Chapitre 320
Livre 3, chapitre 140 : La mort d’un empereur
« Rugissement ! »
La veine draconique de Gu Hai rugit soudain et se précipita sur celle sur laquelle se tenait Lu Yang.
Boum !
Les deux dragons se griffèrent et se mordirent.
La veine draconique de Lu Yang était certes plus imposante, mais celle de Huangfu Chaoge s’était autodétruite peu auparavant, laissant celle de Lu Yang à l’agonie. Comment aurait-elle pu rivaliser avec celle de Gu Hai ? En un clin d’œil, le dragon de Gu Hai la déchiqueta.
« Rugissement ! »
Déchirée en deux, la veine draconique de Lu Yang poussa un rugissement de douleur.
« Rugissement ! »
Puis le dragon de Gu Hai ouvrit la gueule et se mit à dévorer la queue de celui de Lu Yang.
La veine draconique de Lu Yang avait beau être énorme, celle de Gu Hai semblait résolue à l’avaler, quitte à s’en étouffer.
Malgré les efforts désespérés de la veine de Lu Yang, celle de Gu Hai en avala la queue en un clin d’œil et s’attaqua déjà à sa moitié supérieure.
Le dragon doré de Gu Hai jaillit du sol au milieu des tourbillons de poussière. Posant sa griffe sur la moitié supérieure de la veine de Lu Yang, il ouvrit grand la gueule et dévora celle-ci, arrachant des morceaux à coups de dents.
Gloups ! Gloups ! Gloups !
Le fort dévorait le faible. À cet instant, le dragon de Gu Hai était le plus puissant.
Gu Hai ne prêta pas attention aux veines draconiques. Il bondit plutôt dans les airs et fila vers la forêt où Lu Yang était tombé.
Lu Yang s’était arrêté après avoir traversé vingt montagnes.
Mais il était déjà à bout. Couvert de sang, il respirait à peine.
« Kof ! Kof ! Kof ! Kof ! » Lu Yang cracha du sang à répétition en regardant Gu Hai approcher.
En fixant Gu Hai, il crut voir derrière lui non pas une seule personne, mais toutes celles qu’il avait tuées. Elles le haïssaient d’une haine immense et rêvaient de dévorer sa chair et de ronger ses os.
L’énergie de Gu Hai bouillonnait, tandis que Lu Yang n’était plus qu’à l’agonie.
L’issue du combat était déjà décidée. Ce n’était plus Lu Yang qui allait écraser Gu Hai : désormais, Gu Hai pouvait tuer Lu Yang à tout instant.
Les yeux injectés de sang, Gu Hai fixa Lu Yang. « Wanqing, aujourd’hui, je peux enfin te venger ! »
« Ha ! Hahaha ! Long Wanqing ? Hahahahaha ! » Lu Yang rit d’un rire faible et misérable.
« Je suis mort à cause de Long Wanqing ? Haha ! Non, c’est Long Xiaoyue ! Long Xiaoyue ! » Le regard de Lu Yang se troubla. Il crut voir une femme pleine de vie. Une multitude de souvenirs lui revinrent aussitôt.
« Oncle Lu Yang, mon père m’a envoyée vous apporter un cadeau d’anniversaire. Mais regardez bien : je vous ai préparé un présent encore plus grand ! »
« Oncle Lu Yang, votre Voie de la musique est si extraordinaire. Vous m’apprendrez ? »
« Oncle Lu Yang, cette fois, mon père a organisé une compétition entre les différents nobles. Je parie sur vous et j’ai même trouvé quelques personnes pour vous aider ! »
Soudain, les conversations qu’il avait eues avec Long Xiaoyue se succédèrent dans son esprit. En se remémorant cette époque, Lu Yang sentit une douce chaleur envahir son regard.
« Oncle Lu Yang, pourquoi voulez-vous me tuer ? »
Tous ces souvenirs culminèrent dans la scène de la mort de Long Xiaoyue. Il avait pris le contrôle de Li Haoran et l’avait tuée. L’expression de Long Xiaoyue au moment de mourir lui revint brusquement en mémoire.
