Chapitre 220
Avant que les « véritables Balrogs traîtres » ne quittent le groupe de mercenaires.
« Pour tromper les Seigneurs démoniaques, deux choses sont essentielles. Il faut qu’un grand nombre de traîtres se manifestent. Et le motif de leur trahison doit être réel. »
— Je comprends pour le motif. Mais pour le reste… Avoir beaucoup de traîtres ne serait pas un désavantage pour nous ?
demanda Kalrung, le capitaine adjoint, en penchant la tête.
Chaque Balrog était puissant.
Les élites rassemblées dans le groupe de mercenaires l’étaient encore davantage.
Les Seigneurs démoniaques étaient sur le point d’attaquer.
Chaque once de force comptait…
« C’est justement pour ça qu’il faut autant de traîtres que possible. Les Seigneurs démoniaques agiront plus facilement si nous sommes affaiblis. Et tu crois que des informations transmises par un ou deux Balrogs traîtres auront autant de poids que si elles viennent de dizaines d’entre eux ? »
— Hmm…
Et si, comme l’avait dit Kim Minwoo, un nombre considérable de traîtres se manifestaient ?
La tâche des Seigneurs démoniaques s’en trouverait grandement facilitée. Le groupe de mercenaires de Vulcan était aussi célèbre que lui. Ils seraient impatients de passer à l’action.
— Je comprends. Alors, il faut berner ces salauds rusés comme il faut… Tu as une idée ?
« Essaie de boire ça. »
— Qu’est-ce que c’est ?
« Une potion de soin. Un véritable miracle de la civilisation. »
— Ah, j’en ai entendu parler. Les humains comptent là-dessus, pas vrai ?
« Tu en sais des choses. »
— Je t’ai dit que j’avais visité le monde intermédiaire, non ? Bref, bois.
Il tendit à Vulcan une potion de soin de rang suprême.
Chacune valait des centaines de millions de wons.
Mais la dose était dérisoire pour un Balrog de la taille de Vulcan. Kim Minwoo en sortit donc une dizaine de fioles et les lui tendit.
Glou !
Le Balrog broya les fioles entre ses dents et en avala le contenu avec le verre.
Une manière pour le moins rustique de prendre une potion.
La vérification était simple.
La potion agissait-elle sur le Balrog démoniaque, oui ou non ?
*Ça marche.*
Le corps de Vulcan était couvert d’égratignures laissées par leur précédent combat d’entraînement. Elles se refermaient à vue d’œil.
— Oh ?
Les yeux de Vulcan brillèrent.
Cette potion utilisée par les humains…
Il l’avait secrètement considérée comme un remède digne d’une race faible, mais son effet était loin d’être négligeable.
« Avec dix fioles, ça donne ça… Alors, avec une centaine… »
Kim Minwoo marmonna, comme s’il faisait un calcul. Puis ses yeux s’illuminèrent.
« Tu connais l’expression “un mal pour un bien” ? »
— … C’est quoi, ça ?
« On va s’automutiler. »
— Quoi ? S’automutiler ?
Vulcan bondit sur ses pieds.
Qui était-il ?
Le chef des grands Balrogs.
Il avait même absorbé la Pierre du Dieu démoniaque.
Et il devrait s’automutiler ?
— Pourquoi on ferait ça ?
« Pour que de vrais traîtres se manifestent en masse. Une grosse blessure à la poitrine devrait faire l’affaire. Ensuite, tu diras que tu as été grièvement blessé dans un combat contre moi. »
— Bon sang, tu veux que je dise que j’ai perdu contre un simple humain !
« Pas que tu as perdu. Que tu as été blessé. »
— C’est pareil !
« Si ça ne te plaît pas, attends que tous les Seigneurs soient réunis et tends-leur ton cou. »
— Bon sang… Kalrung !
Il lança un regard noir à Kalrung, le cerveau du groupe de mercenaires.
— Qu’est-ce que t’en dis ? On devrait vraiment écouter ce minus ?
— Euh…
Décontenancé, Kalrung ferma les yeux très fort.
— L’honneur et la fierté… ça n’a de sens que si on est vivant, pas vrai ?
L’opération « Un mal pour un bien ».
Voilà pourquoi elle fut lancée.
