Chapitre 328
Livre 4 : Chapitre 8.1 : La prise de la ville, première partie
Cabinet du prince Shenwu, Ville de la Répression du Sud :
Un groupe de conseillers se tenait respectueusement devant le bureau du prince Shenwu, tous affichant un sourire.
« Commandant suprême, les différents bataillons nous ont envoyé des rapports. L’armée du royaume de Yuan a certes occupé les diverses villes de la province de Ying, mais le front s’est étendu sur une trop vaste zone et elle s’est emparée d’un trop grand nombre de villes. Les soldats chargés de garder chacune d’elles sont trop peu nombreux. Nous reprenons donc peu à peu les villes de la province de Ying.
— Qui mange trop finit forcément par avoir une indigestion. Cependant… » dit Sima Changkong.
Tous se tournèrent vers Sima Changkong.
« Commandant suprême, même si les soldats du royaume de Yuan occupent la moitié de la province de Ying, il ne leur reste que peu d’hommes pour la défendre. Dans la ville la moins bien gardée, trois cent mille soldats doivent tenir toute la ville et repousser les ennemis : c’est extrêmement difficile. Au bout du compte, le royaume de Yuan s’est emparé de trop de villes. Il a déjà pris celles de la Secte du Loup vorace, de la dynastie royale Huang, de la Secte Heptagold et la moitié de la dynastie royale de la Fondation divine. S’il continue, il ne pourra pas digérer toutes ces conquêtes. On dirait donc qu’il ne compte pas garder la province de Ying. D’après les rapports, même si nous reprenons les villes occupées par ses soldats, l’armée du royaume de Yuan n’a pas subi beaucoup de pertes ; en fait, elle s’est retirée », poursuivit Sima Changkong en fronçant les sourcils.
« L’armée du royaume de Yuan n’a jamais eu l’intention de garder la province de Ying ? » demanda le prince Shenwu.
« Plus exactement, elle se sert de la moitié de la province de Ying qu’elle a conquise pour nous retarder et épuiser notre armée. Quand nous aurons entièrement repris la province, nous n’aurons plus la force de poursuivre vers le sud, à moins que Sa Sainte Éminence n’envoie des renforts. Or, il semble qu’elle n’ait pas l’intention d’aggraver le conflit », répondit Sima Changkong, toujours en fronçant les sourcils.
« Vous voulez dire que la guerre prendra fin une fois la province de Ying entièrement reconquise ? » demanda le prince Shenwu.
« Oui. Le royaume de Yuan a frappé fort cette fois, mais il n’a pas envahi la dynastie céleste Qian. Il a arraché les villes de la province de Ying à Lu Yang, n’est-ce pas ? Personne n’oserait nous reprocher de les reprendre. En revanche, si nous continuons vers le sud, la dynastie céleste Qian passera pour l’agresseur. Sa Sainte Éminence n’enverra pas de soldats supplémentaires : plusieurs autres dynasties impériales entourent le royaume de Qian. Tant que nous ne pouvons pas régler le sort du royaume de Yuan en une seule fois, le royaume de Qian ne prendra pas une décision aussi déraisonnable et ne s’exposera pas aux critiques. Voilà pourquoi Sa Sainte Éminence vous a nommé Commandant suprême de la Répression du Sud, et non Commandant suprême de l’Expédition du Sud », expliqua gravement Sima Changkong.
Le prince Shenwu plissa les yeux. « La dynastie impériale Yuan a mûrement réfléchi à tout ça. Humph ! »
« Les soldats du royaume de Yuan bénéficiaient des matrices rituelles défensives des villes. Même s’ils ont essuyé plusieurs défaites, leurs pertes sont restées limitées. Après avoir abandonné la province de Ying, ils ont tout de même acquis soixante ou soixante-dix villes, augmentant d’un tiers la superficie de leur royaume : un gain sans précédent », s’émerveilla Sima Changkong.
« Humph ! Tout est la faute de Lu Yang, que Mo Yike a égaré », soupira doucement le prince Shenwu.
« Quand nous reprendrons les dernières villes de la province de Ying, il faudra donc limiter nos pertes autant que possible. Sinon, nous ne ferons que nous épuiser », soupira Sima Changkong.
« À propos de pertes, quel bataillon en a subi le moins ? » demanda le prince Shenwu.
Les conseillers gardèrent le silence, l’air quelque peu amer.
« Le sixième bataillon de Gao Xianzhi. C’est le plus féroce : il a repris le plus de villes, tout en perdant le moins d’hommes — moins de mille soldats par bataille », répondit Sima Changkong avec un sourire amer.
Le prince Shenwu prit un air sombre.
« Cette fois, Gao Xianzhi a conquis sept villes en suivant la méthode classique. Il est porté par un élan irrésistible et semble invincible », ajouta Sima Changkong avec un sourire amer.
