Chapitre 304
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 303 : Chambre 204, Salle de mission - « Hôtel Cinéma » (25)
──────
- Park Saerom
--- Ding-dong, ding-dong !
« Saerom, où est passée Yu-ri ? »
« … Je me le demande. »
« Elle n’est pas partie avec toi tout à l’heure ? »
Arrête de me poser la question. Je ne sais pas non plus où est passée Grande sœur.
…
La septième heure de cours était déjà terminée. Les cours ordinaires avaient pris fin, et l’étude personnelle allait commencer.
Grande sœur Yu-ri était sortie dans la cour pendant la pause déjeuner, en disant qu’un problème était survenu avec le sortilège, mais elle n’était toujours pas revenue.
Bien sûr, aucune de nous n’était humaine ; je n’allais donc pas faire toute une histoire parce qu’on ne suivait pas consciencieusement le rythme scolaire. Malgré tout, les établissements humains avaient un système bien plus rigoureux qu’on aurait pu le croire !
Si un élève quittait l’école sans autorisation ou séchait les cours, les professeurs risquaient de consulter des documents le concernant — son dossier scolaire, par exemple — pour une raison ou une autre. Si cela se répétait, notre identité, que nous avions dissimulée par divers moyens, risquait davantage d’être découverte.
Voilà pourquoi un Renard à neuf queues devait se montrer encore plus prudent que les humains, afin que personne autour de nous ne commence à se méfier. C’était Grande sœur Yu-ri qui m’avait rabâché tout ça jusqu’à me casser les oreilles ! Pourquoi se comportait-elle soudain comme ça ?
Pour l’instant, je devais au moins trouver une excuse.
« Yu-ri a dit qu’elle avait mal à la tête ? »
« Oui. Elle a dit qu’elle avait trèèès mal à la tête, puis elle est sortie de l’école en titubant. »
« Hmm… La prof n’a rien entendu à ce sujet. »
« Peut-être que Yu-ri souffrait trop pour venir vous prévenir ? »
« C’est possible. Saerom, merci de m’avoir prévenue. »
Je donnai une explication plausible à la prof. Vous voyez ? Sans moi, Grande sœur Yu-ri aurait eu de sérieux problèmes !
* * *
--- Ding-dong, ding-dong !
La sonnerie annonça le début de l’étude du soir.
Était-elle vraiment rentrée chez elle ? Grande sœur Yu-ri n’était toujours pas revenue à l’école. À cause de ça, je me retrouvai avec une corvée particulièrement pénible.
« Euh… Saerom ! Y-Y-Y-Yu- »
« Yu-ri. Han Yu-ri. Prononce son nom correctement. »
« Yu-ri m’a d-d-dit de venir sur le t-toit à vingt heures… O-Où est Yu-ri ? »
J’en savais rien, bande d’idiots ! Pourquoi Grande sœur leur avait-elle donné rendez-vous à vingt heures si elle rentrait chez elle ? Ces idiots n’arrêtaient pas de me demander où était Yu-ri à chaque pause !
…
Il y avait définitivement quelque chose d’anormal.
Avant de disparaître, Grande sœur avait apparemment donné rendez-vous à pas mal de garçons à l’école, ce soir-là, à vingt heures. La rumeur avait peut-être circulé : beaucoup d’élèves traînaient encore dans les couloirs, gloussant entre eux. Certains supposaient déjà que Yu-ri avait réuni tous les garçons pour les plaquer d’un coup.
L’étude du soir n’était pas obligatoire dans ce lycée, et il ne restait généralement pas beaucoup d’élèves aussi tard. Plusieurs professeurs étaient déjà rentrés chez eux. Pourtant, à cause du « grand événement » organisé par Grande sœur, trois fois plus d’élèves que d’habitude étaient restés pour assister à la scène.
À quoi pensait-elle ?
Comptait-elle revenir à l’école ce soir ? Pourquoi ? Allait-elle vraiment réunir tous ces garçons pour les plaquer en même temps ? Qu’espérait-elle gagner en faisant tout ce cinéma ?
Plus nous mangions de foies humains, plus nous nous rapprochions des humains dans notre façon de penser. Grande sœur avait dévoré des centaines de personnes au fil des ans, rassemblé neuf queues et, même après être devenue un Renard à neuf queues, elle avait encore mangé soixante-douze personnes. Elle n’était plus qu’à un pas de devenir humaine.
