Chapitre 1 690
Après le départ du trio, je continue de manger et de m'exercer à marcher. Quelques tests de morsures avec mes mandibules, histoire de gagner un peu d'assurance, rien que du basique. Ça fait du bien de discuter avec Crinis, Tiny et Invidia, et ils me mettent au courant de ce qu'ils ont fait pendant que je dormais.
Tiny, semble-t-il, s'est entièrement consacré à l'art du coup de poing. Ce n'est pas facile d'obtenir des détails de sa part, étant d'une nature plutôt taciturne, mais d'après ce que j'ai pu reconstituer, il a trouvé un matériau soi-disant indestructible quelque part dans la quatrième strate, au cœur d'une montagne, et s'est entraîné à le frapper.
[C’est tout ?] je lui demande.
Il hoche lentement la tête.
[Tu l'as juste frappé ?]
Il hoche à nouveau la tête.
[Ça a… aidé ?]
Un dernier signe de tête. Il lève son poing pour me le montrer avec un sourire fier, mais je ne vois vraiment rien de spécial. Le tâter avec une antenne ne m'aide pas non plus.
[Eh bien… c'est bien. Je suis content pour toi. Beau travail, mon pote.]
Ça paraît étrange de penser que Tiny, qui s'ennuie si facilement, a passé ses journées à frapper un rocher pendant six mois, mais… pourquoi pas ? Peut-être a-t-il réussi à faire monter le niveau de ses compétences de boxe ? Il a l'air heureux, et c'est le plus important.
Crinis, bien qu'elle essaie de le dissimuler, a passé la majeure partie de son temps avec les Sans-Nom, veillant à ce que leur règne de terreur somnolente continue de s'emparer de la Colonie partout où elle passe. D'un côté, c'est génial que mes frères et sœurs se reposent régulièrement et ne se surmènent pas. D'un autre côté, difficile de ne pas avoir l'impression qu'ils ont été un peu trop loin. Enfin, il est bien trop tard pour y changer quoi que ce soit maintenant.
[Tant que tu as eu assez de repos, Crinis. Tu ne te surmènes pas, n'est-ce pas ?]
[Q-qui, moi ? Bien sûr que non, Maître. J-je ne ferais jamais ça !]
C’est… un peu suspect.
Invidia a été le plus occupé des trois, à en juger par ce qu'il raconte. Il est ravi de parler, avec son ton sibilant et rauque habituel, de ses nombreuses, très nombreuses bonnes actions. Le petit gars s'est donné pour mission d'être aussi utile que possible au plus grand nombre ! Aider les mages à entraîner leur magie. Aider les sculpteurs avec leurs constructions. Aider les bataillons à combattre dans les tunnels. Aider les façonneurs de noyaux à travailler sur les noyaux. Il a même repris une partie du travail logistique de Solant avec son cerveau massif ! Je suis choqué qu'elle lui ait fait confiance, mais il semble que l'ancien démon de l'envie soit devenu l'ami le plus proche et le plus fiable de tout le monde.
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[Beau travail, Invidia. Je savais que je pouvais compter sur toi.]
[Ouiiiiiii,] ronronne-t-il joyeusement, son œil brillant de satisfaction. [Vous pouvezssssss.]
Il est beaucoup trop heureux à ce sujet. Je ne peux pas lui en vouloir, je suppose, les démons sont un peu bizarres comme ça.
Juste au moment où je commence à prendre le coup de main et à travailler sur des mouvements plus complexes, des sauts latéraux dans ce cas précis, les membres du Conseil commencent à arriver.
Coolant et Propellant sont les premiers, l'une bleue et sculptée dans la glace, l'autre avec un volcan littéral bouillonnant sur le dos. Bien sûr, ils se chamaillent en entrant, c'est devenu leur état naturel à ce stade. Les généraux arrivent un peu plus tard, suivis par les éclaireuses. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu Burke et Wills, mais je vois bien qu'ils ont été occupés.
Conçus pour la course de fond et la furtivité, ils ont vraiment poussé leurs évolutions pour répondre aux exigences de leur rôle. Je suis sûr qu'ils travaillent toujours sur le front, à explorer des territoires dangereux plutôt que d'envoyer leurs frères et sœurs le faire à leur place.
Bella et Ellie sont les suivantes, et j'espère qu'elles n'ont pas apporté les choses effrayantes qu'elles ont développées pour la cinquième strate. Frances et Mendant arrivent, l'air surmené et hagard, suivis par Cobalt et Tungstant. Leeroy arrive en faisant du bruit, toujours en armure complète, bien que je jurerais qu'elle a des champignons qui poussent sur le dos, accompagnée d'Advant et Brendant. Vibrant est la dernière des soldates à arriver, se précipitant dans la pièce comme une bourrasque de vent et la remplissant immédiatement de bruit et de bavardages.
« Coucou, Aîné ! Waouh, tu es devenu si grand ! Tu ne peux pas être rapide comme ça, pas correctement en tout cas. Je suis triste pour toi, d'être une chose aussi lente. Enfin bon, je suis sûre que ça ira. Tu as été occupé ? J'ai été vraiment occupée, à courir et à combattre, et à combattre en courant, et à explorer de nouveaux tunnels. Il y en a plein là-dehors, tu savais ? C'est excitant, non ? Les nouveaux endroits où courir sont toujours excitants ! »
« Oui, bonjour, Vibrant », dis-je, un peu dépassé. Je viens de me réveiller, je ne suis pas prêt pour ce genre d'énergie. Quoique, maintenant que j'y pense, je ne suis jamais prêt pour autant d'énergie. Pourtant, ça fait plaisir de la voir. Elle a fait beaucoup de chemin depuis la petite fourmi qui faisait du stop sur mon dos. « Tu devrais peut-être prévoir quelques siestes, cette réunion risque de durer un moment. »
« Oh, pas de souci. Je n'ai pas bien dormi depuis une semaine ! J'ai plein de sommeil à rattraper. Bonne nuit ! »
Et hop, elle est partie.
Je vois les Sans-Nom se rassembler dans les ombres au-dessus et je secoue la tête vers eux, ce qui les fait se figer, puis battre en retraite lentement. Je sais qu'ils détestent la laisser filer, mais ça fait une éternité que je ne l'ai pas vue.
Les derniers à arriver sont Florence, Theresant, Victoriant et Antionette. Je suis choqué de voir les Reines ici, leurs gardes sont réticents à les laisser aller où que ce soit. Clairement, les deux ont insisté pour pouvoir assister à la réunion, ce qui me réchauffe le cœur. Elles sont toujours plus grandes que les soldates comme Leeroy et Brendant, mais je les domine complètement.
« Salut tout le monde ! » dis-je en les saluant tous à leur entrée.
Leur faire le traditionnel « thwippity thwap » des antennes n'est pas aussi facile qu'avant, vu ma taille, mais on se débrouille bien. Trouvant de la place dans la chambre, tout le monde se rassemble et commence à discuter. Une sensation de chaleur monte dans ma carapace, et si je pouvais sourire, je suis sûr que j'en aurais un sur le visage en ce moment.
Ça fait du bien.