Chapitre 252
« Se pourrait-il que tu aies vu l’avenir et su que je viendrais ici avec toi, et que tu l’aies donc laissé là pour moi ? »
Avec un rire sarcastique, Ye Tian profita de l’occasion pour sonder Apollo sur ce qu’il cachait au sujet de ce donjon.
Et, comme il s’y attendait, dès qu’il posa la question, Ye Tian sentit l’humeur de la lyre changer brusquement. Elle irradiait à présent l’hésitation, la colère et la frustration.
De toute évidence, quoi qu’il lui fût arrivé, il ne voulait pas en parler.
Alors, après ce qui sembla durer un siècle, Ye Tian entendit un triste soupir résonner à ses oreilles.
« Ah… Pour ce qui est de cet humain, c’est une longue histoire. Alors, prépare-toi. »
Sur ces mots, Apollo commença à lui raconter ce qui s’était passé autrefois.
…
Autrefois, comme Apollo le lui avait dit, Zeus l’emmenait ici, lui et ses autres frères, afin de les préparer à l’avenir.
Et parfois, pour les punir ou leur faire un peu peur, il les téléportait loin de la prison, les laissant seuls à se débrouiller pendant quelques heures, voire plusieurs jours.
En entendant cela, Ye Tian ne put s’empêcher de soupirer.
Les talents de parent du tout-puissant Zeus étaient vraiment uniques en leur genre.
À bien y réfléchir, abandonner un enfant dans une prison remplie de monstres immortels antiques était tout à fait le genre de chose qu’il pouvait faire.
Pourtant, même s’il pensa tout cela, Ye Tian ne dit rien.
Il jeta plutôt un bref coup d’œil au collier, puis reporta son attention sur Apollo, visiblement impatient de savoir où cette histoire allait le mener.
Et, comme il s’y attendait, l’expérience d’Apollo sortait complètement de l’ordinaire.
« Enfin… oui, mon père m’a laissé ici plusieurs fois quand j’étais enfant, pour me faire peur. Malheureusement, c’est à cette époque que j’ai rencontré “ça”. »
« Et je dis “ça” parce que je ne me souviens ni de son nom, ni de son visage, ni de sa voix, ni d’aucun de ses traits. Je sais seulement que cette chose existe. »
« Pour un dieu comme moi, avoir des problèmes de mémoire était évidemment impossible. Alors, c’était forcément “ça”, le problème. »
En évoquant cette chose, Apollo fit vibrer la lyre. Ye Tian sentit bien que, même maintenant, elle avait encore une grande emprise sur lui.
Mais, comme tout à l’heure, Ye Tian resta silencieux et attendit qu’il termine son explication.
Après s’être calmé, Apollo devina ce que Ye Tian pensait et reprit là où il s’était arrêté.
« Bref, dès qu’on entrait en contact avec cette chose, notre perception d’elle était complètement bouleversée et modifiée. Il devenait impossible de s’en souvenir fidèlement. »
« La seule chose dont je me souviens, c’est qu’elle me faisait toujours jouer aux dés. Le gagnant pouvait réclamer une chose au perdant. »
« Le collier de Delphes, là-bas, est le prix que j’ai dû lui céder après avoir perdu. »
« Mais rien ne t’empêche de le récupérer. Tu n’as qu’à jouer aux dés contre cette chose et tu devrais pouvoir le reprendre. »
En entendant cela, Ye Tian ne put s’empêcher de ricaner.
Premièrement, pourquoi risquerait-il sa vie en affrontant une créature inconnue à un jeu de dés pour un collier qui ne lui appartenait même pas ?
Et désolé, mais même si ses pouvoirs étaient très utiles, Ye Tian pouvait s’en passer pour l’instant.
Pourtant, alors qu’il s’apprêtait à dire à Apollo qu’il n’en ferait rien, une petite voix adorable retentit à son oreille. Il en resta stupéfait.
« Maître, c’est moi, Ava. Je viens de me réveiller, mais j’ai déjà compris une partie de la situation. »
« Fais-le, crois-moi, tu ne peux pas perdre. »
Cette voix débordait d’assurance. Ye Tian comprit alors qu’Ava, qui aurait dû dormir en assimilant les gains obtenus plus tôt, s’était réveillée.
Bien qu’il ne pût pas la voir, Ye Tian devina, grâce à son lien avec le monde réel, qu’elle avait considérablement évolué.
Cette découverte lui donna hâte de rentrer chez lui, de régler les affaires en cours et de lancer la deuxième phase du jeu.
Après tout, avec un modèle de Dieu suprême à cent pour cent et le soutien d’un monde entier, il n’aurait pas besoin d’être aussi prudent face à ce genre de situation.
