Chapitre 984
C’était un arbre.
Un arbre se dressait devant moi.
Il n’était pas particulièrement grand, mais son feuillage dense attirait le regard.
À première vue, il ressemblait à un prunier, mais les fleurs qui y poussaient étaient différentes.
Je tendis la main et attrapai une feuille qui tombait.
Elle avait la forme d’une plume.
Ça voulait dire… que je n’avais encore jamais vu cet arbre.
Un arbre aux douces teintes magenta.
Je le contemplai en silence, puis reportai mon attention ailleurs.
Où suis-je ?
L’espace autour de moi avait changé.
J’avais été transporté dans un endroit inconnu.
Un lac d’une pureté immaculée s’étendait devant moi, avec l’arbre en son centre.
Les feuilles continuaient de tomber, s’amoncelant au sol et le couvrant de couches magenta.
L’air était chargé d’un subtil parfum floral qui me chatouillait les narines.
En particulier…
Cette odeur.
Ce parfum qui m’entourait m’était familier.
Où l’avais-je déjà senti ?
Tout en y réfléchissant, je tournai la tête…
Et croisai le regard de Yarang.
Ah oui.
C’était cette odeur que je remarquais toujours chez elle.
La respirer faisait naître en moi une étrange chaleur qui s’enroulait dans ma poitrine.
Je réprimai cette sensation bizarre et demandai :
« Pourquoi m’as-tu amené ici ? »
Pourquoi cet endroit ?
Comme toujours, Yarang resta silencieuse.
« … Quand quelqu’un te parle, tu pourrais au moins répondre. »
Mon ton se durcit, agacé.
Alors…
Frrt.
Yarang bougea.
Je plissai les yeux.
Impossible de savoir ce que sa maîtresse — celle qu’elle avait actuellement — pourrait me faire dans son état d’amnésie.
Il en allait de même pour Yarang.
Je me mis aussitôt sur mes gardes.
Mais elle ne s’approcha pas de moi.
À la place, elle leva la main…
Et saisit son masque.
Puis…
Clic.
« … ! »
Sans prévenir, elle le retira.
Pour la première fois, le visage de Yarang se dévoila.
Il était comme avant.
Elle avait toujours les traits de l’Épée Divine.
Des cheveux bruns.
Des yeux dorés.
La seule différence, c’était la couleur de ses cheveux.
Ou plutôt…
Maintenant que j’y pense… ses cheveux ont toujours été bruns.
À vrai dire, c’était là son apparence d’origine.
Je soutins son regard et marmonnai :
« Et alors ? »
Et puis ?
Pourquoi enlever son masque ?
Je m’étais attendu à ce qu’elle fasse quelque chose après l’avoir retiré.
Mais elle se contenta de rester là, à me fixer en silence.
C’était quoi, ce bordel ?
Je fronçai davantage les sourcils.
« Si tu as quelque chose à dire, dis-le. »
Si elle avait quelque chose à faire comprendre, qu’elle le fasse.
Si elle comptait dégainer son épée, qu’elle la dégaine, bon sang.
Ce silence ridicule commençait à m’énerver.
Même après que je lui eus lancé ces mots, Yarang ne bougea pas.
J’en eus assez.
Je fis un pas en avant.
« Dis quelque chose, bon sang… »
Fouuush… !
Une brusque rafale m’arrêta net.
Pas physiquement : je m’étais simplement immobilisé par instinct.
Quelque chose clochait.
Les pétales tourbillonnaient toujours dans les airs.
Pourtant…
Il n’y a pas de vent.
Il n’y avait pas de vent dans cet espace.
Alors pourquoi les pétales flottaient-ils ?
Cet endroit n’est pas naturel.
Pas que j’aie jamais cru le contraire.
La vraie question, c’était…
Dans quel but tout ça ?
Pourquoi m’avoir amené ici ?
C’était ça, l’important.
J’espérais seulement qu’elle ne préparait rien de pénible.
Je tiens déjà à peine debout.
Mes blessures internes étaient graves.
