Chapitre 1 369
Zac brûlait d’impatience de partir après avoir passé près d’un mois enterré sous terre, surtout depuis qu’il avait appris que l’un des Neuf Jardins l’attendait de l’autre côté. Vu le nombre de niveaux à traverser avant d’atteindre la Cour creuse, il aurait peut-être l’occasion de découvrir tous les Jardins et les Enfers dans un environnement contrôlé.
La descente devrait aussi offrir des épreuves comparables à celles de la Cour mercurielle et à la traversée de l’Océan Peregrine. Chaque niveau lui faisait l’effet d’un coffre au trésor qui n’attendait que d’être ouvert. Malheureusement, il devrait patienter encore un peu avant de percer ces mystères. Après avoir été scellée pendant des semaines et enfreint les commandements de l’Empire des morts-vivants, Tavza avait besoin d’une journée de repos supplémentaire avant d’être prête à entrer dans un monde de Vie pure.
De son côté, Esmeralda n’était toujours pas revenue. Zac était certain de pouvoir sortir du trésor, mais n’en voyait pas l’intérêt. Esmeralda l’y avait clairement caché pour une raison, et s’en frayer un chemin ne ferait que lui attirer davantage d’ennuis. Il décida plutôt de profiter de ce temps pour commencer à travailler sur son plan de rang D supérieur.
Zac devait faire progresser son Dao terrestre de la Guerre des Défiants avant de finaliser le plan — c’était le strict minimum —, mais il pouvait déjà avancer une partie du travail. Il lui fallait notamment passer en revue la mine d’informations qu’il venait de déverrouiller dans la Bibliothèque du Chaos et apporter des ajustements préliminaires à son ancien plan. Cela préparerait le terrain pour qu’il puisse recueillir une nouvelle dose d’illumination d’Ultom.
Tout en consacrant une partie de son énergie mentale à ces déductions complexes, Zac ressortit la[Porte de la Montagne Fuxi]. Il s’était contenté de l’examiner auparavant pour s’assurer qu’elle était intacte. Cette fois, il franchit la porte avec son corps humain. La différence était flagrante. Maintenant qu’il se trouvait à l’intérieur, il distinguait bien mieux la frontière entre les flammes de la Foi impériale et le Vide qui entourait la plateforme.
C’était parce que le Vide avait atteint une densité suffisante pour former une sorte d’environnement, capable de supporter la présence de Zac. Il ressentait encore un léger rejet, qui, selon lui, persisterait même après la réparation complète de la porte. La[Porte de la Montagne Fuxi]n’avait pas été conçue pour servir de base secrète ; elle faisait plutôt office de poutre porteuse pour le Cinquième Pilier. La présence de cultivateurs nuirait à la pureté du Vide, et Zac n’y faisait qu’une exception toute relative.
Il faudrait un moment avant que le rejet grandissant ne le chasse, et Zac comptait bien profiter de sa visite. Il atterrit sur le plateau brisé, qui se révéla encore plus vaste qu’il ne l’avait cru en l’observant d’en haut. Quelques bonds fulgurants le menèrent jusqu’à l’arche. De près, la porte ressemblait à deux gratte-ciel gigantesques dressés à plusieurs kilomètres l’un de l’autre.
En jetant un coup d’œil à l’imposante statue des Écailles de la Terre, Zac se souvint soudain qu’il avait hurlé et juré devant quiconque voulait bien l’écouter. Dans son désespoir, il avait même appelé Karz et Laondio. Le margrave l’avait-il entendu ? Et les huit autres maîtres de la Cour représentés à ses côtés ? Zac frissonna à cette idée. Il s’approcha tout de même de la porte, mais du côté opposé à celui du margrave.
De là, il était évident que l’arche était réellement faite de matériaux du Vide de haute qualité, qui dépassaient de loin les cristaux qu’il avait achetés au marché des Docks de la Transformation. La pierre ne semblait pas avoir été récupérée de l’héritage du Premier Peuple. Elle différait aussi bien de la plateforme aperçue dans sa vision que du temple solitaire qui se dressait à son sommet.
