Chapitre 285
Livre 3 : Chapitre 105 : Les véritables pensées d’Ao Shun
Lorsque la blessure d’Ao Shun cessa de saigner, on l’emmena.
Les innombrables spectateurs restèrent longtemps sans voix. Tous contemplaient Gu Hai au loin avec un sentiment étrange.
La Mer des Mille Îles n’avait pas connu de personnage aussi redoutable depuis huit siècles.
Un seul dragon pouvait balayer presque toutes les îles de la Mer des Mille Îles. Or, ils étaient quatre mille, et au moins l’un d’eux cultivait au Royaume du Palais céleste.
Aucune île n’aurait pu résoudre un tel problème.
Pourtant, le maître de l’Île des Neuf-Cinq l’avait réglé sans difficulté. La première fois, on pouvait parler de chance. Mais la deuxième ?
« Maître, la dynastie céleste Han recrute des cultivateurs. Ce disciple aimerait tenter sa chance !
« Père, la dynastie céleste Han prospère de jour en jour. Son empereur possède également des moyens extraordinaires. Votre fils aimerait servir la dynastie céleste Han. Notre clan ne peut pas rester éternellement dans un endroit aussi pauvre que la Mer des Mille Îles. Je veux suivre Gu Hai et accomplir de grandes choses !
« Oncle martial, veuillez informer mon maître que je ne rentrerai pas. Je souhaite rester dans la dynastie céleste Han !
De nombreux cultivateurs se mirent soudain à aspirer à rejoindre la dynastie céleste Han. Elle n’existait que depuis un an et avait déjà repoussé les dragons. Quelles prouesses accomplirait-elle à l’avenir ?
Le brouillard de la matrice rituelle enveloppa peu à peu le palais. Pourtant, les yeux d’innombrables cultivateurs s’illuminèrent.
Quant aux dangers qui menaçaient la dynastie céleste Han et à son inimitié avec les dragons, certains s’en inquiétaient, mais la plupart croyaient aux chances de Gu Hai. Après tout, ce n’était pas le seul exploit légendaire qu’il avait accompli.
Plus d’un an auparavant, Gu Hai avait déjà montré sa perspicacité dans le Monde-puzzle inné. Par la suite, il avait soulevé des tempêtes, livré de violents combats sur l’Île des Neuf-Cinq, soumis de force d’innombrables cultivateurs et fondé la dynastie céleste Han. À présent, celle-ci tenait tête aux dragons sans essuyer de défaite. Tous étaient convaincus que Gu Hai la rendrait toujours plus puissante.
Surtout, la dynastie céleste Han offrait des rémunérations extrêmement généreuses. Elle disposait même d’une source spirituelle. Quel était le niveau de cultivation de ses fonctionnaires ? Ils venaient à peine d’atteindre le Royaume acquis. Pourtant, durant l’année écoulée, la dynastie n’avait pas hésité à dépenser pour eux. Ils avaient pu se baigner dans des sources spirituelles et la plupart avaient progressé jusqu’au Royaume inné.
La dynastie céleste Han était porteuse d’espoirs sans limites. En revanche, si ces cultivateurs restaient dans leurs sectes de la Mer des Mille Îles, ils seraient toujours au même point, même en mourant de vieillesse.
À partir de ce jour, Chen Tianshan aurait fort à faire avec le recrutement.
——
À l’intérieur de la matrice rituelle embrumée :
Sima Changkong se tenait sur la place du Palais céleste, à la tête d’un groupe de subordonnés.
« Monsieur Sima, merci beaucoup pour tout à l’heure ! » Gu Hai esquissa un léger sourire.
« Monsieur Gu est trop aimable. Je n’ai pas pu vous aider du tout », répondit Sima Changkong avec amertume.
« Votre bonne volonté m’a déjà beaucoup aidé, monsieur Sima. Ha ha ! Vous venez de loin. Pourquoi ne resteriez-vous pas quelque temps dans mon palais ? Je pourrais ainsi vous recevoir comme il se doit. » Gu Hai sourit.
« Je ne peux pas. Le prince Shenwu est en guerre contre Lu Yang. J’ai déjà perdu beaucoup de temps en venant ici. Je dois rentrer sans tarder », répondit Sima Changkong en secouant la tête.
« Ah ? Très bien. » Gu Hai hocha gravement la tête.
Tuer les dragons n’était que la troisième étape du plan de Gu Hai contre Lu Yang. Il espérait éliminer au plus vite la dynastie royale Ying.
« Au fait, que comptez-vous faire d’Ao Shun ? » demanda Sima Changkong, curieux.
