Chapitre 1 745
Très bien, Beyn était déjà sacrément agaçant quand il n'était qu'un simple Prêtre. Puis il a commencé à diriger des pèlerinages, qui, pour être honnête, ne se distinguaient pas vraiment de croisades. Je n'étais pas fan, surtout qu'ils étaient menés en mon nom, et la dernière fois que j'ai vérifié, j'étais juste une fourmi-monstre brillante et géniale, et pas un dieu. Mais bon, chacun son délire.
Ensuite, il s'est transformé en une sorte d'ambassadeur, parcourant le monde, aidant à la diplomatie et prêchant ses croyances bizarres dans tout le Donjon. Est-ce que ça m'a plu ? Non. Est-ce que ça a éloigné Beyn de moi ? Oui. Il faut savoir faire des sacrifices.
Plus récemment, il est revenu à son rôle de prédicateur de première ligne, travaillant avec ses Prêtres pour les intégrer aux bataillons mixtes déployés dans le cinquième. Une fois que Solant a découvert ce bonus d'aura, j'imagine qu'elle n'a plus jamais voulu partir au combat sans.
Et maintenant, ce manchot essaie de me faire croire qu'il est un prophète ?! Plus précisément, mon prophète ?!
Ça ne me plaît pas du tout.
« Comment diable peux-tu être mon prophète ? Je ne pense pas que ce soit un titre que l'on puisse s'auto-attribuer. C'est sûr que ce n'est pas moi qui te l'ai donné ! »
Se jetant dans la poussière à mes pieds avec un peu trop d'enthousiasme, Beyn se prosterne devant moi.
« GRAND ÊTRE, CE N'EST PAS UN TITRE QUE JE M'ATTRIBUE, MAIS LA CLASSE QUE LE SYSTÈME M'A OCTROYÉE ! »
Quoi.
« Comment s'appelle exactement cette Classe ? Et baisse d'un ton, pour l'amour du ciel. »
Je dois nettoyer mes antennes. Les phéromones sont absurdement denses dans l'air. L'un des inconvénients de la communication phéromonale, c'est qu'il peut toujours crier même avec le visage écrasé contre le sol. Et je dis bien écrasé. Ça a l'air douloureux.
« Prophète de la Colonie, Grand Être. »
Oh… non. Est-ce que Gandalf me fait une blague ? C'est la dernière chose dont j'avais besoin. Ça ne va faire qu'amplifier les délires de cet idiot. C'est déjà assez grave avec les absurdités qu'il répand partout, maintenant il pourra le faire avec encore plus d'autorité. Quand les autres l'apprendront, qui sait comment ils vont réagir.
Peut-être qu'il y a un moyen de limiter les dégâts.
« Que te permet de faire ta nouvelle Classe ? Tu as des indices dans les messages du Système ? »
J'espère que ce n'est rien de spécial. Si la Classe a un nom pompeux mais ne fait rien d'impressionnant, je pourrai peut-être limiter la casse.
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« E-eh bien… ça dit que… le lien qui s'épanouit entre nous sera renforcé. »
Il peut sembler hésitant, mais je sens qu'il tremble d'excitation. Cet homme devant moi ne pourrait pas être plus heureux. Il est submergé de joie, débordant d'une allégresse zélée, empli d'une lumière vertueuse. Le fait qu'il soit aussi heureux à ce sujet n'est pas bon signe pour moi.
Quant à ce qu'il vient de dire, je suis encore moins fan.
Notre lien va être renforcé ? Quel lien ?!
Attends… s'il te plaît, dis-moi que non…
Je plonge ma conscience dans la Nef. Beyn y occupe un siège depuis longtemps, je l'ai même utilisé pour lui parler… une fois… peut-être deux. Maintenant, je me concentre sur son siège, sauf qu'il n'est plus sur un siège.
Non, il est maintenant sur un piédestal. Un piédestal. Et sa silhouette spectrale n'est plus la même que celle des autres, elle brille d'un éclat doré. Ça ne peut rien présager de bon.
[Beyn, tu m'entends ?] Je le contacte à travers la Nef.
[OUI, GRAND ÊTRE ! JE VOUS ENTENDS !]
[TAIS-TOI !]
Il se prosterne encore plus bas en guise d'excuses tandis que je secoue la tête. Ça fait mal, bon sang. Quoique… quelque chose a changé. Il m'a répondu. Normalement, je peux comprendre ce que quelqu'un dit à travers la Nef parce qu'elle sert de point de rassemblement pour leur volonté. Je peux lire leurs pensées… dans une mesure très limitée.
Ce type vient de me répondre, directement via la Nef elle-même. Ce qui signifie… qu'il peut me parler quand il veut…
Oh… oh non.
« Il semble que rien n'ait changé de mon côté », je tousse. « Je ne sais pas trop ce que ça peut signifier. Probablement rien de spécial. Il y a autre chose qu'elle peut faire ? »
« Grand Être ! Ça dit que je peux parler avec votre voix. »
« Tu peux quoi ? »
« Ou peut-être, vous pouvez parler à travers moi ? »
Oh, il adorerait ça. Je suis réticent à essayer, simplement parce que si ça s'avère vrai, il va devenir insupportable. Sûrement pas, cependant. Je tends la main à travers la Nef, y poussant ma conscience.
Beyn tremble au sol, le visage toujours pressé contre le plancher.
« Ah… ah… ah… » dit-il. « Je ne me souviens plus… GAH… comment fonctionnent les langues. C'est tellement bizarre. »
Beurk ! Ça laisse un sale goût dans ma bouche.
Donc… je peux vraiment parler à travers lui. C'est… assez inutile… et vraiment bizarre.
Beyn est resté immobile, mais je vois de l'eau s'accumuler sur le sol sous son visage. Ça fait beaucoup de larmes pour un seul homme.
« Bon, si c'est tout ce que ta Classe peut faire, alors ce n'est pas grand-chose. Pas besoin d'être aussi excité. »
Beyn lève la tête, juste assez longtemps pour essuyer les larmes de ses yeux.
« Il y a une autre chose, Grand Être. Ça dit que je suis devenu un canal vivant pour la croyance. »
Quoi ? Ça voudrait dire…
De retour dans la Nef, mon esprit s'enroule autour du piédestal sur lequel Beyn se tient, l'air suffisant et agaçant.
Il y a… quelque chose qui émane de lui. Quelque chose de différent de la Volonté qui circule dans le Vestibule. Est-ce que c'est… de la croyance ? De la foi ?
Oh… je n'aime pas ça.
« Je peux vous sentir… Grand Être… mon dieu », pleure Beyn sur le sol du Donjon.
Tous les autres Prêtres dans la pièce s'effondrent à genoux et frappent le sol de leur visage avec une grande vigueur.
Par réflexe, je nettoie mes antennes. Ça… c'est mauvais.