Chapitre 523
Livre 5 : chapitre 9.2 : L’Hommage des cent oiseaux au phénix, deuxième partie
Au bord de la mer de la Lune d’argent, Sept Meurtres fronça les sourcils. « Ça n’a aucun sens. Cette personne ne possède aucune conception artistique de la Voie de la musique. Pourquoi ce morceau est-il si étrange ? »
Non loin du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent, en ville, un homme vêtu de rose était assis dans un restaurant. Tandis que les autres, terrorisés, se recroquevillaient en se tenant la tête, tremblants, lui demeurait calmement près de la fenêtre et buvait du vin. Il observait le combat au-dehors, sans que les attaques des ondes sonores semblent l’affecter. Il avait l’air d’un homme ordinaire, à ceci près qu’il avait un doigt supplémentaire à la main gauche. Il avait six doigts à cette main.
« Oh ? Un morceau de suona ? Le premier appel avait l’allure d’un souverain ? Non, plutôt du souverain des oiseaux ? Serait-ce un phénix ? » L’homme vêtu de rose aux six doigts plissa les yeux.
Le phénix !
En effet, Gu Hai jouait « L’Hommage des cent oiseaux au phénix ». Le titre ne semblait pas particulièrement remarquable, mais presque tout le monde, en Chine sur Terre, avait déjà entendu ce morceau. Tout le monde s’en souvenait. Transmis depuis des siècles sur Terre, il n’avait jamais disparu. On le jouait lors des mariages et des réjouissances. C’était toujours ce morceau, repris et amélioré d’innombrables fois, qui n’avait pas cessé d’exister depuis un millénaire.
[Note du traducteur : « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » est un morceau chinois, composé à l’origine pour le suona en solo, puis remanié pour y ajouter d’autres instruments. Il s’agissait d’une musique folklorique. Voici un lien YouTube vers l’une de ses versions : https://www.youtube.com/watch?v=JYVpqlf6Cmg.]
Bien qu’il s’agît d’un morceau de musique folklorique, il avait traversé les siècles : il devait donc avoir des qualités qui lui étaient propres.
Gu Hai soufflait dans son suona, le cœur toujours battant à tout rompre. Mais, dès que Yun Mo commença à jouer, il se détendit.
*En effet, ce morceau fonctionne.*
« Bande d’incapables, pourquoi vous êtes-vous arrêtés ? Continuez de jouer ! Détruisez Gu Hai ! » hurla Feng Tonglao, furieux.
Les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême s’exécutèrent à toute vitesse.
Croâ ! Croâ !
Des cris sauvages et assourdissants retentirent de toutes parts. De nombreux oiseaux féroces fondirent sur Gu Hai. Des dizaines de milliers d’oiseaux emplirent le ciel et se précipitèrent sur lui en une attaque démoniaque.
Autrefois, cette scène aurait suffi à terrifier les gens à mort.
À présent, d’innombrables joueurs de cithare imitaient « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » de Gu Hai. Une conception artistique illimitée de la Voie de la musique se rassembla près de lui et prit la forme d’une mésange ordinaire.
Dès que la mésange poussa son cri, elle écrasa l’aura de la nuée d’oiseaux féroces.
C’était le premier mouvement de « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » : Le cri alarmé de la mésange.
Poussant des cris alarmés, la mésange voletait sans but dans toutes les directions. Insouciante, elle aimait s’amuser. Cette scène allégea considérablement l’atmosphère, jusque-là oppressante.
La mésange perturba le rythme des oiseaux féroces.
« Quoi ? Jouez vite ! Pourquoi vous êtes-vous arrêtés ? Achevez-le ! » lança Feng Tonglao, paniqué.
Mais son inquiétude ne changea rien. Les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême se mirent soudain à ruisseler de sueur : la conception artistique de « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » semblait interférer avec celle de « Ballade meurtrière des oiseaux féroces » et, d’une manière particulièrement étrange, en prendre le contrôle.
