Chapitre 133
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’hôtel mystérieux ◈
Épisode 132 : Chambre 107, Salle de la Porte – Quatrième Épreuve (23)
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[Utilisateur : Han Ga-in (Sagesse)
Date : Jour 46
Lieu actuel : Niveau 1, chambre 107 (Salle de la Porte)
Conseil du Sage : 1]
- Han Ga-in
--- Boum !
La porte trembla sous un choc colossal, comme si quelqu’un s’acharnait à la marteler.
A-ri lança d’une voix pressante :
« Pero ! Tu peux pousser le même cri que tout à l’heure, tout de suite ? »
Song-i, qui s’était naturellement improvisée porte-parole de Pero, répondit :
« Pas encore. Il faut attendre une dizaine de minutes… »
--- Crac !
Avant qu’elle ait pu finir, un objet pointu comme un poinçon fracassa la vitre supérieure de la porte de la cabine du capitaine et la traversa.
« C’est quoi, encore, ce bordel ? »
--- Boum !
A-ri tira aussitôt sur la main qui tenait le poinçon, mais le combat ne faisait que commencer.
Un fracas assourdissant retentit ensuite : ils s’étaient mis à frapper la porte avec ce qui ressemblait à une bouteille d’oxygène. Il était évident qu’elle ne tiendrait pas longtemps.
Je n’eus d’autre choix que de regarder derrière nous.
« Harrison ! Tu ne t’attends quand même pas à ce qu’on les retienne tous tout seuls ? »
« Bien sûr que non. Je prépare un petit quelque chose de mon côté, alors tenez encore un instant. »
Comme il l’avait dit, Harrison s’affairait aux commandes et gravait quelque chose dans le mur.
Les voir fracasser à coups de poinçon la vitre de la cabine du capitaine m’avait donné une idée.
« Donnez-moi toutes vos bombes de capsaïcine. »
Je rassemblai toutes les bombes aérosol de notre groupe.
--- Pschitt ! Pschitt !
« Beurk ! Ptoo, ptoo ! C’est quoi, ça ? »
« Du gaz moutarde ? Pourquoi c’est rouge ? Où est-ce qu’ils ont trouvé un truc pareil ? »
Je vaporisai frénétiquement le produit à travers la vitre de la porte, dont les gonds commençaient à céder.
Au lieu de viser quelqu’un en particulier, j’en aspergeai au hasard tout l’espace derrière la porte. Le silence retomba un instant.
--- Bang ! Bang !
« Argh ! »
« Ga-in ! Tu as été touché ? »
« Non, ça m’a juste éraflé. »
Les membres de l’équipage se mirent à tirer de loin sur la fenêtre.
Nous n’eûmes pas d’autre choix que de nous en éloigner.
Les coups tonitruants reprirent et, finalement, les gonds de la porte cédèrent.
À l’instant où la porte fut arrachée, un bruit chaotique me parvint de derrière nous. Quelque chose surgit du sol et barra de nouveau l’entrée. Harrison avait-il fait quelque chose ?
Une masse répugnante de chair, faite de tentacules opaques et de viande soudés ensemble, obstrua l’entrée.
Au moins plusieurs dizaines de personnes se tenaient de l’autre côté, les yeux remplis de haine.
La porte ayant disparu, nous pouvions nous voir clairement.
La tension monta, puis une voix meurtrière retentit.
« Espèce d’enfoiré ! Je vais t’arracher la peau du visage alors que tu seras encore vivant ! Ne crois pas que cette masse de chair pourra nous retenir longtemps ! »
Je me demandai si je devais l’insulter à mon tour quand le Perroquet grotesque bondit soudain derrière nous et ouvrit son bec !
Pero s’apprêtait à pousser son cri sans prévenir, et je tressaillis.
J’étendis aussitôt le Mode Filtre et me bouchai les oreilles.
