
Mais c'était parce qu'il se passait autre chose en coulisses, dans le monde, quelque chose qu'elle ne pouvait comprendre, quelque chose de bien plus profond_ plus sombre, car la véritable horreur qui gisait sous leur continent, rempli d'histoire, de politique et de pouvoir, était un secret terrifiant que personne n'aurait pu prédire.
Et Axel n'était que le déclencheur de tout cela ; il était_ le Commencement de la Fin.