Chapitre 102
Il a l'air sacrément costaud, c'est le moins qu'on puisse dire !
La taille du bestiau !
Je pense qu'il est assez clair qu'une bonne partie de cette énergie d'évolution est partie dans la Puissance ! C'est un peu triste. J'aurais vraiment aimé qu'une fraction de cette énergie serve à booster ses capacités cérébrales.
Enfin, tout n'est pas perdu, je suppose. Puisque Tiny m'a moi pour l'aider à réfléchir et qu'il peut désormais recevoir mes instructions, être aussi efficace au combat est probablement ce qu'il y a de mieux, surtout si l'on considère les crises à venir auxquelles nous serons bientôt confrontés.
La dernière chose qu'il me reste à faire est de terminer mes mutations. Avec onze points de Biomasse à dépenser, je vais pouvoir sélectionner une amélioration de mutation pour mes pattes, puis améliorer ma glande d'énergie gravitationnelle deux fois.
J'ouvre le menu avec empressement, sans même écouter les messages de Gandalf. Voyons un peu ces pattes !
Oh là là ! Regardez toutes ces options alléchantes !
Tant de choix possibles !
Voyons voir… Des pattes qui adhèrent aux surfaces ? Pff, je sais déjà faire ça… Des pattes avec des épines barbelées qui en sortent pour poignarder les ennemis ? Aïe ! Des pattes avec une vitesse de course accrue, des pieds sans friction pour glisser, des pattes avec de la peau entre elles pour permettre de planer ? C'est quoi ce délire ?
Je suis tenté de prendre une option qui me rend simplement plus rapide ou quelque chose de basique, mais mes yeux tombent sur un choix qui pique ma curiosité.
[Pattes d'absorption : connecte le noyau aux pieds, permettant au monstre d'absorber du mana depuis la surface sur laquelle il se tient].
Donc, si je cours dans le Donjon, cette option me permettra de puiser du mana dans les murs et le sol ?! Si le taux d'absorption est correct, cela pourrait être le chaînon manquant pour ma pratique de la magie ! Si je peux recharger mon noyau et ma glande d'énergie gravitationnelle, encore plus gourmande en mana, plus rapidement, ils deviendront bien plus utiles !
Je prends !
[Souhaitez-vous sélectionner les pattes d'absorption et améliorer la glande d'énergie gravitationnelle au niveau +3 ? Cela coûtera 11 points de Biomasse]
Vas-y !
FLANARGLE !
AHhhhH ! Ça gratte !
Saleté de truc !
….
La majeure partie de ma préparation ici est terminée pour le moment. Avec l'évolution réussie de Tiny, il est temps de rejoindre la colonie et d'apporter notre aide aux efforts d'excavation ! Je demande à Tiny d'emporter les noyaux restants et nous quittons le réseau de pièges, retournant vers le puits principal avant d'entamer notre descente vers le nid principal.
Les parois du tunnel sont devenues étrangement sombres. Je n'ai jamais connu un niveau de luminosité aussi bas depuis ma renaissance dans ce Donjon. Le changement d'ambiance est troublant, rendant les tunnels beaucoup plus menaçants et oppressants. Les ombres dansent de manière sinistre sur les murs à notre passage, les motifs lumineux se brisant à chacun de nos mouvements.
Tiny se faufile dans le tunnel, voûtant les épaules au point de presque se cogner le visage avec ses genoux en marchant. Dans une main, il serre les noyaux restants contre sa poitrine, de manière protectrice.
Nous descendons le puits principal en silence. L'absence des ouvrières et l'obscurité pèsent sur notre moral. Les seuls sons que nous entendons sont les échos de nos propres mouvements.
C'est fou de se dire que dans quelques heures, cet endroit vide deviendra une zone de mort remplie de monstres.
Je ressens une gratitude presque pathétique lorsque nous arrivons vers la partie inférieure du puits et que les bruits de la colonie parviennent à mes oreilles.
Étant des fourmis, incapables de parler, ce n'est pas du bavardage que j'entends, mais le crissement de milliers de pattes et le grincement de dizaines de mandibules alors que la colonie transporte la terre, travaillant à un rythme effréné.
Tiny et moi descendons enfin dans la chambre de la Reine pour découvrir que la pièce est complètement bondée d'ouvrières, des centaines d'entre elles réunies. À part quelques ouvrières s'occupant de la couvée, presque toutes les fourmis doivent être ici, dans ce tunnel.
Elles grimpent les unes sur les autres, certaines se dirigeant vers le tunnel inférieur avec les mandibules pleines de terre, d'autres courant en arrière pour récupérer une nouvelle charge.
« Continuez à travailler, mes enfants », chante la voix chaleureuse de la Reine, encourageant doucement la colonie.
Je ne pense honnêtement pas que les ouvrières pourraient travailler plus dur ! Elles vibrent pratiquement d'énergie, si impatientes de travailler aux côtés de la Reine pendant qu'elle creuse.
[Tiny, descends dans le tunnel inférieur et assure-toi que tout se passe bien], j'ordonne à mon ami singe.
