Chapitre 179
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Traducteur / éditeur : ZERO_SUGAR
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Chapitre 179 : Les vers à soie du printemps filent leur soie jusqu’à la mort (3)
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Le Vénérable Chungdam marchait devant, Yeon Sowol le suivait.
Le Vénérable Chungdam ne se retourna pas, et leurs pas gardaient un rythme régulier.
« Sowol. »
« Oui, Maître. »
« Quelle énergie souhaites-tu atteindre au Royaume du sommet ? »
« Oui. »
« Toujours l’univers ? »
« Oui. »
« Tu es vraiment un drôle de personnage. »
Le Vénérable Chungdam eut un petit rire.
« L’univers. L’univers… Si je t’avais rencontré plus tôt, si tu avais été un peu plus âgé, il y a quelque chose que j’aurais aimé étudier avec toi. C’est un petit regret. »
Tout en marmonnant, le Vénérable Chungdam jeta un regard en arrière.
« Bien. Alors il existe un endroit parfait pour cela. »
Le Vénérable Chungdam conduisit Yeon Sowol jusqu’à un pavillon bâti au sommet d’une falaise.
« Assieds-toi ici. À partir de maintenant, ne tourne pas la tête. Regarde droit devant toi. Considère cela comme une sorte de méditation face à un mur. Sauf que, dans ton cas, tu méditeras face au ciel. »
Yeon Sowol suivit les instructions du Vénérable Chungdam et s’assit face au vide. Le coucher du soleil était à son apogée.
« Avant de commencer, prends un moment pour réfléchir. À ce que tu désires. À ce que tu dois faire. Demande-toi si tu n’as rien négligé. Quand tu auras fini, ouvre les yeux. »
Yeon Sowol ferma lentement les yeux et se plongea dans ses pensées.
* * *
Qu’était-ce que le Royaume du sommet ?
Pour l’expliquer, il fallait d’abord comprendre la différence entre les artistes martiaux de troisième rang, de second rang et de premier rang.
Les artistes martiaux de troisième et de second rang maîtrisaient l’essence.
L’essence était force et pression.
Elle cherchait à s’emparer des choses et à les protéger.
Lorsque cette essence se dissolvait dans les Huit Vaisseaux Extraordinaires et commençait à se transformer en qi, on appelait cela le Raffinement de l’Essence en Qi, le Royaume de premier rang.
Ainsi, les artistes martiaux de premier rang maîtrisaient le qi.
Le qi était harmonie et changement.
Il enveloppait, guidait et s’écoulait.
La vitesse d’un artiste martial de second rang venait simplement de la force avec laquelle il prenait appui sur le sol. Celle d’un artiste martial de premier rang résultait d’une harmonie bien plus subtile et mystérieuse.
Quand le pied poussait contre le sol, l’harmonie faisait adhérer le pied à la terre.
Quand le pied quittait le sol d’une impulsion, l’harmonie les faisait se repousser.
Le vent, qui aurait naturellement barré la route, s’écartait.
Il attirait le pratiquant vers l’avant.
On entrait dans un état où l’on accélérait sans même avoir besoin de prendre appui sur le sol.
Voilà les arts martiaux de premier rang.
Leur mystère et leur efficacité n’avaient rien de comparable à ceux des arts martiaux de second rang.
Le Royaume du sommet consistait à pousser cette cultivation du qi jusqu’à ses limites.
Jusque-là, le qi ne s’était manifesté qu’indirectement, en enveloppant et en déplaçant d’autres choses. Au Royaume du sommet, le qi lui-même acquérait une nature et commençait à agir sur le monde.
Cent Fleurs en Profusion Sauvage.
Le qi, jusque-là subtil et insaisissable, révélait enfin sa présence distincte, telle une myriade de fleurs s’épanouissant à la fois et colorant le monde entier de teintes éclatantes.
C’était pour cela que Yeon Sowol s’était tant tourmenté.
« En quelle fleur mon qi doit-il s’épanouir ? »
À vrai dire, il avait déjà choisi sa voie.
L’univers.
Il créerait une énergie semblable à l’univers.
Mais il n’avait pas encore décidé comment s’y prendre.
« Pour l’instant, deux voies s’offrent à moi. »
La première consistait à poursuivre sa cultivation actuelle : créer un modèle de l’univers plus précis et plus puissant.
