Chapitre 1317
Chapitre 1317
Je comprends enfin pourquoi on m'avait mis en garde contre ces gens. Ils sont insupportables. Il nous faut plus d'une heure pour atteindre l'île, en avançant à un rythme lent et contrôlé, et les Magpei passent leur temps à tournoyer au-dessus de nous en nous hurlant dessus.
Dès que l'un d'eux est fatigué et remonte, un autre prend le relais ! Ils sont déterminés à nous soumettre à un flux constant de menaces, d'insultes et de défis répétés du genre « ramène ta fraise ! ». C'est un miracle qu'ils aient réussi à survivre jusqu'ici !
Est-ce que les ka'armodo supportent ce genre de comportement ? Les golgari ? La LÉGION ? Bien qu'ils ne soient pas des monstres, loin de là, ils étaient déjà là avant la Déchirure, avant même qu'il y ait du mana à la surface. Alors… je suppose que la Légion se fiche pas mal de leur existence.
Nous arrivons sur l'île, accueillis par d'autres Magpei en train de se pavaner, tandis que certains continuent de voler au-dessus de nos têtes pour nous haranguer.
Eran s'avance pour parler en notre nom, et là encore, le Voyant du Donjon brathian continue de traduire tout ce qu'ils disent. J'aimerais pourtant qu'il s'abstienne.
[Comme convenu lors de nos discussions il y a quelques semaines, nous sommes ici dans le cadre de notre mission commerciale auprès des centres d'échanges les plus puissants et les plus prospères de la strate, ] déclare Eran.
Je sais pertinemment que nous ne sommes là que parce que c'est sur la route de la cité d'Argent. Néanmoins, je comprends le besoin de flatter ces gens. Les Magpei semblent difficiles à vivre, c'est le moins qu'on puisse dire.
La représentante de la direction de l'Île Errante qui est venue nous accueillir semble assez typique de son peuple, d'après ce que j'ai vu jusqu'ici. Ils ne portent pas beaucoup de vêtements, juste le strict nécessaire, et elle a l'air agacée d'être là, nous regardant tous de haut.
[On vous « souhaite » la bienvenue sur NOTRE île, ] dit-elle avec sarcasme en nous lançant un regard noir. [J'espère que vous allez régler vos affaires et dégager d'ici au plus VITE !]
Pour une raison obscure, elle se tourne pour me fixer.
[Tu te prends pour qui ? HEIN ? Tu te crois balèze ? T'es pas si costaud !]
Mais c'est quoi son problème ?!
[Anthony est ici en tant que représentant de son peuple, qui a apporté de nombreuses choses merveilleuses et brillantes pour que vous puissiez les acheter, ] tente Eran pour l'apaiser.
Un seul mot semble capter son attention.
[Brillantes ?!]
Sa tête pivote brusquement et ses yeux se plissent.
[À quel point, on parle de quoi là ? Si tu te fous de ma gueule, je te colle un pain dans le nez !]
Un chœur de « HEIN ? » et de « OUAIS ! » s'élève des autres Magpei. Je me tourne vers la mage qui me sert d'interprète.
[Est-ce vraiment nécessaire de me traduire toutes les insultes en arrière-plan ?]
[Si je dois les entendre, alors vous aussi, ] répond-elle placidement.
La vache.
Le torse bombé, se pavanant autour de nous, les Magpei nous mènent vers la colonie la plus proche, une ville frontalière appelée Mackaw, où sont apparemment gérées les importations et les exportations. De temps en temps, un nouveau Magpei survole le groupe, nous défiant en duel avant de demander qui nous sommes et ce que nous faisons là. Finalement, nos guides leur expliquent que nous sommes là pour commercer et que nous nous rendons à Mackaw.
À l'extérieur de la ville, nous sommes accueillis par le chef de la guilde commerciale locale, qui est, par chance, un humain. Il s'incline respectueusement devant Eran à son approche, l'accueillant avec un large sourire, qu'elle lui rend.
[Lowyn, c'est un plaisir de vous revoir.]
[Vous êtes trop aimable, Eran. Comment va votre estimé époux, le grand Satrape Umizan ?]
[Il se porte bien, merci de demander.]
[Et est-ce bien la petite Piris que je vois là ? Quelle grâce et quelle beauté. Elle tient clairement de sa mère.]