Gu Hai jeta un regard à Ao Shun, retenu non loin de là, et plissa légèrement les yeux. « Ao Shun ? Je vais le garder ici pour l’instant. »
Sima Changkong hocha la tête. « Soyez prudent. Ao Shun est un homme hors du commun. Il n’a accepté de céder que parce qu’il ne voulait pas être accusé d’avoir tué son frère pour apaiser les autres dragons. Mais, à l’avenir… »
« Je le sais. J’ai eu de la chance cette fois-ci et je resterai sur mes gardes. Mais si vous rentrez, monsieur Sima, mieux vaut ne pas traîner », dit gravement Gu Hai.
« Oh ?
« J’ai déjà libéré Lu An et laissé un dragon criminel venir le secourir. Ils doivent se diriger en ce moment même vers la province de Ying. Ils rapportent deux mauvaises nouvelles : premièrement, l’armée des dragons a été anéantie ; deuxièmement, Mo Yike est un espion de la dynastie céleste Qian », déclara gravement Gu Hai.
« Hein ? » Sima Changkong plissa légèrement les yeux.
« Alors, rentrez au plus vite et profitez-en. Je ne sais pas dans quelle mesure cela sera efficace, mais n’est-il pas bon de semer un peu le chaos chez eux ? » Gu Hai sourit.
« C’est vrai. Mo Yike ? Ha ! Lui causer des ennuis ne fera pas de mal. C’est le conseiller le plus avisé de Lu Yang. » Les yeux de Sima Changkong s’illuminèrent.
« Je prends congé ! » Sima Changkong sourit et s’inclina.
Gu Hai lui rendit son salut.
Sima Changkong sortit alors un navire volant et monta à bord. Après s’être élevé dans le ciel, il traversa la matrice rituelle et prit la direction du Continent divin.
——
Au large de l’Île des Neuf-Cinq, un groupe de dragons escortait un navire volant en direction du nord-ouest.
Le prince héritier Ao Shun se trouvait à bord.
Debout sur le pont, il faisait face à un groupe d’anciens.
Les anciens le regardèrent et s’inclinèrent avec sincérité.
« Merci beaucoup, prince héritier ! » dirent-ils avec ferveur.
« Merci beaucoup, prince héritier ! » Les dragons criminels qui volaient autour du navire lui témoignèrent eux aussi leur respect.
Les dragons éprouvaient de la gratitude envers Ao Shun pour avoir fait un pas en arrière. Si Ao Shun avait survécu, c’était grâce à son retrait.
Parmi eux, l’Ancien Gen et l’Ancien Lin semblaient particulièrement sincères, entièrement convaincus qu’Ao Shun était bien leur prince héritier.
« Voyons, que dites-vous là ? C’est mon frère impérial. Comment aurais-je pu le laisser souffrir ? Pourtant… Ha ! Je n’ai quand même pas réussi à le sauver ! » Le prince héritier Ao Shun prit un air amer.
« Prince héritier, vous avez déjà fait tout ce qu’il fallait », dit respectueusement l’Ancien Gen.
« En effet. Gu Hai est trop rusé. Nous reviendrons tôt ou tard ! » lâcha l’Ancien Lin entre ses dents.
« C’est Gu Hai qui a humilié notre race des dragons ! » s’écrièrent les dragons avec haine.
« Ha ! C’est ma faute, je n’ai pas été à la hauteur », dit Ao Shun avec amertume.
L’Ancien Gen secoua la tête. « Prince héritier, vous n’y êtes pour rien. C’est Ao Shun qui est tombé dans le piège de Gu Hai. Vous n’avez cédé que pour votre frère aîné. On ne peut pas vous le reprocher. »
« En effet. Si Ao Shun ne s’était pas fait capturer, le prince héritier n’aurait pas eu à céder. » L’Ancien Lin dédouana aussitôt Ao Shun de toute responsabilité.
Ao Shun regarda les deux anciens et hocha la tête. Puis il déclara : « Très bien. N’en parlons plus pour l’instant. À notre retour, j’irai voir l’Empereur céleste Qian pour le faire libérer. Je suis certain que Gu Hai n’osera pas faire davantage de mal à Frère impérial. »
Les dragons hochèrent la tête.
Après cette conversation, chacun partit s’occuper de ses affaires.
Ao Shun se rendit toutefois à la poupe et contempla au loin l’Île des Neuf-Cinq.
En la regardant, Ao Shun ne ressentit aucune colère envers Gu Hai. Il esquissa plutôt un léger sourire.
« Gu Hai… Dois-je vous en vouloir ou vous remercier ? Ha ! » murmura Ao Shun, un sourire aux lèvres.
