Chapitre 1 477
« Je vous conseille d’attendre. »
La déclaration lui fit l’effet d’un coup au ventre. Incapable d’en croire ses oreilles, Zac reprit machinalement [Morsure de Verun] des mains du colosse. S’était-il trompé d’endroit ? Le jardin ceint de murs ne ressemblait indéniablement à aucune forge qu’il eût jamais vue. Au lieu de fours et de soufflets, il y avait des bassins dorés et des monticules chatoyants de terre métallique. Le forgeron lui-même avait davantage l’air d’un moine que d’un artisan.
Non, il ne s’était pas trompé. Le templier devant lui était un Autarque précoce et le plus grand forgeron de la Porte de l’Ascension. Bien sûr, certains Grands Anciens de la Cour creuse ou les artisans cachés de la Réserve du Dao étaient peut-être plus expérimentés, mais Zac n’avait aucun moyen de s’offrir leurs services. En fait, le Maître de Salle Pustor n’avait accepté de le recevoir qu’en raison du Jeton de Terre fertile de Zac, et non parce qu’il était Porteur de sceau ou disciple des Salles Fuxi.
« Elle ne peut pas être réparée ? » demanda Zac pour en avoir le cœur net, inquiet que les blessures de sa compagne soient plus graves qu’il ne l’avait cru.
« Oh, réparer ta hache ne pose aucun problème. Quelques matériaux supplémentaires et une refonte suffiraient, et elle en ressortirait plus puissante qu’avant, répondit Pustor. La faire passer au stade suivant ne pose pas de problème non plus, d’ailleurs. »
« Alors, quel est le problème ? Si c’est une question de paiement… » dit Zac avec anxiété.
« Du calme, mon garçon, répliqua Pustor. En considération de ton amitié avec notre ordre, j’ai décidé de te donner une occasion. »
« Une occasion ? » demanda Zac, son anxiété laissant place à la curiosité.
« As-tu entendu l’annonce de la Dynastie Theomore ? » demanda le forgeron.
« Oui. Un portail menant au Sceau du Palais impérial de gauche s’ouvrira dans quelques semaines, et ceux que le destin aura choisis pourront l’emprunter, répondit Zac. Quel rapport avec Verun ? La Dynastie Theomore est-elle réputée pour son art de la forge ? »
« Une Lignée impériale ne saurait manquer de quoi que ce soit, mais ce n’est pas ça. Je connais justement un certain ancien invité de cette dynastie », dit Pustor, dont le visage prit une expression déférente. « Ce senior possède un savoir-faire qu’on ne devrait trouver qu’à la Capitale impériale. En outre, il détient un trésor aux effets uniques sur les outils spirituels. »
« Un forgeron suprême », songea Zac.
« L’équilibre et la patience sont indispensables à la cultivation comme à la forge. Un Esprit d’outil ne peut subir qu’un nombre limité de refontes, surtout sur une courte période. Une deuxième intervention risque de faire plus de mal que de bien, en particulier dans un délai aussi bref », expliqua Pustor.
Zac hocha lentement la tête, pensif. L’explication ressemblait à ce qui se passait avec les fractales de compétence, qu’on ne pouvait pas redessiner à tout-va. Même lui, avec ses voies exceptionnellement malléables, ne pouvait pas les remanier sans cesse sans les fragiliser. Si les Esprits d’outil pouvaient être améliorés à l’infini en les faisant refondre par un forgeron jusqu’à obtenir un résultat parfait, les cultivateurs ne passeraient pas des éons à nourrir patiemment leurs Esprits d’outil.
« Je te conseille d’attendre l’ouverture du portail. Si le destin t’associe à la Dynastie Theomore, tu pourras tenter ta chance auprès du Maître Akke. Sinon, tu pourras revenir ici, et je réparerai ton amie en un rien de temps », dit Pustor.
« Ce serait un honneur que cet ancien s’occupe de ma compagne, mais il m’a déjà été difficile d’obtenir un entretien avec le senior Pustor, dit lentement Zac. Même si le destin m’associe au Sceau du Palais impérial de gauche, rien ne garantit que je pourrai rencontrer le seigneur Akke. »
Un sourire rusé apparut sur le visage du vieux forgeron. « Il se trouve que j’ai étudié auprès du Maître Akke pendant quelques décennies. Puisque tu es un ami de notre ordre, je peux te fournir une lettre de recommandation qui te garantira une audience. Contre paiement, bien sûr. »
« Combien ? » demanda Zac.
