Chapitre 1 790
Évidemment, je ne peux pas rester traîner pour constater les conséquences de mes décisions, car je serais instantanément évaporé par un raz-de-marée de boue, mais j'ai l'impression de savoir comment ça s'est passé.
Premièrement, les grondements qui secouent le sol sur lequel je cours trahissent la nature catastrophique de ce qui se déroule derrière moi, et deuxièmement, mes antennes me racontent une histoire assez claire.
Les vibrations sont dingues. J'entends un rugissement semblable à celui d'un océan en furie, et quelque chose force l'air à me dépasser à une vitesse absurde. Je pense que l'artère a bel et bien éclaté et que la moitié de la boue accumulée dans les poumons remplit maintenant les tunnels, se combinant au lac que j'ai drainé pour créer une inondation aux proportions vraiment épiques.
Je m'en rends compte aussi parce que le tunnel derrière moi se remplit actuellement de mucus qui se déplace beaucoup trop vite pour mon confort.
À quelle distance suis-je censé courir, au juste ?!
J'ai couru sur des kilomètres depuis l'artère — des kilomètres ! C'est un événement d'extinction ! Je suis sûr que toute cette mélasse finira par s'écouler vers le bas, mais pour l'instant, elle jaillit sur les côtés parce que les tunnels inférieurs sont tellement saturés de slime qu'il n'y a plus de place pour que quoi que ce soit s'écoule vers le bas.
Je ne veux pas courir sur les côtés, je veux vraiment trouver un chemin vers le haut, mais d'après ma Carte des tunnels, je suis toujours sous certains des lacs qui bloquent l'accès de la Colonie à ces zones inférieures. Si je monte là-haut maintenant, je ne peux pas garantir que je ne me retrouverai pas coincé sous un lac pendant que le mucus remplit les tunnels en dessous de moi, m'écrasant entre les deux.
Ce n'est pas un risque que je suis prêt à prendre !
La mort par le slime n'est pas au programme pour cette fourmi ! Ils ont failli m'avoir une fois, ça n'arrivera pas deux fois. Pour tous les Krath qui vivent dans le coin, je peux seulement dire… désolé.
Je doute fort qu'ils puissent éviter que leurs cachettes secrètes ne soient remplies par un torrent de slime virulent. Peu importe à quel point ils sont bien cachés ou à quel point leurs passages secrets sont étroits, le volume et la pression du mucus finiront par tout briser.
S'ils n'étaient pas l'espèce la plus rancunière et haineuse de toute Pangera, je me sentirais bien pire, mais bon sang, c'est dur d'avoir de la sympathie pour eux. Pourquoi n'auraient-ils pas pu être un peu plus comme les chal ? Je comprends qu'ils soient corrompus, mais les escargots ont beaucoup d'atouts, y compris de très belles moustaches ! Sûrement que quelques-uns de ces traits auraient pu survivre au contact de Theorrazzn.
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Si je rencontre un jour cet Ancien, j'aurai deux mots à lui dire. Ils ont causé un sacré bazar ici-haut.
Pour l'instant, je cours, mes six pattes s'agitant aussi vite que possible tandis que les monstres autour de moi se joignent à la course, fuyant pour sauver leur peau. Même les créatures natives du cinquième savent combien de slime elles peuvent tolérer, et là, c'est beaucoup trop de slime.
Derrière moi, le front de la vague de mucus siffle et bouillonne furieusement tandis qu'il fait fondre tout ce qu'il touche, transformant les plaques de moisissure et de champignons en nuages de vapeur acide qui s'élèvent, poussés par le mur de boue derrière eux. Le résultat final est que je suis forcé d'escalader des escargots géants, des monstres de boue, d'étranges créatures mi-crabes et toutes sortes d'autres absurdités qui vivent dans cet endroit.
Ils claquent leurs pinces et leurs mâchoires vers moi, mais sans conviction, bien plus concentrés sur leur survie que sur le fait de me combattre. J'aimerais vraiment avoir l'assurance de courir au plafond en ce moment, mais je ne fais pas confiance à cette voûte spongieuse et charnue pour supporter mon poids. Au lieu de ça, je suis en bas avec le reste des monstres, à me débattre pour survivre.
Malheureusement pour la plupart des monstres apparentés aux mollusques ici, ils manquent tout simplement de vitesse. Je n'ai pas vraiment envie de me retourner pour voir ce qu'il advient d'eux ; je préférerais ne pas savoir ce qui m'attend si je n'y arrive pas.
Devant moi, je vois une autre bifurcation dans le tunnel, une qui monte, et cette fois, je pense que je vais l'emprunter. Avec un peu de chance, elle s'orientera vers le haut, hors de la zone de danger.
Beaucoup d'autres monstres ont la même idée, provoquant une ruée folle alors que nous essayons tous de grimper aux murs pour accéder au chemin vers la sécurité. Finalement, je dois sauter, bondissant par-dessus une chose gélatineuse à l'air particulièrement sinistre pour atteindre le passage.
J'atterris lourdement, écrasant plusieurs créatures plus petites sous mes pattes avant de repartir en courant. Une fois que j'ai pris un peu de distance, je prends un moment pour me retourner et regarder derrière moi.
Obéissant heureusement aux lois de la gravité, la vague de mucus continue d'abord dans la branche inférieure, me donnant un moment de répit. D'un vert et jaune maladif, elle est incroyablement puissante et se déplace avec une rapidité choquante, la quantité pure de boue la poussant vers l'avant par la seule pression. En quelques minutes, le tunnel en dessous est à moitié rempli, et le niveau ne cesse de monter. Quelques minutes de plus, et il atteint le sommet, rongeant le plafond, et continue de monter, poussant dans l'espace disponible, c'est-à-dire le tunnel dans lequel je me trouve actuellement.
C'était… beaucoup trop rapide. Oh là là. Quelle quantité de cette chose y a-t-il au juste ?
Quand je pense à la distance que j'ai parcourue et aux dizaines et dizaines de ramifications de tunnels que j'ai croisées en chemin… qui doivent toutes être remplies à ras bord de mucus… ouh là là.
La Colonie devra peut-être mettre ses plans en attente pendant un petit moment. Une fois que tout se sera écoulé vers le bas, nous pourrons descendre ici, mais d'ici là, lâcher du mana purifié dans ces tunnels reviendra à pisser dans un violon.