Chapitre 1 195
Salle de la Divinité du Tigre Yin, Terre sainte du Démon céleste, monde souterrain :
Bai Zizai revint en compagnie du Démon céleste Scorpion divin et du Démon céleste du Chagrin mugissant.
Deux autres personnes se tenaient à leurs côtés, l’une vêtue de blanc et l’autre de noir.
« Numéro Un, Numéro Deux, Numéro Trois a été frappé par la malédiction de Ming et est maintenant aveugle. Il a aussi le bras cassé, et nous ne parvenons pas à le réparer. Venez vite examiner son cas ! » lança avec anxiété le Démon céleste Scorpion divin.
Bai Zizai affichait un air sombre. De toute évidence, il avait essuyé un revers lors de la Rencontre du Règne uni et en était contrarié. De plus, il ne parvenait pas à lever la malédiction qui frappait le Démon céleste du Chagrin mugissant.
L’homme en noir et celui en blanc étaient respectivement les maîtres de sommet classés premier et deuxième de la Terre sainte du Démon céleste. Bien qu’ils ne se fussent pas rendus dans le monde des vivants, ils savaient ce qui s’y était passé.
Tous deux semblaient avoir acquis une certaine maîtrise de la Voie des malédictions. Ils psalmodiaient sans cesse, envoyant dans le corps du Démon céleste du Chagrin mugissant des rayons de lumière noire et blanche.
Pourtant, au bout d’un moment, leurs visages se rembrunirent.
« Numéro Un, Numéro Deux, vais-je rester aveugle pour toujours ? » demanda avec inquiétude le Démon céleste du Chagrin mugissant.
Le maître de sommet classé premier, vêtu de blanc, et celui classé deuxième, vêtu de noir, gardèrent le silence un moment.
« Monseigneur, cette malédiction est vraiment étrange. Nous avons beau avoir une certaine maîtrise des malédictions, nous n’en trouvons pas du tout la source », répondit le Faucheur d’âmes blanc en fronçant les sourcils.
« En effet. Cette malédiction est d’une puissance incroyable : de simples paroles lui ont brisé les os. Nous les avons pourtant ressoudés, mais les deux morceaux se repoussent étrangement, comme deux aimants de même polarité. On dirait qu’un champ magnétique singulier nous empêche d’intervenir », ajouta le Faucheur d’âmes noir, d’un air abattu.
« Et si nous lui amputions le bras avant de le faire repousser ? » suggéra Bai Zizai en fronçant les sourcils.
« Cela ne servirait à rien. C’est là toute l’étrangeté de cette malédiction. On ne peut pas s’en débarrasser en sacrifiant le bras. Elle poursuivra le Démon céleste du Chagrin mugissant jusqu’à sa mort. » Le Faucheur d’âmes blanc secoua la tête.
« Non ! Je dois essayer ! Je suis un esprit mille-pattes, je ne manque ni de bras ni de jambes. En perdre un ou deux n’a aucune importance ! Brise-toi ! » cria avec effroi le Démon céleste du Chagrin mugissant.
Boum !
Dans un fracas, le Démon céleste du Chagrin mugissant s’arracha le bras droit. Puis il exécuta rapidement une technique, faisant repousser un nouveau bras droit à partir du moignon.
Crac !
À peine son bras eut-il repoussé qu’il se brisa étrangement au même endroit.
Le Démon céleste du Chagrin mugissant : « … »
« Comme je vous l’avais dit ! » le réprimanda le Faucheur d’âmes blanc.
« Alors, que dois-je faire ? Numéro Un, Numéro Deux, passe encore pour le bras cassé, mais je suis aussi aveugle ! J’ai beau avoir d’autres organes sensoriels, je ne vois toujours rien. Et si… je me réincarnais ? » demanda avec inquiétude le Démon céleste du Chagrin mugissant.
« La réincarnation ne servirait à rien non plus. Essayez, si vous ne me croyez pas », rétorqua le Faucheur d’âmes blanc.