Si un combat éclatait, j’étais foutu.
Tandis que je redoublais de vigilance, Yarang bougea de nouveau.
Cette fois…
Elle tendit la main et toucha le tronc de l’arbre.
Badoum… !
Quelque chose tomba soudain juste devant moi.
Surpris, je reculai d’un pas.
Je baissai les yeux.
C’est quoi, ce truc ?
Un fruit rond.
Il avait la même teinte magenta que les feuilles.
Pourquoi était-il tombé d’un coup ?
Déconcerté, je levai les yeux vers Yarang.
« Et qu’est-ce que je suis censé en faire ? »
Un fruit était tombé.
Et alors ?
Qu’est-ce que j’étais censé faire ?
Pour une fois, Yarang réagit.
Elle désigna le fruit et fit un geste de la main dans le vide.
… Ce geste.
« Tu veux que je le ramasse ? »
Hochement de tête.
Yarang acquiesça.
Je baissai de nouveau les yeux vers le fruit.
Pouvais-je le toucher sans danger ?
J’hésitai.
Puis, sans réfléchir, je tendis la main et le ramassai.
Frrt.
Sa texture était lisse.
Il n’avait rien de particulièrement étrange au toucher.
C’était comme tenir une pomme ou n’importe quel autre fruit.
« Et maintenant ? Je suis censé le manger ? »
« … »
« … Tu veux que je le mange ? »
Elle ne répondit pas, mais son expression était sans équivoque.
C’était exactement ce qu’elle voulait dire.
Sauf que…
« Ouais, non. Hors de question. »
Je n’allais pas manger ce truc.
« Pourquoi je mangerais quelque chose sans même savoir ce que c’est ? »
Ça suffisait déjà qu’on m’ait traîné ici contre mon gré.
Et maintenant, elle voulait que je mange un fruit inconnu ?
Elle était folle ou quoi ?
Je ricanai.
« Comme si j’allais… »
Crac.
« … Hein ? »
Je m’interrompis, figé en plein milieu de ma phrase.
Quel était ce bruit ?
Crac. Crac.
Je l’entendis de nouveau.
Il était tout près.
Mais… qu’est-ce qui produisait ce bruit ?
Avant que je puisse le comprendre…
Une saveur sucrée se répandit dans ma bouche.
Attends.
… Quoi ?
Je plaquai précipitamment la main sur ma bouche et baissai les yeux vers le fruit que je tenais.
Il portait exactement trois marques de dents.
À cette vue, je fus immédiatement sous le choc.
Gloup.
Ma gorge bougea toute seule.
Quelque chose descendit.
« Merde. »
Inutile de me demander ce que je venais d’avaler.
J’avais mangé le fruit.
Comment diable était-ce arrivé ?
Pourquoi mon corps venait-il de le manger tout seul, bordel ?
Je n’avais même pas voulu en prendre une bouchée, et pourtant mon corps avait réagi d’instinct, mâchant puis avalant.
J’étais foutu.
Est-ce que je devais essayer de le vomir ?
Qu’est-ce que je venais d’ingérer, bordel ?
Je fixais le fruit, les yeux écarquillés d’incrédulité, quand…
Boum.
Une pulsation.
« … ! »
Je plaquai une main contre ma poitrine.
Ce n’était pas douloureux.
Mais…
Fouuuush… !
Un flot d’énergie jaillit de mon ventre et se répandit dans tout mon corps.
J’avais l’impression que mon cœur absorbait l’énergie produite dans mon abdomen.
La quantité d’énergie était écrasante…
Et mon cœur la dévorait toute entière.
« Urgh… !! »
Je n’avais pas eu mal jusque-là, mais cette pression était assez forte pour provoquer une douleur.
Et avec mes blessures internes, c’était encore pire.
« Ghh… ! »
Tout mon corps trembla et je tombai à genoux.
« Haa… haa… »
Je n’arrivais même plus à expirer correctement.
Pendant tout ce temps, Yarang resta devant moi, à me regarder en silence.
