Chapitre 211
Livre 3 : Chapitre 33 : Cérémonie d’offrande de cithares
« Vénérable Liu Nian, nous nous cachions dans les nuages tout à l’heure. Comment Gui Mian a-t-il pu nous repérer aussi vite ? » demanda Gu Hai en le regardant avec curiosité.
« C’est à cause de Shangguan Hen et de moi. Quand nous leur avons échappé, Gui Mian a réussi à déposer sur nous un parfum de salive de dragon. Il est très léger et nous ne l’avons pas remarqué, mais Gui Mian y est sensible, ce qui lui a permis de nous repérer aussitôt. Ne vous inquiétez pas, je sais comment nous en débarrasser. Nous ne le porterons plus la prochaine fois », répondit le Vénérable Liu Nian avec gravité.
Gu Hai acquiesça. « Bien. Retournons d’abord en ville. Je dois préparer quelques affaires pour pêcher les dragons. »
Mu Chenfeng et les autres échangèrent des regards sceptiques.
Tout le monde retourna donc en ville. Mu Chenfeng ne participerait pas à la cérémonie d’offrande de cithares, mais le projet de Gu Hai pour pêcher les dragons l’intriguait au plus haut point. Il observa donc attentivement ce que Gu Hai faisait.
Gu Hai ne cacha rien à Mu Chenfeng. De retour en ville, il acheta deux produits en grande quantité : des seiches et des racines de lotus.
En voyant les piles de seiches et de racines de lotus qu’on livrait à Gu Hai, Mu Chenfeng parut très perplexe.
Des seiches ? Des racines de lotus ? Les dragons n’aiment pas manger de seiches, et encore moins des racines de lotus. Comment compte-t-il les pêcher avec ça ?
Mu Chenfeng brûlait de curiosité, mais n’osa pas poser la question. Il avait déjà fui la situation. Comment aurait-il pu avoir le culot de demander des explications ?
« Ha ! » soupira Mu Chenfeng.
——
Dans un manoir situé sur une île flottante de Ville de la Lune d’argent :
Mo Yike était assis devant un bureau, dans une petite cour, tandis qu’on lui apportait une pile de documents.
Jiang Tianyi se tenait respectueusement à ses côtés. Bien qu’il eût perdu le Pavillon de la Cithare numéro un au monde, Mo Yike ne le punit pas sévèrement. Après tout, Jiang Tianyi restait tout à fait capable.
« Des nouvelles ? » demanda Mo Yike avec gravité.
« Oui, Monsieur Mo. Nous avons fait fouiller toute la ville et avons enfin retrouvé ce groupe. Leur chef s’appellerait Sima Changkong. À l’époque, il fut le premier à acheter le piano de Gu Hai », rapporta respectueusement Jiang Tianyi.
« Sima Changkong ? » Mo Yike plissa brusquement les yeux.
« Oh ? Vous le connaissez, Monsieur Mo ? » demanda Jiang Tianyi, perplexe.
Mo Yike plissa légèrement les yeux. « Comment pourrais-je ne pas le connaître ? C’est le chef de la génération actuelle du clan Sima. Ha ! Qui aurait cru qu’il viendrait en éclaireur à Ville de la Lune d’argent ? La situation s’annonce plutôt délicate. A-t-il une invitation pour la cérémonie d’offrande de cithares ? »
« Oui. »
« Il en a une ? Voilà donc pourquoi le Seigneur du manoir organise la cérémonie d’offrande de cithares dans la mer de la Lune d’argent. C’est donc ça. Seigneur du manoir… ah, Seigneur du manoir, vous vous êtes vraiment donné beaucoup de mal pour protéger le Manoir de la Montagne de la Lune d’argent », dit Mo Yike, le visage sombre.
« Monsieur Mo, devrions-nous éliminer Sima Changkong en secret ? » demanda gravement Jiang Tianyi.
« Inutile. Vous ne seriez peut-être pas de taille à l’abattre. De plus, vu ses capacités, vous ne pourrez jamais le retrouver s’il décide de se cacher. Et pourtant, vous avez réussi à le localiser. Ha ! » répondit Mo Yike en plissant les yeux.
« Hein ? Sima Changkong s’est délibérément dévoilé ? Pourquoi ? »
« Il n’y a pas de pourquoi. Si Sima Changkong se montre au grand jour, c’est qu’une autre personne se cache. Même si nous le capturons, nous ne pourrons rien contre celle qui se dissimule. »
« Mais pourquoi s’est-il dévoilé ? »
« Il me met au défi. Ha ! Il m’oblige à éviter toute rencontre avec lui en public. Où qu’il aille, je dois m’écarter. Je ne peux pas l’empêcher d’enquêter sur quoi que ce soit », expliqua Mo Yike.