Était-ce pour ça qu’elle avait changé ?
« Aaaah ! »
Le cri qui retentit en bas tira de leur somnolence les élèves assoupis.
« Qu’est-ce que c’était ? Mais qu’est-ce que… »
« Au feu !!! »
Il se passait quelque chose, quelque chose était en train d’arriver !
* * *
À peine avais-je ouvert la porte à la volée et jailli de la classe que je restai bouche bée. Des incendies s’étaient déjà déclarés dans toute l’école, et les flammes gagnaient en intensité.
Juste devant moi, j’attrapai un fou qui répandait de l’huile avec un bidon et mettait le feu partout.
« Hé ! Qu’est-ce que tu fous, bordel ? »
« Le feu. Le feu. Le feu… Je dois mettre le feu. »
Il me suffit de regarder ses yeux pour comprendre. Cet humain n’avait plus toute sa tête. Un puissant charme l’avait déjà submergé, il avait perdu la raison et ne faisait plus que mettre le feu, tel un pantin.
Je courus dans les couloirs, paniquée, et constatai que la situation était catastrophique. Plusieurs hommes adultes sortis de nulle part incendiaient l’école, le regard vide. Quelques élèves et professeurs tentèrent de les arrêter, mais les flammes s’étaient déjà propagées partout. Il était bien trop tard.
« Aaaah ! »
« Au feu !! »
« F-Fuyez vers l’entrée ! »
« M-Mais qui a fait ça ?! »
… En fait, je croyais savoir qui.
Celle qui avait répandu la rumeur qu’elle plaquerait tous les garçons ce soir-là.
Celle qui avait rempli l’école d’élèves à une heure pareille.
Celle qui avait ensorcelé plusieurs personnes pour leur faire incendier l’établissement.
Je connaissais quelqu’un capable de tout ça. Je ne comprenais simplement pas pourquoi elle avait fait une chose aussi insensée !
« … Grande sœur. »
Ma seule famille, la grande Han Yu-ri, Renard à neuf queues à un pas seulement de devenir humaine, apparut au milieu des flammes.
Ses deux mains et les commissures de ses lèvres étaient déjà maculées de sang. Derrière elle, plusieurs cadavres desséchés brûlaient sur le sol. Elle avait déjà dévoré plusieurs personnes.
Grande sœur avait enveloppé son visage dans un étrange vortex pour le dissimuler aux autres, mais je n’étais pas assez incapable pour me laisser berner par une chose pareille.
« Pourquoi… Pourquoi… ? »
Comme je restais là, incapable de trouver quoi dire, Grande sœur me sourit doucement.
« Saerom, qu’est-ce que tu fais ? »
« C-C’est plutôt à moi de te demander… »
« Mange, toi aussi. »
« Quoi ? T’es folle ? Si on dévore des élèves dans l’école, on va attirer l’attention de tout le monde… »
« C’est ça qui t’inquiète, maintenant ? »
… Elle n’avait pas tort.
Le moment de s’inquiéter de se faire prendre était passé depuis longtemps, dès que Grande sœur avait incendié l’école et dévoré plusieurs personnes. J’avais l’air à moitié convaincue, alors elle me tendit calmement un morceau de chair.
« Mange. Celui-là est un peu coriace. »
« Tu me le donnes parce qu’il est coriace ? Quelle sœur formidable. »
Le cœur, encore accroché à des morceaux d’os, était assez dur, mais il avait du goût. À chaque bouchée, un arôme enivrant de sang se répandait par petites bouffées séduisantes.
La viande cuite au feu, que nous mangions souvent quand nous vivions parmi les humains, était délicieuse elle aussi, mais la chair humaine fraîche avait une saveur bien à elle. C’était dommage de n’avoir personne avec qui partager cette sensation. Enfin, j’avais Grande sœur, alors…
« Non ! Ce n’est pas le moment ! »
« Quoi donc ? »
Tout en parlant, Grande sœur mangeait un foie tendre en fronçant les sourcils. Curieusement, contrairement à d’habitude, elle semblait moins savourer un délicieux repas que se forcer à l’avaler.
Grande sœur était-elle vraiment en train de devenir de plus en plus humaine ?