Où avaient-ils trouvé des matériaux purs du Vide d’aussi haute qualité ? Qui avait pu les modifier ? Zac repensa à la statue du margrave au moment de son apparition, et à la façon dont le basculement de la balance avait inversé le Vide et le Dao. Ce trésor avait-il pu être construit par le margrave lui-même ?
Secouant la tête, Zac se concentra sur l’une des cicatrices. Le Dao ancien qui y était incrusté agissait comme une plaie purulente. Il n’aurait pas pu s’en approcher si la porte n’avait pas contenu la majeure partie de l’aura. Enveloppé dans sa[Zone du Vide]et prêt à quitter la[Porte de la Montagne Fuxi]au moindre signe de danger, Zac activa la rune d’annihilation du Dao de la[Montagne du Vide].
Quelques secondes plus tard, Zac s’éloigna en fronçant les sourcils, contrarié. Sa première hypothèse s’était révélée juste. La[Montagne du Vide]fonctionnait pour effacer le Dao étranger sans endommager la porte. Mais fonctionner ne voulait pas dire être efficace. L’énergie hostile logée dans les cicatrices dépassait de très loin les capacités de Zac : il ne pouvait pas l’effacer dans un délai raisonnable. Il avait délibérément ciblé l’une des cicatrices les moins profondes, et il lui faudrait des années pour l’éroder. À son niveau actuel, réparer lui-même la porte était hors de question.
Déçu, mais pas surpris, Zac se tourna vers les ténèbres insondables de l’autre côté. Il franchit l’arche et frissonna devant l’intense impression de néant qui l’attendait au-delà. De denses traînées pures d’Énergie du Vide parcouraient les débris flottants, mais la majeure partie de ces ténèbres immenses ne contenait ni Énergie cosmique ni Énergie du Vide. C’était le vide absolu, sans être tout à fait aussi désolé que ce qu’il avait vu au-delà des limites du Multivers.
Son intuition et la[Porte de la Montagne Fuxi]lui indiquaient que suivre la piste de débris à la recherche de la véritable Montagne du Vide serait une courte expédition vouée à l’échec. Il n’avait déjà pas intérêt à s’aventurer plus loin que le bord de la plateforme, à mi-chemin de la porte. Son lien avec celle-ci tremblait dangereusement, comme si le vide au-delà pouvait le trancher.
Zac avait l’impression de se tenir au bord du monde. En se retournant, il vit l’éclat doré de la Foi impériale au crépuscule lui paraître lointain, comme s’il avait franchi un seuil invisible. Le silence qui résonnait autour de lui était celui de l’absence du Ciel et de la Terre. Ce n’était pas la protection de la Montagne du Vide qu’il avait imaginée, mais toute tribulation subie ici devrait être affaiblie. Un rejet puissant lui indiqua qu’il était temps de partir, et la seconde suivante, Zac se retrouva dans la cachette d’Ogras.
« Cinquante-deux secondes », songea Zac.
Ce n’était pas assez pour accomplir tout le processus de Formation du Noyau, sans parler des années nécessaires à la création d’un Monde intérieur. En revanche, c’était tout juste assez pour endurer une tribulation. En tenant compte des imprévus, il pourrait au moins se réfugier là-bas pour les un ou deux derniers éclairs, lorsque le danger serait le plus grand.
Zac préférait toutefois éviter ce scénario, s’il le pouvait. Attirer la Tribulation céleste en restant à l’intérieur du Vide, ce n’était pas la même chose que s’y réfugier au beau milieu de la tribulation. Dans le premier cas, les nuages de tribulation devraient se former au sein de la mer dorée de Foi impériale. Dans le second, la foudre risquait davantage de le suivre à travers la[Porte de la Montagne Fuxi], ce qui pourrait la détruire et lui couper le chemin du retour vers la réalité.
Il y avait aussi la question de ses deux corps, qui devaient tous deux entrer dans le royaume caché. Cela fonctionnerait-il seulement ? Et si oui, le drain serait-il doublé ? Malgré tout, mieux valait avoir cette option que de ne pas l’avoir, et Zac sentit qu’il venait de faire un pas de plus vers l’Hégémonie suprême. Cela fait, il se tourna vers ses compagnons.