Le Démon céleste du Chagrin mugissant : « … »
« Existe-t-il un moyen de lever la malédiction ? » demanda Bai Zizai.
« Il y en a… », répondit le Faucheur d’âmes noir en fronçant les sourcils.
« Lequel ? » demanda anxieusement le Démon céleste du Chagrin mugissant.
« Premièrement, retrouver Ming, implorer son pardon et le convaincre de lever la malédiction. Ou bien tuer Ming. Sa malédiction devrait alors se dissiper d’elle-même au bout d’un certain temps », expliqua le Faucheur d’âmes noir.
Tuer Ming ?
À cette pensée, le Démon céleste du Chagrin mugissant trembla. Le tuer ? Impossible. Il était l’égal de Jiangchen. Même Monseigneur pourrait échouer.
« Et ensuite ? » demanda Bai Zizai.
« Ensuite, il y a la Ville souterraine du Sang. Il faut y trouver les Neuf Chaudrons et briser la malédiction », expliqua le Faucheur d’âmes blanc.
« La Ville souterraine du Sang ? » Bai Zizai fronça profondément les sourcils.
« En effet. Mon frère et moi sommes les seuls à connaître l’emplacement de cet endroit. Il se trouve dans un lieu extrêmement secret de ce monde, le repaire de la lignée de transmission du Chaman de sang. Ses membres se consacrent à la culture des malédictions de cette lignée. Les Neuf Chaudrons y ancrent l’espace. Même si aucun expert de premier plan n’y réside, les plus puissants peuvent y trouver la mort. Les malédictions sont immatérielles et ne laissent aucune trace. À l’époque, les génies de la race des chamans avaient rassemblé toutes les techniques de malédiction du monde pour les étudier. Mais elles étaient trop difficiles à unifier en un système complet. C’est pourquoi elles ne devinrent pas l’une des cinq grandes lignées de transmission », expliqua le Faucheur d’âmes noir.
« Ce n’est pas exact. Vous vous trompez. En réalité, les techniques de malédiction étudiées par les chamans de sang avaient atteint le niveau des cinq grandes lignées de transmission, car la réplication du sang divin en est une branche. Une seule branche a suffi à donner naissance à la réplication du sang divin. Les techniques de malédiction des chamans de sang ont sans doute encore progressé au fil des millions d’années ; elles doivent donc être extrêmement puissantes aujourd’hui », fit remarquer le Faucheur d’âmes blanc.
« Mais les habitants de la Ville souterraine du Sang ne sont-ils pas les descendants de la race des chamans ? Ne nous traiteront-ils pas avec hostilité ? » demanda avec inquiétude le Démon céleste du Chagrin mugissant.
« Les chamans nous traiteraient avec hostilité ? Ha ! Vous vous trompez. En vérité, depuis la guerre entre les chamans et les esprits animaux, les survivants de la race des chamans ne haïssent plus ces derniers. Celui qu’ils détestent, c’est Jiangchen. À l’époque, les chamans étaient sur le point de remporter la victoire, mais Jiangchen a anéanti leurs chances. » Le Faucheur d’âmes noir secoua la tête.
« Les chamans ne nous haïssent pas ? » Le Démon céleste Scorpion divin fronça légèrement les sourcils.
« Pourquoi la race des chamans haïrait-elle un ennemi vaincu ? Ce sont les races des esprits animaux qui haïssent les chamans. Celui que ces derniers détestent, c’est celui qui les a menés à leur perte : Jiangchen ! » expliqua le Faucheur d’âmes blanc.
« Vous avez donc deux possibilités : implorer Ming ou vous rendre à la Ville souterraine du Sang pour briser la malédiction grâce aux Neuf Chaudrons », conclut le Faucheur d’âmes noir.
Bai Zizai réfléchit en silence un moment.
« Rendez-vous à la Ville souterraine du Sang. Faucheur d’âmes noir, puisque vous y êtes déjà allé, vous y conduirez le Démon céleste du Chagrin mugissant. Levez sa malédiction au plus vite », ordonna gravement Bai Zizai.