« L’avidité m’a aveuglé. Haha ! Xiaoyue, ton oncle t’a déçue ! » Les yeux de Lu Yang s’injectèrent de sang.
Beurk !
Lu Yang vomit du sang, et des larmes de douleur coulèrent sur ses joues.
Fwhoosh !
Le poing de Gu Hai s’immobilisa brusquement devant Lu Yang lorsqu’il vit des Âmes naissantes s’échapper des organes internes et du dantian de ce dernier, avant de se disperser. Une Âme naissante sembla aussi sortir de la tête de Lu Yang, puis se dissipa en fumée.
Les trois âmes spirituelles et les sept âmes corporelles de Lu Yang s’étaient dispersées. Le coup précédent de Gu Hai l’avait presque tué. À présent, il n’avait plus qu’un ultime sursaut de vie. Il était pratiquement mort.
Le poing arrêté devant Lu Yang, Gu Hai s’assombrit.
Boum !
Soudain, des détonations retentirent au loin.
Le prince Shenwu arriva avec cent navires volants.
Il avait foncé à toute vitesse. Mais en arrivant aux abords de la Ville de la Fondation divine, il vit une immense veine draconique dévorer les derniers vestiges de celle de Lu Yang.
« La veine draconique de Gu Hai ? Elle dévore celle de Lu Yang ? » s’exclama Sima Changkong.
Ils poussèrent tous un cri de stupeur.
Les généraux derrière lui aspirèrent bruyamment l’air. « Gu Hai a gagné ? »
« Rugissement ! »
Devenue bien plus imposante, la veine draconique de Gu Hai rugit et replongea sous terre.
Tous les regards se tournèrent alors vers Gu Hai.
Le poing levé, Gu Hai semblait prêt à tuer Lu Yang.
« Gu Hai, attendez ! » hurla soudain le prince Shenwu, le visage bouleversé.
« Gu Hai a vaincu Lu Yang ? » Sima Changkong peinait encore à le croire.
Derrière lui, d’innombrables soldats affichaient une expression horrifiée.
Le poing de Gu Hai s’était arrêté devant Lu Yang ; il ne l’avait pas frappé.
L’armée du prince Shenwu était déjà arrivée. Gu Hai tourna brusquement la tête vers elle.
Il vit le prince Shenwu voler vers lui à toute allure, accompagné de quelques subordonnés.
Fwhoosh !
En un clin d’œil, ils se retrouvèrent tous devant Gu Hai.
« Gu Hai, ne le tuez pas ! » le pressa Sima Changkong.
« Hein ? » Gu Hai le regarda, perplexe.
« Lu Yang est encore en vie ? Ouf ! Tant mieux. Tant mieux ! » Sima Changkong poussa un soupir de soulagement.
« Commandant suprême ? Monsieur Sima ? » demanda Gu Hai en fronçant les sourcils.
« Ah… »
Soudain, un soupir s’éleva d’une montagne voisine.
Tous se tournèrent vers elle.
Ils virent alors un homme vêtu de bleu sortir tranquillement de la montagne.
« Li Shenji ? » Le visage de Gu Hai s’assombrit.
Le prince Shenwu venait tout juste d’arriver avec son armée. Quand Li Shenji était-il arrivé ? Se tenait-il là depuis longtemps, à observer en silence ?
Et que signifiait son soupir ? Regrettait-il que je n’aie pas tué Lu Yang ?
« Salutations, Commandant suprême de la Répression du Sud ! » dit Li Shenji avec respect.
Le prince Shenwu lança un regard glacial à Li Shenji. « Ha ! Li Shenji, le spectacle vous a plu ? »
Li Shenji eut un sourire amer. « Votre humble serviteur vient lui aussi d’arriver. À l’instant ! »
« Hum ! Vous espériez sans doute voir Gu Hai tuer Lu Yang, pas vrai ? » répliqua froidement le prince Shenwu.
« Prince Shenwu, vous vous méprenez. Je viens d’arriver ! » insista Li Shenji.
« Hum ! » Le prince Shenwu renifla avec mépris.