« Quinze mille Longanimité devraient suffire, répondit Pustor. Mais pour être clair, cela ne te garantit qu’une audience. À toi de convaincre le Maître Akke d’améliorer ton amie. »
Les yeux de Zac s’écarquillèrent devant le prix d’une simple lettre. Cela représentait presque la moitié de ses réserves et, comme l’avait dit Pustor, ne garantissait aucun service. Le vieux forgeron pouvait être occupé à fabriquer quelque chose pour les Theomore — très probablement le Cinquième Pilier lui-même — et le congédier après une brève audience.
« Je l’achète », dit Zac en serrant les dents et en tendant son jeton de disciple.
« Tu es si sûr de toi ? » siffla Pustor, surpris, sans retirer immédiatement les Longanimité. « Tu peux attendre l’ouverture du portail avant de te décider. »
« Inutile. Mon instinct me dit que c’est la bonne voie pour moi, et il ne m’a pas encore fait défaut », répondit Zac.
En tant que Porte-Flammes, il n’y avait naturellement aucune raison d’attendre. Zac était certain que s’il partait pour le Sceau du Palais impérial de gauche, il ne reviendrait pas dans les cours extérieures. Puisqu’il avait décidé de miser sur cet Akke, autant y aller à fond.
« Bien. Voilà la détermination qu’un cultivateur doit avoir. La patience est une vertu, mais il faut aussi battre le fer tant qu’il est chaud », approuva Pustor d’un signe de tête. « Puisque tu es si sûr de toi, j’ai une autre suggestion à te faire. »
Dix minutes plus tard, Zac sortit de cette forge insolite, le regard vide, avec la somme dérisoire de cinq cents Longanimité sur son compte. Pour un templier et un forgeron, le Maître de Salle faisait preuve d’un talent marchand remarquable. On aurait dit qu’il sentait la quantité de mérite que Zac possédait et n’hésitait pas à le plumer jusqu’au dernier sou. Les cinq cents points qui lui restaient n’étaient dus qu’à ses supplications désespérées à la fin des négociations. Sinon, il aurait été complètement essoré.
Naturellement, Zac ne le regretta pas une seconde. Il insuffla un filament mental dans son Anneau du Monde, où un petit aquarium était apparu. Verun s’y trouvait déjà. La hache flottait dans un liquide visqueux couleur d’écorce. Il s’agissait d’une ressource tirée des réserves personnelles de Pustor, et non de celles de la Cour creuse. Cette préparation s’appelait [Essence d’écorce de Bitterbone] et constituait, techniquement, un résidu issu d’un procédé de forge unique de rang B que le templier avait réalisé.
« Résidu » n’avait rien de rassurant, mais même les rebuts de matériaux de rang B pouvaient transformer des équipements de rang inférieur. De plus, cette essence d’écorce était très rare. Selon le forgeron, trois mille ans de trempe n’avaient produit que ces cinq gallons d’extrait dans l’aquarium.
L’[Essence d’écorce de Bitterbone] ne réparerait pas les dégâts subis par le socle de Verun. Elle pouvait en revanche nourrir et purifier les Esprits d’outil, avec un effet renforcé sur ceux qui étaient accordés à la Vie, à la Nature ou au Conflit. Verun répondant à deux de ces critères, cette essence lui convenait presque à la perfection. En somme, c’était une version surpuissante de la pierre mystérieuse qu’il avait achetée aux enchères du Nouveau Gouvernement mondial pendant l’Intégration.
Elle améliorerait le talent de Verun et accélérerait sa croissance à l’avenir. Elle réduirait aussi l’écart de potentiel entre Verun et Alea. Zac estimait cet investissement nécessaire s’il voulait que Verun l’accompagne pendant les millénaires à venir. Après tout, les origines de [Morsure de Verun] étaient plutôt modestes.
Zac l’avait reçue en récompense lors de la quête de la marée de loups, au début de l’Intégration. La série de bêtes à laquelle appartenait [Morsure de Verun] était tout à fait classique parmi les récompenses de quête du Système, et les divers trésors qu’il lui avait donnés depuis n’avaient pas suffi à la hisser au niveau des Esprits d’outil de premier ordre, comme l’épée qui l’avait endommagée.