Ao Shun avait essuyé un revers ce jour-là, mais il avait gagné le cœur de toute la race des dragons. Désormais, tous reconnaissaient en lui leur prince héritier.
——
Palais de la dynastie céleste Han, sur l’Île des Neuf-Cinq :
Après avoir écarté la menace de la race des dragons, Gu Hai se remit tranquillement aux affaires gouvernementales qui s’étaient accumulées pendant son absence.
Le prince héritier Gu Qin avait déjà réglé la majeure partie de ces affaires. Toutefois, certaines dépassaient ses prérogatives et exigeaient que Gu Hai s’en charge en personne.
Dans le cabinet :
Gu Hai était assis derrière son bureau. Face à lui se tenaient les principaux fonctionnaires de la dynastie céleste Han ainsi que le prince héritier.
Dans la colonne de gauche se tenaient les intendants généraux auxquels Gu Hai avait fait le plus confiance autrefois. Ils occupaient désormais des postes importants.
Gu Qin, Gao Xianzhi, Chen Tianshan, Meng Tai et les autres se tenaient dans la colonne de droite.
Cette année-là, Meng Tai avait fait exécuter de nombreux fonctionnaires corrompus, dont plusieurs étaient apparentés à ces hauts dignitaires. Il les observait et avait déjà préparé toutes sortes de preuves, au cas où ils se plaindraient de lui, afin de pouvoir répondre à leurs accusations.
Mais ces anciens intendants généraux avaient suivi Gu Hai depuis longtemps et étaient tous très avisés. Ils connaissaient parfaitement leur souverain. La Garde à l’uniforme brodé avait été créée pour lutter contre la corruption. À présent que la dynastie céleste Han prospérait, même si leurs proches avaient été exécutés, ceux-ci l’avaient bien cherché. On les avait déjà avertis de ne pas accepter de pots-de-vin, mais ils n’en avaient fait qu’à leur tête. De plus, la dynastie céleste Han venait tout juste d’être fondée. Ces intendants généraux occupaient non seulement des postes élevés, mais avaient aussi tous percé au Royaume inné. Ils pouvaient espérer vivre longtemps. Quant à leurs proches qui avaient couru à leur perte, qu’ils subissent les conséquences de leurs actes.
Meng Tai s’inquiétait, mais les fonctionnaires ne parlaient que des grandes affaires de l’État. Pas un mot ne fut prononcé au sujet du bain de sang perpétré par la Garde à l’uniforme brodé.
« Votre Majesté, l’Île des Neuf-Cinq est désormais unifiée. Les royaumes mortels ont d’abord résisté, mais ils ont vite accepté la situation et suivi le mouvement », dit Gao Xianzhi avec un sourire.
« Gao Xianzhi, beau travail ! » le félicita Gu Hai avec un sourire.
L’ancien grand stratège de la Nation Song excellait dans l’art de préparer les guerres. En peu de temps, il avait su mobiliser les ressources de la dynastie céleste Han pour mener sa tâche à bien. Cela méritait une récompense.
« C’était la moindre des choses, Majesté ! » répondit Gao Xianzhi avec un sourire.
« Votre Majesté, depuis que les dragons sont partis il y a quelques jours, de nombreux cultivateurs sont venus postuler dans ma dynastie céleste Han. Leur nombre augmente chaque jour. À présent, nous accueillons des talents de toutes sortes. »
Gu Hai plissa légèrement les yeux. « La Mer des Mille Îles reste un endroit bien trop pauvre. »
« Hein ? » Tous se sentirent perplexes.
« Cela dit, nous ne pouvons pas négliger la Mer des Mille Îles. Chen Tianshan ! » appela Gu Hai.
« Je suis là, Votre Majesté ! »
« Parmi les deux mille arbres-fleurs d’amour, il y a vingt tréants du Royaume de l’Âme naissante. Je vous les affecte temporairement. Recrutez des soldats dans toute la Mer des Mille Îles », ordonna Gu Hai.
« Oui ! » répondit Chen Tianshan, intrigué.
« Les cultivateurs de la Mer des Mille Îles sont faibles et dispersés. Les factions du Continent divin les méprisent donc profondément. Pourtant, nous avons besoin d’eux. S’ils sont dispersés, rassemblons-les. Il nous faut la force d’innombrables cultivateurs. Recrutez partout. Peu importe les moyens, plus nous aurons de soldats, mieux ce sera. Nous voulons former au plus vite une armée de cultivateurs », dit Gu Hai.
« Oui ! » répondit Chen Tianshan.
