Chapitre 1 161
L’un des Trois Maîtres du monde, Paejon, venait de défier Gu Seongyeol en duel.
Et il l’avait fait devant tout le monde. Rien que cela suffit à figer toute la salle du banquet, comme si elle s’était changée en pierre.
« … »
Gu Seongyeol fixa Paejon en silence.
Mais même sous ce regard, Paejon ne changea pas d’attitude.
« Ce genre de banquet sans intérêt n’amuse aucun de nous, pas vrai ? Je suis peut-être venu ici en suivant mon disciple, mais puisque nous nous retrouvons après tout ce temps, autant en profiter un peu. »
« … »
En gros, il disait que puisque le banquet était ennuyeux, autant se battre à la place.
Quel échange débile.
Défier le chef d’un grand clan en duel juste parce qu’on venait de le croiser ?
Alors que tous échangeaient des regards perplexes devant cette proposition absurde…
« … »
Gu Seongyeol détourna les yeux de Paejon pour regarder Jin Yeonryeong.
À son regard, Jin Yeonryeong ouvrit légèrement les yeux, puis lui adressa un sourire discret et un petit signe de tête.
Alors seulement, Gu Seongyeol répondit à Paejon :
« Allons-y. »
… Attends.
Il venait vraiment de demander à Jin Yeonryeong la permission de se battre en duel ?
« … Ha. »
Paejon laissa échapper un petit rire.
« C’est donc cette femme qui a fait de toi un être humain. »
Il se tourna vers Jin Yeonryeong, l’air de trouver toute la situation parfaitement absurde.
« C’est une femme remarquable. »
Gu Seongyeol s’interposa entre le regard de Paejon et Jin Yeonryeong.
« Ne la dévisage pas comme ça. »
« … Ha. »
Je fronçai les sourcils devant ces paroles écœurantes de mièvrerie. Paejon prit une expression similaire et marmonna :
« Tu es devenu répugnant sans même t’en rendre compte. Maintenant, j’ai vraiment envie de te tabasser. »
Sur ces mots, Gu Seongyeol et Paejon se levèrent tous deux.
Alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie, Gu Seongyeol jeta un regard en arrière et prit la parole.
« J’ai une affaire à régler, je vais donc vous laisser. Je vous en prie, profitez du banquet. »
« … »
Le chef de clan et Paejon avaient tous deux quitté le banquet.
Tout le monde ne pouvait que les regarder en silence, médusé. Moi aussi.
Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?
Comment les choses avaient-elles pu tourner comme ça, tout à coup ? Alors que je restais assis, perplexe…
— Suis-moi.
La voix de Paejon résonna dans ma tête.
— Je vais te montrer quelque chose d’intéressant.
« … »
À ces mots, je me levai lentement. Et à cet instant…
Frrt.
« … ! »
« … »
Je croisai le regard d’une autre personne qui s’était levée au même moment.
Mon père.
« … »
« … »
… Il avait l’air d’avoir reçu un message similaire.
Je suivis les instructions de Paejon et me mis en route.
Il m’avait dit de partir droit vers le nord, alors je savais plus ou moins où aller.
Tout en marchant, je me tournai vers la personne à côté de moi.
Mon père.
« Vous y allez à cause de ce qu’a dit le chef de clan, pas vrai ? »
Comme j’avais réagi à la transmission vocale de Paejon, je supposai que mon père avait fait de même.
« … »
Il ne répondit pas. Il continua simplement d’avancer en silence.
« … Vice-Seigneur ? »
Je l’interpellai de nouveau, pensant qu’il ne m’avait peut-être pas entendu. Toujours aucune réponse.
À cet instant, j’en fus certain : il faisait exprès de m’ignorer.
Une fois la chose confirmée, je me plaçai aussitôt devant lui pour lui barrer le passage.
« Vice-Seigneur. »
« … »
Il baissa les yeux vers moi.
Son regard perçant me transperça. Pour être honnête, il me faisait peur. Même si mon niveau de cultivation et ma force étaient supérieurs, certaines choses étaient profondément ancrées en moi.
Le regard de mon père me faisait toujours peur.
« Qu’y a-t-il ? »
Sa voix grave me serra la gorge.
Les mots que je voulais prononcer faillirent rester coincés, mais je me forçai à les articuler.
