Chapitre 2
« Mon Dieu… »
La forêt était toujours aussi silencieuse.
Là, un homme regardait avec appréhension les taches de sang sur le sol. Un combat acharné avait dû se produire. La terre était creusée par endroits et les ténèbres ici étaient beaucoup plus… profondes.
L’homme apprécier leur présence. En fait, un profond bien-être l’envahit, alors qu’il s’aventurait un peu plus loin à travers cette scène macabre.
Néanmoins, il savait ce que cela voulait dire…
Il se retourna vers la troupe de soldats et de charrettes qui attendait un peu plus loin, puis lui fit signe.
Un soldat s’avança à son appel, évitant les flaques de sang qui parsemaient le sol. Lorsqu’il fut assez proche, il murmura :
« Capitaine… Ils ne ressentent rien. »
L’humeur du soldat était sombre.
Le capitaine ne répondit pas et poursuivit sa marche.
Le soldat lui emboîta le pas, mais quelques mètres plus loin, son pied heurta quelque chose. Il trébucha.
« Merde ! »
Il se redressa aussitôt et baissa les yeux. Il n’aurait pas dû manquer un obstacle aussi évident.
Surtout dans l'étreinte de l'obscurité.
« Qu’est-ce que c’est ? »
Il ramassa l'étrange rocher et l'examina. Sa forme était bien trop atypique pour être celle d'une simple pierre, mais il ne distinguait rien dans l'obscurité.
Pourtant, il arrivait très bien à voir le dos robuste de son supérieur.
« Étrange… »
Il resta là quelques secondes, incapable de détacher son regard de l'objet. Devant lui, les pas du commandant cessèrent aussi, se retournant vers lui pour le fixer avec intensité.
Les yeux de son supérieur oscillaient entre lui et l’objet qu’il avait entre les mains.
le soldat serra les dents. L’expression ahurie de son commandant ne disparaissait pas et sans vraiment savoir pourquoi, il invoqua une amulette en verre afin de voir ce qu'il avait dans sa main.
« Qu’est-ce que… »
L'amulette apparut dans sa main libre et s'illumina aussitôt d'une faible lueur.
Elle ressemblait à une étoile solitaire dans un vide sans fin.
Et elle permettait maintenant au soldat de voir très clairement ce qu’il tenait…
Une tête décharnée d’une pâleur mortelle le regardait. En fait, elle ne le regardait pas vraiment. Ses yeux étaient recouverts d’un bandeau noir étrange fait de cheveux. Son crâne, lui, était dégarnis.
Putain!
Le soldat resta figé. Une nausée lui monta à la gorge. Puis il lâcha brusquement la tête et recula.
"elle... elle est chaude."
Celui qui avait fait ca n’était pas loin.
Et deux de leurs meilleurs éléments avaient disparu en même temps…
Sa main se posa sur son fourreau.
Les arbres autour semblaient vivants et l’obscurité protectrice était maintenant traîtresse.
Le commandant avait déjà invoqué les ténèbres, entouré par elles.
Une aura meurtrière se dégageait de lui et même si le soldat savait qu’il n’était pas sa cible, il ne pouvait pas s’empêcher de frémir.
Il se mit en garde et recula lentement, sans quitter le crâne des yeux.
Mais rien n’était venu perturber la tranquillité de la forêt.
Lorsque les ténèbres se dissipèrent autour du capitaine, il abaissa enfin sa garde.
Lui faisant face, son supérieur lui murmura d’une voix grave :
« Fais tout de suite appel aux lieutenants. »
Ses mots restèrent en suspens un instant, ne dévoilant aucune émotion. Le soldat ne réagit pas tout de suite et avant même qu’il ne dise quoi que ce soit, la voix grave poursuivit :
« … Et dis à tout le monde de se préparer, nous quitterons cette forêt avant l’aube. »
Le soldat hocha la tête et s'éloigna.
Seul, le capitaine s'approcha du crâne et lui donna un léger coup de pied.
La tête roula sur quelques mètres et se retrouva en plein milieu de la route, à peu près là où elle était au début.
Le bruit sinistre que provoquaient ces roulements fit siffler le commandant :
« Bon sang… Cet endroit est vraiment maudit. »
Quelques minutes plus tard, les trois lieutenants arrivèrent. Le soldat resta légèrement en retrait, leur laissant de l’espace.
Soudain, l’un d’entre eux s’avança. Il était le plus jeune, ayant à peine vingt ans. Ses cheveux noirs étaient attachés en une queue de cheval et ses yeux noirs étaient comme deux bassins d’obscurité.
Après avoir examiné la scène, le plus jeune se tourna vers le commandant, demandant sans trop de décorum :
« Où sont Placide et Omod ? »
À sa question, tous les regards se tournèrent vers le commandant. Une appréhension à peine dissimulée se lisait sur leurs visages.
Le commandant garda le silence quelques secondes avant de soupirer.
« Regardez… »
Il désigna le centre de la route.
Les trois lieutenants suivirent le doigt de leur chef.
Il n’y avait rien d’inhabituel, de la terre, des arbres et… Et un crâne.
Ils n’étaient pas des petites natures. Même le plus jeune était particulièrement résistant et avait déjà vu sa part d’horreur, mais… Les trois. Les trois n’avaient pas remarqué cette tête avant que leur commandant ne les alarme.
Des expressions compliquées envahirent leur visage déjà sur les nerfs, et les ténèbres devenaient plus insondables.
Voyant que ses subordonnés se préparaient au pire, il continua froidement :
« Il n’est plus là. Ne vous inquiétez pas trop. »
Il insista sur le « pas trop ».
Leurs expressions se déformèrent un peu plus et là, un autre de ses lieutenants, à l’allure noble et aux traits aigus, se prononça :
« Que veux-tu dire ?! Comment c’est possible ! Et où sont les autres ? »
L’homme était en colère, mais il évitait de faire trop de bruit, avalant la plupart des injures qu’il voulait cracher.
Le capitaine resta impassible.
« Je ne sais pas. Mais comme vous le voyez, cette chose est encore vivante. »
Ils le savaient déjà, quelque chose qui échappait ainsi à leur perception le faisait sûrement de gré. Elle était donc consciente.
Dans le meilleur des cas, évidemment.
Dans le pire, elle appartenait à quelque chose de trop étrange et indicible pour être combattu…
Le coeur du soldat qui se trouvait en retrait, manqua un battement à l’affirmation de son commandant, pensant au moment où il l’avait entre les mains.
Il ne put s’empêcher de regarder sa paume avec effroi et alors qu’il le faisait, une voix douce le sortit de ses ruminations.
C’était le troisième lieutenant, une femme magnifique aux cheveux blonds qui ondulaient autour de son cou. Elle semblait chaleureuse et ses yeux bleus brilleraient sans doute d’un bel éclat s’ils n’étaient pas entourés d’obscurité en ce moment même.
Cette femme contrastait fortement avec les autres hommes, qui étaient soit trop rudes, soit trop froids, ou soit trop sombres. Pourtant, sa voix sonnait étrangement monotone et sobre.
« C’est pour cela que vous avez donné l’ordre de partir d’ici avant l’aube. »
Le commandant acquiesça, mais elle ne s'en contenta pas. Elle continua toujours avec froideur :
« Et qu’en est-il de Placide et d’Omod ? »
Soudain, l’air devint plus froid. Une détermination brûlante brillait dans ses yeux. Les deux autres lieutenants attendaient aussi la réponse de leur chef.
Celle-ci ne se fit pas attendre.
Il se détourna et dit :
« Nous avons cinq heures. Nous devons les retrouver. »