Les ennemis qui avaient déjà subi le cri de Pero furent eux aussi pris de court. Ils se bouchèrent tous les oreilles et se jetèrent à terre.
…
…
…
???
Quoi ?
Pero se tenait là, le bec grand ouvert.
…
« Cet oiseau de merde nous a eus ! »
Waouh ! Pero était malin ! Il bluffait, à l’instant ?
Mon admiration ne dura qu’un instant. Un homme coiffé d’un béret anguleux apparut parmi les ennemis, une canne à la main.
Il posa la canne contre le mur et marmonna quelque chose. La masse de chair qui bloquait la porte se mit lentement à fondre.
Était-ce celui dont Harrison m’avait parlé, celui qui avait erré avec lui pendant des décennies et maîtrisé quelques arts secrets maléfiques ?
A-ri tenta aussitôt de lui tirer dessus, mais la chair qui nous protégeait de leurs balles arrêtait aussi les nôtres. Nous ne pouvions rien faire pour l’en empêcher.
Enfin, plus de la moitié de la chair fondit, ouvrant un passage.
Le Perroquet grotesque approcha de nouveau son bec de l’ouverture.
Des rires moqueurs fusèrent de l’autre côté.
« Vous croyez qu’on va se faire avoir encore une fois ? Préparez-vous à être grillés… »
--- Piiiiiiou !
Cette fois, c’était pour de vrai.
Beaucoup d’ennemis avaient déjà dégainé leur pistolet, si bien que l’effet fut encore plus violent que la fois précédente.
--- Bang ! Bang ! Bang !
Des coups de feu retentirent à la chaîne derrière le mur, suivis par le vacarme de leur lutte.
À ce moment-là, une autre voix s’éleva derrière nous.
« C’est presque fini ! Vous avez bien tenu. Encore un peu et je pourrai tous les ligoter d’un coup. »
Harrison avait-il enfin terminé de préparer la magie féroce sur laquelle il travaillait depuis si longtemps ?
Je m’approchai de Harrison pour voir où il en était et pris le pistolet d’A-ri.
--- Bang !
« Ah ! Espèce d’enfoiré ! »
« Capitaine Harrison, pourquoi vous jurez ? »
« Tu ne jurerais pas si une balle était plantée dans ta putain de tête ? »
« Comment tu pourrais jurer avec une balle dans la tête ? Elle a explosé, ta tête. C’est toi qui es anormal, à pouvoir encore bouger la bouche, espèce de taré ! »
Même alors, la tête éclatée de Harrison commença à se recoller.
« Song-i ! Dis à Pero d’avaler cette masse de chair ou je ne sais quoi ! »
« Hé, hé, hé ! Attendez ! Sérieusement, attendez ! Espèces de dingues, on n’avait pas convenu de régler leur compte à ceux qui sont dehors avant de se battre entre nous ? »
La voix pressante d’A-ri retentit.
« Han Ga-in ! Laisse Harrison tranquille pour l’instant ! Ils commencent à reprendre leurs esprits, le cri s’estompe. Harrison ! Et le rituel que tu préparais ? »
« Si cet abruti ne m’avait pas tiré dans la tête, ce serait déjà fini. »
J’étais sidéré qu’il me rejette la faute dessus, mais il fallait visiblement lui laisser le temps.
« D’accord. Je ne m’en mêle plus, alors dépêche-toi. »
Au milieu de cette conversation frénétique, des rires moqueurs s’élevèrent de l’autre côté de la porte.
« Le leadership du capitaine Harrison ne cessera jamais de m’étonner. Comment faites-vous pour toujours vous allier à des gens pareils ? Si vous subissez une mutinerie, les mutins peuvent être en cause. Mais si tous ceux que vous rencontrez vous poignardent dans le dos, vous ne vous dites pas que le problème vient peut-être de vous ? »
« Stevenson ! Ferme-la ! »
Je pris moi aussi la parole.
