Chapitre 64
Traductrice : Moonkissed
Le concept en lui-même était assez convaincant.
Mais est-ce que ça n’aurait pas l’air brouillon s’ils portaient vraiment des tenues comme ça ?
« Peut-être pas ? Si les couleurs sont les mêmes, ça peut donner une impression d’unité ? »
PD Kang Seok-woo eut cette pensée, mais ne la dit pas à voix haute.
À ce moment-là, Take Scene remit sa proposition de costumes auto-conçus à l’équipe garde-robe.
C’était une tenue qui collait bien au concept de l’équipe : « tournage de film en cours. »
— C’est bien pensé. Ça ne devrait pas prendre longtemps de rassembler les tenues. Mais ici, les accents sont un peu trop chargés. Et si on les retirait ou qu’on les fusionnait en un seul ?
— Compris.
— Je révise !
Pendant que Take Scene mettait à jour sa proposition selon les conseils de la garde-robe, Three Months and One Hundred Days avait aussi terminé la sienne.
Le chef styliste esquissa un sourire en coin en étudiant leur brouillon.
— Idée intéressante. Mais, concrètement, ça va être difficile d’harmoniser exactement les tons, vous savez ?
— Vraiment ?
— Oui. Comment vous faites pour que des costumes classiques britanniques et un hanbok aient la même luminosité et la même saturation ? Déjà faire matcher un jean et un uniforme scolaire dans exactement le même bleu, c’est compliqué.
L’ordre du jour, c’était d’abord de shooter la version pour le magazine, et pendant ce temps, chaque équipe apporterait les tenues correspondant aux concepts soumis.
En réalité, ni Take Scene ni Three Months and One Hundred Days n’avaient conçu les tenues dans le détail.
Ils n’en avaient ni les compétences, ni l’utilité.
Les équipes ne soumettaient que des brouillons au niveau du concept, et l’équipe garde-robe s’en servait de référence pour sélectionner des vêtements adaptés.
Donc, quand une équipe comme Three Months and One Hundred Days exigeait des tons parfaitement unifiés, les choses se compliquaient.
Trouver en quelques heures des pièces totalement différentes avec des tons identiques n’était pas facile.
C’est là que Han Sion proposa une solution.
— On ne pourrait pas simplement corriger les couleurs en post-prod après le shooting ?
— Correction colorimétrique ?
— Oui. Ce serait idéal de fabriquer nous-mêmes les vêtements, mais puisque ce n’est pas possible, c’est bien notre seule option, non ?
— Hmm… Ce n’est pas difficile en soi, mais on ne l’avait pas prévu à l’avance.
Quand le chef styliste jeta un œil à PD Kang Seok-woo, ce dernier sourit intérieurement.
La petite langue rusée de Han Sion avait déjà enroulé le chef styliste autour de son doigt.
Ça sonnait comme une conversation ordinaire au départ, mais Han Sion venait d’attribuer toute la responsabilité à l’équipe de prod.
Si on pouvait produire les vêtements.
Mais comme on ne peut pas.
C’est la seule option.
Ces tournures, arrangées tout naturellement, installaient un contexte implicite : La faute est à vous, mais moi j’apporte une solution.
Pris dans cette toile, le styliste ne pensait plus qu’à : « Est-ce faisable ? »
Il ne réfléchissait même plus à la viabilité du concept de tenue en lui-même.
Ce genre de manœuvre subtile est une compétence courante chez les personnes avec un peu d’ancienneté.
Rien d’extraordinaire.
Ce qui veut dire que c’est une chose difficile à réussir pour un idol de vingt ans en devenir.
« Quel gamin étrange. »
C’est ce que pensa PD Kang Seok-woo en hochant la tête vers le styliste.
En même temps, il regarda Take Scene.
Un signal pour ne pas favoriser Three Months and One Hundred Days uniquement—assurez-vous aussi de faire la correction couleur pour Take Scene.
Le chef styliste sembla capter parfaitement le message.
— D’accord, on fait comme ça. Dans ce cas, il suffit de trouver des pièces qui respectent les brouillons de concepts.
— Ce sera possible ?