La petite fille glousse et sourit.
[Tu rigoles de quoi, HEIN ?] piaille un Magpei à proximité. [HEIN ? T'es qu'une petite NAINE ?]
Heureusement, personne ne fait attention à lui et il finit par se dégonfler avant d'être distrait par autre chose.
Une fois les politesses échangées, Eran entre dans le vif du sujet pour organiser les accords commerciaux, définir quand et où la Colonie installera son marché temporaire et pour combien de temps. Une fois que tout est réglé, j'envoie discrètement un pont mental vers l'homme incroyablement poli, Lowyn, qui nous a accueillis, juste pour lui poser quelques questions.
[Hé, c'est moi, la fourmi géante devant vous, ravi de vous rencontrer.]
Ses yeux s'écarquillent légèrement alors qu'il se tourne vers moi.
[Ravi de vous rencontrer aussi, ] dit-il chaleureusement. [J'espère que vous et votre peuple passerez un agréable séjour ici, sur l'Île Errante.]
[C'est justement ce que je voulais vous demander. Comment faites-vous pour vivre ici ?]
Lowyn sourit doucement.
[Je suppose que vous faites référence aux Magpei ?]
[Non, je parlais du climat. Enfin, oui, les Magpei !]
[Ils ne sont pas si terribles quand on s'y habitue, ] m'assure-t-il. [Bien qu'il soit utile de cultiver un certain état d'esprit, disons... placide.]
Deux Magpei s'écrasent au sol entre nous deux, enchevêtrés dans une bagarre furieuse. Lowyn ne cille même pas.
[Votre séjour parmi nous sera malheureusement court, mais je vais vous conduire à la zone désignée pour que votre peuple puisse se reposer. J'espère qu'elle vous conviendra.]
Cet homme est un saint.
Nous sommes conduits vers une clairière où le marché temporaire sera établi, et nous commençons à nous installer. Pour ma part, cela signifie m'affaler dans la terre et laisser tout le monde s'activer autour de moi. Les tentes brathianes commencent à monter et les fourmis fraîchement arrivées commencent à assembler leurs étals et leurs présentoirs.
[On est enfin arrivés à Mackaw, il y a quelque chose de bon à manger ?] se plaint Piris.
[Pas vraiment, ] lui répond Marzban. [Ce n'est pas facile pour eux de faire pousser des cultures ici, sur l'île. Il n'y a tout simplement pas assez de terre.]
[Que mangent-ils d'habitude ?] je demande, curieux.
[Du poisson, ] me dit-il. [Les Magpei sont d'excellents pêcheurs et pêcheuses, capables de plonger, d'en attraper une quantité surprenante, puis de remonter. Leur endurance dans les airs est vraiment remarquable.]
Tiens donc. C'est bon à savoir qu'ils ont quelques qualités.
[Y a-t-il beaucoup de colonies Magpei à la surface ?] je demande. [Ils sont là depuis le début, donc il doit y en avoir, non ?]
[Il y en a, ] me répond Eran, [bien que ce soit généralement dans des zones où les autres ne veulent pas vivre, en haute montagne, par exemple. Et ce n'est pas seulement parce que les autres ne les aiment pas, ils n'aiment pas les autres non plus. C'est ce qu'il y a de mieux pour tout le monde. En ce qui concerne le Donjon, il y a quelques grandes colonies dans la troisième strate, mais la majeure partie d'entre eux vit dans la quatrième, sur cette île, sur quelques autres îles flottantes, et dans des colonies situées très haut, plus près du plafond au-dessus de nous.]
C'est... très haut.
[Vu ce qu'ils pensent des étrangers, je suis surpris qu'ils nous laissent entrer pour commercer. Quel genre de choses aiment-ils ?]
Eran sourit.
[Ce sont des gens étonnamment curieux qui s'intéressent à presque tout. Ils adorent les objets décoratifs, pas pour eux-mêmes, mais pour leurs nids. La nourriture est populaire, pour des raisons évidentes, car il y a beaucoup de choses qu'ils ne peuvent pas produire eux-mêmes. Je m'attends à ce que vos tissus fabriqués par les fourmis rencontrent un franc succès.]
[Pourquoi ? Ils n'ont pas l'air de porter grand-chose.]
[Pour leurs nids.]