Il se contente d'acquiescer avant de s'éloigner en poussant doucement son chemin à travers les ouvrières affairées qui ignorent pour la plupart sa présence ; certaines commencent même à grimper sur lui, marchant sur ses bras et son dos alors qu'il avance, toujours en serrant les noyaux dans sa main.
Prenant une inspiration, je commence à me frayer un chemin à travers la frénésie des ouvrières, utilisant ma taille plus imposante pour écarter les nouveau-nées et les ouvrières bien plus petites. Les autres sont si désespérées de contribuer que je dois finalement recourir à des méthodes assez vigoureuses, bousculant les autres fourmis ou grimpant sur elles pour atteindre le front !
Ce n'est pas du tout agaçant ; ce sont le genre de personnes (fourmis) que vous voulez avoir de votre côté en cas de catastrophe !
Quand j'arrive au front du tunnel, je ne peux qu'être impressionné par les progrès réalisés. Avec la Reine travaillant en tête, ses mandibules énormes découpant la terre et la roche à un rythme constant, combiné à une véritable armée d'assistantes évacuant les déblais, la progression a été rapide, en effet.
Mais ce n'est toujours pas suffisant.
Le tunnel s'est étendu sur environ deux cents mètres depuis la chambre, bien loin des quelques kilomètres nécessaires ! Pour le moment, il n'y a probablement même pas assez de place pour mettre la couvée et toutes les ouvrières à l'intérieur !
Et quand je pense à Tiny…
Impossible qu'on tienne tous !
« Salut Reine ! » dis-je à la Reine alors que je commence à m'attaquer à la terre avec frénésie.
C'est pratique de pouvoir parler sans bouger la bouche…
« Bienvenue, mon enfant », répond-elle, ses mandibules également chargées de terre.
Nous attaquons tous deux la paroi, nos mandibules arrachant de larges mottes de terre que nous nous retournons pour projeter derrière nous, permettant aux ouvrières plus petites de faire le travail de transport.
Nous ne sommes pas les seuls à creuser au front. À tout moment, près d'une douzaine d'ouvrières grignotent la paroi, prolongeant le tunnel, une charge de mandibules à la fois. La plupart de ces fourmis ramassent leurs déblais et les transportent elles-mêmes, créant un échange constant d'ouvrières au front.
La Reine et moi restons constants, nos mandibules pompant comme des pistons jusqu'à ce que mon visage me fasse souffrir de cet effort répétitif. Heureusement, le sentiment de zen fourmi me revient une fois de plus, cette sensation indescriptible de faire ce pour quoi vous êtes né. Mes sens primitifs de fourmi sont inondés de contentement pendant que je creuse.
Je ne peux pas me permettre de perdre du temps, cependant ! Je chasse ce zen reposant avec regret. Creuser ne demande pas beaucoup de réflexion, alors je devrais consacrer ce temps à pratiquer mes précieuses compétences de mana !
Abandonnant mon excavation à mes instincts mécaniques, j'utilise ma volonté pour invoquer le mana de mon noyau et commencer ma pratique de modelage. Avec l'aide du sous-cerveau, le mana est extrait facilement ; des vrilles vaporeuses d'énergie étrange qui répondent à mes pensées commencent à s'écouler et à former des motifs mystiques à l'intérieur de mon corps.
Je n'ai toujours aucune idée de ce à quoi servent ces motifs ou ce qu'ils représentent. Ils ont été imprimés dans mon esprit lorsque j'ai appris la compétence, sans aucune explication. J'imagine que le seul moyen d'apprendre à quoi sert chacun d'eux est de tester, ce qui pourrait être assez dangereux !
Je suis résolu à essayer de commencer les expériences loin de la colonie dès que ma compétence atteindra un niveau approprié. J'ai encore du mal à former beaucoup de ces formes et mon taux de réussite, sans parler de la vitesse à laquelle je peux les former, est bien trop faible pour une utilisation pratique.
De la pratique, et encore de la pratique !
Allons-y !
Juste comme ça, la Reine, moi et toute la colonie creusons pour nos vies.
Comme seule une colonie de fourmis peut le faire, nous creusons désespérément, sans fin, avec l'esprit focalisé que seul un insecte peut exprimer.
Je me perds dans les mouvements répétitifs de mes mandibules et le mana informe en moi, mon corps et mon esprit presque complètement séparés l'un de l'autre.
Après une durée indéterminée, ma conscience revient brusquement quand mon noyau est vidé ; il ne reste même plus une faible brume de mana.
Vérifiant rapidement mes statistiques, je peux voir que mon modelage de mana a augmenté de deux niveaux !
Maintenant, je n'ai plus qu'à attendre que mon noyau se remplisse ; j'espère que mes nouvelles pattes pourront m'aider dans cette tâche.
Les veines de mana n'existent pas dans cette section particulière du tunnel, puisque nous venons tout juste de la creuser, donc je ne sens aucun mana me parvenir à travers mes pieds pour le moment.
Cela fait un moment que nous creusons, je ferais mieux d'aller vérifier à quel point le nid est devenu sombre, de toute façon.