« À vos ordres ! Monseigneur, nous devrons peut-être préparer de précieux cadeaux pour ce voyage. » Le Faucheur d’âmes noir regarda Bai Zizai.
« Prenez tout ce dont vous aurez besoin dans mon trésor », répondit Bai Zizai.
« À vos ordres ! »
------
Le cabinet impérial, Capitale éternelle des Enfers, monde souterrain :
Mo Yike fronça les sourcils et fit son rapport : « Votre Sainte Éminence, d’après les renseignements de nos hommes dans le sud du monde souterrain, la Secte des Neuf Yin n’existe pas. »
« La Secte des Neuf Yin n’existe pas ? » Gu Hai squelette fronça légèrement les sourcils.
« En effet. Nous avons fouillé sans relâche le monde souterrain et consulté les archives anciennes. Jusqu’à présent, nous n’avons trouvé aucune trace de la Secte des Neuf Yin. Aucune âme n’a jamais entendu parler de Ming He. Il semble être apparu de nulle part », répondit Mo Yike, les sourcils noués.
Gu Hai squelette tapota doucement la table, l’air grave.
La Secte des Neuf Yin n’existe pas ? Alors, qui est ce Ming que mon vrai corps a vu sur la place de la Salle de la lignée de Suprême Genèse ?
Gu Hai était persuadé qu’avec les moyens de Ming, celui-ci n’avait pas besoin de se forger une fausse identité. Pourquoi se cacher, alors qu’il était si puissant ?
« Poursuivez l’enquête. Ne laissez échapper aucun indice ! » ordonna Gu Hai.
« À vos ordres ! » répondit Mo Yike.
« Votre Sainte Éminence, Suprême Genèse a envoyé son incarnation informer toutes les dynasties royales et les sectes de rang inférieur, il y a peu. Toutes les factions importantes du monde devraient être au courant, à présent », rapporta solennellement Mo Yike.
Gu Hai acquiesça. « Suprême Genèse n’est pas doué pour gouverner. C’est pourquoi il nous a demandé de l’aide. De plus, il a besoin de temps pour cultiver. Ainsi, il pourra tout remettre en ordre une bonne fois pour toutes. C’est une occasion exceptionnelle pour nos quelques factions. Mais c’est aussi un grave danger. »
« En effet. Une fois engagés sur cette voie, nous devrons aller jusqu’au bout. Nous allons maintenant affronter la tempête la plus violente », approuva Mo Yike.
« Dans le monde des vivants, Jiangchen ne compte pas conquérir davantage de territoires. Il ne reste donc que le royaume de Han et le royaume de Yan. Nous nous concentrerons sur les régions nord et ouest du continent divin », déclara Gu Hai.
« À vos ordres. Et le monde souterrain ? »
« Le monde souterrain compte Ming, Bai Zizai et nos factions. Le royaume de Han se concentrera sur les régions nord et est », ordonna Gu Hai.
« La région nord devrait être facile à prendre. Nos opérations précédentes nous ont déjà donné un certain élan. De plus, l’Ancêtre Mang Shan et les autres coopèrent avec nous. La région nord est pratiquement acquise. Mais à l’est se trouve la Mer de feu spirituelle de l’Est. Les quatre Primats de l’Oiseau vermillon qui restent s’y trouvent. Vont-ils… » Mo Yike s’interrompit, inquiet.
« Inutile de vous inquiéter. Les Primats de l’Oiseau vermillon sont déjà morts de peur depuis les événements de la Salle de la lignée de Suprême Genèse ; ils ne s’en mêleront pas. Contournez simplement la Mer de feu spirituelle de l’Est et déployez nos troupes », ordonna Gu Hai.
« À vos ordres ! »
------
Le monde des vivants :
Le monde entier fut stupéfait en voyant le soleil se lever à l’ouest. Gu Hai devina aussitôt que Ming en était responsable, car celui-ci était alors l’hôte de la dynastie céleste Yan.
