Chapitre 1 349
Quand Zac activa [Arbitre des Abysses], son corps atteignit près de quatre mètres de haut — rien n’avait changé de ce côté-là depuis que la compétence était passée au rang D. Celle-ci s’adaptait parfaitement à l’armure du [Lien d’amour], ajoutant simplement une cotte de mailles aux parties que les plaques robustes de l’Esprit d’outil ne protégeaient pas. Le voile défensif de ses faux Insignes de guerre comblait les dernières lacunes, formant une protection aussi complète qu’une armure intégrale.
La pellicule de Foi impériale de Janos ajoutait une touche de divinité à l’apparence sinistre de Zac. On aurait vraiment dit qu’il était devenu un arbitre des enfers tandis qu’ils s’engageaient dans les rues chaotiques des Docks de la Transformation. Des traînées de fumée et des courants d’énergie erratiques tourbillonnaient autour de Zac, qui vérifiait si son domaine provocateur fonctionnait dans l’environnement insolite de la ville.
La trame de l’espace avait quelque chose d’étrange : elle limitait fortement sa portée. Zac parvenait néanmoins à imposer sa volonté à tout ce qui se trouvait à quelques dizaines de mètres. C’était largement suffisant. En fait, il craignait d’étendre son influence plus loin et d’attirer l’attention inutilement. L’orbe de Janos ne contenait manifestement qu’une quantité limitée de Foi empruntée, et chaque combat entamerait ses réserves.
Janos comprenait qu’il fallait rester prudent. Au lieu d’emprunter les grandes avenues où s’affrontaient les mutants, il les conduisit directement dans une ruelle sinueuse. Esmeralda faisait de son mieux pour déformer l’espace autour d’eux, mais ils ne tardèrent pas à tomber sur un obstacle. Au détour d’un virage, ils aperçurent un mutant penché sur un cadavre, et celui-ci les repéra au même instant.
Zac fondit sur lui comme l’éclair, mais les chaînes qui jaillissaient de son dos furent encore plus rapides. Nimbées de tourbillons d’or et de ténèbres anthracite, elles visèrent les yeux et la gorge du mutant. Celui-ci les frappa avec une célérité bestiale, déployant une force physique proche de la Monarchie. Zac dut fendre le tunnel de vent d’un coup pour pouvoir reprendre sa progression.
Deux des chaînes de Zac furent balayées avec assez de force pour faire exploser le mur d’une cour et révéler une scène macabre à l’intérieur. Moins de la moitié des réseaux défensifs des Docks de la Transformation semblaient encore fonctionner. Les autres avaient été neutralisés, et ceux qui se cachaient derrière ne connaîtraient pas une fin heureuse. Toujours aucun signe de résistance coordonnée dans le secteur. La plupart des élites étaient occupées sur la place centrale, laissant le reste des Docks de la Transformation se débrouiller seul.
Les autres chaînes profitèrent du puissant coup du mutant et s’enroulèrent autour de son bras décharné, s’appuyant sur la force du contrecoup. L’impact les fissura, mais elles avaient atteint leur objectif. [Soumission inexorable] exerçait une force suppressive suffisante pour affecter même un Monarque du stade initial ; le mutant, lui, n’avait atteint un niveau équivalent que par des moyens contre nature.
En plus de la compétence qui entravait le mutant, la Foi impériale modifiée se servit des chaînes comme de câbles pour attaquer la corruption qui alimentait la frénésie de l’envahisseur. Le mutant furieux se montra d’une maladresse inhabituelle en tentant d’arracher les chaînes. Agiter le bras ne servait à rien, puisqu’elles pouvaient s’étendre sur des kilomètres, et son autre main ne parvint pas à les saisir. Zac redirigeait subtilement la force par le biais d’[Arbitre des Abysses].
Zac fut sur le mutant avant qu’il ait le temps de s’adapter. Le visage de l’envahisseur ne trahissait aucune peur lorsqu’il se tourna vers la cible plus imposante ; il bondit même avec encore plus de vitesse. Zac sentit une douleur fulgurante au flanc, touché par un revers d’une rapidité surhumaine. Il n’avait aucun moyen de réagir à une attaque aussi vive, et son armure n’en avait absorbé que la moitié de la puissance. S’il n’avait pas activement repoussé la force qui le frappait, cette blessure superficielle lui aurait arraché un morceau d’intestin.
