Chapitre 1 103
Le rêve d’une légende
Dragon. Toute trace de sommeil s’évapora des yeux de Sharon dès qu’elle entendit ce mot. Ils s’illuminèrent d’excitation. « Combien ? Où ? Tu as trouvé un nid ? Quelqu’un les a déjà pillés ?
— Pas un nid, répondit Richard, dont le sourire s’élargit. Un plan entier.
— UN PLAN ?! La grand-mage légendaire se mit à rayonner d’une lumière dorée, pareille à une jeune fille à qui l’on venait d’offrir un jouet. « Où ça, où ça ?! Je ne suis allée qu’une fois sur un plan draconique, mais c’était le paradis ! Tu ne peux même pas imaginer : il y avait des dragons partout dans le ciel et des nids à perte de vue ! C’était tellement dommage, je n’ai pas réussi à retenir les coordonnées. Je me suis juré que je le retrouverais une fois devenue plus forte, et que je pourrais capturer le dragon de mon choix !
En entendant le rêve de Sharon, Richard ne sut s’il devait rire ou pleurer. Elle sautillait comme une fillette à qui l’on venait d’offrir des bonbons, sauf que ses bonbons à elle étaient un plan peuplé d’êtres puissants. Il en conçut une nouvelle idée de sa propre force.
— Cet endroit est puissant lui aussi. Je ne peux pas encore le conquérir. Ils sont des centaines rien que de l’autre côté du passage, et le Dragon aux cinq couleurs règne sur le plan.
Sharon fronça les sourcils. « Vraiment ? Alors, ça risque d’être un peu difficile. Je ne peux pas garantir que je l’emporterai.
— Ce n’est pas grave. J’ai une bonne idée, tu n’auras qu’à me regarder m’en occuper. Mais tu peux d’abord aller faire un tour, voir s’il y a quelque chose à récupérer.
— Très bien, je prépare mes affaires tout de suite. On part dans une demi-heure !
— Hein ? Non, partons quand ma convention sur les runes sera… Ce chapitre est d’abord publié sur novelрing.com.
— Qui se soucie d’une fichue convention ?! Ce n’est qu’une rune de grade 5, ça ne m’intéresse pas. Donne-moi les coordonnées et j’irai moi-même. Allez. Tout. De. Suite !
— Euh… Richard resta bouche bée un instant. Devenu maître des runes saint, il comptait parmi les personnes les plus importantes de tout Norland. Il tenait énormément à ce que Sharon voie ses progrès et en soit fière, mais les dragons semblaient manifestement bien plus attrayants à ses yeux. Pourtant, cela le soulageait étrangement aussi. La grand-mage légendaire possédait l’Aria de Deepblue, une rune de grade 6 ; pourquoi s’intéresserait-elle à de simples runes de grade 5 ?
Les motifs de l’Aria de Deepblue étaient encore profondément gravés dans son esprit. Bien qu’incomplète, elle dépassait de loin n’importe quelle rune de grade 5, voire même un ensemble entier. Cette rune unique occupait tous les emplacements de Sharon, tout en lui fournissant des capacités offensives, défensives et toutes sortes d’autres utilités. La plupart des autres légendes ne pouvaient s’offrir qu’un nombre limité de runes, chacune répondant à un besoin particulier ; certaines n’arrivaient même pas à se procurer des runes de grade 5. Voilà pourquoi sa convention était si importante à leurs yeux.
Sharon mit finalement bien plus d’une demi-heure à se préparer. Lorsqu’elle revint, elle portait sept bagues aux doigts et quatre bracelets le long des bras. Cinq colliers étincelaient à son cou et, au premier coup d’œil, il était évident que tous ces bijoux étaient enchantés pour servir d’espaces de stockage. De quoi piller une douzaine de nids.
Pendant que Sharon partait, Richard devait encore rencontrer Blackgold pour discuter du fonctionnement de Deepblue. Les mages et les chercheurs qui s’y trouvaient étaient la source de sa supériorité, mais ils avaient tout de même besoin d’être orientés dans l’utilisation des fonds, afin de développer en priorité ce qui comptait le plus pour lui. Chaque amélioration issue des laboratoires était minime, mais toutes s’accumulaient rapidement et contribuaient à faire de son armée l’une des meilleures de Norland.