« Il faut récompenser les mérites. Envoyez à Gao Xianzhi dix fois la récompense que nous lui avons accordée la dernière fois ! » ordonna le prince Shenwu.
« Dix fois ? » Les conseillers en restèrent stupéfaits.
La récompense précédente avait déjà été très généreuse. Et voilà que le prince Shenwu voulait cette fois la multiplier par dix !
Un garde se précipita dans le cabinet. « J’ai un rapport à transmettre ! »
« Hein ? » Tous se tournèrent vers lui.
« Rapport au Commandant suprême : un message urgent nous est parvenu du front. Porté par un élan irrésistible, Gao Xianzhi a pris sa huitième ville et atteint la frontière de la province de Ying. Il a ensuite conduit son million de soldats dans la dynastie impériale Yuan, en direction de l’ancien territoire de la dynastie royale de la Fondation divine », déclara respectueusement le subordonné.
« Quoi ? Il a déjà pris sa huitième ville ? Si vite ? Et il est même entré dans la dynastie impériale Yuan ? »
« Oh non ! Au-delà de la province de Ying, les troupes de la dynastie impériale Yuan seront bien plus nombreuses ! »
« D’après l’analyse de Monsieur Sima, les forces du royaume de Yuan sont concentrées hors de la province de Ying. Les soldats qui ont quitté la province ne feront que grossir leurs rangs. Gao Xianzhi fonce-t-il droit à la mort ? »
Les conseillers se tournèrent tous vers le prince Shenwu.
« Gao Xianzhi a-t-il dit quelque chose ? » demanda sombrement le prince Shenwu.
« Non. Il a simplement continué à mener ses soldats de ville en ville », répondit le garde.
« Les habitants de la province de Ying soutiennent le royaume de Qian. Gao Xianzhi a profité de cet appui pour pénétrer dans les villes et tout balayer sur son passage. Mais dès qu’il quittera la province de Ying, les soldats du royaume de Yuan l’encercleront. Il n’a qu’un million d’hommes. Commandant suprême, rappelez-le sans tarder !
— En effet. Commandant suprême, dites à Gao Xianzhi de se concentrer sur la reconquête des villes de la province de Ying !
Les conseillers s’emportèrent tous ensemble.
Le prince Shenwu, lui, regarda Sima Changkong.
Sima Changkong secoua légèrement la tête. « Vous avez peut-être tous raison. Mais en matière de guerre, Gao Xianzhi est sans doute plus compétent que n’importe lequel d’entre nous. »
« Hein ? » Les conseillers froncèrent légèrement les sourcils.
Le prince Shenwu acquiesça sans donner d’ordre à ce sujet. Comme l’avait dit Sima Changkong, Gao Xianzhi avait-il besoin que ces conseillers lui expliquent comment mener une guerre ?
« Je trouve seulement étrange qu’il ait choisi ce moment pour foncer seul à l’intérieur du territoire ennemi. »
——
Ville de l’Expédition du Nord :
Sima Changkong avait vu juste. Le royaume de Yuan n’avait pas établi la Ville de l’Expédition du Nord dans la province de Ying, car il avait depuis le début prévu de rendre cette province au royaume de Qian.
Le royaume de Yuan avait pris environ soixante ou soixante-dix villes hors de la province de Ying. En ajoutant la moitié de la province qu’il avait conquise, cela faisait plus de cent villes. S’il ne rendait pas celles de la province de Ying au royaume de Qian, il s’exposerait à un désastre.
Pourtant, toute cette manœuvre avait été menée dans le plus grand secret.
« Nous avons perdu si vite les villes de la province de Ying ? Malgré les matrices rituelles, nous avons déjà perdu un tiers de la province ? » demanda froidement le Commandant suprême de l’Expédition du Nord.
« Oui. Leur sixième bataillon est particulièrement féroce. D’après nos renseignements, il a atteint la frontière de la province de Ying et a déjà pénétré sur notre territoire », répondit respectueusement l’un de ses subordonnés.
« Le sixième bataillon ? Les renseignements de Monsieur Mo ne le décrivaient pas comme particulièrement redoutable. » Le Commandant suprême fronça les sourcils.
« Commandant suprême, je me porte volontaire pour combattre et veiller à ce que ce sixième bataillon ne reparte jamais !
— Je me porte volontaire !
— Une fois qu’ils auront pénétré dans la zone où se trouve le gros de nos troupes, ils ne pourront plus s’échapper.
— Votre humble serviteur se porte volontaire ! »
Plusieurs généraux s’avancèrent pour proposer de mener cette bataille.
Le Commandant suprême fronça légèrement les sourcils et secoua la tête. « Non.
— Hein ?
— Nous devons maintenir la guerre dans la province de Ying, sans la laisser s’étendre au-delà. Il faut combattre le sixième bataillon, mais pas le détruire. Nous devons le forcer à se replier dans la province de Ying, pas l’anéantir sur notre territoire », déclara le Commandant suprême.