Le mutant ne s’en tira pas indemne, même si Zac avait renoncé à ses compétences de contre-attaque. Il dut d’abord transpercer la pellicule de Foi qui protégeait Zac pour atteindre son corps. Celle-ci s’était accrochée au bras du mutant, créant un second point d’entrée. Un bras affaibli par les chaînes, l’autre par l’attaque : le torse du mutant était à découvert. Cela ne lui inspira toujours aucune envie de fuir. L’envahisseur, consumé par la violence, se pencha pour donner un coup de tête lorsqu’il comprit que ses bras ne lui obéissaient plus. Sans oser mettre à l’épreuve la pellicule de Foi qui s’amenuisait sur [Dualité de la Mort] contre ce crâne robuste, Zac visa directement la gorge.
Un éclair de Mort suffocante mit fin au combat — ou aurait dû y mettre fin. Une force colossale percuta Zac à la poitrine, lui coupant le souffle et le projetant dans un bâtiment voisin. La vision brouillée, Zac lâcha son arme pour agripper le crâne noueux qui rongeait sa cuirasse renforcée. Trois coups tonitruants firent céder les fondations branlantes du bâtiment, qui s’écroula dans un grondement.
Zac s’extirpa des décombres dans un grognement de douleur. Il tenait un crâne écrasé, où persistait une infime étincelle de vitalité. Cette fois, il n’attendit pas que le pouvoir purificateur de la Foi fasse son œuvre. Il inonda directement la tête d’Énergie du Vide, étouffant ainsi la corruption. Il avait déjà tenté d’absorber le Dao mort du corps, mais cette énergie ne ressemblait pas à celle, sans propriétaire, du Plan perdu. Zac ne pouvait pas simplement s’en emparer et la transformer en illumination.
Un avertissement douloureux interrompit son expérience. Zac donna rapidement un coup de pied dans un morceau du mur effondré. Un mutant qui fonçait sur lui le pulvérisa sans ralentir, puis fit de même avec la tête de son ancien compagnon, saturée de Vide. Surpris par la bourrasque inconfortable d’Énergie du Vide, le mutant ne réagit pas à la chaîne spectrale qui arriva juste après le crâne.
« À terre », gronda Zac en poussant [Arbitre des Abysses] à sa limite.
Toute la rue trembla lorsque le mutant s’écrasa tête la première sur les pavés renforcés. Il se débattit au sol avec une rapidité surhumaine, jusqu’à ce qu’une hache étincelante s’abatte à l’arrière de son crâne. Le mince éclat de sainteté qui recouvrait le tranchant de [Dualité de la Mort] ne suffisait pas à fendre l’os renforcé, mais l’effet de [Fatehew], qui tranchait l’âme, immobilisa le mutant un instant. C’était assez pour qu’un second coup l’achève.
Par mesure de précaution, Zac écrasa le noyau du mutant d’un violent coup de pied, puis retourna auprès de Janos.
« Continuons », dit Zac à voix basse tandis que sa cuirasse cabossée reprenait sa forme d’origine.
Les chaînes s’étaient déjà retirées dans les volutes noires de son dos pour être remplacées par des maillons impeccables. Pendant ce temps, l’aura déclinante autour de son corps était ravivée par l’orbe de Janos. Cette brève échauffourée avait épuisé près d’un tiers de sa Foi impériale synthétisée, preuve qu’il ne pourrait pas mener de longs combats loin du démon.
Le combat avait tout de même dépassé ses attentes, tout en lui fournissant des informations importantes. Le Dao mort de l’Ère perdue avait donné à ces cultivateurs force et résistance, au prix de leur prudence. Ils se battaient à l’instinct, misant sur la vitesse et la puissance plutôt que sur leurs techniques et leur stratégie. Une fois privés de la corruption, ils étaient encore plus faibles que des cultivateurs ordinaires.
Son Énergie du Vide, cependant, s’était révélée moins efficace qu’il ne l’espérait. La corruption était en substance une énergie de rang C. Il lui faudrait puiser largement dans ses réserves pour affaiblir un seul mutant. L’Énergie de Foi empruntée, elle, avait un effet suppressif inné et accomplissait davantage avec moins.
