Chapitre 1 716
La sans-nom n'était pas habituée à arpenter les tunnels de cette manière. Certaines de ses sœurs, celles qui servaient de soldates et d'éclaireuses durant leurs heures à la lumière, étaient sans aucun doute plus à l'aise dans ces environs, mais la sans-nom n'avait pas émergé des ombres depuis de nombreuses semaines. Peut-être que son identité parmi les éveillées était désormais totalement perdue, une fourmi portée disparue, rayée des registres et classée comme perdue. Ou peut-être était-il bien trop évident pour sa famille où elle passait son temps, et qu'ils choisissaient de regarder ailleurs.
Veillez à rester silencieuses, signa le chef du groupe aux autres. Notre proie possède des sens incroyablement aiguisés et est sur ses gardes. Il ne doit y avoir aucun signe de notre présence.
Comme si la sans-nom pouvait être autre chose qu'irréprochable dans son exécution. Elle avait traqué les proies les plus difficiles de la Colonie ; quelques humains maladroits errant dans le Donjon ne représenteraient aucun défi.
Pourtant, comme toujours, elle ne prit aucun raccourci et ne baissa jamais sa garde. La perfection était la norme exigée des sans-nom, et elle ne manquerait pas de répondre à cette attente, quelle que soit la tâche.
Se glissant entre les ombres comme de l'eau, le groupe de sans-nom se déplaça à l'unisson, sentant, hésitant, ne changeant de position que lorsqu'elles en étaient certaines. À la lisière de la dimension des ombres et de la dimension matérielle, elles dansaient sur le plus fin des fils, sans jamais trop s'écarter d'un côté ou de l'autre. Après quelque temps, elles trouvèrent leur première cible.
Un humain solitaire, accroupi dans une position dissimulée contre la paroi du tunnel.
En vérité, c'était une tentative de furtivité admirable, et la sans-nom ne l'aurait peut-être pas trouvée sans l'ombre omniprésente sur le sol. S'il projetait une ombre, elles le trouveraient. Les ombres étaient des fenêtres pour les sans-nom, et c'étaient aussi des portes. De toutes les choses en ce monde, elles étaient plus sensibles aux ombres qu'à toute autre chose.
Assurez-vous qu'il est seul, signa le chef, dispersez-vous.
La sans-nom ne perdit pas de temps, se déplaçant avec détermination, sans bruit et sans être vue à travers le tunnel. Tandis que les autres se déployaient derrière elle, elles cherchèrent partout, scrutant chaque recoin. En chassant une telle proie, elles savaient qu'il ne fallait se fier ni à leurs yeux, ni à leurs antennes, ni même au sens du toucher. Rien n'était fiable, tout devait être vérifié, examiner chaque chose sous autant d'angles que possible.
Ce n'est que grâce à cette minutie qu'elles purent trouver le second, dissimulé dans une stalagmite creuse, utilisant son sens du mana pour surveiller ce qui se passait à l'extérieur.
Un autre, signa la sans-nom, en pointant l'intrus.
Dans l'obscurité totale, il n'y avait même pas d'ombre à trouver. Seul le contact, léger comme une plume, de l'esprit de l'aventurier sur le mana du tunnel les avait trahis.
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Préparez-vous à les capturer.
Lorsqu'elles passèrent à l'action, tout fut terminé en un instant. La sans-nom s'occupa elle-même du second aventurier. Bien que l'obscurité à l'intérieur du pilier ait caché son ombre, cela ne l'aida en rien à se protéger des arts des sans-nom. S'emparant des ténèbres, la sans-nom les imprégna lentement, avec une extrême précaution, de son mana, s'étendant à travers la dimension des ombres pour masquer son point d'origine.
Malgré une détection active du mana, l'aventurier n'avait aucune idée que l'obscurité même qui l'entourait était en train de changer, devenant plus substantielle. Ce n'était plus seulement de l'obscurité, c'était désormais aussi une porte.
Au moment opportun, la sans-nom l'ouvrit, et l'aventurier tomba à travers l'ouverture. Sans même avoir le temps de crier, il fut enveloppé dans un manteau d'ombre, son esprit plongé dans le sommeil.
Irréprochable.
Une fois dissimulés dans un royaume séparé, d'autres étaient là pour prendre en charge les proies neutralisées et les ramener vers les cellules de sommeil. Au sein de la dimension des ombres, les sans-nom avaient creusé de nombreux chemins à cette fin précise.
Bien, signa leur chef. Nous continuons.
Et c'est ce qu'elles firent.
Elles traversèrent le tunnel, chassant, cherchant, sentant. Avec autant de prudence que si elles traquaient le Conseil lui-même, elles avançaient avec la plus grande précaution, sachant que le moindre soupçon de découverte rendrait leur tâche dix fois plus ardue.
D'autres furent trouvés, seuls ou en petits groupes, des aventuriers blottis à certains points, observant le tunnel, à la recherche de fourmis, sans jamais savoir qu'ils étaient eux-mêmes traqués. Un par un, ils furent embrassés par les ombres, emportés par le sommeil, et conduits vers les cellules pour y dormir.
Il était clair qu'il y avait trop de monde surveillant ce tunnel pour qu'il n'y ait pas une raison, et elles découvrirent bientôt pourquoi.
Arrêt, signa la sans-nom, et le groupe s'immobilisa immédiatement. En silence, elle indiqua quatre emplacements distincts. Plus derrière, ajouta-t-elle.
Une forte concentration d'aventuriers. Autant, et si proches les uns des autres. Il devait y en avoir plus.
Enquêtez, fit le chef.
Là où un groupe de sans-nom ne pouvait aller, une seule pouvait passer.
Se glissant à travers les interstices les plus étroits, elle dépassa la première ligne de sentinelles, puis la seconde, et enfin la troisième. Ce n'est qu'alors qu'elle put s'approcher suffisamment pour sentir ce qui était caché dans le tunnel.
Sortir fut bien plus facile qu'entrer. Après tout, ils s'attendaient à ce que les ennemis viennent de face, pas de derrière. Sans aucun doute, ceux qu'elles avaient déjà capturés travaillaient avec ce groupe. Bientôt, ils réaliseraient qu'une partie de leurs effectifs manquait et leur vigilance augmenterait. Pour l'instant, ils restaient dans l'ignorance.
Une fois sortie, elle retourna auprès des sans-nom qui l'attendaient.
Une embuscade, signa-t-elle. Ils sont des centaines. Un grand nombre de pièges et de sorts préparés pour attaquer l'Aîné ont été mis en place.
Immobiles, les sans-nom examinèrent leur prochaine ligne de conduite.
Cela dépasse nos mandibules désormais, signa le chef. Nous informerons l'Aîné de cet emplacement et nous déplacerons vers un autre tunnel.
Bien sûr, elles ne pouvaient pas aller voir l'Aîné elles-mêmes ; qui savait où il se trouvait à cet instant ? Heureusement, elles n'avaient pas à le faire. À leurs côtés, dissimulé à la frontière de l'ombre et de la réalité, un unique tentacule dérivait, prêt et attendant leur message.