Chapitre 142
Avec la Reine humaine coincée entre mes mandibules, les soldats ne peuvent pas faire grand-chose pour m'empêcher de lui offrir une coupe de cheveux fatale si l'envie m'en prend.
Le pouvoir est entre mes mains/griffes !
Malheureusement pour ces soldats, la rage qui brûle dans mon cœur est attisée par les dégâts qu'ils ont causés à ma famille. Je n'ai aucune idée du nombre de fourmis qui ont été détruites par ces envahisseurs, et la Reine elle-même a été blessée par leurs lames.
Je réclame vengeance !
Les soldats discutent entre eux, le visage crispé par l'inquiétude alors qu'ils tentent de trouver un moyen de gérer la situation. Je ne veux pas leur laisser le temps d'élaborer un plan. S'ils décidaient de menacer la reine des fourmis, nous pourrions nous retrouver dans une impasse au lieu de cette situation où j'ai l'avantage total.
J'avance de manière agressive, la Reine humaine se balançant dans l'étreinte de mes mandibules, ses pieds traînant sur le sol alors qu'elle essaie de garder l'équilibre. Quand les soldats me voient traiter leur royauté avec si peu d'égards, ils réagissent avec colère, saisissant leurs armes et me hurlant dessus dans leur langue.
En réponse, je fais claquer mes mandibules autour de son cou de façon menaçante. Pour tenter de communiquer mes exigences, j'utilise l'une de mes antennes pour pointer le sol à plusieurs reprises.
Posez vos armes !
Les soldats se regardent, confus par mon geste. Je ne pense pas qu'ils s'attendent à pouvoir engager le moindre dialogue avec un monstre, et je ne peux pas vraiment les blâmer. J'ai l'impression que des monstres intelligents existent, mais mon intuition me dit que ces créatures ne chercheraient pas à être aimables avec les êtres de la surface. D'après ce que j'ai vu des monstres jusqu'à présent, j'imagine qu'ils utilisent cette intelligence supérieure pour inventer des moyens plus efficaces de tuer les gens.
Une fois de plus, je fais claquer mes mandibules avec force et je pointe le sol à plusieurs reprises avec mes deux antennes cette fois-ci.
Posez vos armes !
Il y a une peur réelle sur le visage de ces soldats. Pas pour eux-mêmes, mais pour la vie de la personne que je tiens entre mes mandibules. Ils savent qu'il y a très peu de chances qu'ils s'en sortent indemnes.
Ils discutent pendant quelques secondes avant que le soldat qui s'était battu contre Tiny ne crie quelque chose aux autres, puis s'allonge sur le sol. Voyant son exemple, les autres s'exécutent à contrecœur, s'allongeant face contre terre.
….
Ok, très bien. Ça marche aussi.
[Tiny, va vers eux et prends leurs armes et leurs boucliers]
Puisqu'ils sont au sol, nous pouvons réduire leur dangerosité en leur retirant leur équipement, ce qui aidera à garder la situation sous contrôle. Parfait.
Alors que je me félicite de mes manœuvres dignes d'un joueur d'échecs, je remarque finalement que Tiny n'a pas bougé. En concentrant mon attention sur lui, je réalise qu'il est toujours immobile, me regardant avec une expression confuse.
[C'est quoi, ça ?] demande-t-il.
Oh là là.
[Prends les objets métalliques pointus, comme celui avec lequel ce type t'a poignardé, et leurs grandes planches en métal qu'il a utilisées pour bloquer tes coups !] j'essaie d'expliquer, exaspéré.
Il me fixe avec une intensité incroyable, les pensées tournant dans son esprit avec une lenteur atroce. Allez, mon pote !
Lentement, il se tourne et se dirige vers le soldat avec qui il s'était battu, probablement le chef ou le capitaine de ces hommes, tout en me regardant. Puis il se penche lentement vers le soldat nerveux et saisit l'épée entre deux de ses doigts épais, jetant un coup d'œil vers moi comme un enfant qui se demande s'il a bien fait.
[Oui ! C'est ça, l'épée ! Bon travail, Tiny !] je le félicite.
Son visage de chauve-souris s'étire en un large sourire ; il ramasse l'épée et me l'apporte, la déposant soigneusement à mes pieds comme un chien qui joue à rapporter. Maintenant qu'il a compris ce qu'il doit faire, il réussit à aller voir chaque soldat pour prendre son épée, me les rapportant une par une avant d'essayer de comprendre ce qu'est le bouclier. Quand il finit par comprendre, il les ramasse une par une, me les apportant et complétant son petit tas d'équipement devant moi.
Il lui faut presque dix minutes pour tout terminer.
[Bon travail, Tiny] dis-je, épuisé.
Il a l'air immensément satisfait de lui-même. À quel point ta statistique d'Astuce est-elle basse, sérieusement ?!
Avec tous les soldats désarmés, je me sens beaucoup plus en sécurité. Avec leurs incroyables compétences à l'épée, combien de mes ouvrières ont été détruites ? Je refuse de les laisser s'en tirer.
En me déplaçant lentement, je commence à emmener la Reine vers le nid, lui permettant de marcher à un rythme régulier alors qu'elle s'adapte à mes mouvements. Les soldats regardent avec des yeux inquiets tandis que j'emmène leur Reine hors de leur champ de vision. Quand l'un d'eux essaie de tourner la tête pour me suivre du regard, je pointe furieusement une antenne vers lui jusqu'à ce qu'il se détourne.
À mesure que je m'approche, l'ampleur réelle des dégâts causés lors de cette bataille se révèle. Près d'une centaine d'ouvrières ont été tuées, leurs corps tranchés par la lumière dévastatrice des épées de leurs adversaires.
Ces fourmis individuelles sont tout simplement trop faibles pour lutter contre des ennemis de haut niveau comme ceux-là. Elles ne sont pas assez intelligentes pour utiliser des tactiques et pas assez fortes pour percer la ligne de front. S'il y avait eu plus de monde, disons mille fourmis, peut-être auraient-elles été capables de submerger la barrière et de la briser. Mais d'un autre côté, peut-être que les mages auraient pu tenir assez longtemps pour que ces quelques humains détruisent des milliers de mes semblables.
Ce n'est pas suffisant !
Cet événement choquant a clairement montré que face à des adversaires de haut niveau, la colonie ne pourra remporter la victoire qu'au prix de nombreuses vies. Pour une colonie de fourmis monstres normale, cela pourrait être acceptable, une victoire obtenue en sacrifiant les ouvrières individuelles ou en les traitant comme de la chair à canon. Si j'ai accepté que les ouvrières de cette colonie sont les membres de ma famille, mes frères et sœurs, alors je refuse de les laisser mourir si facilement.
Ce sera la dernière fois.
[Tiny, je veux que tu emmènes ce type avec qui tu te battais jusqu'au nid. Ensuite, je veux que tu reviennes ici et que tu détruises les autres].
Le grand singe hoche la tête, souriant joyeusement.