Malheureusement, sa confiance fut bientôt brisée.
Au lieu de répondre à sa question, Liora l'examina avant de poser la sienne :
« Es-tu le Diable classé trente-sixième ? Surnommé la Cigale ? »
Sous son regard sans équivoque, le Diable Fourmi eut un mauvais pressentiment.
Il se força pourtant à rester calme et hocha la tête en signe d'accord.
« Oui, Votre Excellence, me cherchiez-vous... »
Avant qu'il ne puisse finir sa phrase, Liora agita la main et l'interrompit.
« J'ai entendu dire que tu étais très proche du Blasphémateur. Peux-tu m'éclairer sur ce que tu sais de lui ? »
Instantanément, le visage du Diable Fourmi pâlit ; il comprit que son pressentiment était fondé.
« Votre Excellence, je suis effectivement assez proche du Seigneur Blasphémateur. Cependant, je crains que... »
Il s'interrompit, une hésitation traversant ses yeux bruns, comme s'il pesait le pour et le contre de continuer.
Liora ne le pressa pas, se contentant de le fixer en silence, dans l'attente d'une réponse.
Jusqu'à ce qu'elle relève soudain la tête.
« Intéressant... », murmura-t-elle d'une voix basse, presque inaudible.
Puis, pour la première fois depuis son apparition, elle se leva de son trône imposant.
Les ombres sous ses pieds s'animèrent, se transformant en une gueule béante qui engloutit sa silhouette.
Une fraction de seconde plus tard, les ombres devant l'immense porte de pierre se mirent à grouiller, et le corps de Liora fut recraché.
À peine réapparue dans le monde extérieur, Liora tendit la main et saisit l'espace apparemment vide devant elle.
Puis, elle abattit son bras.
Un fracas retentit, et un cratère profond, entouré de fissures, se forma sur le sol.
Pourtant, la main de Liora n'avait jamais touché le sol, s'arrêtant à quelques centimètres au-dessus.
L'air trembla légèrement et, comme si un pinceau invisible peignait la réalité, des couleurs commencèrent à apparaître autour de sa main.
En convergeant, ces teintes prirent la forme de la tête du Diable Fourmi — fermement maintenue entre ses doigts — suivie du reste de son corps.
« Une ruse habile. Malheureusement, c'est loin d'être suffisant pour t'échapper sous ma surveillance », commenta Liora avec désinvolture, ignorant les efforts du Diable Fourmi pour se libérer de son emprise.
De son autre main, elle frappa chacun de ses membres agités, brisant son exosquelette blanc et le rendant incapable de bouger.
Puis, tenant toujours sa tête, elle se dirigea lentement vers le trône.
En chemin, elle passa devant l'exosquelette brun laissé par le Diable Fourmi, toujours aussi réaliste et saisissant.
Sans son intuition aiguisée, même Liora n'aurait pas vu la différence.
Après tout, elle n'avait jamais vu une telle capacité : muer pour laisser derrière soi un exosquelette semblable à un clone.
« Peu importe leur étrangeté, les titres conférés par le Monde des Démons sont toujours exacts », pensa Liora en jetant le Diable Fourmi, désormais paralysé, sur le sol.
Assise, elle fit un signe de la main, prête à invoquer Alpha pour l'interroger.
Mais à cet instant, une voix âgée parvint à ses oreilles.
« Dame Cramoisie, souhaitez-vous obtenir des informations de sa part ? Si c'est le cas, je crois pouvoir vous aider. » Un Diable à tête de hibou, tenant un livre épais entre ses deux ailes, s'avança.
Ses plumes tremblaient, signe manifeste de sa peur intérieure.
« Que peux-tu faire ? » Liora ne se pressa pas de refuser, curieuse de connaître ses intentions.
Voyant qu'elle lui laissait une chance, le Diable Hibou poussa un soupir de soulagement, sentant que sa décision avait été la bonne.
« Votre Excellence, je possède une capacité unique qui me permet de plonger dans les souvenirs d'autrui. Si vous me faites confiance, je suis prêt à vous aider à traiter ce misérable individu. »
En parlant, le Diable Hibou jeta un regard haineux au Diable Fourmi, comme si les deux n'avaient pas discuté joyeusement peu de temps auparavant, mais étaient en réalité des ennemis mortels.
Liora ne fut pas dupe de son jeu, mais elle ne releva rien.
Après une brève réflexion, elle hocha légèrement la tête et lui fit signe d'essayer.
Ayant obtenu son accord, le Diable Hibou s'approcha prudemment du Diable Fourmi d'un pas vif mais assuré.
Sentant son approche, le Diable Fourmi sortit enfin de sa torpeur.
Il ne montra ni peur d'avoir été capturé, ni désir de demander grâce.
Au contraire, une expression étonnamment résolue apparut sur son visage, et il ouvrit la bouche :
« Tu ne tireras jamais rien de moi ! Je ne trahirai jamais mon frère ! La justice triomphera ! » rugit-il, manquant de faire passer Liora pour la méchante de l'histoire.
Cependant, elle réprima rapidement ces pensées inexplicables et observa la prestation du Diable Hibou.
Le Diable Hibou, contrairement à Liora, ne chercha pas midi à quatorze heures.
Debout devant le Diable Fourmi, il se pencha légèrement et effleura son corps mutilé et déformé de ses plumes.
Les secondes passèrent tandis qu'il agitait ses ailes, mais rien ne se produisit.
Juste au moment où Liora pensait que la capacité du Diable Hibou avait échoué, un changement survint.
D'un mouvement de plumes, le Diable Hibou ouvrit le vieux livre, et une image en jaillit pour apparaître devant Liora.
« Votre Excellence, voici ses souvenirs », dit le Diable Hibou, mais Liora n'avait pas le temps de prêter attention à ses paroles.
Toute son attention était focalisée sur les images en mouvement devant elle.
Elle y vit la vie d'un Jeune Diable.
Depuis sa naissance à la Rivière de l’Oubli jusqu'à l'éveil de sa lignée de Cigale et son ascension vers le Creuset.
La vie du Diable Fourmi se déroulait sous ses yeux, comme un simple film.
Heureusement, ce « film » était accéléré, et elle en fit rapidement le tour.
Quelques minutes plus tard, elle ferma les yeux, ne les rouvrant qu'une fois les souvenirs du Diable Fourmi totalement digérés.
Elle ne se précipita pas pour élaborer un plan, mais tourna la tête vers le Diable Hibou avec étonnement.
« Je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait un tel talent parmi vous. Comment se fait-il que tu ne sois pas célèbre ? »
Liora ne cherchait pas à le flatter.
La capacité que le Diable Hibou venait de montrer était extraordinaire, et elle aurait dû suffire à l'aider à atteindre les sommets du Creuset.
En réponse à ses doutes, le Diable Hibou afficha une expression quelque peu embarrassée.
Frottant son aile contre l'arrière de sa tête, il laissa échapper un rire gêné avant d'expliquer :
« Héhéhé... Votre Excellence. Vous ne savez pas. L'éveil de ma lignée ne m'a accordé qu'une seule capacité. De plus, elle exige plusieurs conditions avant de pouvoir être utilisée... »