Les élancements dans sa poitrine et son flanc lui avaient également appris quelque chose d’important. La force cinétique insufflée dans les attaques des mutants ne disparaissait pas par magie au contact de l’aura dorée, du moins pas quand celle-ci était aussi limitée. Même Zac risquait d’être grièvement blessé s’il encaissait l’un de ces coups de plein fouet, sans parler de Janos.
Une exclamation d’Esmeralda le tira de ses pensées. « Regarde la victime ! »
Ils étaient sur le point de dépasser le cadavre lorsqu’ils avaient aperçu le premier mutant. Zac baissa les yeux et écarquilla les siens en le reconnaissant. Malgré quelques petites différences, il avait tenu dans ses mains la même tête quelques instants plus tôt. Les deux hommes auraient pu passer pour des jumeaux, mais le mort étendu au sol n’était pas un envahisseur. Son corps ne portait aucune trace de corruption, à part une horrible blessure qui lui avait détruit le cœur.
C’est alors qu’un souffle parfumé aux herbes, venu de l’Océan Peregrine, parvint aux narines de Zac. Il fronça les sourcils, pensif.
« De fausses chronologies… Ces types sont venus traquer leurs doubles ? »
« Attends un peu. »
Esmeralda sortit du sanctuaire et disparut. Elle reparut quelques secondes plus tard, le ventre couvert de blessures.
« Par les dieux, l’espace est si fragile ici ! » se plaignit la crapaude en s’immergeant dans le bain de boue du sanctuaire. « Je crois que tu as vu juste. J’ai juste eu à courir jusqu’à la rue d’à côté pour trouver un autre envahisseur qui avait tué son jumeau. Et ce n’est pas tout. Regarde derrière toi. »
Zac se retourna. La même enfilade de bâtiments disparates s’étendait devant lui. Il lui fallut un instant pour comprendre où était le problème.
« La place centrale a disparu ! » s’exclama Zac.
« Les rêves convergent », acquiesça Janos. « Nous devons nous dépêcher. La distance augmente. »
Le démon jeta à peine un coup d’œil au cadavre avant de repartir. Zac avait beau être plein de doutes, il le suivit. Sa première hypothèse était que la ville déformée et ses envahisseurs dérangés faisaient partie d’une puissante illusion. C’était la seule explication possible à l’expansion des frontières au-delà des limites du Domaine mémoriel. Cela semblait effectivement être le cas, mais autre chose se tramait.
« Tu comprends ce qui se passe avec cette invasion ? » demanda Zac.
« Je ne crois pas qu’“invasion” soit le bon mot. C’est plutôt qu’un morceau des Docks de la Transformation a été arraché et entraîné dans cet enfer. Je pense que la place s’est détachée et a regagné la dimension principale. La Foi est la clé. Regarde ces gens dehors. Ils ne doivent pas être très croyants. Ils n’ont même pas pris la peine de participer à la cérémonie alors qu’ils habitent juste à côté. »
« Alors, on a eu tort de sortir ? » Zac grimaça.
« Pas forcément. Ces gens ont clairement leurs propres problèmes, et nous n’avons pas de véritable aura protectrice comme les habitants d’ici, dit Esmeralda. On dirait que le démon sait se repérer dans cette illusion. Nous devons le suivre jusqu’à la sortie. Ne t’éloigne pas trop de sa protection, ou tu finiras comme moi. Si tu vas trop loin, des parties de ton corps commenceront à partir dans des directions différentes. »
« Parfait, » soupira Zac avant de se tourner vers Janos.
« On devrait accélérer ? Je peux te porter avec l’une de mes chaînes. »
« Impossible. Perdre piste », répondit Janos.
Pour expliquer, il fit un bond de dix mètres. Son orbe ne parvint pas à le suivre. L’aura protectrice laissa une traînée derrière lui, et il fallut un instant pour en créer une nouvelle autour de Janos. L’environnement semblait résister à son expansion.
« Foi. Ancre », ajouta le démon, confirmant la théorie d’Esmeralda.