« Pourquoi ? »
« Parce qu’il représente le souverain, tandis que je représente un sujet. La distinction entre souverain et sujet doit être claire. Sinon, ce serait un grand manque de respect », répondit Mo Yike.
« Ne pouvons-nous pas faire semblant de ne pas savoir ? »
« Faire semblant de ne pas savoir ? Ha ! Vous êtes bien naïf. Il me rappelle de l’éviter. Même si nous prétendons ignorer sa présence, il brisera cette feinte si je m’impose sans raison. Il se sert de l’autorité du souverain contre moi. À votre avis, dois-je lui obéir ou non ? » dit Mo Yike.
« Oh ! » Le visage de Jiang Tianyi s’assombrit.
« Puisqu’il peut envoyer des hommes dans la mer de la Lune d’argent au grand jour comme en secret, nous le pouvons aussi. Dans ce cas, je ne participerai pas à cette cérémonie d’offrande de cithares », déclara Mo Yike.
« Oui ! »
« Prévenez Gui Mian qu’ils doivent rester cachés. Il leur est interdit de sortir de la mer pendant la cérémonie d’offrande de cithares. La mer de la Lune d’argent est immense. Tant qu’ils ne provoquent pas d’incident, il sera très difficile de découvrir leur cachette », ordonna Mo Yike.
« Oui ! »
——
Dix jours passèrent en un éclair, et la cérémonie d’offrande de cithares commença officiellement.
À présent, de nombreux cultivateurs s’étaient rassemblés dans la mer de la Lune d’argent. Beaucoup ne pouvaient pas participer, mais gardaient tout de même un peu d’espoir.
Une épaisse brume recouvrait alors l’Île de la Lune d’argent, au nord de la mer de la Lune d’argent. De nombreuses grues immortelles transportaient les cultivateurs munis d’invitations.
Il fallait présenter son invitation pour franchir l’entrée.
Long Wanqing, Shangguan Hen et le Vénérable Liu Nian étaient déjà entrés.
Gu Hai, lui, arriva plus tard. Il venait tout juste d’atteindre l’entrée.
À son arrivée, plusieurs citharistes des environs le reconnurent aussitôt.
« Maître Gu ! »
« Maître Gu ! »
Tous le saluèrent, et il leur rendit leurs salutations.
Ceux qui ne l’avaient jamais vu le dévisagèrent avec curiosité.
En voyant tout le monde saluer Gu Hai, les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent qui gardaient l’entrée du réseau rituel comprirent immédiatement qui il était.
Après tout, le Seigneur du manoir avait fait l’éloge de cet homme. Comment les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent auraient-ils pu ne pas le connaître ? De plus, leurs regards, lorsqu’ils le posaient sur Gu Hai, étaient empreints d’une grande chaleur et d’une profonde bienveillance.
Tandis que les autres présentaient leurs invitations pour entrer dans le réseau rituel, Gu Hai déclara : « Salutations, amis du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent. Je vous prie de transmettre mes remerciements au Seigneur du manoir, qui m’a permis de participer à la cérémonie d’offrande de cithares. Comment se porte-t-il ? »
Les autres demandaient des nouvelles de la cithare céleste Interprétation captivante ou s’enquéraient de sa présence. Gu Hai fut le seul à ne pas mentionner Interprétation captivante et à s’inquiéter plutôt de la santé du Seigneur du manoir. Les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent eurent aussitôt une excellente impression de lui.
« Le Seigneur du manoir se porte bien. Il évoque souvent le Canon de Monsieur Gu et la “Sonate pathétique”. Il sera ravi de vous voir ici aujourd’hui. » Un des disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent sourit.
« Oh ! Tant mieux », répondit Gu Hai en hochant la tête.
Puis Gu Hai entra avec la foule.
Les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent ne vérifièrent même pas son invitation et le laissèrent passer.
« Un instant ! » lança soudain une voix.
« Hein ? » Tout le monde se retourna.
Ils virent Fée Waner s’avancer lentement.
À sa vue, les nombreux citharistes froncèrent les sourcils, visiblement mal à l’aise.
« Gu Hai n’a pas présenté son invitation, et vous le laissez entrer comme ça ? » demanda Fée Waner en le désignant du doigt.
« Hein ? » Tous la regardèrent, perplexes.
« Je suis là depuis un moment. Tout à l’heure, un moine et le Maître de la Salle d’élite sont entrés avec les invitations de Gu Hai. Chaque invitation porte une marque différente. J’ai bien regardé. Gu Hai n’a pas d’invitation, et pourtant vous le laissez entrer ? » dit froidement Fée Waner.