— Le concept est clair, donc ça ne devrait pas être trop dur.
— On compte sur vous !
— Merci !
Voyant Han Sion jouer à nouveau les poussins naïfs après avoir obtenu exactement ce qu’il voulait, PD Kang Seok-woo eut un petit rire.
Pendant que les tenues auto-stylées étaient préparées, le photoshoot magazine démarra.
Le format du jour : Take Scene en Studio A et Three Months and One Hundred Days en Studio B, en tournage simultané.
— Ok, on commence par les photos de groupe !
Amusant : dans les deux équipes, l’as et le maillon faible étaient clairement définis.
L’as de Take Scene était Eye Level.
Leurs noms de scène venaient tous de la terminologie du cinéma, et Eye Level désigne un angle de caméra à hauteur des yeux.
L’effet de cet angle dépend beaucoup du jeu de l’acteur.
Avec un acteur de haut niveau, ça donne une sensation posée et stable. Avec un troisième couteau, ça paraît juste ennuyeux.
Dans ce contexte, Eye Level était comme un acteur d’élite.
Même avec des poses et des prises identiques, il ressortait.
— Parfait ! Encore plus d’intensité !
Le photographe, manifestement emballé, se mit à demander diverses poses.
Si Eye Level était l’as de Take Scene, le maillon faible, c’était Fade.
— Fade ! Mets de la puissance dans le regard ! Non, fixe l’objectif !
Il avait l’air peu sûr et dispersé.
Les membres de Take Scene étaient troublés par ce Fade-là.
Fade n’était pas ce genre de personne.
Parfois brut au point de choquer, parfois audacieux au point de mettre mal à l’aise.
Fade avait déjà été écarté de l’équipe de début, avant d’être rappelé quand une place s’était libérée.
Normalement, quelqu’un dans cette situation aurait la tête basse, mais pas Fade.
Il agissait comme le sauveur de l’équipe, gonflé de confiance.
Certains coéquipiers appréciaient cette attitude, d’autres la trouvaient agaçante.
Mais personne ne niait que Fade débordait d’assurance.
Et là, il semblait complètement brisé ?
— Il s’est passé un truc ?
— Ne me dites pas… dans le bus avec Han Sion ?
C’est la seule explication qui leur vint.
Il allait très bien le matin même.
Et leur soupçon était juste.
Han Sion n’avait rien fait de particulier à part s’asseoir à côté de Fade dans le bus, mais c’est ce qui piqua.
Si Han Sion avait cherché la bagarre, Fade se serait mis en colère, pas en miettes.
Mais Han Sion n’avait rien lancé. Rien interféré.
Il s’était contenté de s’asseoir en silence, esquissant des partitions sur une appli de son téléphone.
Comme s’il se fichait totalement de Fade.
Mais Fade, lui, n’arrivait pas à cesser de penser à Han Sion.
Il était sensible aux hiérarchies tacites et aux pouvoirs invisibles.
Et ça le rongeait que—quoi qu’on fasse—il ne fasse pas le poids face à Han Sion.
C’est ça qui lui fit regretter.
D’avoir cherché des ennuis avec Han Sion.
— …Putain !
Puis il eut honte même d’avoir des regrets.
C’est ce qui fracassa son mental.
— Fade !
— …Désolé.
— Va te rafraîchir en loges. Je vois que tu es ailleurs.
Pendant que Fade héritait du badge de maillon faible chez Take Scene, il en allait de même pour On Saemiro chez Three Months and One Hundred Days.
— Essaie un sourire plus lumineux. Non, souris pour de vrai !
Mais c’était un peu différent de Fade.
Ce n’était pas un manque de confiance—Il avait juste l’air maladroit.
Sur scène, son ambition et sa passion lui donnaient l’air de vouloir prouver quelque chose.
Hors scène ? Il semblait gauche quoi qu’il fasse.
Regarder la caméra, sourire franchement, même faire le foufou.
Pendant ce temps, Han Sion s’épanouissait comme un poisson dans l’eau.
En vérité, Choi Jaesung montrait aussi de solides compétences par rapport aux autres, mais Han Sion le faisait paraître terne.