« Grande sœur ! Tu incendies ouvertement une école et tu dévores des gens ? Tu crois qu’on ne l’a jamais fait parce qu’on en était incapables ? Tu sais bien que si tu fais ce genre de conneries insensées, ça fera la une des infos en Corée du Sud ! Le Saint-Siège va forcément envoyer une équipe d’exorcistes ! »
« Tu ne vois pas mon visage ? »
Je soupirai en regardant Grande sœur, dont le visage était dissimulé par une énergie sombre aux reflets bleu-noir.
« Ça ne marche que sur les gens ordinaires ! Tu crois que ça fonctionnera sur le Saint-Siège ? Ça ne marche même pas sur moi ! »
« Eh bien, j’ai préparé plusieurs autres choses. On aura donc plus de temps que tu ne le crois avant l’arrivée des exorcistes. D’ici là, je serai devenue humaine. »
« Tu crois que devenir humaine réglera tout ? Il y a eu tellement de morts, et il n’y aurait pas de coupable ? Même le Saint-Siège ne peut pas étouffer une affaire pareille ! »
« Ce serait vrai s’ils ne pouvaient pas trouver le coupable. Ils se donneront beaucoup de mal pour en dénicher un, par tous les moyens. »
« Quoi ? »
« Quel était le plan, au départ ? Tu comptais tuer des gens lentement, pendant plusieurs mois, non, plusieurs années, jusqu’à atteindre le nombre requis. Une personne par semaine au maximum, et si possible encore moins souvent. »
Évidemment. Comment aurions-nous pu tuer plusieurs personnes d’un coup dans un pays où la sécurité était bonne sans nous faire prendre ? Si possible, nous aurions visé des gens dont la disparition n’aurait manqué à personne, en tuant une personne tous les deux ou trois mois.
« À ton avis, combien de temps faudrait-il pour tuer les vingt-huit personnes restantes à ce rythme ? »
« G-Grande sœur… Pourquoi tu es soudain comme ça ? Ça n’aurait pris que trois ou quatre ans ! Ce n’est pas si long… »
« Si. C’est beaucoup trop long pour moi, maintenant. Saerom, j’ai déjà commencé. À toi de choisir. Aide-moi à en finir vite et fuyons ensemble, ou bien fuis toute seule. »
Je sentis mon souffle se bloquer dans ma gorge.
Les yeux de Grande sœur, qui brillaient d’un éclat envoûtant, semblaient plus fous que jamais. Était-elle épuisée ? Après avoir tenu bon pendant des centaines d’années, avait-elle soudain perdu la tête alors qu’elle n’était plus qu’à un pas de devenir humaine ?
Je n’en savais rien. Je ne comprenais pas pourquoi Grande sœur était devenue comme ça, tout à coup.
Mais une chose au moins était certaine. Dans ce monde entier, Yu-ri était ma seule famille.
Nous avions partagé des milliers de nuits et de jours. Grande sœur, qui s’était éveillée à la voie démoniaque bien avant moi, m’avait protégée d’innombrables fois, lorsque j’étais bien plus faible qu’aujourd’hui. Jamais je ne pourrais m’enfuir toute seule.
« M’enfuir toute seule ? Arrête tes bêtises. Finissons-en vite ! »
* * *
Une fois les deux Renards à neuf queues unis, le travail fut presque terminé en moins de vingt minutes. Bien sûr, je n’étais encore qu’un Renard à sept queues, mais je deviendrais moi aussi un Renard à neuf queues un jour !
À en juger par le nombre de cadavres autour de nous, je deviendrais sans doute un Renard à huit queues aujourd’hui. Encore fallait-il survivre après avoir causé une telle destruction.
Nous tuâmes plus de vingt élèves, des personnes venues de l’extérieur et même plusieurs professeurs, amassant ainsi une quantité considérable de foies. D’ordinaire, nous chérissions la chair humaine et la mangions petit à petit, mais il y en avait trop aujourd’hui. Nous laissâmes brûler la majeure partie, à l’exception des foies dont nous avions absolument besoin pour monter en grade.
Puis… le dernier foie se retrouva dans la main de Grande sœur.