« Pourquoi vous comportez-vous ainsi ? »
« Que veux-tu dire ? »
« Vous m’ignorez comme un gamin. »
« … Un gamin ? »
À peine eus-je prononcé ces mots que son regard se fit plus dur. Merde.
Il était bel et bien de la lignée du Clan Gu. Son air contrarié était terrifiant.
« C’est pourtant vrai, non ? Ignorer quelqu’un qui vous parle, c’est le genre de chose que ferait un enfant. »
« … »
« Ça vous met tellement en colère que je sois votre frère ? »
Gu Seongyeol l’avait confirmé. J’étais son fils.
Ce qui faisait techniquement de moi son demi-frère.
Quelle galère.
Encore une histoire de naissance illégitime ? C’était vraiment la merde.
Ça ne me réjouissait pas non plus, mais les choses étaient ainsi.
Ce qui me déplaisait vraiment, en revanche, c’était la réaction de mon père.
« Je n’ai pas demandé ça non plus. Je suis désolé qu’on vous l’ait caché, mais… »
« Qui t’a dit ça ? »
« … Hein ? »
« Qui t’a dit que j’étais en colère à cause de ça ? »
« … Ce n’est pas le cas ? »
J’avais supposé que c’était pour cette raison qu’il était contrarié : j’étais son demi-frère et on le lui avait caché.
Mais à ma question, il répondit simplement :
« Tu te trompes. »
Le visage froid, il déclara :
« Je n’y crois pas. »
« … Vous ne croyez pas quoi ? »
« Baek Yangcheon. »
« Oui ? »
« Je ne crois pas que tu sois mon frère. »
« … ! »
J’écarquillai les yeux.
Qu’est-ce qu’il voulait dire par là ?
Il n’y croyait pas ?
« Qu’est-ce que vous… »
« Peu importe ce qu’a dit le chef de clan, je n’y crois pas. »
« … Pourquoi ? »
« Qui sait. »
Il passa devant moi tout en parlant.
« Je n’en connais pas encore la raison. C’est ce que je compte découvrir. »
« … »
« Tu n’es pas mon frère. Voilà ce dont je suis sûr. Mais comme je n’ai aucune raison de le prouver, je vais en trouver une. »
Il était catégorique. Absolument convaincu que je n’étais pas son frère.
Comment pouvait-il en être si sûr ? Pourquoi s’obstinait-il autant ?
Et pourtant, lui-même ignorait la raison.
Il n’avait aucune preuve. Seulement une conviction pure et simple.
Alors, maintenant, il allait chercher une raison.
… C’est quoi, cette logique complètement dingue ?
À quel point fallait-il être sûr de soi pour dire une chose pareille ?
C’en était presque fascinant. Mais ce n’était pas le plus important, pour l’instant.
Fouuuuuush — !!!
Mon père s’élança. Enveloppé de flammes, il fendit le ciel comme une météorite.
« … Bon sang. »
Il allait vite.
Je me grattai maladroitement la joue, puis rassemblai ma force dans mes jambes.
Vroum — !!
Bon, je vais devoir le suivre du mieux que je peux.
Je ne pouvais pas utiliser les flammes comme lui, alors pas question de traîner. Je devais le rattraper sans m’arrêter.
Je courais de toutes mes forces depuis déjà un bon moment.
Boum ! Boum — !! Boum boum — !!!
Une lourde vibration grondait sous mes pieds.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
Je fronçai les sourcils et regardai devant moi.
Grondement — !! Boum boum — !!!
Le sol tremblait. Je n’entendais rien, mais je sentais les secousses. Je laissai échapper un petit ricanement.
Aucun bruit, mais je sens les vibrations ?
Quelle puissance… À quelle distance devais-je me trouver pour les sentir encore ?
Qu’est-ce qu’ils fabriquent là-bas ?
Je bandai mes muscles.
Crac — !
L’énergie jaillit dans mes cuisses tandis que je prenais appui sur le sol.
Bouuumm — !!!
Le paysage se transforma en un instant. J’accélérai encore et franchis le terrain d’un bond.
Grondement — ! Kuaaaah — !!
Les grondements lointains devinrent peu à peu des bruits assourdis.
Puis ces faibles sons se changèrent bientôt en un rugissement assourdissant.
