Chapitre 23
L'un des trous qu'il avait creusés de ses propres mains, camouflé sous des branchages, avec des pieux acérés plantés au fond.
Le revers de la créature l'avait projeté à travers la brèche, hors de l'enceinte. Il était étendu sur le champ de bataille, au milieu des cadavres. Et entre le chef et lui, à trois mètres à peine, le dernier piège intact attendait sous sa couche de terre.
Il faut qu'il avance. Encore un peu.
Elias rampa en arrière, exagérant à peine sa faiblesse, ses talons dérapant dans la boue sanglante. La lame du chef était toujours levée. Ses yeux rouges ne le lâchaient pas.
« C'est tout… ce que tu as ? » croassa Elias.
La créature ne comprenait pas les mots. Mais elle comprit le ton.
Elle gronda et avança.
Un pas.
Deux.
Le sol céda.
Le Gobelin Guerrier bascula en avant dans un craquement de branchages, et un rugissement de douleur explosa dans la plaine. Les pieux n'avaient pas transpercé son torse, il était trop grand, trop lourd pour tomber entièrement, mais sa jambe droite était engloutie jusqu'à la cuisse, empalée quelque part dans le fond du trou.
« KAEL ! MAINTENANT ! »
Kael était déjà en train de courir.
Il avait ramassé la moitié brisée de sa lance, un mètre de bois terminé par la pointe de pierre, et il traversa la brèche à pleine vitesse, son bras mort battant contre son flanc.
Le chef l'entendit venir. Il se tordit, sa lame balayant l'air à l'horizontale.
Kael glissa sous le coup, à genoux dans la boue, et planta la demi-lance de toutes ses forces dans le creux du genou resté à l'air libre.
Le rugissement devint hurlement.
« LYNA ! »
Elle lança.
La lance décrivit un arc parfait depuis la tour et frappa la créature dans l'épaule, dans le défaut d'armure qu'Elias avait déjà entaillé. Cette fois, la pointe s'enfonça profondément.
Le Gobelin Guerrier vacilla légèrement.
À moitié empalé, une lance dans l'épaule, le genou transpercé, il continuait pourtant de se battre, ses bras massifs cherchant à s'extraire du piège, sa lame fauchant l'air autour de lui à l'aveugle.
Elias se releva.
Sa poitrine hurlait à chaque inspiration. Ses jambes tremblaient. Il sorti une arme de son inventaire.
L'arme gobeline. Celle qu'il avait gagner quelque jours auparavant.
Une lame courte, noire, dentelée.
Il contourna le monstre en titubant, hors de portée de la lame, et attendit. Une seconde. Deux. Le chef pivota vers Kael, qui reculait en boitant.
L'ouverture.
Elias bondit sur la créature, agrippa une lanière de cuir, et enfonça la lame dentelée dans sa gorge, jusqu'à la garde.
Le Gobelin Guerrier se figea.
Un gargouillement épais monta de sa gorge. Ses doigts s'ouvrirent, lâchèrent la lame massive, qui tomba dans la boue avec un bruit mat.
Puis le colosse s'affaissa lentement, retenu à mi-chemin par le piège, comme agenouillé au milieu du champ de bataille.
Et il ne bougea plus.
Elias glissa de son dos et tomba à genoux dans la boue.
Le silence.
Pas un cri. Pas un tambour. Juste le vent, et sa propre respiration, hachée, sifflante.
Autour de la dépouille de leur chef, les gobelins survivants s'étaient figés. Une dizaine, peut-être moins. Ils regardaient le corps agenouillé, puis Elias, puis le corps de nouveau.
L'un d'eux poussa un gémissement aigu.
Et ils s'enfuirent.
D'un seul mouvement, comme un vol d'oiseaux effrayés, les dernières créatures détalèrent vers la forêt, abandonnant leurs armes, leurs morts, leur chef. En quelques secondes, la plaine fut vide de tout mouvement.
Elias resta à genoux, incapable de se relever, incapable de penser.
« Elias ! »
Kael boitait vers lui. Derrière, Lyna descendait de la tour en pleurant, franchissait la brèche en courant, trébuchant sur les cadavres.
« C'est fini ? » Sa voix se brisa. « Dis-moi que c'est fini… »
Une fenêtre apparut devant eux, immense, dorée.
Première vague : Terminée.
Territoire défendu avec succès.
Noyau : Intact.
Elias fixa les mots sans parvenir à y croire.
Ils avaient tenu.
Lyna s'effondra contre son frère, secouée de sanglots. Kael la serra de son bras valide, le visage levé vers le ciel, les yeux fermés.
Elias, lui, sentit à peine le soulagement.
Parce qu'une autre fenêtre venait de s'ouvrir, plus discrète, dans un coin de sa vision.
Le Chat.
Et il défilait si vite qu'on ne pouvait plus rien y lire.
Joueur_301882 : Déconnecté.
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Joueur_112956 : Déconnecté.
Joueur_593017 : Déconnecté.
Joueur_408553 : Déconnecté.
Une colonne entière. Sans fin.
Le monde entier était en train de mourir en silence.