À la vue de la mésange, les oiseaux féroces s’immobilisèrent. De toute évidence, les ondes sonores de « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » avaient envahi leur domaine musical.
La mésange se montrait enjouée — non, plus qu’enjouée, taquine. Elle volait ici et là, allait parfois picorer la queue d’un paon, puis se posait sur la tête d’un vautour. Elle n’avait absolument pas peur de ces oiseaux féroces.
« Faites-la exploser ! Vite ! Toi qui fais apparaître le paon en jouant, fais-le exploser, dépêche-toi ! » ordonna Feng Tonglao, fou de rage.
« Je n’arrive pas à le contrôler ! Ce n’est plus moi qui contrôle ce paon ! » répondit avec anxiété un joueur de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême.
« Quoi ? » Feng Tonglao changea d’expression.
Au large de la Ville de la Lune d’argent, le visage de Sept Meurtres s’assombrit. « Une interférence dans la Voie de la musique ? Il contrôle la Voie de la musique adverse ? Qui est cette personne ? Depuis quand une telle personne se trouve-t-elle dans la Ville de la Lune d’argent ? »
Bientôt, le morceau entama son deuxième mouvement : Le printemps revient sur terre.
Tandis que les joueurs de cithare alentour continuaient de jouer, la mésange déploya ses ailes dans les airs. Des ondulations vertes d’ondes sonores apparurent, puis se propagèrent.
« Vite ! Arrêtez-la ! Bloquez ses ondes sonores ! » cria Feng Tonglao en lançant un regard furieux.
Mais rien ne put arrêter les ondes vertes. En un instant, elles recouvrirent toute la ville et foncèrent vers les nuages sombres dans le ciel.
Tous les oiseaux féroces semblèrent contaminés par ces ondes vertes en un clin d’œil.
Cui ! Cui !
La mésange taquine voletait sans but. Partout où elle passait, les oiseaux féroces interrompaient ce qu’ils faisaient et se mettaient à jouer avec elle.
Les oiseaux féroces ne s’en prenaient plus aux habitants ; ils semblaient avoir tout oublié. La mésange les entraînait sur une fausse piste.
Cui ! Cui ! Cui ! Cui !
Les oiseaux féroces alentour poussaient des cris joyeux.
Hors de la ville, Sept Meurtres déclara d’un ton raide : « L’atmosphère me paraît un peu étrange… »
Puis « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » entama son troisième mouvement : Le loriot chante et l’hirondelle danse.
L’atmosphère de toute la Ville de la Lune d’argent changea. Un instant plus tôt, tout semblait effrayant, incertain et malveillant. À présent, la joie régnait et la ville débordait d’allégresse.
Était-ce bien là les oiseaux féroces d’un instant plus tôt ? Pourquoi étaient-ils tous devenus si joyeux ?
Feng Tonglao en resta presque abasourdi.
*Mon morceau est pourtant empreint de tristesse et d’horreur. Pourquoi est-il devenu joyeux ? Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi cette musique est joyeuse ?*
« Effrayez-les ! Effrayez-les ! » Feng Tonglao joua son morceau frénétiquement.
Mais l’atmosphère demeura étrangement joyeuse.
« Monsieur Gu, c’est fait ! Votre morceau a réussi ! » s’exclama Yun Mo avec enthousiasme en suivant le jeu de Gu Hai.
En un clin d’œil, « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » entama son quatrième mouvement : Folâtreries dans la forêt.
Tandis que la mésange folâtrait dans la forêt, elle retrouva soudain un comportement normal. Elle cessa de taquiner les oiseaux féroces. Au lieu de cela, elle se fraya un chemin parmi les centaines d’oiseaux et vola jusqu’aux paons. Ceux-ci arrachèrent bêtement une plume de leur queue et la lui offrirent, pour qu’elle la porte.
Puis la mésange vola vers les autres oiseaux féroces. Partout où elle allait, ils arrachaient leurs plus belles plumes et les lui offraient. La mésange les plaçait ensuite sur son propre corps.
