Chapitre 95
Quelques jours passèrent encore et tout rentra presque dans l’ordre. Peut-être était-ce parce que George leur avait raconté les dangers auxquels ils avaient échappé de justesse. Portés par un désir renouvelé de gagner en puissance, quelques apprentis mages de plus firent leur apparition.
En les voyant progresser, George ne put s’empêcher de commencer à croire lui-même à ses paroles : chacun d’eux pourrait peut-être devenir mage. Quand il s’imaginait la scène, les élèves le surprenaient souvent à sourire d’un air étrange.
Au cours de ces quelques jours, outre l’arrivée de nouveaux apprentis mages, la troisième phase avait déjà été lancée. George et Alvin avaient commencé à effectuer des patrouilles régulières afin de surveiller les environs et d’éviter tout incident.
Cependant, ce matin-là, contrairement aux jours précédents, tandis que George et les autres s’étaient mis à leurs activités quotidiennes, Elric se tenait dans un espace dégagé, le vent faisant voleter ses cheveux.
Une veste noire drapée sur les épaules, une chemise blanche et un pantalon noir, Elric tenait un bâton de son seul bras valide et s’en servait pour s’entraîner à l’escrime.
« Neuf cent quatre-vingt-dix-sept. »
« Neuf cent quatre-vingt-dix-huit. »
« Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf. »
« Mille. »
Essuyant la sueur de son front, Elric grogna à voix basse en lançant son bâton vers l’avant, y mettant chaque fois toute sa force.
« Mille un. »
« Mille deux. »
Continuant de compter lentement, Elric concentrait tous ses efforts sur le bâton à chaque coup.
BOUM !
Au millième troisième coup, un rayon noir jaillit de la pointe du bâton. Dès qu’il toucha le sol, il y creusa une fissure de cinq mètres.
En voyant le résultat, Elric sut que son plan avait réussi.
« Aïe ! »
Malheureusement, avant qu’Elric ait pu se réjouir, une vive douleur lui traversa soudain le bras valide et le ramena à la réalité.
Le mouvement qu’Elric venait d’utiliser était une version moins puissante du « Javelot des dieux » dont il s’était servi contre Ristarte.
À l’époque, le lendemain de son réveil après le coma, Elric avait passé toute la journée à repenser à son combat contre Ristarte. Il avait déduit plusieurs mouvements de cette analyse, dont celui-ci : « Entaille de mana ! »
Contrairement au Javelot des dieux, qui avait exigé qu’Elric sacrifie tout son bras pour porter le coup fatal à Ristarte,
cette fois, il lui suffisait de canaliser le mana le long de son bras jusqu’à l’objet qu’il tenait, comme auparavant, puis de le libérer vers l’extérieur lorsqu’il atteignait son paroxysme.
Malheureusement pour Elric, aucune de ces deux étapes n’était facile.
D’abord, si la quantité de mana canalisée dans son bras était trop importante, son membre risquait de se briser à nouveau, le laissant complètement manchot.
Ensuite, repérer le point culminant sans faire exploser le bâton était une autre difficulté. À force de s’entraîner, il brisait le bâton chaque fois qu’il tentait de lancer l’attaque.
Mais maintenant qu’il voyait tous ses efforts porter leurs fruits, Elric ne pouvait être plus heureux.
Après des heures à manier l’épée, à deux doigts de se briser le seul bras qui lui restait, et malgré un repos insuffisant, Elric finit par réussir après de nombreux échecs. Il sourit légèrement, conscient de devenir plus fort.
« Calme-toi, Elric ! Calme-toi ! »
« Ne t’emballe pas. Rappelle-toi que tu es encore faible comme une fourmi face à Ristarte. À moins que tu ne comptes perdre un autre bras ? »<novelnext></novelnext>
Se faisant gentiment la morale, Elric se rappela de ne pas se reposer sur ses lauriers. Après tout, il lui restait encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’égaler Ristarte. Cette simple entaille de mana, du moins, ne semblait pas assez puissante pour lui faire le moindre mal.
Poussant un léger soupir, Elric secoua la tête et reprit ses exercices.
« Six mille quarante-deux. »
« Six mille quarante-trois. »
Bientôt, au rythme des coups d’épée passionnés d’Elric, le temps passa à toute vitesse. Avant même que quiconque s’en aperçoive, le soleil commençait déjà à décliner.
Elric leva les yeux vers le ciel. À la teinte orangée qui s’y dessinait, il estima vaguement que le soleil se coucherait complètement dans environ trois heures. Il décida donc de s’entraîner encore un peu avant d’en rester là.
Estoc !
Parade !
Riposte !
Esquive !
À force de répéter ses mouvements, Elric maniait l’épée avec de plus en plus d’aisance — ou plutôt le bâton, dans son cas. Il enchaînait sans même s’en rendre compte divers gestes qu’il n’avait vus qu’en ligne, sur la Planète bleue.
« Ha ha, on dirait que je commence à maîtriser ! »
Sentiant ses gestes devenir plus fluides, Elric ne put s’empêcher d’éprouver une petite fierté : ses efforts portaient leurs fruits.
Malheureusement, avant qu’il ait pu reprendre aussitôt son entraînement, une voix derrière lui l’interrompit soudain.
« Jeune maître, vous êtes là ! » lança une voix familière dans son dos. Elric se retourna et reconnut Alvin.
Ayant repéré où se trouvait Elric, Alvin s’empressa de le rejoindre.
« Jeune maître, nous sommes de retour de l’expédition. Je crois que nous pouvons lancer l’attaque, maintenant ! »
À l’idée de passer à l’attaque, la main d’Alvin trembla légèrement. Les jours où il faisait exploser des choses dans la grotte lui manquaient. Heureusement, puisqu’ils allaient bientôt lancer leur premier assaut, il espérait pouvoir bientôt se défouler à nouveau en faisant tout sauter.
Hum !
Voyant qu’Alvin se perdait dans ses rêveries, Elric toussa pour le ramener à lui. Heureusement, Alvin n’était pas encore trop absorbé par ses pensées et revint vite à la réalité.
En entendant Elric tousser, Alvin comprit ce qui venait de se passer et laissa échapper un rire gêné, tentant de faire comme si de rien n’était. Heureusement, personne ne sembla y prêter attention.
Après un moment de silence gêné, Alvin sortit leur carte et son journal, puis lui expliqua tout ce qu’il avait découvert pendant ses patrouilles et ses repérages : les tribus, les plantes, les bêtes et les animaux.
La troisième phase étant sur le point de commencer, il revenait à Elric de lire le rapport et de décider du meilleur endroit où frapper en premier. Il fallait éviter les imprévus : par exemple, lancer l’attaque depuis un emplacement désavantageux à cause du terrain, au risque de voir toute l’équipe presque anéantie,
ou pénétrer par mégarde sur le territoire d’une bête inconnue et subir de graves blessures, pour ne citer que ces dangers.
En somme, maintenant que la carte était prête et qu’Elric allait l’étudier, la troisième phase pouvait être lancée à tout moment. Elric semblait le savoir lui aussi. Lorsqu’il prit la carte, il se tourna vers Alvin d’un air grave.
« Prépare-toi, Alvin ! Nous allons conquérir un autre monde. »
À ces mots, un feu sembla s’allumer dans les yeux d’Elric, tandis que ses ambitions secrètes commençaient à se dévoiler.