Chapitre 151
Chapitre 149 : Favori du monde
Tout le monde hocha la tête, comprenant enfin la présence du professeur Alfred. Pour garantir l’équité de l’enquête visant à identifier le ou les coupables, Axel demanda douze épées forgées, sans aucun enchantement. Le prince Luther, après une hésitation manifeste, les lui remit. Une table, petite mais robuste, fut installée.
Axel demanda à Taser sa plume de gravure runique, mais celui-ci prétexta ne pas l’avoir sur lui. Axel se contenta de sourire. La raison de cette absence était évidente, alors le professeur lui en fournit une. Avec une dextérité magistrale et un contrôle élégant de son flux d’énergie, il commença à graver des runes sur chacune des douze épées, l’une après l’autre.
C’était la première fois que quelqu’un voyait Axel à l’œuvre ; même Lumina, qui le sollicitait pourtant souvent pour des conseils en sorcellerie runique, n’avait jamais assisté à une telle démonstration. Tous restèrent figés, captivés par le processus. Une grâce incroyable émanait de ses mouvements, tandis que des étincelles dorées commençaient à former un symbole complexe et majestueux.
On aurait dit un maître peintre traçant une œuvre sur une toile blanche. À mesure que le dessin prenait forme, il semblait presque prendre vie. Même ceux qui ne comprenaient rien à la sorcellerie runique restaient bouche bée. Sans qu’ils sachent pourquoi, le vent se mit à souffler doucement, le chant des oiseaux s’éleva ; le monde lui-même semblait célébrer l’instant. Le prince Lucien, en particulier, avec son sixième sens et les capacités rudimentaires héritées de sa lignée de dragon, observait la scène avec une stupeur absolue.
Il y avait une puissance fondamentale dans ce processus, quelque chose de pur et de colossal. Quant aux autres Runistes, ils étaient encore plus abasourdis : Axel enchaînait les gravures sans le moindre signe de fatigue. D’ordinaire, la Volonté du monde tente d’entraver ce processus, infligeant au Runiste des maux de tête atroces qui s’intensifient à mesure que la gravure approche de son terme.
Ils n’en croyaient pas leurs yeux : le monde ne restreignait-il pas Axel ? De plus, la profondeur des runes qu’il gravait surpassait tout ce qu’ils auraient pu produire. À l’instant où une rune s’apprêtait à être finalisée, la lumière dorée s’intensifia, se reflétant sur le visage d’Axel et dans ses yeux bleu océan.
Même le puissant et expérimenté professeur Alfred, l’un des meilleurs Runistes de toutes les terres humaines, fixait la scène avec une incrédulité totale. Il y avait une fluidité incomparable, une majesté à couper le souffle dans ses mouvements, une optimisation quasi parfaite de son intention, façonnant son mana pour créer la version la plus aboutie de runes qu’il ait jamais vue.
Non, une seule personne avait fait preuve d’une telle capacité : Damien Nomrad, l’aspiration ultime de tous les sorciers runiques. Aujourd’hui, son petit-fils affichait ce même niveau d’expertise impossible. Il laissa échapper un rire incrédule :
« Qu’est-ce que c’est que cette famille Nomrad ? La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Comme on pouvait s’y attendre de la lignée de cet homme. »
Bien sûr, personne ne l’entendit ; il ne laissa pas ses paroles troubler la concentration d’Axel. En moins de trente minutes, les douze épées furent terminées. Lorsque la dernière fut achevée, le vent souffla plus fort, et au loin, sur les côtes de l’île, les vagues vinrent s’écraser contre le rivage.
Des nuages blancs et doux s’amoncelèrent dans le ciel, la brise se fit plus fraîche, et d’innombrables papillons se mirent à tournoyer autour d’Axel en bourdonnant joyeusement. Quelques gouttes de pluie tombèrent, sans pour autant déclencher d’averse, et dans ce léger crachin, un arc-en-ciel apparut, à peine perceptible mais magnifique.
Une paix profonde envahit le cœur de tous les spectateurs. Les autres Runistes observaient la scène, les yeux écarquillés, comme si une épiphanie était à portée de main sans qu’ils puissent la saisir. Taser sentait que quelque chose d’indiciblement profond se produisait, quelque chose qui lui échappait de justesse.
Il en allait de même pour les autres. Seule Lumina parvint à saisir l’essence du moment. Elle comprit enfin les rouages profonds de la sorcellerie runique, la manière de s’améliorer, de devenir meilleure.
Tandis que ses pairs tentaient de percer le mystère de sa démonstration, le professeur Alfred, perché dans les airs, ressentait tout le contraire.
Une vague de terreur traversa l’esprit du professeur ; son choc était tel qu’il manqua de chuter du ciel, son contrôle du mana vacillant dangereusement.
Tous ces changements environnementaux n’étaient rien d’autre que la reconnaissance de la Volonté du monde elle-même. Mais comment était-ce possible ? Même les elfes légendaires, dotés d’une affinité innée pour la magie grâce à leur lignée, n’avaient jamais prétendu qu’une poignée d’entre eux, dans toute leur histoire, avait réussi à obtenir l’approbation de la Volonté du monde, aussi profonds soient-ils.
Cela signifiait que la maîtrise d’Axel était si grande que la Volonté du monde n’avait eu d’autre choix que de l’accepter plutôt que de l’entraver. Il murmura, incrédule :
« Mon Dieu, quel monstre. Ce gamin pourrait bien surpasser son grand-père. »
Le professeur demanda à Axel, incapable de contenir sa curiosité : « Axel, comment ??? »
Tout le monde sortit de sa torpeur, réalisant soudain qu’ils avaient été totalement envoûtés par le processus, perdant toute notion du temps. Ils tournèrent leur regard vers le professeur, voyant le choc sur son visage et entendant sa question. Qu’est-ce que cela signifiait ? Même le prince Luther, qui menait la charge contre lui, avait été séduit par la beauté artistique de la gravure d’Axel.
Axel détourna enfin les yeux des armes qu’il venait de graver. Il regarda son professeur et répondit avec un sourire serein : « Parce qu’il n’y a personne, personne de plus passionné et déterminé que moi en matière de sorcellerie runique. Personne ne fournit plus d’efforts, personne ne l’aime plus que moi, personne n’est plus envoûté par elle. Personne ne la trouve aussi belle que moi, aussi belle que ce monde cruel lui-même. »
« Et le monde, qu’il le veuille ou non, n’a d’autre choix que de respecter, au moins, mon appréciation sans bornes pour lui », conclut-il avec satisfaction.
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