À l’inverse, [Lien d’amour] avait été façonné par le Système lui-même sur un socle presque parfait. L’âme d’Alea était également bien plus puissante que celle des Esprits d’outil ordinaires, et elle avait obtenu une Flamme spirituelle qui accélérait sa croissance. Sans un peu plus d’amour, Verun prendrait bientôt du retard, même si Zac reforgait la hache.
L’[Essence d’écorce de Bitterbone] préparerait aussi Verun à tirer le meilleur parti de la prochaine refonte. Si l’audience avec Akke n’aboutissait pas, l’essence profiterait tout de même grandement à Verun. Puisque le contenu de la cuve ne lui avait coûté que le prix d’une lettre de recommandation, Zac estima finalement qu’il avait fait une bonne affaire.
Si les choses ne se passaient pas comme prévu avec le Maître Akke, [Morsure de Verun] devrait probablement se remettre toute seule. Par précaution, Zac acheta également deux haches de rang D supérieur pour patienter. Ces armes de remplacement n’avaient pas été forgées par Pustor lui-même, mais par l’un de ses disciples. Elles devraient tout de même lui permettre de tenir le coup jusqu’à ce que Verun soit remise sur pied. Ensuite, il pourrait les garder comme véritables armes de rechange.
Techniquement, ces haches étaient des produits défectueux, incapables de donner naissance à des Esprits d’outil, ce qui signifiait qu’elles étaient faites de matériaux durables. En revanche, privées d’esprit pour puiser de l’énergie dans le Cosmos, leurs propriétés, comme l’autoréparation, étaient fortement diminuées. Leur transmission d’énergie était également plus faible, ce qui entraînait une activation légèrement plus lente des compétences et une puissance réduite. Ce dernier point ne posait pas vraiment problème à Zac, qui pouvait contourner les défauts de l’arme en activant ses compétences avec l’Énergie du Vide.
À sa sortie de la forge de Pustor, les vastes jardins de la Porte de l’Ascension s’étendaient devant Zac. Dans un champ poussaient des fleurs bleues grandes comme des manoirs, dont les tiges couvertes d’épines azurées faisaient palpiter son cœur. Un autre ressemblait à une forêt de bambous, avec des milliers de perches dorées noueuses qui s’élevaient à plusieurs centaines de mètres.
Zac n’était certes pas un expert en herbologie, mais il estimait que ces plantes étaient des jeunes pousses de rang C, au minimum. Celles qui promettaient le plus seraient transplantées dans des conditions moins exiguës. L’énergie ambiante de la Porte de l’Ascension était extraordinaire, mais les jeunes plantes en absorbaient la totalité. Zac se sentait presque affamé tandis qu’il avançait sur le chemin de terre entre les champs.
À en juger par l’absence d’autres bâtiments dans les environs et par les champs alentour, entretenus par des automates d’acier d’un réalisme troublant, toute la zone était probablement le jardin personnel du forgeron. Les épines comme les perches semblaient pouvoir servir à fabriquer des armes. Zac observa encore un peu ces plantes insolites, puis s’approcha d’un Arbre spirituel solitaire qui se dressait juste au-delà des champs.
« Où ça ? » Une voix douce résonna dans l’esprit de Zac.
« À l’entrée, s’il vous plaît », répondit Zac, et l’arbre tendit une branche vers lui.
Une goutte d’eau dorée se forma à l’extrémité de la branche et l’enveloppa bientôt tout entier. Il eut l’impression de retourner dans le ventre de sa mère, entouré de chaleur et de vie. Malheureusement, l’expérience fut de courte durée. Il se retrouva bientôt sur la branche d’un arbre bien plus grand, de la même espèce. Peut-être s’agissait-il du même Arbre spirituel, dont les ramifications s’étendaient dans toute la Porte de l’Ascension.
Le quartier de la Cour creuse accordé à la Vie baignait généralement dans une atmosphère paisible, mais l’agitation régnait tout de même autour de l’arbre. Lorsque Zac descendit au sol, il se retrouva entouré de donneurs de vie de la Porte de l’Ascension, vêtus de simples robes de chanvre. Beaucoup arrivaient de l’arbre ou s’apprêtaient à se téléporter vers un autre secteur de la Porte.
Vu le flot régulier de disciples entre l’arbre et l’immense réserve de graines voisine, Zac supposa qu’ils venaient récupérer leur quota mensuel de semences. Ils partiraient ensuite à la recherche de parcelles de terre inoccupées, avec l’aide de l’arbre de transport. Quelques personnes se dirigeaient également vers la grande porte menant à la place d’accueil de la Cour creuse.