L’autre consistait à détruire sa cultivation et à tout recommencer. À tout anéantir, puis à refléter l’univers tel qu’il était dans cette énergie ruinée.
La première voie était rapide. Mais il lui serait difficile de recevoir les enseignements de Wudang.
La seconde était lente. Mais il lui serait plus facile de recevoir les enseignements de Wudang.
Les deux voies étaient justes.
L’une comme l’autre méritait d’être choisie.
Pourtant, le cœur de Yeon Sowol penchait sans cesse vers une troisième voie, dont il ne pouvait pas encore être certain.
« Une troisième voie. C’est possible. Elle est viable. Mais… je manque encore d’indices. »
Tout cela restait vague.
Pourtant, plus il y pensait, plus il la désirait avec ardeur.
Yeon Sowol rassembla ses pensées et ouvrit lentement les yeux.
Le soleil s’était couché et les alentours étaient plongés dans l’obscurité.
Un côté du pavillon, au sommet de la falaise, était entièrement ouvert sur le ciel nocturne où les étoiles s’étaient levées.
Quand il s’était assis, le coucher du soleil lui avait semblé brûler.
À présent, le ciel nocturne ressemblait exactement à l’univers.
« Ah. »
Pendant un instant, son regard fut happé par la Voie lactée qui traversait la nuit noire.
Une voix s’éleva alors derrière lui.
« Sowol. As-tu mis de l’ordre dans tes pensées ? »
Yeon Sowol répondit sans se retourner. Le Vénérable Chungdam lui avait dit de ne pas tourner la tête. Il garda simplement les yeux fixés sur les étoiles devant lui.
« Oui, Maître. J’ai fini. »
« Alors tu as compris. Deux voies s’ouvrent devant toi. »
« Oui. »
« L’une passe par le Cœur limpide et mène à l’Oubli de soi. L’autre passe par l’Enquête exhaustive et mène à la Connaissance claire. »
Elles correspondaient exactement aux deux voies auxquelles Yeon Sowol avait pensé.
La voie qui consistait à tout détruire et à recommencer était celle de l’Oubli de soi.
La voie qui consistait à poursuivre ce qu’il avait bâti était celle de la Connaissance claire.
« Comme tu le sais, le Cœur limpide et l’Oubli de soi sont des enseignements de Wudang. Une fois l’Oubli de soi atteint, on parvient au non-agir. »
« Et l’Enquête exhaustive et la Connaissance claire ? »
« Ce sont les enseignements suivis par ce fameux roi des épées, là-bas. Celui que tu as déjà rencontré. »
« Ah. »
Le roi des épées.
Il s’agissait de l’Empereur de l’Épée.
Un vieil homme traversa soudain l’esprit de Yeon Sowol.
Bien longtemps auparavant, trois vieillards avaient bu au bord de la Rivière Jipseong.
Un mendiant, un taoïste et un noble.
Le taoïste était l’Immortel de l’Épée, le Vénérable Chungdam.
Alors…
« Ce noble, c’était l’Empereur de l’Épée. »
Un frisson lui parcourut de nouveau l’échine.
Quelle rencontre fortuite il avait faite ce jour-là !
Cette rencontre l’avait maintenant conduit jusqu’à ces enseignements.
« À vrai dire, cette vision n’appartient pas qu’à l’Empereur de l’Épée. J’ai entendu dire que de nombreux fonctionnaires martiaux suivaient généralement une voie de réalisation similaire. À la racine, on peut considérer qu’il s’agit d’un enseignement de la Tradition confucéenne. »
La nuit d’hiver était calme.
Le ciel devant lui était sombre.
La lumière des étoiles tremblait lentement.
Pourtant, la voix douce du Vénérable Chungdam lui parvenait avec clarté.
« L’Enquête exhaustive, c’est ce que tu fais depuis tout ce temps. Tu demandes, une chose après l’autre : qu’est-ce que ceci ? Qu’est-ce que cela ? Si je fais ça, est-ce que ceci se produira ? C’est la voie qui consiste à définir et à circonscrire sans fin les choses, à tâtonner dans ce monde enchevêtré jusqu’à saisir un fil. »
« …C’est ce qui m’a piégé. »
« Cela ne devient un problème que si tu t’y enlises. Mais si cela te conduit à la Connaissance claire, alors c’est une grande chose. La Connaissance claire, c’est poursuivre le savoir jusqu’à son terme, jusqu’à découvrir l’endroit où l’on ne peut plus rien savoir. »
« Ah. »
À cet instant, Yeon Sowol comprit.