Il se tourna vers Lu Yang, qui agonisait. « Oncle Lu Yang, Shenwu est arrivé trop tard. »
Gu Hai plissa les yeux en regardant le prince Shenwu.
À côté de lui, Sima Changkong lui adressa un regard amer. « Même si le duc Lu Yang s’est rebellé et mérite la peine capitale, ce n’est pas à vous de le tuer. À la cour céleste de la dynastie céleste Qian, beaucoup de vieux fonctionnaires ont des liens profonds avec Lu Yang. Alors… »
Sima Changkong craignait que ces vieux fonctionnaires ne cherchent des ennuis à Gu Hai. Mais celui-ci s’en souciait peu : il n’avait jamais eu l’intention de faire carrière dans le royaume de Qian.
Gu Hai n’avait pas porté le coup fatal, non pas parce que le prince Shenwu l’avait arrêté, mais parce que les âmes corporelles de Lu Yang avaient déjà commencé à se disperser. Il l’avait déjà presque tué.
Gu Hai tourna la tête et fixa Lu Yang d’un air sombre.
Il avait entendu les paroles de Lu Yang. Dans son ultime sursaut de vie, celui-ci avait éprouvé des regrets. Mais à quoi bon ?
« Oncle Lu Yang, revenez avec moi à la capitale. Mon éminent Père impérial tient aux liens d’amitié. Il ne vous tuera probablement pas si vous reconnaissez vos torts », lança le prince Shenwu.
« Kof ! Kof ! Ha ha ! Kof ! Kof ! Kof ! » Lu Yang trouva Dieu sait où la force de se redresser lentement.
Tous le regardèrent avec stupeur.
Lu Yang remit en ordre sa robe impériale et ses cheveux. Mais il était si faible qu’il n’arrivait pas à ouvrir complètement les yeux.
Après avoir arrangé sa tenue, il tourna la tête vers le nord.
« L’Empereur céleste de Qian ? Haha ! Mon frère juré ? Ha ! Je n’avais pas tort. Je n’avais pas tort de me rebeller. Je suis l’Empereur impérial de Ying. Il n’a pu fonder le royaume de Qian que grâce à moi. Grand frère ! Haha ! Il m’a complètement oublié. Je ne regrette pas de m’être rebellé. Je recommencerais, et je ne le regretterais toujours pas. Je veux reprendre ce qui m’appartient. Même si je dois mourir, je dois essayer », dit faiblement Lu Yang.
Tous gardèrent le silence.
« Mon seul regret, c’est d’avoir été trop ambitieux à l’époque et d’avoir tué la petite Xiaoyue. C’est la seule que j’aie trahie », ajouta Lu Yang d’une voix faible et amère.
Le prince Shenwu fronça légèrement les sourcils.
« Je suis l’Empereur impérial de Ying ! L’Empereur céleste de Qian ? Je t’ai traité en frère, pas parce que je voulais être ton sujet. Haha ! As-tu oublié le serment que nous avons prêté ? Moi, Lu Yang, je ne suis pas un oiseau en cage. J’ai peut-être perdu, mais je serai toujours le maître du royaume de Ying ! Pour toujours ! » déclara fermement Lu Yang.
Déterminé, Lu Yang dégaina l’épée qu’il portait.
Tching !
Il plaça soudain la lame contre son cou.
Tous se turent. Personne ne l’arrêta ni ne dit un mot.
Lu Yang prononça ses dernières paroles. « Empereur céleste de Qian, je ne suis pas un oiseau en cage. Tu ne me garderas pas prisonnier pour toujours. Je suis l’Empereur impérial de Ying. Même si je meurs, je mourrai en empereur. »
Tching !
Lu Yang se trancha la gorge. Le sang jaillit de toutes parts.
Clang !
L’épée tomba. Lu Yang n’avait déjà plus qu’un ultime sursaut de vie ; en se suicidant, il ne faisait que préserver sa dignité. Après s’être tranché la gorge, il s’effondra et cessa de respirer.
Tous demeurèrent silencieux.
Au même moment, les derniers fragments de bénédictions de la Capitale de Ying se dispersèrent complètement.
« Mettez-le dans un cercueil et ramenez-le à la capitale », ordonna le prince Shenwu d’une voix grave.