« Toi… Qu’est-ce que tu m’as fait manger, bordel ? »
Pourquoi m’avait-elle amené ici ?
Je voulais le lui demander…
Mais je n’y arrivais pas.
Gwoooooo… !
L’énergie continuait de s’accumuler.
C’est dingue.
Mais qu’est-ce que c’était que ce truc, putain ?
Je ne pouvais que serrer les dents et tenir bon.
Mais le vrai problème, c’était…
… C’est l’Avidité qui s’active.
La force qui dévorait l’énergie n’était pas mon Art divin de Cheonma.
C’était l’Avidité, mon Autorité.
Pourquoi ?
L’Avidité ne réagissait qu’aux Autorités.
Pourquoi s’activait-elle maintenant ?
Ce fruit… serait une Autorité ?
Ça n’avait aucun sens.
Comment un simple fruit pouvait-il être une Autorité ?
Et pourquoi mon corps le dévorait-il avec une telle férocité ?
La sensation était différente.
Ce n’était pas de l’absorption.
C’était de la dévoration.
L’Avidité continuait d’engloutir l’énergie.
Crac. Croc.
Comme au cours d’un festin, l’Avidité rongeait l’énergie dans mon cœur.
Plus elle en dévorait…
Plus il devenait difficile de tenir.
« Grgh… ! »
Je tins bon tant bien que mal…
Jusqu’à ce que…
Croc.
L’Avidité dévora le reste de l’énergie…
Et puis…
Burp.
Elle poussa un rot de satisfaction.
À cet instant, toute force quitta mon corps.
Je m’effondrai lentement.
… Putain de merde.
Je perdais de nouveau connaissance.
******
Flop.
Le corps de Gu Yangcheon s’écrasa au sol.
Des respirations courtes et saccadées s’échappaient de ses lèvres.
La femme se tenait au-dessus de lui, les yeux baissés, silencieuse.
« … »
Elle ne dit rien.
Comme tout à l’heure.
Elle n’avait jamais prononcé un mot…
Mais…
Frrt.
Ses lèvres restèrent immobiles, mais elle, elle changea de comportement.
Pour la première fois, elle s’approcha de lui.
Elle s’agenouilla à ses côtés, se rapprochant.
Puis…
Frouf.
Une main pâle se tendit…
Et effleura doucement ses cheveux.
« … »
Une fois.
Puis encore.
Son visage demeurait impassible.
Mais son geste était d’une tendresse insoutenable.
Elle continua longtemps…
Jusqu’à ce que…
— Je comprends ce que tu ressens.
Une voix lui murmura à l’oreille.
Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’elle s’arrêta enfin.
— Mais tu dois partir maintenant.
« … »
À ces mots, elle hocha légèrement la tête.
Puis elle se releva lentement.
Chacun de ses mouvements était alourdi par une profonde réticence.
Elle fixa Gu Yangcheon un long moment avant de se détourner.
Elle avança pas à pas…
Jusqu’à ce que ses orteils touchent la surface du lac.
Fouuuush… !
Une lumière jaillit autour d’elle, transformant une nouvelle fois l’espace.
Elle était revenue à l’endroit où Gu Yangcheon et elle étaient arrivés au début.
Elle leva la tête et contempla le ciel.
Le soleil se couchait.
La nuit approchait.
Il était vraiment temps de partir.
— Veux-tu le voir encore un peu ?
La voix posa doucement la question.
La femme secoua la tête.
Elle aurait voulu le voir plus longtemps.
Mais elle savait que ce serait égoïste.
Plus important encore…
Elle savait que la véritable propriétaire de cette voix le désirait encore plus qu’elle.
Elle ne pouvait pas faire grand-chose.
Tout ce qu’elle pouvait s’autoriser…
C’était de lui jeter de brefs coups d’œil en cachette.
Alors…
Le temps d’un instant fugace, quelques secondes à peine…
Elle tourna les yeux une dernière fois vers Gu Yangcheon, étendu au sol.
Puis…
Tap.
D’un léger pas, elle bondit dans les airs…
Et disparut dans le vide.