* * *
Le groupe de mercenaires, rassemblé à l’appel de Vulcan, ne put retenir son étonnement.
La blessure effroyable qui lui barrait la poitrine.
Elle était profonde au point qu’on voyait l’os.
Même avec leur capacité naturelle de régénération, les démons mettraient un bon moment à guérir une telle blessure.
Le petit humain qui était entré dans sa grotte.
Vulcan, le capitaine des mercenaires, avait certes remporté le combat, mais il était incroyable qu’il ait été blessé à ce point par cet humain.
— Frères. Les Grands Seigneurs démoniaques seront bientôt tous ici.
La nouvelle suivante, annoncée d’un air grave, les stupéfia !
Les Grands Seigneurs démoniaques.
Le titre désignant les sept personnages les plus puissants parmi les soixante-douze Seigneurs.
*Les Grands Seigneurs démoniaques arrivent ?*
*Tous ?*
*Et le capitaine est grièvement blessé ?*
C’était la pire situation qu’ait connue le groupe depuis sa fondation.
La voix de Vulcan, qui les exhortait à se battre en retour, grondait sans son habituelle puissance débordante.
Il avait le moral d’un vieillard abattu.
En une seule nuit,
près de la moitié des quelque deux cents Balrogs avaient déserté le groupe de mercenaires. Il n’en restait qu’une centaine environ.
Une perte considérable.
Moins d’une demi-journée plus tard, Kalrung accourut pour faire son rapport.
— Les Seigneurs démoniaques sont en route !
Les trois Seigneurs démoniaques réunis sur le territoire de Marbas
s’étaient mis en marche.
À ces mots, le visage de Vulcan se tordit en une expression mêlant rire et larmes.
— Bon sang. Au moins, le plan a marché.
« Parce que le sacrifice était trop lourd ? »
— Oui. Je me demande si c’est vraiment la bonne voie, humain. Nous ne sommes déjà pas nombreux, nous autres Balrogs…
« Tu as dit que presque cent Balrogs s’étaient enfuis en une nuit, non ? »
— Oui. Exactement. La moitié. À cause de ton plan, notre groupe de mercenaires a perdu la moitié de ses effectifs du jour au lendemain.
« C’est bien la preuve qu’il a marché. »
À quel point la situation devait-elle leur paraître favorable pour que les Seigneurs démoniaques se mettent en route à la hâte, en moins d’une demi-journée ?
Ils n’avaient aucune raison d’en douter.
Le nombre de traîtres suffisait presque à dissoudre le groupe de mercenaires.
Alors que les autres Seigneurs démoniaques avaient tenté de les convaincre avec dignité, en leur disant des choses comme « Ne faites pas de bêtises » ou « Attendons que tout le monde soit réuni pour partir ensemble », Baal, lui, avait réagi autrement.
— Si vous faites une connerie, je vous tue !
La menace était si glaçante qu’elle avait fait frissonner même Marbas, pourtant impulsif. Malgré tout, ils l’avaient ignorée et s’étaient mis en route.
La cupidité les avait poussés.
Il leur fallait donc mettre la main sur la pierre !
Avec la Pierre du Dieu démoniaque, ils n’auraient plus à se soumettre à de telles menaces.
*Si je m’empare de la pierre…*
Un simple Balrog avait acquis le pouvoir de défier les Grands Seigneurs démoniaques en s’enchâssant la pierre dans le cœur.
Et si un Grand Seigneur démoniaque obtenait la pierre ?
Le potentiel était inimaginable.
À vrai dire, s’ils pouvaient se cacher pendant un an ou deux après avoir obtenu la pierre et accroître leur puissance, Baal ne leur ferait plus peur du tout !
— Keuhung ! Allez, dépêchons-nous !
Les yeux de Marbas étaient déjà voilés par la cupidité. Amon et Paimon, pourtant un peu plus prudents, n’étaient pas différents.
Voilà pourquoi ils étaient partis en laissant bien des questions en suspens.
Par exemple, à qui reviendrait la pierre. Ils s’étaient mis d’accord oralement pour qu’elle revienne au Seigneur démoniaque qui tuerait Vulcan.
Mais les choses se termineraient-elles vraiment aussi proprement une fois la pierre en leur possession ?