« À l’époque, quand vous m’avez dit de ne pas être lâche… »
Un sourire se dessina sur les lèvres du Vénérable Chungdam.
« Oui. C’est exactement cela. Si tu ne te montres pas lâche et que tu pousses ton savoir jusqu’au bout en t’imposant la même exigence, tu reconnaîtras plutôt l’endroit où ton propre savoir s’effondre. C’est là que commence la Connaissance claire. »
Yeon Sowol cligna des yeux.
« Alors, dans mon état actuel… »
« Tu le sais toi-même, n’est-ce pas ? Tu peux être à la Connaissance claire, ou à l’Oubli de soi. Tout dépendra de la direction que tu prendras au prochain pas. »
Voilà pourquoi deux voies s’offraient à lui.
Yeon Sowol garda le silence un instant, puis posa une autre question.
« Vous avez dit que l’Oubli de soi menait au non-agir. »
« C’est exact. Pourquoi ? Tu te demandes où mène la Connaissance claire ? »
« Oui. »
« Elle mène au renouveau. »
« Au renouveau… »
Ce mot éveilla un étrange écho chez Yeon Sowol.
La Restauration de Meiji.
La Constitution Yushin.
Des tournants de l’histoire moderne qui avaient provoqué d’innombrables controverses et bouleversements. C’était le mot employé chaque fois.
Percevant peut-être sa réaction, le Vénérable Chungdam poursuivit d’une voix basse.
« C’est une expression tirée des classiques confucéens. »
« Si tu peux te renouveler un jour,
renouvelle-toi jour après jour,
et recommence chaque jour. »
« Bien que Zhou soit un ancien État,
son Mandat céleste se renouvelle sans cesse. »
Une ancienne nation finissait inévitablement par épuiser son Mandat céleste et périr.
Mais si elle pouvait se renouveler chaque jour, même le Mandat céleste d’un ancien État pouvait renaître. Il pouvait alors connaître une nouvelle longue période de paix.
« Ah… Voilà pourquoi. »
Yeon Sowol comprit enfin pourquoi le mot « renouveau » revenait si souvent dans les épisodes de l’histoire moderne.
La voix du Vénérable Chungdam continua.
« Je ne connais pas bien la Tradition confucéenne, mais, comparé au non-agir, le renouveau me semble être ceci : si le non-agir signifie que rien n’est forcé, mais que tout s’accomplit sans interruption, alors le renouveau consiste à rectifier sans cesse les choses afin que tout puisse s’accomplir sans interruption. »
« Je vois… »
Yeon Sowol hocha silencieusement la tête.
Il s’agissait bien de deux voies distinctes.
Aucune n’était supérieure à l’autre.
C’étaient simplement deux manières de se tenir en des lieux différents et de regarder dans des directions différentes.
« Alors, tu choisis ? Iras-tu vers la Connaissance claire ou vers l’Oubli de soi ? L’une comme l’autre te conviendrait. »
Yeon Sowol demanda : « La voie de la Connaissance claire me permettrait de conserver mon énergie actuelle telle quelle, donc elle serait plus rapide. Mais il me serait difficile d’accepter vos enseignements. »
« Exact. »
« La voie de l’Oubli de soi m’obligerait à détruire mon énergie actuelle, donc elle serait plus lente. Mais il me serait ensuite plus facile d’accepter vos enseignements. »
« Exact. »
Yeon Sowol hocha la tête.
« Alors je ne choisirai ni la Connaissance claire ni l’Oubli de soi. »
Le Vénérable Chungdam fixa Yeon Sowol avec attention.
Il ne manifesta ni surprise ni désaccord.
« Tu ne renonceras donc pas à ton énergie, mais tu ne la poursuivras pas non plus ? »
« Oui. »
« Que feras-tu, alors ? »
« Je n’y renoncerai pas. Je la recréerai. »
« Ce serait donc une voie qui n’est ni celle de la Connaissance claire ni celle de l’Oubli de soi ? »
« Peut-être. Ou peut-être une voie qui les embrasse toutes les deux. »
« Comment ? »
« Je partirai de ce que je sais et avancerai vers ce que j’ignore. »
C’était une réponse vague, comme une énigme zen.