« Capitaine, vous devriez préparer votre magie au lieu de perdre votre temps à vous disputer. »
« Tu ferais mieux de te préparer à griller vivant ! »
« Je vais te faire frire le haut du corps et rôtir le bas. »
À entendre des deux côtés qu’on allait me transformer en poulet à moitié frit, à moitié rôti, je fus un instant incapable de réfléchir correctement.
Même dans tout ce chaos, chacun poursuivait ses préparatifs sans relâche.
De l’autre côté, les passagers et les membres de l’équipage, qui venaient de reprendre leurs esprits, se mirent à utiliser une sorte de pouvoir pour faire fondre la chair qui bloquait la porte. Derrière nous, Harrison tenait sa tête pendante et préparait un sort de riposte.
A-ri vint vers moi.
« Reste près de Harrison. Ne t’éloigne pas de lui. »
« Pourquoi, tout à coup ? »
« C’est juste une intuition. Fais ce que je te dis. »
Je trouvai ça bizarre, mais je pris Elena, toujours inconsciente, sur mon dos et m’approchai de Harrison.
Pero et Song-i bougèrent aussi, apparemment après avoir entendu l’instruction.
À cet instant, la tête pendante de Harrison se tourna vers nous.
« Tu as l’œil. »
--- Vrooooum !
Une vibration se propagea dans tout le navire.
« Aaaaaah ! »
Un hurlement qui semblait capable de remplir le monde entier s’éleva de l’extérieur de la cabine du capitaine.
Quand nous avions quitté la salle de bal plus tôt, Harrison avait utilisé une sorte de pouvoir pour coller l’équipage et les passagers au navire.
Était-ce une version améliorée de ce pouvoir ? Il ne se contentait plus de les coller au navire. Leurs corps se mirent à fusionner avec lui.
Des câbles, du béton et des plaques d’acier qui dépassaient du navire recouvrirent leurs corps de façon grotesque, tandis que leur chair s’infiltrait à son tour dans le bateau. Ils ne pouvaient que gémir, incapables de mourir malgré cet état atroce.
Les gens devinrent le navire, et le navire devint les gens. Mes maigres connaissances ne me permettaient pas de comprendre quel pouvoir pouvait créer une vision aussi effroyable.
La vibration recouvrit tout l’extérieur de la cabine du capitaine, puis pénétra à l’intérieur et se mit à secouer l’endroit où nous nous tenions quelques instants plus tôt !
Seul le périmètre autour de Harrison échappa à la vibration.
N’arrivant pas à y croire, je lui fis exploser la tête une nouvelle fois.
--- Bang !
« Tu comptais nous transformer en ça, nous aussi ? »
Harrison me répondit comme si j’étais ridicule.
« Tu m’as fait exploser la tête deux fois, et tu te permets de te plaindre ? »
Pendant un instant, je ne sus quoi répondre. Je me tournai vers A-ri.
« Comment tu l’as su ? »
« Juste une intuition. Je ne savais pas quelle magie il préparait, mais je me suis dit qu’elle risquait de nous emporter aussi. En revanche, il veillerait au moins à ne pas être touché lui-même. »
--- Crac !
Le Perroquet grotesque, de retour, écrasa d’un coup de bec rageur la chair pendante de Harrison.
… Ce n’était probablement pas fini.
Et, comme prévu, une voix résonna dans tout le navire.
« Il est déjà trop tard ! J’ai déjà fusionné avec l’Esper, ce navire de 120 000 tonnes. Un corps fait de protéines n’est que de l’argile. J’ai abandonné cette fragile enveloppe d’argile et obtenu un corps d’acier. »
[Conseil du Sage : 1 -> 0]
[Saute immédiatement sur le côté !]
--- Boum !
Avant que je puisse réagir, mon corps fut projeté dans les airs et s’écrasa contre le mur de la cabine du capitaine.
C’était quoi, encore, ce truc ?