Zac acquiesça à contrecœur, les yeux scrutant chaque ombre et chaque ruelle à l’affût d’une menace. Heureusement, il n’eut à affronter que deux autres mutants avant que Janos ne les conduise dans un bâtiment à l’aspect irréel. Au moins sept maisons avaient été fusionnées pour le former, et pas une ne ressemblait aux autres.
Les pièces étaient impraticables, une douzaine de murs les barrant de toutes parts. Zac dut donc creuser une petite chambre en son centre.
« Attendez ici », dit Janos.
« Il l’a vraiment fait, » dit Esmeralda en sortant du sanctuaire. Elle avait l’air de goûter le Dao dans l’air, puis elle observa le démon avec intérêt. « Cet endroit est un œil où les dimensions sont complètement désalignées. C’est le meilleur endroit pour sortir. Je me demande comment il l’a trouvé. Il n’y a aucun indice évident dans la trame spatiale. »
« Il ne cesse de nous surprendre. » acquiesça Zac.
« Puisqu’on doit attendre, autant en profiter pour nous dire ce que tu sais. Ces envahisseurs sont des Qriz’Ul ou des humains ? » Voyant Janos peiner à formuler une réponse, Zac soupira d’exaspération. « Concentre-toi. Explique vite et clairement. »
Janos hocha légèrement la tête, et son regard s’aiguisa. « Je suis désolé. Pour ces deux questions, nous — enfin, je — ne sommes pas tout à fait sûrs. Je sais que les chronologies se rejoignent ici, et que certaines ont été corrompues par la même chose que celle rencontrée dans la Base des Centurions. »
« L’Océan Peregrine se déverse dans les docks ? » demanda Zac.
« Oui et non. L’Océan Peregrine n’est que le catalyseur d’un problème plus vaste », répondit Janos. « La vraie cause, c’est la Route impériale. »
« La Route impériale ? » s’étonna Zac, avant de comprendre. « Elle vient tout juste d’être achevée, à ce moment-là, et relie les Cours extérieures. »
Janos acquiesça. « J’ai rencontré un érudit nommé Kadel en venant ici. Il étudiait un concept appelé Omniprésence temporelle et cherchait à créer ce qu’il appelait une Chambre de l’Omniprésence. »
Zac n’essaya pas de ramener Janos au sujet principal, de peur que le démon ne retombe dans son mutisme. Il observa en silence Janos faire apparaître l’illusion d’une corde composée d’innombrables fils fins. Ceux-ci ne fusionnaient en une matière solide qu’à leurs deux extrémités.
« J’imagine la chambre à peu près comme ça. Un seul instant se ramifie en d’innombrables futurs possibles jusqu’à atteindre la limite de l’enceinte. Je n’ai jamais compris pourquoi il voulait créer une chose pareille. Je crois que c’était de la simple curiosité académique », dit Janos en secouant la tête. « Au bout du compte, l’expérience de Kadel a échoué. Sa démonstration a détruit toute l’académie dans la chronologie d’origine. J’ai réussi à le convaincre de changer d’avis. »
Janos prit un air stupéfait. « Les conséquences ont été plus importantes que prévu. Tu connais Kadel sous le nom de Grand Rêve. »
« QUOI ? Tu as sauvé la vie d’une future Suprématie ? » s’exclama Zac, reléguant au fond de son esprit son inquiétude devant les changements de pronoms répétés du démon.
« Il a complètement réécrit l’histoire ! C’est forcément lui qui a déclenché les doubles halos de la Cour mercurielle ! » ajouta Esmeralda par transmission mentale.
Zac comprit soudain quelque chose. « Attends, si tu l’as sauvé, alors il n’a jamais… »
« Grand Rêve n’aurait pas dû exister dans la chronologie d’origine », acquiesça Janos. « Ou peut-être qu’il y existait sous une autre forme. Une autre Suprématie l’a peut-être ressuscité après avoir compris sa valeur. Il possédait une capacité unique liée à ce qu’on appelle les Arcanes antiques. Elle lui permettait d’entrevoir d’innombrables futurs. C’était le fondement de ses recherches. »
« Tu as dit les Arcanes antiques ? » s’exclama Zac.