« … C’est le dernier. Si je le mange, est-ce que je deviendrai humaine ? »
À cet instant, la renarde Yōkai qui avait dévoré neuf cents humains et obtenu neuf queues venait d’en manger quatre-vingt-dix-neuf de plus. Il ne lui manquait plus qu’un foie pour accomplir le but de son existence — devenir complètement humaine — et des larmes se mirent à couler sans fin de mes yeux.
Je ne ressentais même plus le danger que représentait l’équipe d’exorcistes du Saint-Siège, qui se précipitait vers nous depuis l’extérieur. Je n’éprouvais qu’une émotion débordante : ma famille, ma sœur, mon unique bien-aimée, qui avait enduré tant de nuits et de jours, venait enfin d’achever sa grande entreprise.
« Grande sœur… Félicitations. »
« … »
« Vraiment… Ce jour est enfin arrivé. Il est vraiment arrivé… »
« … »
« Mais mange-le vite. L’équipe d’exorcistes sera bientôt là. Ou tu préfères manger le dernier foie plus tard ? J’ai entendu dire qu’on perdait presque tous ses pouvoirs en devenant humaine. Ce ne serait pas mieux de fuir en gardant les pouvoirs du Renard à neuf queues, puis de manger le dernier foie après ? »
« Saerom. »
« Grande sœur ? »
« Mon plan pour m’échapper, c’est toi. »
Le Renard à neuf queues le plus puissant du monde bougea la main dans les airs, et des chaînes d’un noir de jais jaillirent du corps de Yu-ri pour m’entraver.
« Pour moi, assume la faute de mes péchés et meurs. »
Je sentis émaner de Yu-ri une puissance magique incompréhensible. Faible renarde Yōkai à sept queues seulement, je ne pouvais ni comprendre ni repousser ce pouvoir absolu qui déformait et bouleversait mon corps et mon esprit.
Jusqu’au bout, je ne compris pas ce qui se passait.
… Peut-être n’avais-je pas voulu comprendre.
* * *
- Han Yu-ri (?)
Je repris soudain mes esprits.
J’avais l’impression d’avoir eu une quantité phénoménale d’informations dans la tête… Mais avant même de me rappeler de quoi il s’agissait, je les oubliai à une vitesse incroyable, comme si une gomme effaçait tout dans mon crâne.
« Raaaargh ! »
En regardant devant moi, parfaitement réveillée, je compris que je n’avais pas le temps de rester là à réfléchir dans le vide. Un monstre gigantesque, comme je n’en avais jamais vu de ma vie, se dressait juste devant moi !
« Aïe ! C-C’est quoi, ce truc ?! »
Un chien ? Non, un loup ? Un renard géant ? Il avait tellement de queues ? Sept ? Il était enchaîné ?
Le monstre rugit et se contorsionna de tout son corps ; les chaînes de métal noir commencèrent à se rompre et à tomber. Dès que je vis ça, je détalai à toutes jambes pour sauver ma peau !
Aah ! Qu’est-ce qui s’était passé ? Qu’était-il arrivé à l’école ?!
Est-ce que je pouvais lui échapper ? À un monstre aussi monstrueux ? Il était clairement bien plus grand que moi !
« Active la “Fille quelconque” ! »
Quoi ? J’eus l’impression qu’un truc bizarre venait de sortir de ma bouche. J’avais rêvé ?
Je n’avais pas le temps d’y réfléchir. Je courus sans m’arrêter, paniquée, dans l’espace envahi par une fumée suffocante.
Les cadavres éparpillés partout me faisaient trébucher sans cesse, et je tombai encore et encore, jusqu’à être couverte de sang. La chaleur brûlante roussissait mes cheveux et mon uniforme par endroits. Je me roulai par terre dans un état lamentable, sans même comprendre ce qui m’arrivait !
« Raaaargh ! »
Peut-être parce que je courais de toutes mes forces malgré la situation, le monstre rugissant ne parvint pas à me trouver, même s’il ravageait le bâtiment.
Alors que j’étais sur le point de m’effondrer d’épuisement, le mur extérieur de l’école explosa et des gens vêtus de noir firent irruption. En les voyant, je fus submergée par le soulagement. Je crus que j’étais sauvée, puis je perdis connaissance.
…
« Nous avons une survivante ! La survivante est… humaine, elle est humaine ! »
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord à l’adresse <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>