S’il possédait une telle puissance, il pourrait simplement aller décrocher le collier de la porte sans la moindre hésitation.
Hélas, ce n’était pas le cas. Il n’avait donc pas d’autre choix que de suivre le conseil d’Apollo et de jouer aux dés contre une créature inconnue.
Heureusement, Ava venait de se réveiller, ce qui allait grandement lui faciliter la tâche, même s’il ignorait comment elle pourrait l’aider.
« Très bien, Apollo, je vais t’aider. Mais je ne te laisserai pas tenir le collier, et tu ne le reverras pas avant que je le décide. »
« En plus, tu devras me promettre de tenir parole chaque fois que je te le demanderai. Ne t’inquiète pas, je ne te demanderai rien qui dépasse tes capacités actuelles. »
« Jure sur ton vrai nom que tu respecteras ces deux conditions, et je vais te le récupérer tout de suite », déclara Ye Tian en fixant la lyre qu’il tenait d’un air grave.
Certes, il avait déjà accepté en pensée de jouer à ce jeu avec Ava, mais Apollo, dans la lyre, l’ignorait.
Ye Tian voulait plutôt profiter de l’occasion pour vérifier une fois de plus à quel point Apollo tenait à récupérer cette lyre.
Et, s’il s’avérait qu’il y tenait autant qu’il le prétendait, Ye Tian se promit de ne pas lui remettre le collier, sauf en cas d’absolue nécessité.
Malheureusement, peut-être parce qu’il était soudainement inquiet après avoir de nouveau rencontré « ça »…
Ou peut-être parce qu’il était fébrile à l’idée de récupérer son artefact…
Apollo, qui venait d’entendre Ye Tian accepter, n’y réfléchit pas davantage et jura sur son vrai nom. Cela ne fit que renforcer la détermination de Ye Tian à garder l’objet hors de sa portée.
« Moi, dieu suprême du panthéon grec, #%^\ &@$?##, jure sur mon vrai nom de respecter les deux conditions énoncées à l’instant par l’humain Ye Tian. »
Boum !
Dès qu’il eut fini de parler, une forte détonation retentit. Ye Tian et Apollo sentirent soudain un fil les relier depuis le vide.
À travers ce fil, ils reçurent tous deux le même message : si l’un ou l’autre ne respectait pas sa part du marché, son véritable esprit serait entraîné dans le royaume des étoiles et condamné à y dériver pour l’éternité.
« Ha ha, ça faisait longtemps que je n’avais pas conclu un vrai contrat de nom avec quelqu’un. Le processus n’a pas changé. »
« Si l’un des deux ne respecte pas sa part du marché, un sort pire que la mort l’attend. C’est pour ça que, avec le serment prêté sur le Styx et celui prêté sur le Dao ou la volonté de l’univers, c’est l’un des serments les plus impitoyables et les plus inviolables qui soient. »
Sentant le fil intangible qui partait de son corps et se perdait dans le vide, Ye Tian comprit que la volonté de l’univers en était à l’origine. Le seul moyen de le rompre était de respecter sa part du marché.
Avec cela en tête, lui qui détestait par-dessus tout être entravé ou retenu avait déjà décidé de remplir sa part au plus vite.
En fait, s’il n’avait pas été si près de l’endroit où il devait jouer aux dés, il n’aurait même pas envisagé une chose pareille.
Sans plus se soucier d’Apollo, qui, tout heureux, rêvassait déjà à l’idée de récupérer bientôt son collier, Ye Tian se dirigea vers la porte et décrocha le collier d’un geste.
Booom !
À peine l’eut-il touché que Ye Tian sentit son esprit exploser. Avant même d’avoir pu réagir, il se retrouva dans une pièce plongée dans les ténèbres.
« Ça te dit de jouer ? »
« Ça te dit de jouer ? »
« Ça te dit de jouer ? »
Ces mots résonnaient sans cesse à ses oreilles tandis qu’il apparaissait dans ce nouvel environnement.
Boum !
Une nouvelle explosion retentit et le décor actuel disparut complètement, révélant une pièce toute blanche, avec une table et deux sièges placés l’un en face de l’autre.
Sur chacun des sièges était assis un individu qui ressemblait exactement à l’autre. Tous deux se fixaient avec un sourire aux lèvres.
« Qui es-tu ? » demanda Ye Tian, intrigué par la situation.
Comme prévu, l’individu qui lui ressemblait trait pour trait répondit en affichant son sourire en coin habituel.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Je suis toi. »
« Alors, tu veux jouer ou pas ? »
Sur ces mots, l’individu fit apparaître toutes sortes de jeux de société sur la table, laissant Ye Tian complètement stupéfait.