Absolument pas.
Cinquième, sixième, septième.
Autrement dit, leur rang était à peu près équivalent.
Leurs regards étaient peut-être si féroces pour cette raison.
Les démons de rang intermédiaire, les limiers infernaux, couraient devant l’armée.
Snif, snif.
Ils collaient le museau au sol.
Des éclaireurs dont l’odorat surpassait tous les autres.
Keuhung !
Ils hurlèrent. L’armée, après s’être assurée qu’il n’y avait aucun danger, avança rapidement. Bientôt, une falaise gigantesque apparut à l’horizon.
Des grottes, qui semblaient être l’habitat des Balrogs, s’ouvraient dans la paroi. Des Balrogs volaient de l’une à l’autre en les observant.
— Hou hou ! Voilà Vulcan !
— Keuhung ! Il est vraiment resté là !
— Ça va être facile.
Les trois Seigneurs démoniaques sourirent avec assurance. Ils avaient repéré un Balrog bien plus grand que les autres. Ils n’étaient pas près d’oublier ce visage.
Vulcan !
C’était bien lui !
Le détenteur de la Pierre du Dieu démoniaque !
Paimon s’avança.
— Vulcan, espèce d’ordure ! Connais-tu tes crimes ?
— Humph ! Quels crimes aurais-je commis ?
— Le crime de ne pas reconnaître l’autorité des Seigneurs démoniaques et de tenir des propos et d’avoir des agissements provocateurs ! Sans oublier celui de maltraiter et d’opprimer les autres démons !
Paimon énuméra les crimes avec passion. C’était une sorte de justification. Même violents, les démons avaient besoin d’un prétexte pour se battre.
— Dis plutôt la vérité ! Vous convoitez la Pierre du Dieu démoniaque !
— Espèce d’ordure ! Nous ne faisons que défendre la juste cause !
déclara Paimon avec aplomb.
C’est alors que…
Un humain s’éleva soudain dans les airs et atterrit à côté de Vulcan.
Il ricana et lança :
« La juste cause, mon cul ! Si vous le tuez, qui récupérera la Pierre du Dieu démoniaque ? »
Paimon resta bouche bée.
Qui la récupérerait ?
Comme si cela pouvait se décider du jour au lendemain.
— Hou hou ! Toi, là… l’humain !
« Quoi ? »
— Pourquoi choisir la voie de la mort ? Si tu te ranges du bon côté, je t’épargnerai !
intervint Amon.
Bien sûr, il n’avait aucune intention de l’épargner.
Il voulait seulement éliminer un élément imprévu, car Paimon lui avait appris que cet humain était plutôt doué. L’essentiel était de capturer Vulcan.
C’est alors que…
Kim Minwoo sourit de toutes ses dents.
« Tu sais quoi ? Rien ne peut battre un veinard. »
— … Hou hou. Qu’est-ce que tu racontes ?
« J’ai une chance insolente. »
[Dé des Destins récupéré !]
[« La plus grande adversité » vécue !]
[Bonus de chance fortement augmenté !]
[Lancer le dé ?]
C’était l’une des armes secrètes qu’il gardait en réserve.
*Mais si tu te contentes de la garder, elle ne sert à rien.*
Il y avait trois Seigneurs démoniaques.
Les bonus d’objets faisaient aussi partie des compétences.
Il était temps de voir à quel point le dé acheté pour soixante mille milliards de wons était puissant.
Il devait le lancer.
Il prit sa décision.
À cet instant,
le dé qui flottait au-dessus de sa main se mit à rouler tout seul.
Tac. Boum !
Le dé s’immobilisa sur un chiffre.
Six.
[Le destin est scellé !]
[« Chance suprême »]
[La Déesse de la Chance vous sourit !]
Grrr… !
La terre trembla et le sol se fendit soudain en deux.
L’armée de cent mille démons tomba dans la crevasse provoquée par le séisme.
Les Seigneurs démoniaques subirent le même sort.
Avant même qu’ils aient pu s’échapper,
Boum !
Le sol se referma aussitôt.
Engloutissant toute l’armée démoniaque.
Vulcan en resta bouche bée.
Qu’est-ce que c’était que ça… ?