Zac avait déjà vérifié que Verun et Haro allaient bien, même s’ils restaient plongés dans un sommeil semblable au sien. Il ne percevait aucune trace persistante de Dao suprême, et leur état spirituel était stable — et en pleine croissance. Leur torpeur semblait due à une surconsommation. Comme lui, ils s’étaient repus de la spiritualité foisonnante et avaient besoin de plus de temps pour la digérer.
Haro, surtout, avait tiré profit de leur rencontre. Son bulbe central avait presque grossi de cinquante pour cent, et il dégageait des traces de l’énergie sanctifiée qui avait aidé Zac à tenir pendant sa percée. Après réflexion, Zac transféra la moitié de son Sol spirituel dans l’Anneau du Monde de Haro, et les vrilles de la Liane Fendeur-de-Ciel s’en rapprochèrent instinctivement.
Haro avait déjà les bases nécessaires pour devenir un Empereur végétal une fois parvenu à maturité, mais cela ne suffisait pas. Il lui fallait davantage d’occasions d’exploiter et d’insuffler du potentiel, afin de pouvoir suivre Zac vers des sommets encore plus élevés. Lui donner un coup de pouce alors qu’il n’était qu’un jeune plant offrirait le meilleur rendement ; garder jalousement son précieux sol serait donc contre-productif.
Heureusement, leur état comateux ne nuisait pas trop à l’efficacité de Zac au combat. Haro ne pouvait pas combattre à ses côtés, mais Zac pouvait toujours contrôler certaines de ses lianes grâce à la[Symbiose adaptative]. Il en allait de même pour la[Morsure de Verun]. Activer la capacité de Verun ne fonctionnerait pas, mais il pouvait tout de même manier la hache sans problème. En fait, s’en servir les aiderait probablement à digérer l’énergie et le Dao.
Trois heures plus tard, Esmeralda, l’air éreinté, revint enfin dans le coffre où elle avait déposé la moitié du Regard draugr de Zac. Le crapaud se lança dans une tirade avant même que Zac ait pu la saluer.
« J’étais en plein dans le meilleur rêve de ma vie. J’avais retrouvé mes pouvoirs, et il y avait des trésors et des serrures à crocheter à foison. Imagine ma surprise quand tout m’a été arraché et que je me suis retrouvée réduite à jouer les nounous pour te protéger. Et comme si ça ne suffisait pas, ta lignée déchaînée a raflétant demerveilles avant que je puisse mettre la main dessus, lança Esmeralda. Il était évident que c’était là la véritable raison de sa colère. Alors, tu as quoi à dire pour ta défense, petit têtard cupide ? »
« Désolé, il m’arrive de manger en dormant », répondit Zac avec un sourire gêné. « Me protéger de quoi ? Kaltosa Lu nous a déjà rattrapés ? »
« Aucune trace de l’élémentaire, ni d’aucun autre participant aux épreuves, d’ailleurs. C’est la Cour elle-même qui nous attaque, sans doute à cause de tes frasques, grommela Esmeralda, agacée. Les ruines se sont réveillées dès que tes vortex ont commencé à fouiller le garde-manger. J’ai dû te déplacer tout en créant des diversions, entre autres. Heureusement, maintenant que tu es réveillé, on peut s’occuper du plus gros problème. La fenêtre va bientôt s’ouvrir, alors il faut y aller. »
« Quelle fenêtre ? »
« Pas le temps », dit Esmeralda en attirant Zac dans sa bourse avant de s’éloigner à toute vitesse.
Zac sentit qu’il traversait une fissure spatiale et ressortit l’instant suivant. Il eut à peine le temps de regarder autour de lui qu’un mur doré apparut juste derrière eux. Esmeralda fila comme le vent, le devançant de justesse. Cette vitesse révéla sa position, et l’esprit de Zac se mit soudain à hurler au danger.
Esmeralda maîtrisait parfaitement la situation. Elle traversa des ruines inconnues, changeant constamment de direction tout en tapotant certains endroits au sol. Chaque tape formait une cible peinte qui détournait l’immense perception en train de les traquer. Bientôt, la menace imminente s’estompa et Esmeralda s’arrêta juste assez longtemps pour permettre à Zac de mieux voir depuis sa bourse.
« Tout a changé ! » s’exclama Zac.