L’apparition de Zac lui valut quelques regards distraits, mais les habitants s’étaient depuis longtemps habitués aux Porteurs de sceau de passage. Les sauts temporels provoqués par les halos avaient déjà fait s’écouler plus de sept décennies depuis l’ouverture des portes des cours extérieures. L’arrivée de nouveaux visiteurs n’était plus d’actualité : la fin des échanges approchait à grands pas.
Les anciens Porteurs de sceau cultivaient avec acharnement et accumulaient du mérite pour profiter au maximum de la dernière étape de leur séjour. Les cours n’avaient toujours pas précisé explicitement ce qu’il fallait faire pour devenir membre permanent. Ceux qui souhaitaient s’installer durablement ne pouvaient donc que s’efforcer de faire valoir leurs talents.
Les candidats aux épreuves comme Zac ne s’intéressaient pas vraiment à devenir disciples, mais ils ressentaient sans aucun doute la pression du temps plus vivement que les anciens Porteurs de sceau. Des décennies avaient passé en un clin d’œil, et ils auraient de la chance s’il leur restait encore six mois pour saisir les occasions offertes par les cours. Zac n’échappait pas à la règle. Il lui restait quelques semaines avant l’ouverture du téléporteur et il comptait bien profiter au maximum du temps qui lui restait.
Sa moitié humaine s’était réveillée dans le véritable Neuvième Enfer trois jours plus tôt, après son séjour le plus court dans une lanterne-mémoire. Il n’était jamais retourné sur le vaisseau volant du Revenant de rang C et n’avait pas revu Fuxi après la transmission de ses connaissances. Heureusement, les efforts du Monarque mort-vivant pour le ramener n’avaient pas été vains. Zac était apparu dans une tout autre partie du Neuvième Enfer, et la place centrale de la Cour creuse n’était qu’à une courte distance.
Pourtant, il lui fallut près de deux jours pour parcourir un trajet qui aurait pu se faire en quelques heures. Il avait été occupé à assimiler les vastes quantités d’informations qu’on lui avait fourrées dans le crâne. Zac n’avait réussi à absorber qu’un ou deux pour cent du savoir de l’astre, mais cela lui avait suffi pour faire l’économie de décennies d’études intensives.
Contrairement aux masses de données de sa Bibliothèque du Chaos, il n’avait pas besoin de recourir à l’illumination d’Ultom pour les comprendre. Elles étaient directement devenues une partie de son savoir théorique, un socle sur lequel bâtir. Au-delà des informations utiles, cette transmission avait aussi permis à Zac de mieux comprendre ce que Fuxi entendait exactement par « unité ».
Il ne s’agissait pas seulement du [Canon de la Grande Unité], qui était une véritable technique de cultivation assortie de caractéristiques annexes. La Bibliothèque de l’Unité de Fuxi avait le même objectif que le [Livre de la Dualité] auquel Zac s’était référé pour concevoir le plan de son Noyau cosmique, mais à un niveau infiniment supérieur. Poussée à ses limites absolues, elle pouvait, selon Fuxi, transcender le Terminus.
D’après ce que Zac pouvait en déduire, la description de l’unité donnée par Fuxi englobait tout, des cieux à la terre, au sens littéral. L’unité expliquait la spiritualité cachée qui constituait le monde physique, un sujet auquel Zac avait longuement réfléchi durant son séjour dans la réalité alternative de l’Océan Peregrine. L’unité était la convergence de la vérité à son apogée, là où les Suprématies pouvaient donner à leur Dao n’importe quelle forme et lui faire accomplir n’importe quoi.
L’unité convenait aussi mieux à Zac que la dualité. Il avait finalement rejeté la voie oscillante de Yrial, qui l’aurait fait alterner entre la Vie et la Mort sans jamais les utiliser ensemble. Il était un véritable Marcheur de la Frontière lancé sur la voie du Chaos. Approfondir sa compréhension de l’unité l’aiderait à atteindre cet objectif de bien des manières.
Par exemple, il avait déjà vu [Édit primordial] fusionner des motes de Chaos instables pour créer des attaques dévastatrices. Avec le bon cadre théorique, Zac pourrait adapter la fractale de compétence afin de mieux suivre cette voie. Il en allait de même pour ses autres compétences, sans parler de ses décharges de Chaos instables. Il y avait aussi ses Moules de Dao rudimentaires. En comprenant mieux l’unité, Zac pourrait façonner des moules aussi bons que les Réseaux de Dao créés à la volée par les élites.