« Tu en as entendu parler ? »
« Les marionnettes que nous avons libérées dans la Base des Centurions provenaient de l’une des trois races des Arcanes antiques : les Voyageurs stellaires. Ils sont nés lors de la première Ère, et auraient dû être bien plus puissants que n’importe quelle Suprématie actuelle. Leur état d’existence naturel dépassait notre entendement », expliqua rapidement Zac.
« Si possible, j’aimerais savoir ce que tu as appris d’autre sur ces êtres. »
« Pas de problème, quand les choses se seront calmées », acquiesça Zac. Ce qui concernait les Voyageurs stellaires n’avait rien de secret. « Tu veux dire que Kadel possédait vraiment une de leurs capacités ? »
« Oui, mais elle avait de terribles effets secondaires. Quand je l’ai trouvé, il était sur le point de sombrer dans la folie. Je ne pensais pas qu’il vivrait aussi longtemps, et encore moins qu’il atteindrait la Suprématie. Je croyais que mon intervention lui avait seulement fait gagner un peu de temps. »
« Je comprends mieux pourquoi le vieil homme changeait de visage », marmonna Esmeralda.
« Et quel est le lien entre Grand Rêve, la Route impériale et les envahisseurs corrompus ? » demanda Zac.
« Les recherches de Kadel constituent l’un des fondements des souvenirs que nous avons traversés. Mais sa Chambre de l’Omniprésence n’est qu’une pièce du puzzle. Les autres Cours doivent toutes y jouer leur rôle. »
« Et elles ont toutes été reliées par la Route impériale », déduisit Zac.
« Exactement », répondit Janos. « Ce Domaine mémoriel est différent de ceux que j’ai parcourus. Je pense que l’Empire Sans-Limites n’a pu enregistrer fidèlement l’Étendue impériale occidentale qu’à partir du moment où les Cours ont été reliées. L’histoire d’avant n’est que l’ombre du présent enregistré. »
Esmeralda soupira. « Nous avons bouleversé le statu quo en nous aventurant dans l’Étendue impériale occidentale. Nous avons changé le passé et introduit de nouvelles possibilités dans la période enregistrée au sein de cette fameuse Chambre de l’Omniprésence. Je suppose que ces mutants corrompus nous attaquent… »
« … parce que le rêve est sur le point de prendre fin », conclut Zac. « Quoi que l’Empire cherche à accomplir avec tout ça, les mutants ne font clairement pas partie du plan. »
« D’innombrables rivières se fondent en une seule vérité partout où nous autres étrangers passons », dit Janos. « Leurs actes sont une tentative désespérée de survivre. C’est peut-être leur instinct, ou bien des êtres plus puissants ont-ils compris la vérité et leur en ont donné l’ordre. »
« Quel bazar », soupira Zac. « Toutes les Cours devront affronter une invasion comme celle-ci ? »
« Pas forcément », répondit Esmeralda. « Je pense toujours que ce n’est possible qu’à cause de l’Océan Peregrine ou de la Cour mercurielle. Certains Hégémons et Monarques ne pourraient pas passer de notre côté sans ça. »
« Je crois que la… grenouille… »
« Crapaude ! »
« Pardon. Je pense que la crapaude a raison. Protéger la Cour mercurielle et l’histoire de l’invasion des chronologies corrompues est l’ultime épreuve de cette Cour extérieure. Les autres devront affronter d’autres tribulations. »
« Alors, qu’est-ce qu’on fait ? » demanda Zac. « On ne peut pas aller casser la figure à tout un univers parallèle. »
« Ce problème ne peut pas être réglé d’ici. Nous devons nous rendre à la Cour mercurielle. »
« La crapaude a encore raison », acquiesça Janos en regardant soudain autour de lui. Son visage perdit toute expression, et ses paroles suivantes sortirent, creuses et monotones. « C’est là. Tranche. »
Son ordre laconique suffisait. Même Zac sentait la déchéance existentielle, et son coup ouvrit sans effort une déchirure dans l’espace. De l’autre côté les attendaient le quai des Docks de la Transformation et sa rangée de gondoles soigneusement alignées. Ainsi qu’une guerre de petite envergure entre les porteurs de sceaux et leurs doubles déformés.