Il avait été retourné, et ils se trouvaient ailleurs que là où il avait perdu connaissance. Pourtant, il était sûr que l’emplacement des zones corrompues et des domaines mémoriels avait changé au cours de la semaine écoulée. Certains avaient changé de taille ; d’autres avaient tout simplement disparu. Même les ruines avaient l’air un peu différentes, mais cela, c’était peut-être sa faute.
« La Cour mercurielle porte bien son nom », soupira Esmeralda en désignant une brume dorée qui emplissait les ruines où Zac avait passé les dernières heures. « J’appelle ça les vents mémoriels. »
« Je ne vois pas ce qui se passe à l’intérieur. C’est un domaine mémoriel en déplacement ? » demanda Zac, comprenant que la brume ne s’étendait pas tant qu’elle se déplaçait.
« Je crois. Leur aura est la même, mais tout est caché comme ça. Ce que je sais, c’est qu’ils modifient le présent partout où ils passent. La plupart du temps, les changements sont minimes. Une ruine a l’air un peu mieux ou un peu plus délabrée. Mais des choses étranges se produisent lorsque les vents mémoriels rencontrent une poche de corruption. Les changements sont bien plus radicaux, répondit Esmeralda d’un air grave. Parfois… des choses en sortent. »
« Quoi ? s’exclama Zac. Il y a vraiment des gens qui peuvent sortir des domaines mémoriels ? »
« En quelque sorte. Tu les appelles Qriz’Ul, je crois ? répondit Esmeralda. Enfin, je ne sais pas exactement ce que c’est. Ils semblent posséder des souvenirs, comme les gens simulés, mais ils ne sont pas vraiment soumis aux règles de l’épreuve. Je crois qu’ils ressemblent aux intrus des Docks de la Transformation. En tout cas, les ruines les considèrent comme des intrus. »
« Des domaines qui se déplacent, qui modifient le présent… » songea Zac. « Un vent mémoriel va bientôt atteindre un endroit important ? »
« Exactement, répondit Esmeralda. Le problème, c’est que la Cour mercurielle nous a rangés dans la même catégorie que ces êtres. La première étape consiste donc à te faire enregistrer comme invité de marque. Ça devrait nous laisser un peu de répit. J’ai exploré les ruines et je crois avoir trouvé l’entrée. Les défenses qui l’entourent sont terrifiantes, mais un vent mémoriel va bientôt recouvrir tout le secteur. C’est notre chance. »
Leur destination n’était pas loin. Esmeralda expliqua qu’elle était restée bloquée sur le pourtour extérieur la semaine passée. Les bâtiments à moitié effondrés étaient à peu près dans le même état que le Phare du Centurion — autrement dit, ils pouvaient encore renfermer des trésors, mais aussi des protections dangereuses. Plus elle s’enfonçait dans les ruines, plus les réseaux cachés devenaient oppressants. Même Esmeralda ne pouvait échapper à leur détection sans en payer le prix fort.
Ils atteignirent bientôt un secteur qui ne semblait pas différent des autres. La seule différence, c’était qu’il allait être englouti par un vent mémoriel.
« Tu as raison. C’est bien ici », dit Zac en regardant un pied de statue en pierre brisé.
Il n’y avait qu’une seule statue et seul son socle subsistait, mais elle ressemblait trait pour trait aux statues gigantesques de la Porte de la Transformation. À côté se dressait un grand bâtiment au plafond effondré, et Zac comprit ce qu’Esmeralda avait voulu dire au sujet des environs dangereux. Il n’osa pas s’approcher ; quelque chose de profondément dangereux l’attendait à l’intérieur du bâtiment en ruine.
Ils attendirent dix minutes que le bâtiment et ses alentours soient entièrement engloutis, puis Esmeralda retourna dans le Sanctuaire de Kanba. À peine eut-elle disparu que l’esprit de Zac fut submergé par un pressentiment de catastrophe. Comme au Phare du Centurion, il sentit toute la ville braquer son attention sur lui et se précipita dans la brume de Foi et de Continuum avant que des gardiens ne surgissent de nulle part.
Zac expira en sentant son jeton d’identité s’illuminer et choisit naturellement l’identité d’Everit Draom. Il s’inquiétait un peu de ses agissements aux Portes de la Transformation, mais pas outre mesure. La Cour mercurielle ne leur avait jamais donné de règles ni de consignes ; il n’en avait donc enfreint aucune, à proprement parler.