« Comment Maître Gu pourrait-il ne pas avoir d’invitation ? »
« Exactement. Démone, arrête tes sottises ! »
Les citharistes s’écrièrent aussitôt avec colère pour défendre Gu Hai.
Les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent froncèrent eux aussi légèrement les sourcils. Comme ils s’apprêtaient à répondre, Gu Hai sourit et lança : « Fée Waner ? Voilà qui est inattendu. Nous nous retrouvons. »
« Hum ! » Fée Waner renifla avec dédain.
« Fée Waner, pensez-vous que je ne sois pas digne d’entrer ? » demanda Gu Hai en lui souriant.
« Bien sûr que vous n’en êtes pas digne. Vous n’arrivez même pas à faire émerger la conception artistique de la Voie de la musique. Et vous n’avez pas d’invitation. Pourquoi vous laisser entrer ? Vous n’avez pas compris la Voie de la musique. Vous avez peut-être trompé les autres, mais pas moi. Je vous ai percé à jour depuis longtemps », répliqua Fée Waner.
Fée Waner disait vrai. Grâce à son sens aigu de l’observation, elle avait déjà remarqué que Gu Hai ne possédait pas la conception artistique de la Voie de la musique. Elle voulait ainsi soulager le ressentiment causé par sa défaite. Gu Hai l’avait mise dans une situation difficile ; à présent, elle voulait lui rendre la pareille.
Tous lancèrent à Gu Hai des regards hésitants.
« Hahahahahahaha ! Fée Waner, votre plaisanterie n’est pas très drôle. Je sais que vous m’en voulez de vous avoir vaincue. Mais il vous faut trouver une meilleure excuse. Vous croyez vraiment que quelqu’un vous croira ? Hahaha ! » Gu Hai éclata d’un rire insouciant.
Tout le monde fut stupéfait.
« En effet. Démone, votre excuse ne tient pas debout. Maître Gu n’aurait pas de conception artistique ? Quelle plaisanterie ! Sans elle, comment aurait-il pu vous battre ? »
« Exactement. Si Maître Gu ne possède pas la conception artistique de la Voie de la musique, je mangerai cette cithare ! »
« Vous ne savez même pas mentir. Démone, c’est tout ce que vous avez dans la tête ? »
Tous se mirent à critiquer Fée Waner, au point de lui donner envie de vomir du sang.
*Bande d’aveugles ! Vous n’y comprenez rien. Pourquoi vous mettez-vous tous à répéter la même chose ?*
Au moment opportun, Gu Hai intervint : « Fée Waner, je sais que vous voulez obtenir Interprétation captivante. Mais je vous en prie, employez les bons moyens. Le Seigneur du manoir rendra un jugement équitable. À quoi bon chercher à prendre un raccourci ? »
« Alors, cette démone a peur de Gu Hai. C’est pour ça qu’elle le calomnie ! »
« Tout ça, pour Interprétation captivante ? Quelle fourberie ! Démone ! »
Les citharistes se remirent à critiquer Fée Waner, qui se sentit terriblement lésée.
*Mais je dis la vérité, moi !*
À cet instant, un disciple du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent fronça les sourcils et déclara : « Fée Waner, vous avez semé le trouble dans toute la ville, mais le Seigneur du manoir a fait une exception en vous accordant une invitation. J’espère que vous saurez l’apprécier. »
De toute évidence, les disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent ne supportaient pas non plus de voir Fée Waner employer tous les moyens pour obtenir Interprétation captivante.
« Monsieur Gu, par ici, je vous prie. » Un autre disciple du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent guida Gu Hai à l’intérieur.
Stupéfaite, Fée Waner le regarda entrer dans le réseau rituel sous les critiques de tous. Elle tapa du pied avec colère. « Gu Hai, ce n’est pas fini ! »
Gu Hai entra sans le moindre scrupule et sans se mettre en colère contre Fée Waner. Pourtant, elle avait dit vrai, et cela devait la rendre furieuse.
Gu Hai retrouva Long Wanqing et les autres sur une grande place.
De nombreux citharistes se tenaient par petits groupes de deux ou trois et échangeaient des politesses.
Au nord de la place se trouvait une chaumière. Plusieurs disciples du Manoir de la Montagne de la Lune d’argent, dont Yun Mo, montaient la garde devant, comme s’ils la protégeaient.
« Interprétation captivante se trouve dans cette chaumière ? »
« Je n’ai jamais vu de cithare céleste. À quoi peut-elle bien ressembler ? »
« Le Seigneur du manoir est dans la chaumière, lui aussi, pas vrai ? »
Les gens autour d’eux en discutaient.
Gu Hai, lui, chercha le Seigneur de la Ville He.
« He Shikang n’est pas encore arrivé », dit Long Wanqing en secouant la tête.