Mais Chungdam sourit avec calme.
Il ne chercha pas à obtenir tous les détails et ne se hâta pas de donner son avis.
Il savait que Yeon Sowol, qui avait atteint une compréhension relevant de l’Oubli de soi ou de la Connaissance claire, n’en avait pas besoin.
« Si tu as choisi ta méthode, alors suis-la. Puis-je faire quelque chose pour t’aider ? »
« Oui. »
« Quoi donc ? »
Dans le pavillon au sommet de la falaise, Yeon Sowol rencontra le regard de toutes les étoiles flottant devant ses yeux, puis répondit au Vénérable Chungdam, derrière lui.
« Parlez-moi de l’univers. »
« De l’univers ? »
« J’ai entendu dire que toutes choses étaient nées de l’origine première, du qi primordial. Je voudrais que vous m’expliquiez précisément comment cela s’est produit, Maître. »
Yeon Sowol voulait maintenant entendre parler de la cosmologie de ce monde.
La cosmologie qu’il connaissait appartenait à un univers où se trouvait une planète appelée Terre, un univers régi par d’autres lois. Il devait comprendre en détail à quoi ressemblait la cosmologie de ce monde où il se trouvait désormais.
C’était peut-être la dernière pièce qui lui manquait pour emprunter la troisième voie.
« Très bien. »
Le Vénérable Chungdam répondit sans hésiter.
Le taoïste dont le Dao était le plus élevé au monde se mit à parler de l’antérieur au Ciel et du postérieur au Ciel, de ce qui précédait et de ce qui suivit la naissance de l’univers.
* * *
Le Vénérable Chungdam expliqua : « Au commencement, le qi primordial n’était qu’un unique Vide sans limite. Mais quand on fait bouillir de l’eau dans une marmite, le fond chauffe d’abord, tandis que le haut reste tiède plus longtemps. De même, un déséquilibre est apparu dans le qi primordial, jusque-là uniforme. C’est de là qu’est né le Suprême Ultime, puis le yin et le yang se sont séparés. Ce déséquilibre s’appelle la partialité. »
Yeon Sowol écoutait.
« Mais, quand l’eau bout, le yin et le yang finissent par se rejoindre et circuler, et l’ensemble redevient peu à peu uniforme. Autrement dit, lorsque les choses se relient, elles ne font plus qu’un. Voilà la voie juste. »
Lorsque les choses se reliaient, elles ne faisaient plus qu’un.
Yeon Sowol répéta ces mots à voix basse.
« À l’inverse, un déséquilibre peut s’installer pour toutes sortes de raisons. Des matières étrangères peuvent s’introduire. Le feu peut se concentrer excessivement d’un côté. Le vent peut souffler. Plus cette partialité s’accentue, plus les choses deviennent troubles ; et lorsqu’elle atteint son paroxysme, elles ne peuvent plus se relier. C’est la voie des démons. »
Devant lui s’étendait un ciel noir, où la lumière des étoiles tremblait.
Les enseignements du Vénérable Chungdam emplissaient ses oreilles.
Enfin, Yeon Sowol trouva son indice.
« Lorsque les choses se relient, elles ne font plus qu’un… »
L’univers modèle au sein des Huit Vaisseaux Extraordinaires de Yeon Sowol.
Les innombrables énergies qui y existaient.
Alors…
« Plus je les relierai les unes aux autres, plus elles pourront ne faire qu’un. »
Comme la gravité, qui existait entre les matières dans l’univers connu de Yeon Sowol et les attirait les unes vers les autres.
« Si je rassemble tout, que je réunis l’ensemble et que je le condense en un seul point… »
Et ensuite…
Un sourire se dessina sur les lèvres de Yeon Sowol tandis qu’il contemplait le ciel nocturne.
Il en était désormais certain.
Une voie qui consistait à renaître sans renoncer à ce qu’il possédait.
Ni l’Oubli de soi ni la Connaissance claire, et pourtant peut-être les deux à la fois.
Une voie qui partait de ce qu’il savait pour avancer vers ce qu’il ignorait.
La troisième voie.
Notes de bas de page :
Yushin, traduit ici par « renouveau », désigne aussi bien la Restauration de Meiji au Japon que la Constitution Yushin en Corée du Sud, ce qui explique l’association de Sowol avec les bouleversements politiques.
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