— Waouh, ce gamin est né pour la caméra.
— S’il était un poil plus grand, il aurait pu percer comme mannequin.
C’est ce que pensaient les meilleurs photographes de Corée.
— Han Sion, tes cartilages de croissance sont encore ouverts par hasard ?
Quelqu’un posa même la question, sincèrement dépité.
— Je ne sais pas.
— Tu mesures combien ?
— 178cm.
— Tu ne peux pas gagner 10 centimètres ?
— Au mieux 2–3 cm de plus.
Honnêtement, la performance de Han Sion n’avait rien de surprenant.
Il avait dû faire des milliers de shootings à ce stade, bossé avec des centaines de photographes.
Pas seulement en Corée—il avait travaillé avec les plus grands noms d’Hollywood.
Ce serait étrange qu’il ne soit pas aussi bon.
Mais les gens autour, ne sachant rien de tout ça, restaient bouche bée.
Han Sion ressemblait à une erreur de Dieu.
Si quelqu’un a autant de talent en compo et en chant, il devrait manquer de quelque chose pour équilibrer.
Mais il n’y avait pas de faille.
Excellent danseur, beau, éloquent, charismatique à la caméra.
Et pas du tout le génie lunatique—il s’entendait bien en équipe.
Comme pour Flowers Bloom avec Chris Edwards, la chance était de son côté.
Et PD Kang Seok-woo savait aussi à quel point Han Sion était socialement intelligent.
— Il est vraiment parfait.
À part quelques sautes d’humeur, il était quasiment irréprochable.
De ce fait, quelles que soient les circonstances, le projecteur revenait toujours sur lui.
— On passe aux solos !
Une fois les photos de groupe terminées, le solo de Han Sion commença.
On Saemiro, qui le fixait, hagard, devant l’objectif, se leva discrètement.
Le photographe repoussa son solo, initialement prévu en deuxième, à la fin.
Pour qu’il apprenne en observant les autres.
Personne ne trouva à redire à ce qu’il s’éclipse.
— Où est-ce que je vais…
Il erra dans le vaste studio comme un intrus avant de se diriger vers la loge.
Elle n’était utilisée que par Take Scene et Three Months and One Hundred Days, donc il était sûr de n’y trouver personne.
Mais quelqu’un était dedans.
C’était Fade de Take Scene.
Mon shoot solo s’est prolongé plus que prévu.
Pas parce que j’avais foiré—
Parce que j’avais trop bien réussi.
Alors le photographe monta la barre.
Ça restait facile.
J’ai dû absorber des litres d’expérience du broadcast hollywoodien.
La seule chose à laquelle je ne m’étais pas encore habitué, c’était qu’on me dise que je suis beau.
Oui, je savais que j’étais pas mal.
Mais pas au point d’être traité comme une gueule hors norme. Ça, ça n’arrivait pas aux États-Unis.
— Au mieux, tu fais un second rôle potable. Mais t’as une vibe unique, donc ça fonctionne. Ton look met cette singularité en valeur.
C’est ce qu’un make-up artist hollywoodien haut de gamme—qui facture près de 10 000 $—m’avait dit.
Une façon détournée de dire que j’ai une tête moyenne.
Il faudrait sans doute quelqu’un comme Iion pour dépasser l’étrangeté raciale.
Donc après des dizaines de sessions à recevoir ce genre de feedback, ça me faisait bizarre d’être tout à coup encensé.
En pensant à ça, je me dirigeai vers la loge.
J’avais vu On Saemiro y entrer tout à l’heure, mais il n’en était pas ressorti.
Peut-être qu’il s’était fait reprendre par le photographe et s’était assoupi sans s’en rendre compte ?
Il va gonfler s’il dort.
Au moment où j’allais toquer, j’entendis des voix à l’intérieur.
Les mots n’étaient pas parfaitement nets.
Mais la porte n’était pas insonorisée, alors en me concentrant, je pouvais saisir l’essentiel.
Et ce que j’entendis était aberrant.
Fade était en train d’insulter On Saemiro avec une vulgarité crue.