La brume se dissipa, et Zac se retrouva au milieu d’une place. Il ne voyait aucune limite au domaine mémoriel et, même après avoir reculé de quelques pas, ne parvint pas à en sortir. À la place, il percuta un jeune cultivateur qui le dévisagea avec curiosité avant de s’enfuir. Il n’était pas seul dans les parages.
Des centaines de cultivateurs en robes assorties entouraient Zac. La grande majorité, y compris l’acolyte qu’il avait heurté par accident, portait du blanc ou du gris. Un duo vêtu de robes vertes de meilleure qualité passa devant lui en lui lançant également un regard curieux. Tous deux étaient sortis du bâtiment en forme de dôme, qui n’avait plus rien d’aussi inquiétant.
Derrière la structure se dressait l’immense statue, identique à celle des Portes de la Transformation. Elle tendait toujours la main, mais son compagnon et l’astrolabe avaient disparu. La regarder donnait le vertige à Zac. Tout le reste semblait normal, des bâtiments aux cultivateurs. Seule la statue était incertaine. On aurait dit qu’elle ne savait pas si elle était réelle ou illusoire, si elle appartenait à cette époque ou venait d’une autre.
Plus Zac l’observait, plus il se sentait mal à l’aise. La statue ressemblait à un diapason qui cherchait à accorder Zac à sa fréquence instable. À mesure qu’elle le faisait, les souvenirs qu’il venait tout juste de remettre en place remontèrent à la surface.
« Le trouble va se dissiper. »
Ces mots avaient la force d’un décret, et la statue cessa de trembler. L’esprit apaisé, Zac se tourna vers l’origine de la voix et découvrit un vieil homme à l’air bienveillant, vêtu de bleu. Il ne dégageait pas la moindre aura. En cet endroit, cela signifiait sans aucun doute que sa puissance dépassait de si loin celle de Zac qu’il était impossible d’en évaluer l’écart.
« Everit Draom, n’est-ce pas ? dit le vieil homme en examinant Zac de la tête aux pieds avec une approbation manifeste. Pas mal. Vous êtes le cinquième à arriver. Votre Destin est étroitement lié à la Cour mercurielle. »
Zac n’en était pas convaincu, mais il n’était pas assez stupide pour corriger cette méprise. Il changea plutôt de sujet. « Salutations, ancien. Je suis bien Everit Draom. Les docks ont été attaqués juste avant mon départ. Les autres… »
« La situation est sous contrôle. Une infiltration est inévitable, mais elle fait elle aussi partie de la tapisserie », répondit le vieil homme, dont le regard intense semblait transpercer Zac.
Se rappelant que Grand Rêve était déjà au courant de son existence et avait accueilli leur participation, Zac chassa ses craintes. « Un ami est parti en même temps que moi. Tous les participants aux épreuves passeront-ils par la même chose ? »
« Chaque voyage est différent. Une traversée plus rapide exerce une pression plus forte sur le cœur. Cela peut être une calamité comme une occasion à saisir », répondit l’ancien. « Vous en avez sans doute fait l’expérience. »
« Puis-je vous demander pourquoi vous vous donnez tant de mal ? Pourquoi ne pas nous téléporter à la Cour mercurielle ? »
« Naturellement, c’est une épreuve. Nous avons ouvert nos portes, mais vous deviez prouver que vous étiez capable de traverser le fleuve. Autrement, votre visite n’aurait eu aucun sens », répondit le vieil homme. « Votre traversée a aussi joué un petit rôle dans une entreprise plus vaste. »
« Cette autre ligne temporelle… » Zac hésita. « Était-elle réelle ? »
« Je l’ignore. L’était-elle ? » Le vieil homme sourit. « Si vous voulez comprendre ce que vous avez traversé et ce que la Cour mercurielle cherche à accomplir, vous devez d’abord devenir un disciple permanent. »
« Comment— »
« Il faut apprendre à marcher avant de courir. » Le vieil homme agita la main et se dirigea vers le grand bâtiment qui se dressait devant la statue solitaire. « Venez, installons-vous d’abord. Le reste vous apparaîtra bien assez tôt. »