Chapitre 265
Neo dévora une autre Ombre à l'intérieur de la quinzième porte.
Elle appartenait à un aventurier de 30 ans qui cartographiait des jungles inexplorées et documentait des ruines antiques.
L'aventurier avait éveillé les souvenirs de ses quatorze vies précédentes bien longtemps auparavant, alors qu'il n'était qu'un enfant.
D'une nature curieuse, il s'était mis en tête de parcourir le monde et avait tenté de visiter les lieux ancrés dans ses souvenirs.
[ Ombre ]
Progression de l'éveil : 15/33 → 16/33
Les Ombres suivantes de Neo héritaient toujours des souvenirs de leurs vies antérieures.
La seizième Ombre possédait les souvenirs des quinze vies précédentes.
La vingtième Ombre possédait les souvenirs des dix-neuf vies précédentes.
Au début, ces réincarnations de Neo menaient des existences paisibles.
Les souvenirs des vies passées apportaient une connaissance, une expérience et une sagesse immenses.
Tout allait bien jusqu'à la 23e vie.
La 23e réincarnation ne parvint pas à supporter le fardeau des souvenirs de 23 vies.
Cela le brisait de l'intérieur.
Il parla de ses souvenirs à sa famille, espérant trouver du réconfort auprès d'eux.
Mais il finit brûlé sur le bûcher après avoir été qualifié de sorcier.
La 24e réincarnation connut un sort similaire.
La 25e réincarnation décida de ne plus faire confiance à personne.
Il ferma son cœur et vécut seul jusqu'au jour de sa mort.
Dans sa 26e vie, il vécut seul et mourut seul, encore une fois.
La même chose se répéta lors de la 27e, 28e et 29e vie.
La solitude rongeait son cœur.
Des siècles de solitude le rendaient assoiffé de la chaleur d'autrui.
Il voulait des amis, il voulait une famille, il voulait de l'amour.
Mais...
La trahison et les morts brutales de ses précédentes réincarnations l'empêchaient de faire confiance à quiconque.
Seul.
Il vivrait dans la solitude et mourrait dans la solitude.
Encore.
Et encore.
Et encore.
C'était son destin.
Les réincarnations ne finiraient jamais.
Il pensait que rien ne changerait.
Mais il avait tort, une fois de plus.
Dans sa 30e vie, il était chef cuisinier au palais royal sous le règne du roi Arthur.
La cuisine royale était en pleine effervescence, les serviteurs criaient leurs ordres et le fracas des casseroles en cuivre résonnait contre les murs de pierre. L'arôme de la viande rôtie et du pain fraîchement sorti du four emplissait l'air.
Il recevait quotidiennement la visite de la jeune princesse Morgan.
Pour lui, il n'y avait rien d'inhabituel.
Elle aimait sa cuisine. Rien de plus, rien de moins.
Mais cela fit naître des rumeurs selon lesquelles il lorgnait sur la jeune princesse Morgan.
Un simple serviteur regardant la princesse avec des arrière-pensées ne méritait pas qu'on s'y attarde.
Il fut condamné à l'exécution.
Personne n'y vit rien de mal, et comme il s'était gardé de se faire des amis, personne ne se présenta pour plaider sa cause ou le protéger.
Une vie dénuée de sens et une mort dénuée de sens.
Il ne tenta pas d'échapper à l'exécution ni de prouver son innocence.
Pour lui, c'était ainsi que la vie fonctionnait.
Parfois injuste, parfois déraisonnable.
Étonnamment, ou peut-être sans surprise, la princesse Morgan tenta d'arrêter l'exécution.
Il n'aurait jamais cru que quelqu'un voudrait le protéger.
Lorsque le roi Arthur refusa d'écouter la princesse Morgan, elle mena une révolte et décapita le roi Arthur.
La 30e réincarnation était stupéfaite.
La salle du trône s'était transformée en un chaos total : les tapis rouges étaient tachés de pourpre, la lumière du soleil scintillait sur la couronne d'or du roi déchu, désormais abandonnée sur le sol.
La princesse Morgan se tenait là, une lame à la main, son expression mêlant détermination et tristesse.
« Pourquoi m'avoir sauvé ? »
Il s'attendait à entendre mille réponses différentes de sa part.
Mais les mots qu'elle prononça le laissèrent sans voix.
« Parce que tu cuisines de bons petits plats, ô Réincarné des 30 samsaras. »
« Quoi… ? »
« Est-ce peut-être parce que tu as acquis l'expérience de 30 vies ? Le goût de ta cuisine est inégalé dans ces contrées. Il serait stupide de laisser quelqu'un comme toi mourir à cause de quelques ingrats idiots. »
« V-vous avez tué le roi Arthur pour ça ? Non, comment saviez-vous même que j'avais vécu 30 vies ? »
Elle ne lui révéla jamais comment elle était au courant de ses précédentes réincarnations.
Le temps passé avec elle lui fit comprendre une chose. Le roi Morgan était quelqu'un d'exceptionnel.
À une époque où seuls les hommes régnaient, elle prit le contrôle du royaume avec une facilité déconcertante.
Les salles de pierre qui résonnaient autrefois de l'autorité d'Arthur bourdonnaient désormais des murmures d'une cour incertaine.
Pourtant, personne n'osait la défier.
Il continua de lui réclamer des réponses.
Mais elle l'ignorait toujours.
« Aimez-vous vraiment ma cuisine à ce point ? »
« Manger est l'une des joies de mon existence. »
À force de passer du temps ensemble, ils devinrent bien plus proches que de simples amis.
Peut-être auraient-ils pu devenir davantage.
Mais il ne franchit jamais la ligne de l'amitié.
S'il s'était rapproché, la douceur de ces moments l'aurait hanté lors de sa prochaine réincarnation.
Le roi Morgan était une personne excentrique.
Sa force était inégalée et ses connaissances étaient plus profondes que les océans.
Pourtant, elle ne portait aucun intérêt à la conquête.
S'il ne l'avait pas vue au combat, il aurait cru qu'elle n'était qu'un chat paresseux qui ne savait que réclamer à manger.
Ses appartements royaux reflétaient sa personnalité : à moitié luxueux, à moitié chaotiques, avec des cartes, des tomes et des plats à moitié entamés éparpillés dans la pièce.
Le temps passé avec elle fut heureux.
Mais même quelqu'un d'aussi puissant que le roi Morgan ne pouvait vaincre la mort.
Elle fut empoisonnée.
Ce jour-là, les couloirs du château étaient lourds de silence et de désespoir.
Les bougies vacillaient, leur lumière faiblissant comme pour pleurer l'inévitable.
À l'article de la mort, elle ne permit qu'à lui de rester à son chevet.
« N-Neo… »
Sa voix tremblante lui brisa le cœur.
La figure autrefois invincible devant lui semblait désormais fragile. Son visage pâle était douloureux à regarder.
« Tu m'as servi avec loyauté. Demande-moi ce que tu veux, et j'exaucerai ton vœu. »
Ses larmes ne cessaient de couler.
La douleur d'aimer quelqu'un après des siècles de solitude le déchirait.
Il ne voulait pas la perdre.
Était-ce pour cela qu'il prit une décision stupide ?
« S'il vous plaît, scellez mes souvenirs. Je ne veux plus me souvenir de ces vies. »
« T-tu crois que je peux faire une chose pareille ? »
« J'espère que vous le pouvez. »
Le roi Morgan gloussa devant sa confiance aveugle en elle.
Le faible son de son rire, fragile et doux, lui serra la poitrine.