« Quoi ? Pourquoi ?
— Parce que nous devons limiter la guerre à la province de Ying. Si nous détruisons ce sixième bataillon, le conflit s’étendra jusqu’ici », répondit gravement le Commandant suprême.
Tous acquiescèrent en silence.
« Notre propre sixième bataillon sera chargé de s’occuper du leur et de le repousser. Même s’il ne parvient pas à l’emporter, il devra au moins le retarder ! » ordonna le Commandant suprême.
« Oui ! »
——
Un rapport sur les dix cadavres de la Ville de la Fondation azurée avait bien été envoyé, mais il faudrait du temps pour qu’il parvienne à la Ville de l’Expédition du Nord et à la capitale du royaume de Yuan. Gu Hai ne laisserait pas à son adversaire le temps de réagir.
Le quatrième jour après l’ouverture de la prison aux visiteurs :
« Au secours… Au secours… Aidez-moi ! »
Un homme en piteux état surgit de l’extérieur de la ville en poussant un cri retentissant.
« Que se passe-t-il ? » demanda quelqu’un aux portes de la ville.
« Des vampires ! Des vampires ! Au village de Nansha ! Ils ont sucé le sang de tous les habitants ! Ils sont tous morts ! Tous morts ! » L’homme terrifié se précipita dans la ville.
Gu Hai avait bien sûr tout organisé. Cet homme appartenait à un clan qui le soutenait. Alors qu’il fuyait dans la ville, terrorisé, il attira l’attention d’innombrables habitants avant de s’effondrer à genoux devant la porte de la résidence de son clan.
« Chef de clan, c’est terrible ! Les vampires ont dévoré tout le village de Nansha. Je n’ai réussi à m’enfuir qu’au prix de grandes difficultés. Mon père… ma mère… tout notre village… ils ont tous connu une mort atroce ! Chef de clan, les habitants du village de Nansha cultivent des herbes spirituelles pour vous, grâce à vos affaires. Vous devez nous rendre justice ! » cria l’homme.
On pouvait entendre ses cris distinctement à plus de dix rues de là.
Les habitants tendirent l’oreille dans l’espoir d’en savoir davantage. Mais il n’y eut rien de plus.
Par la suite, aucune nouvelle ne filtra. L’homme qui avait appelé à l’aide entra dans la résidence du clan et ne reparut jamais. Intrigués, de nombreux habitants vinrent enquêter.
« Circulez, je vous prie. Il ne se passe rien. » Le chef de clan sortit pour couper court aux rumeurs.
La résidence officielle du seigneur de la ville prenait ce genre d’affaires très au sérieux et envoya donc des hommes enquêter.
« Messieurs les fonctionnaires, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Il n’y a aucun vampire, pas le moindre. Soyez tranquilles. Nous ne ferons pas d’histoires », déclara le chef de clan.
Les fonctionnaires venus enquêter repartirent en fronçant légèrement les sourcils.
La nouvelle sema le trouble dans le cœur des habitants, qui ne comprenaient pas ce qui se passait. Alors qu’ils s’apprêtaient à oublier l’incident, un brouillard enveloppa la résidence du clan. Le lendemain, tout le monde avait disparu. Le domaine était en désordre, couvert de sang, comme après une bataille acharnée.
Tous les membres du clan semblaient s’être volatilisés, sans laisser de trace.
Cette étrange affaire affola les habitants, qui étaient sur le point d’oublier les événements de la veille, et fit naître toutes sortes de spéculations.
« Où sont les membres du Clan Zhang ? Pourquoi ont-ils disparu en une seule nuit ? Tout leur clan a-t-il été réduit au silence ?
— Des vampires ? Est-ce encore leur œuvre ?
— Je suis allé au village de Nansha hier soir. Il a subi le même sort que le Clan Zhang : tout le monde avait disparu !
Plus la rumeur se répandait, plus elle devenait extravagante. Malgré l’absence de preuves, tous accusaient les vampires.
Les vampires avaient-ils détruit les cadavres et effacé les traces ?
En entendant cela, d’innombrables habitants frissonnèrent et regardèrent en direction de la résidence officielle du seigneur de la ville. Puis leurs visages s’assombrirent soudain.
« Ça ne colle pas. Ce ne sont sûrement pas les vampires. Il y a bien des gens qui sont allés dans cette prison, non ? Tout va bien. Les vampires n’oseraient pas provoquer la colère du peuple et du Ciel.
— Et les habitants du village de Nansha et les membres du Clan Zhang, alors ?
— Ils sont peut-être partis en vacances ?
— Pff ! Tout un clan partirait en vacances comme ça ?
Gu Hai encouragea la propagation de cette rumeur. Même s’il n’y avait eu aucun affrontement avec les fonctionnaires, elle sema le trouble dans le cœur des habitants.
Comme les habitants ne causaient pas de problèmes, le seigneur de la ville ne s’en préoccupa pas.