Désormais, tout son réseau de plans suivait la bonne voie et chacun d’eux commençait à fournir un flux constant de ressources aux entrepôts de la famille. Il avait enfin les moyens de se consacrer aux technologies dont il n’avait pas besoin immédiatement. À ce stade, même tous les mages de Deepblue ne suffisaient pas à cette tâche et de nombreux projets manquaient de main-d’œuvre. Après avoir planifié tout cela avec Blackgold, il allait augmenter les avantages accordés à tous ceux qui travaillaient activement sur un projet, afin d’attirer davantage de mages.
Sharon partit avant qu’ils aient tout réglé, mais, heureusement, elle attendit au moins assez longtemps pour écouter son conseil : ne pas foncer tout droit dans la sphère de cristal du Plan draconique. Elle emprunta plutôt le portail de Faelor, à Blackrose, pour s’y rendre de cette façon. Le passage vers Faelor n’était pas conçu pour être emprunté par des légendes — ce qui l’agaçait beaucoup, car elle devrait faire quelques efforts pour le maintenir en état lors de son passage —, mais Richard réussit à la convaincre que c’était préférable à se faire barrer la route par le Dragon aux cinq couleurs, ou par un être encore plus puissant.
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Faelor et le Plan draconique ne restèrent pas paisibles en l’absence de Richard. Le Penseur avait été posté en permanence près du portail et venait récemment de détecter les fluctuations causées par le passage d’un être puissant. Une ombre gigantesque filait à présent au-dessus de l’empire : la mère de la couvée volait à toute vitesse vers la Vallée des Dragons.
À près d’un kilomètre d’altitude, elle semblait se frayer un chemin dans le ciel en rampant. Ses membres bougeaient avec régularité, tandis que son corps se contractait et se dilatait sans cesse ; chaque impulsion la propulsait de plusieurs dizaines de mètres. Sur son corps, des serpents ailés de toutes sortes préparaient leurs capacités en vue du combat ; malgré leur vitesse, ces créatures ne pouvaient parcourir d’aussi longues distances. Entre eux se dressaient des excroissances irrégulières, semblables à des rochers noirs, d’où sortaient parfois des masses de chair grouillante. C’étaient les nids de sa légion de demi-dieux bâtards ; si elle les activait tous, même des êtres légendaires périraient. À bien des égards, la mère de la couvée elle-même tenait lieu d’immense chrysalide astrale.
L’Empire du Triangle de fer resta parfaitement immobile, sans réagir à la présence de la mère de la couvée. Le pays comptait peu de puissants encore en vie, et tous avaient été avertis qu’ils courraient à leur perte s’ils osaient l’irriter. Quelques-uns s’étaient tout de même envolés, intrigués, lorsqu’elle avait commencé à traverser leur territoire ; mais les salves des serpents ailés ne leur avaient même pas laissé de cadavres.
Près d’un lac tranquille, alimenté par une vallée fluviale, un homme d’âge mûr abattait des arbres pour se construire une cabane en bois. Il leva les yeux au passage de la mère de la couvée et son expression changea aussitôt : au fond de ses yeux apparut un énorme livre. Les pages se tournèrent d’elles-mêmes et révélèrent l’image de la mère de la couvée, dont l’entrée était marquée en rouge. Sa respiration s’accéléra et ses mains se mirent à trembler sur la hache ; il ne se calma qu’une fois la mère de la couvée disparue à l’horizon.
« Les nouvelles étaient exactes… » marmonna-t-il. Il prit une planche plate et se mit à y écrire du doigt. Mais, après quelques lettres à peine, son expression changea. « Ça pourrait être une occasion… »
L’homme demeura silencieux, paralysé pendant des heures, avant de se décider et de jeter sa hache de côté. Au lieu de suivre la mère de la couvée, il se précipita vers la Terre du Tumulte, d’où elle venait.