Après que les cent espèces d’oiseaux féroces lui eurent offert leurs plus belles plumes, la mésange n’en fut plus une. Parée des magnifiques plumes de tous ces oiseaux féroces, elle se transforma en un grand phénix en un clin d’œil.
« L’Hommage des cent oiseaux au phénix » entama enfin son cinquième mouvement : L’Hommage des cent oiseaux au phénix.
Boum !
Le phénix se posa près de Gu Hai. Paré des plus belles plumes des cent espèces d’oiseaux, il dégageait une aura intimidante en faisant face aux oiseaux féroces.
Les centaines d’oiseaux féroces cessèrent de danser joyeusement et furent soudain écrasés par une lourde pression. L’aura du souverain des oiseaux s’abattit sur eux.
Les oiseaux féroces poussèrent aussitôt des cris comme pour rendre hommage au phénix.
Croâ ! Croâ ! Croâ ! Roucou ! Roucou ! Roucou ! Cui ! Cui ! Cui ! Cui ! Cui ! Cui ! Clac ! Clac ! Clac ! Cot ! Cot ! Cot !
Cent espèces d’oiseaux rendirent hommage au phénix et s’inclinèrent devant lui d’un seul mouvement.
« Quoi ? Mes oiseaux féroces ! Mes oiseaux féroces ! Qu’est-ce que vous faites ? » hurla Feng Tonglao, les yeux écarquillés.
——
Au-dessus de la mer de la Lune d’argent :
« C’est donc ce morceau que Gu Hai utilise pour contrer “Ballade meurtrière des oiseaux féroces” ? Il parasite le morceau adverse, l’assimile et le contrôle en même temps ? » s’étonna Sept Meurtres, les yeux ronds.
Fwouh !
La silhouette de Sept Meurtres vacilla ; il fonça vers la Ville de la Lune d’argent.
——
En ville, Feng Tonglao changea radicalement d’expression.
*Comment est-ce possible ?*
*Cent oiseaux qui rendent hommage à un phénix ?*
Pourtant, « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » n’était pas terminé. Bientôt, il entama son sixième mouvement : Le phénix déploie ses ailes.
Roucou !
Le phénix déploya ses ailes et illumina la Ville de la Lune d’argent d’une lumière éclatante. Tous les habitants de la ville sentirent soudain une chaleur envahir leur cœur. Le courage qui les avait quittés leur revint.
Bang !
Le phénix battit vigoureusement des ailes et entama le dernier mouvement de « L’Hommage des cent oiseaux au phénix » : Envol et ascension.
Grondement… !
Le phénix s’envola dans le ciel, tandis que tous les oiseaux s’inclinaient devant lui. Soudain, le phénix tourna son regard vers Feng Tonglao.
Les nombreux oiseaux féroces obéirent à son ordre. Ils se retournèrent et fixèrent avec férocité les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême.
« Quoi ? Tu contrôles ma musique pour t’en prendre à moi ? Non ! C’est impossible ! » s’exclama Feng Tonglao, alarmé.
Les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême changèrent eux aussi d’expression.
Roucou !
Le phénix poussa un long cri, comme s’il donnait un ordre. Les nombreux oiseaux féroces fondirent aussitôt sur Feng Tonglao.
La nuée se rua sur lui. Une terreur sans précédent s’abattit sur les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême.
« Aaah ! »
Saisis d’une terreur profonde, plusieurs joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême en perdirent complètement la raison.
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« Posez vos cithares ! Arrêtez de jouer ! Arrêtez de jouer ! » hurla Feng Tonglao, terrifié.
Arrêter de jouer ?
Non, tous les joueurs de cithare de la Voie de l’Ascendant suprême avaient cessé de jouer depuis longtemps. Alors pourquoi les oiseaux féroces n’avaient-ils pas disparu ? Pourquoi étaient-ils toujours là ?
« Non ! Non ! Non ! » Feng Tonglao poussa un cri de terreur tandis que les nombreux oiseaux féroces approchaient, guidés par le phénix.
Boum !