On aurait dit que le navire avait développé des muscles. Un énorme muscle, constitué d’innombrables morceaux de chair fusionnés, souleva le revêtement d’acier du plancher de la cabine du capitaine et me projeta violemment au loin.
Était-ce une sorte de fusion entre le navire et l’être humain, celle dont Harrison avait rêvé ?
…
Cette satanée Sagesse recommençait.
Elle aurait dû lire l’avenir à l’avance et me prévenir dix secondes plus tôt.
Qu’est-ce que j’étais censé faire d’un avertissement reçu trois dixièmes de seconde avant ?
Autre chose me paraissait étrange, aussi.
Parfois, elle me prévenait assez tôt pour que je puisse réagir, mais d’autres fois, elle attendait le tout dernier instant, juste avant que le danger ne frappe, quand ça ne servait plus à rien.
Il devait forcément y avoir une explication à cette différence.
J’avais heurté le mur si violemment que je ne pouvais plus bouger.
La sensation ressemblait à celle des langues qui avaient jailli du fond de la piscine pour me frapper.
La douleur était si intense que les sensations dans tout mon corps devinrent floues, tandis que mes pensées s’éclaircissaient.
Un coup pareil allait probablement me faire perdre connaissance d’ici peu.
Je m’accrochai à mes pensées qui s’effaçaient et réfléchis à l’Horloge du contrat.
Que signifiait le chiffre indiqué par son aiguille ?
Ma première hypothèse était qu’il s’agissait du nombre de retours dans le temps.
Mais, d’après le capitaine, l’Esper était déjà en train de couler lorsqu’il avait conclu son premier contrat avec le démon.
Le temps avait forcément été inversé une fois à ce moment-là. Si l’aiguille indiquait le nombre de retours dans le temps, elle aurait dû commencer à 1, pas à 0.
Une autre hypothèse était qu’elle indiquait le nombre de Sacrifices offerts.
Mais ça ne collait pas non plus. Pendant ses quarante années en mer, l’Esper avait offert d’innombrables personnes en Sacrifice. L’aiguille ne pouvait donc pas être à 0.
Il semblerait qu’un Sacrifice potentiel ait déjà été offert lors de la véritable première nuit du passé, qui avait maintenant disparu. Elle ne pouvait donc pas être à 0 non plus.
À proprement parler, cette épreuve était un espace créé au moment où nous y étions entrés ; peut-être ne comptait-elle que les événements survenus après notre arrivée.
Mais aucune de ces hypothèses n’expliquait pourquoi l’aiguille était passée à 2 quand la fête avait été gâchée.
Le temps ne s’était pas inversé, et aucun Sacrifice n’avait été offert.
Alors que j’écartais les hypothèses les unes après les autres, une possibilité me vint à l’esprit.
« Le nombre de violations du contrat. »
D’après ce que nous avions appris jusque-là, les termes du contrat entre l’Esper et Marcas étaient les suivants : l’Esper organiserait des banquets et offrirait des Sacrifices, tandis que Marcas lui accorderait l’immortalité.
La première fois que l’aiguille avait bougé, nous avions fait irruption pendant le rituel où le grand-père était offert en sacrifice.
Je ne savais pas exactement ce qui s’était passé, mais Elena avait probablement fait échouer le rituel.
Le Sacrifice n’ayant pas été offert correctement, l’aiguille avait avancé d’une case.
Puis, la deuxième fois qu’elle avait bougé, Pero avait transformé la salle de bal en un lieu de folie avec son cri.
La fête ne pouvant pas se dérouler normalement, l’aiguille avait avancé d’une autre case.
Il ne restait plus qu’une case avant le 3.
… À partir de toutes ces déductions et des informations que nous avait données Harrison, nous avions élaboré le plan Z.
Je commençais à perdre connaissance.
Je regardai A-ri et me dis :
Plan Z, tu vas t’en sortir, hein ? A-ri, je compte sur toi. Moi, je vais dormir un peu.
Notes de bas de page :
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