Kuaaaa — !!!
C’était comme si un tonnerre sans fin s’abattait sur mes oreilles.
Qu’est-ce qui se passe, bon sang ?
Un vacarme pareil… Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien faire là-bas ?
La distance posait aussi problème.
À ce rythme, je vais bientôt sortir du Shanxi…
J’étais déjà près des confins du Shanxi, non loin de ce qu’on pouvait considérer comme la ligne de front.
Pourquoi étaient-ils allés aussi loin ?
Cette pensée me traversa l’esprit…
Fouuuuuush — !!!
« … ! »
Je m’arrêtai brusquement.
Une colonne de flammes aveuglante emplit mon champ de vision.
Je sus tout de suite ce que c’était.
Les flammes de la Roue de feu des neuf flammes.
Mais…
Quelle ampleur absurde.
La puissance qui emplissait l’air, l’immensité du brasier…
C’était assez écrasant pour même me laisser bouche bée.
C’est proche de ma propre manière de combattre.
Ou plutôt, de la façon dont je me battais dans ma vie précédente.
Une quantité écrasante d’énergie interne.
S’en servir pour dominer complètement son adversaire.
Un style de combat brutal et direct, reposant uniquement sur la force brute.
… Merde.
Je changeai de trajectoire.
Si je m’approchais trop, même moi, j’en subirais les effets.
Tout en redescendant vers une distance plus sûre, je ne quittai pas les flammes des yeux.
Parce que ce spectacle… me fit comprendre quelque chose.
Je n’utilise plus cette manière de combattre.
Shin Noya et Paejon avaient changé ma façon de me battre.
Compression. Rotation.
J’avais appris à affiner mes flammes au lieu de les déchaîner sans retenue.
J’avais abandonné la force brute pour quelque chose de plus maîtrisé.
Mais… et si ?
Et si je n’avais jamais changé ?
Et si j’avais poursuivi cette voie jusqu’à son apogée ?
Est-ce que je serais devenu… comme lui ?
Cette pensée était étrange.
Alors que je restais là, émerveillé par le spectacle…
« Krrk krrk krrk. »
Un rire résonna au milieu des flammes.
Et puis…
BOUM — !!!
Le brasier explosa.
Une puissante onde de choc effleura ma joue.
« Tu es vraiment lent. Je t’avais dit de te dépêcher. »
Au milieu de l’ouverture, Paejon se tenait debout, les mains derrière le dos.
« Si tu es aussi mollasson, comment comptes-tu devenir plus fort ? Tu ne crois pas ? »
« … »
Paejon claqua la langue, puis détourna les yeux de moi.
Il fixait Gu Seongyeol, qui flottait dans les airs en le regardant de haut.
Mais…
… Qu’est-ce que c’est que ça ?
Quelque chose clochait.
Il n’était pas entouré de flammes, pourtant ses cheveux ondulaient comme sous l’effet d’une brise.
Ses yeux aussi… moins cramoisis que d’habitude, ils avaient pris une teinte écarlate profonde et sinistre.
Une apparence inconnue. Une énergie inconnue.
Qu’est-ce que c’était ?
Qu’est-ce que ça signifiait ?
Alors que la question prenait forme dans mon esprit…
« Disciple. »
La voix de Paejon résonna à mes oreilles.
« Regarde par ici, pas là-bas. »
Je reportai vivement mon regard sur lui.
Crac — !!
« … ! »
À l’instant où je regardai, j’entendis quelque chose se briser.
Le sol ?
Non.
… Qu’est-ce que c’est que ça ?
Le ciel.
À partir de l’endroit où se tenait Paejon, l’air lui-même se fissurait.
Alors que je contemplais cette scène impossible, les yeux écarquillés, Paejon se mit enfin en mouvement.
Il décroisa les mains qu’il gardait derrière le dos.
« Maintenant que nous avons un public… »
Un sourire en coin retroussa ses lèvres.
« Autant offrir un vrai spectacle. »
« … »
À ces mots, Gu Seongyeol leva lentement la paume, des flammes s’y rassemblant.
Et à cette vue…
Paejon éclata de rire.
« Regarde bien. »
Son aura explosa.
« Voilà comment on brise le ciel. »
Et à cet instant…
Le ciel se brisa.