« Père impérial, voulez-vous lancer une expédition militaire sur le Continent divin ? » demanda Gu Qin, intrigué.
« C’est exact. En fin de compte, la Mer des Mille Îles est trop petite. La dynastie céleste Han doit devenir plus puissante. La Mer des Mille Îles ne suffit pas, loin de là. Nous devons lancer une campagne militaire sur le Continent divin », répondit sérieusement Gu Hai.
« Et qu’adviendra-t-il de notre Île des Neuf-Cinq ? » demanda Gu Qin en fronçant les sourcils.
Après tout, c’était là qu’avait vu le jour la dynastie céleste Han.
« Nous verrons bien. Si nécessaire, nous pourrons déplacer notre capitale », répondit Gu Hai.
« En réalité, nous n’avons pas besoin de déplacer la capitale. Je connais un moyen », dit Gu Qin en fronçant les sourcils.
« Ah ?
« L’héritage du Vieux Monsieur Guan Qi contient une matrice rituelle que j’ai reçue. Elle peut faire flotter toute l’Île des Neuf-Cinq. Mais son déplacement est très lent », expliqua Gu Qin.
« Ah ? Une telle matrice rituelle existe ? » Les yeux de Gu Hai s’illuminèrent.
« Oui. Mais elle exige une quantité considérable de pierres spirituelles : un milliard de pierres spirituelles de qualité supérieure par an », répondit Gu Qin avec un sourire amer.
« Un milliard de pierres spirituelles de qualité supérieure chaque année ? » Gu Hai haussa les sourcils.
La dynastie royale de la Fondation divine avait accumulé deux cents millions de pierres spirituelles de qualité supérieure en plusieurs siècles seulement. Or, cette matrice rituelle en consommerait un milliard par an ?
« Oui. De plus, cette matrice rituelle exige les fragments de la Pierre céleste du go. Ce milliard de pierres spirituelles de qualité supérieure ne servirait pas seulement à faire flotter l’île. Il permettrait aussi de former un artefact divin pour la dynastie céleste Han. Plus précisément, neuf cents millions de ces pierres serviraient à nourrir cet artefact divin, qui constitue le principal soutien de la matrice rituelle », expliqua gravement Gu Qin.
« Les fragments de la Pierre céleste du go ? » Gu Hai haussa les sourcils.
« Oui. Je ne l’ai découvert qu’après avoir reçu l’héritage du Vieux Monsieur Guan Qi et l’avoir étudié en détail. Il s’est avéré que le Vieux Monsieur Guan Qi avait brisé la Pierre céleste du go en mille quatre-vingt-neuf morceaux, puis les avait intégrés à mille quatre-vingt-neuf trésors », dit Gu Hai.
« Mille quatre-vingt-neuf ? Ce n’est pas le même nombre que celui des îles de la Mer des Mille Îles ? » demanda Meng Tai, intrigué.
« Mille quatre-vingt-neuf, soit trente-trois fois trente-trois… Se pourrait-il que ce soit lié au Monde des trente-trois paires de lignes… » Gu Hai fronça légèrement les sourcils et se plongea dans ses pensées.
« Père impérial, d’après ce que j’ai compris de l’héritage, les cinq insignes d’autorité des cinq divisions de la Salle d’élite sont cinq de ces trésors. Chacun contient un fragment de la Pierre céleste du go », expliqua Gu Qin.
« Ah ? » Gu Hai en fut quelque peu surpris.
« Si nous rassemblons les fragments de la Pierre céleste du go et forgeons un artefact divin pour la dynastie céleste Han, Père impérial pourra s’en servir non seulement pour faire flotter une île, mais aussi pour créer une immense matrice rituelle qui protégera notre Île des Neuf-Cinq. C’est ainsi que procédait le Pavillon du Jeu céleste autrefois. Le seul problème, c’est qu’il faut trop de pierres spirituelles : un milliard de pierres spirituelles de qualité supérieure par an », dit Gu Qin avec amertume.
Gu Hai tapota doucement la table, plongé dans ses réflexions.
Le cabinet retomba dans le silence. Tous attendaient la décision de Gu Hai. Après tout, la dynastie céleste Han venait d’être fondée et manquait de fonds. Or, un milliard de pierres spirituelles de qualité supérieure ne suffirait que pour un an. La dynastie céleste Han aurait tant de choses à accomplir avec une telle somme.
Après un moment de silence, Gu Hai prit une profonde inspiration et déclara : « L’argent n’est pas un problème. Faites-nous rapidement un schéma détaillé de cette matrice rituelle. »
« Oui ! » répondit Gu Qin.