Chapitre 99
La nuit battait son plein et, à l’insu d’Alvin et des autres, leur position avait déjà été repérée.
« Seigneur Melinda, vous le sentez ? Depuis quelques minutes, j’ai l’impression qu’on nous observe ! »
Dans une hutte fermée, non loin du feu de camp principal, une discussion était en cours.
Haute de deux mètres, une femme aux cheveux roux était assise sur un grand trône orné d’os et de chair de diverses bêtes. Elle dégageait une présence imposante.
Ses longues tresses lui retombaient sur les épaules, ses yeux noirs semblaient profonds comme l’abîme et sa silhouette musclée était mise en valeur par ses abdominaux saillants, dessinés en huit tablettes. Melinda affichait un air digne, tandis que son regard vigilant scrutait les alentours.
Quelques instants plus tôt, au beau milieu de la cérémonie, Melinda et plusieurs de ses gardes avaient senti de nombreux regards se poser soudain sur eux. Comme elle avait l’habitude de toujours se fier à son instinct, elle avait aussitôt quitté la cérémonie avant la fin. Elle discutait à présent d’un plan avec quelques conseillères.
Hélas, même si elle était réputée pour être la plus forte de la tribu et en était aussi la cheffe, Melinda savait qu’elle n’était pas douée pour élaborer des plans, des pièges et ce genre de choses. Pour elle, une lance et un poing suffisaient à régler tous les problèmes.
Mais comme la nuit tombait et qu’elles étaient toutes très affaiblies, Melinda savait qu’elle devait agir avec prudence.
En contemplant les trois conseillères agenouillées devant elle, Melinda ne put s’empêcher, pour la première fois, d’espérer que son intuition se trompait et que ce qu’elles venaient de ressentir n’était qu’une coïncidence.
Malheureusement, la suite fut tout le contraire de ce qu’elle espérait.
Après que la première conseillère eut confirmé ses craintes, la deuxième puis la troisième prirent la parole et déclarèrent avoir ressenti le même regard. À présent, Melinda savait qu’il n’y avait plus d’espoir.
« Morgana, que pensez-vous que nous devrions faire ? »
Morgana !
Parmi les trois conseillères présentes, Morgana était sans doute celle en qui Melinda avait le plus confiance. Deuxième personne la plus forte de la tribu, elle avait contribué à son essor en lui proposant toutes sortes de plans et d’idées. Melinda était convaincue que sans elle, leur tribu ne serait pas ce qu’elle était aujourd’hui.
En regardant Morgana à ses côtés, Melinda sentit sa tension s’atténuer légèrement, sachant qu’elle était toujours là, près d’elle.
En fait, après que Morgana eut pris la parole, Melinda ne fut pas la seule à être soulagée : les deux autres conseillères, Minerva et Rowena, paraissaient elles aussi plus sereines. De toute évidence, les mots de Morgana avaient beaucoup de poids.
Sans que personne s’en aperçoive, le pouvoir dans la pièce passa brusquement de Melinda à Morgana. Pourtant, personne ne sembla y voir de problème, et Melinda poursuivit la discussion en cherchant des idées.
« Seigneur Melinda, pourquoi ne pas interrompre la cérémonie et prendre des positions défensives ? Ainsi, personne ne se ferait surprendre. » Rowena posa la question.
Mais, dès que les autres entendirent son idée, elles parurent hésiter.
« Rowena ! Sais-tu seulement ce que tu racontes ? C’est notre cérémonie annuelle pour remercier le Dieu Zeus de protéger notre tribu des Amazones ! »
« Et tu veux l’interrompre brusquement à cause de quelques regards ?! »
« Impossible ! »
« Et si le Dieu Zeus décidait soudain de nous détruire parce qu’il pense que nous avons perdu la foi en lui ? »
En entendant Rowena, Minerva fut celle qui réagit le plus vivement. L’incrédulité, la peur, la stupeur et bien d’autres émotions se succédèrent sur son visage. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle venait d’entendre.<novelnext></novelnext>
En fait, après avoir entendu Rowena, Morgana eut une lueur étrange dans les yeux. Malheureusement, personne ne la remarqua.
Le temps passa, mais aucune conclusion ne se dégagea. Hélas, quel que soit le camp qui proposait un plan, quelqu’un en relevait un ou deux défauts et le plan était abandonné.
Boum !
Alors que Melinda s’apprêtait à leur faire signe de cesser de se chamailler, une violente explosion retentit soudain à l’extérieur de leur hutte.
À ces mots, le visage de Melinda se rembrunit.
« Ils sont là. On dirait que l’ennemi ne veut pas nous laisser le temps d’élaborer un plan. »
Descendant de son trône, Melinda saisit l’énorme épée à large lame qu’elle portait habituellement dans le dos, puis s’avança, animée d’une ardente combativité.
En la voyant ainsi, les autres n’hésitèrent pas : elles sortirent leurs armes à leur tour.
Bientôt, toutes furent équipées et se tinrent face à la sortie de la hutte, le visage grave.
« Suivez-moi, allons accueillir l’ennemi ! »
« Faisons-lui comprendre que nous, les Amazones, n’avons jamais peur ! »
Dans un cri passionné, Melinda fit un grand pas et sortit de la hutte, prête à accueillir l’ennemi.
Malheureusement, dès qu’elle franchit le seuil, le spectacle qui s’offrit à elle la remplit de rage.
La scène joyeuse des gens dansant autour du feu avait disparu. Quelque chose d’horrible s’était produit.
Le sol était couvert de fissures et de traces de brûlure. De toute évidence, une sorte de changement s’était produit pendant leur discussion.
Les membres de la tribu, qui auraient dû danser, étaient ligotés et jetés à terre, aux pieds d’un groupe de personnes armées d’étranges armes en os.
À la tête du groupe, un individu plutôt petit et d’apparence étrange brandissait un bâton d’os en criant « Explosion ! » de temps à autre, une lueur de folie dans les yeux.
Si Elric avait été là, il aurait reconnu Alvin. De toute évidence, celui-ci était sur le point de replonger dans sa folie des explosions.
Melinda l’ignorait. Sinon, elle aurait su qu’il fallait se tenir à l’écart d’Alvin quand il était dans cet état.
Hélas, elle ne le fit pas et ne put donc pas réagir au prochain geste d’Alvin.
À cet instant, en voyant Melinda sortir de la hutte, Alvin, qui commençait déjà à perdre la raison, leva soudain son bâton et lui adressa un sourire bizarre.
Sans attendre qu’elle réagisse, il pointa lentement son bâton vers elle et prononça un seul mot :
« Explosion !! »