« Oui ! »
Un groupe de subordonnés déposa le cadavre de Lu Yang et l’épée avec laquelle il s’était suicidé dans un cercueil. Puis ils le transportèrent jusqu’au navire volant.
À la mort de Lu Yang, Gu Hai aurait dû éprouver le soulagement de s’être vengé et d’avoir assouvi sa haine. Pourtant, il avait le cœur lourd.
Lu Yang avait causé tant de souffrances par ambition. Il avait enfin compris ses torts avant de mourir. Mais à quoi bon ? Les morts pouvaient-ils revenir à la vie ?
« Citoyens du royaume de Han, Lu Yang est mort. Merci à tous de m’avoir prêté votre force ! » cria Gu Hai après avoir repris ses esprits.
Sa voix parvint aussitôt aux oreilles de tous les habitants du royaume de Han.
« Snif ! Snif ! Snif ! Snif ! Lu Yang est mort. Votre Majesté a enfin obtenu vengeance. Monsieur Gu, non, Votre Majesté, merci ! »
« Merci, Votre Majesté ! »
« Merci, Votre Majesté ! »
D’innombrables anciens citoyens de la dynastie royale de la Fondation divine éprouvèrent du respect et de la gratitude envers Gu Hai, qui avait aidé Huangfu Chaoge à se venger. Dans le même temps, ils reconnurent tous la dynastie céleste Han et acceptèrent d’en être désormais les citoyens.
Gu Hai avait raison : cette fois, il devait remercier les nombreux citoyens pour leur aide. Sans eux, il n’aurait pas pu vaincre Lu Yang. Et celui-ci ne serait pas mort.
D’un coup de poing, Gu Hai avait anéanti les ambitions de Lu Yang et dispersé ses trois âmes spirituelles et ses sept âmes corporelles. Il l’avait poussé au regret et au désespoir, jusqu’à le conduire au suicide.
Gu Hai avait vengé Long Wanqing, Long Xiaoyue, Huangfu Chaoge et tous les autres.
Pourtant, Gu Hai n’éprouvait aucune joie.
Jusqu’alors, il s’était accroché à la vengeance de Long Wanqing et avait nourri sa haine. À présent qu’il s’était vengé, il se sentait vide.
Le prince Shenwu repartit avec son armée. Après avoir assisté à toute la scène, Li Shenji s’éloigna en silence.
L’énergie empruntée aux citoyens se dissipa peu à peu. Après tout, ce n’était qu’une force prêtée, et Gu Hai ne pouvait la conserver longtemps.
Gu Hai retourna lentement à la Ville de la Fondation divine, déçu et abattu.
« Salutations, mon empereur ! Vive mon empereur ! Puisse mon empereur vivre dix mille ans ! » clamèrent sincèrement les fonctionnaires aux portes de la ville.
« Vive mon empereur ! Puisse mon empereur vivre dix mille ans ! »
« Vive la dynastie céleste Han ! Puisse la dynastie céleste Han durer dix mille ans ! »
Les habitants de la ville lui rendirent eux aussi un salut sincère.
Reconnaissants envers Gu Hai, les citoyens l’acceptèrent et le saluèrent de tout cœur. Cette gratitude engendra des mérites qui s’accumulèrent en providence et se précipitèrent vers la mer de nuages des bénédictions.
La scène ne se déroula pas uniquement dans la Ville de la Fondation divine : les habitants des onze autres villes saluèrent eux aussi Gu Hai avec sincérité.
« Vive mon empereur ! Puisse mon empereur vivre dix mille ans ! »
« Vive la dynastie céleste Han ! Puisse la dynastie céleste Han durer dix mille ans ! »
Des bénédictions déferlantes s’amassèrent au-dessus de la Ville de la Fondation divine.
Boum !
Cet afflux compensa bientôt les bénédictions dépensées lors du transfert de la capitale.
Ayant officiellement obtenu la reconnaissance des douze villes, la dynastie céleste Han fit également son entrée sur le Continent divin.
Le territoire de la dynastie céleste Han s’étendit à douze grandes villes du Continent divin.