Les possibilités étaient infinies, comme le montrait l’immensité de la Bibliothèque de l’Unité de Fuxi. Zac n’avait fait qu’en franchir le seuil, mais il voyait déjà qu’elle pourrait devenir un élément central de son système de cultivation. Il ne s’agissait pas d’ajouter un composant de plus à son système de cultivation déjà complexe, mais de disposer d’un ensemble cohérent de paramètres pour travailler sur tout, de ses compétences à l’[Apothéose de l’Empereur du Vide].
Bien sûr, Zac n’allait pas réorganiser tout son système de cultivation après avoir entrevu une thèse impressionnante. Ce n’était pas qu’il doutât des connaissances qu’il avait acquises. Une grande partie portait sur des concepts qu’il avait déjà expérimentés de première main en affinant sa voie, mais les expliquait plus en profondeur et les inscrivait dans un contexte plus vaste. Ce dont il fallait se méfier, c’étaient les raisons qui avaient poussé Fuxi à surgir de nulle part.
La transmission du savoir était indéniablement un pilier important pour les érudits. Avec une classe liée aux Daos littéraires ou au confucianisme, l’enseignement comptait parmi les moyens les plus efficaces d’affiner ses compétences et de gagner des niveaux. Dans le Multivers, l’héritage avait aussi une profonde portée symbolique. L’immortalité n’étant encore qu’un rêve lointain, créer un héritage était, d’une certaine façon, la seule véritable prétention à l’Éternité.
Constater qu’on avait prélevé près de dix mille Longanimité sur son jeton de disciple à son réveil lui ôta un poids des épaules. Cela l’avait dispensé d’une dette de Karma, mais Zac sentait que les actes de Fuxi cachaient autre chose. C’était très probablement lié à la Bibliothèque de l’Unité, qu’il avait brandie comme appât vers la fin, et Zac savait exactement où était cachée l’autre partie du [Canon de la Grande Unité].
Le Grand Hall de l’Unité devait avoir obtenu l’autre moitié du mantra de Fuxi, tandis que l’accès à sa bibliothèque exigeait le texte entier. Qui savait depuis combien d’années ses membres s’acharnaient à en enfoncer les portes, dans l’espoir de s’approprier l’immense savoir de Fuxi ? Le Cinquième Pilier était leur chance d’atteindre enfin leur objectif de longue date.
Pourtant, Zac ne regrettait pas d’avoir parlé de la statue de Fuxi à Ventus. Sans les bonnes occasions et une profonde affinité, il était impossible de découvrir le véritable sens de ces runes. Zac voyait bien que la voie du Numérologue avait peu en commun avec les enseignements de Fuxi. L’elfe se retrouverait probablement bloqué bien plus tôt que lui, peut-être même sans avoir formé une seule rune dans son œil intérieur.
Même si les taoïstes du Grand Hall de l’Unité parvenaient à se servir de leurs découvertes pendant l’Épreuve pour ouvrir la bibliothèque de Fuxi, cela ne changerait rien pour Zac. La Bibliothèque de l’Unité faciliterait son parcours de cultivation, mais elle ne lui était pas indispensable. Les fragments qu’il en avait aperçus suffisaient à lui donner une orientation générale, et il pourrait combler les lacunes nécessaires par ses propres efforts.
Les ambitions de Zac différaient de celles de Fuxi. Le sage ancien cherchait l’Éternité par la Grande Unité ; Zac, lui, devait seulement unifier les différents éléments de sa voie. Le savoir qu’il avait acquis se rapportait précisément à cela et, Verun étant installée, le moment était venu d’en tirer parti.
Après avoir dépassé la maison des semences, Zac franchit la porte qui menait à la place principale de la Cour creuse. D’immenses bâtiments l’entouraient de toutes parts. Une fois orienté, il prit la direction de la bibliothèque. Les compétences, les manuels de cultivation et les méthodes secrètes s’apprenaient contre des Longanimité, mais il existait une foule d’écritures que l’on pouvait consulter gratuitement.
Zac comptait profiter de son temps libre pour mieux comprendre l’étape suivante. Les informations qu’il avait recueillies auprès de Tavza et d’Esmeralda ne suffisaient pas pour commencer à planifier sérieusement la suite.