Gu Hai était intrigué par Ming, dont l’arrivée était bien trop mystérieuse.
Le cabinet impérial, dynastie céleste Han :
Gu Hai, dans son vrai corps, était assis derrière son bureau ; Meng Tai se tenait devant lui.
« Votre Sainte Éminence, nous venons de recevoir des nouvelles de la Ville de Xuanyuan. Les Gardes à l’uniforme brodé ont aperçu Jiangchen à la résidence de Cangjie », rapporta respectueusement Meng Tai.
« Jiangchen ? » Les pupilles de Gu Hai se contractèrent.
« Oui. Un centurion de la Garde à l’uniforme brodé l’a découvert par hasard alors qu’il livrait des documents à Monsieur Cangjie. Ils étaient assis sur la terrasse d’observation des étoiles et buvaient du thé. Il n’a pas entendu leur conversation, mais Jiangchen semblait très bien s’entendre avec Monsieur Cangjie, comme de vieux amis qui ne s’étaient pas vus depuis de nombreuses années », expliqua respectueusement Meng Tai.
Gu Hai plissa légèrement les yeux, stupéfait. Cangjie est un cultivateur de longévité, pourtant. Que fait-il avec Jiangchen ? De vieux amis ?
En cet instant, Meng Tai était abasourdi. La dynastie céleste Han a déjà atteint le sommet du monde, et j’ai vu bien des talents. En fait, nombre de stratèges brillants servent sous mes ordres ; leur intelligence n’a rien à envier à celle de Cangjie.
Sa Sainte Éminence vient à peine de recruter Cangjie, et voilà qu’il ose délaisser ses fonctions pour partir. Qu’est-ce que cela signifie ? J’ai vu bien des arrogants comme lui. Ce n’est qu’un adversaire vaincu ; pourquoi se pavaner ainsi ? Sans l’estime de Sa Sainte Éminence, que vaudrait-il ?
Pourtant, lorsque ses subordonnés lui avaient rapporté la nouvelle, Meng Tai n’avait pas su quoi répondre.
De vieux amis ? Il s’agit de Jiangchen, l’un des rares hommes que le royaume de Han prend au sérieux. En toutes circonstances, il peut s’asseoir d’égal à égal avec Sa Sainte Éminence, et pourtant, il serait un vieil ami de Cangjie ?
Le mépris que Meng Tai avait jusque-là éprouvé pour Cangjie s’évanouit sur-le-champ.
« Faites savoir que cette affaire doit rester secrète. Nous ne voulons pas que la rencontre de Jiangchen et Cangjie s’ébruite », ordonna gravement Gu Hai.
« À vos ordres ! Votre Sainte Éminence, soyez sans inquiétude. Je veillerai à imposer le silence à mes subordonnés ! » déclara solennellement Meng Tai.
« Autre chose : coopérez pleinement avec Cangjie. S’il vous demande quoi que ce soit, soutenez-le sans réserve, tant que cela ne compromet pas les fondations du royaume de Han », ordonna Gu Hai.
« À vos ordres ! » répondit Meng Tai.
Alors que Gu Hai et Meng Tai s’entretenaient, la voix de Gu Qin retentit depuis l’extérieur du cabinet impérial.
« Père éminent, une bonne nouvelle ! Deux maîtres de secte et deux empereurs impériaux porteurs de lettres de reddition demandent à vous rencontrer ! »
« Oh ? C’est donc commencé ? » Les yeux de Gu Hai s’illuminèrent.
Bien que les experts du monde souterrain sussent ce qui s’était passé à la Salle de la lignée de Suprême Genèse, ils gardaient encore espoir. Mais les habitants du monde des vivants étaient dans une situation différente. Ils en avaient fait l’expérience directe et savaient qu’un grave danger les menaçait. Les chefs des factions les plus résolus avaient aussitôt rédigé des lettres officielles et étaient venus prêter allégeance.