Chapitre 8
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La première manifestation resta trop faible pour agir sur la branche. Sherry ferma les yeux un instant, reprit la structure qu’elle venait d’étudier et concentra davantage sa Nova.
Une lumière claire enveloppa le bois. La substance sombre se détacha lentement avant de disparaître.
Sherry ouvrit les yeux.
« Ça a fonctionné. »
« Oui. »
Nuriya sourit légèrement.
« Tu comprends maintenant pourquoi ton Mimétisme peut devenir particulièrement intéressant. »
Sherry regarda la branche qu’elle venait de purifier.
« Parce que je peux reproduire des sorts qui ne correspondent pas à mon affinité. »
« Temporairement, oui. Mais tu ne dois jamais oublier que tu restes une Résonante de l’Air. Ton Mimétisme reproduit la technique. Il ne change pas ton affinité. »
« Je sais. »
Nuriya s’écarta de quelques pas.
« Nous allons terminer avec un sort de protection. »
Elle leva les deux mains. Une lumière pâle se rassembla devant elle et forma progressivement une barrière translucide. Sa surface ne brillait presque pas, mais elle semblait parfaitement stable.
Nuriya ramassa une petite pierre et la lança contre la barrière.
Le projectile heurta la surface et tomba immédiatement au sol.
Grâce protectrice.
« Cette protection ne repose pas uniquement sur la résistance », expliqua Nuriya. « Elle stabilise la Nova au point d’impact et répartit la force reçue. »
Sherry fixa la barrière.
Elle avait compris que les sorts de Nuriya ne reposaient pas sur les mêmes principes que les sorts élémentaires qu’elle avait étudiés dans ses livres.
Elle concentra sa Nova.
Une première barrière apparut devant elle, mais elle trembla au moment où elle reçut la pierre.
Sherry observa la déformation.
« Elle manque de stabilité. »
« Oui. »
Elle recommença.
Cette fois, elle réduisit légèrement la quantité de Nova, mais améliora la circulation sur toute la surface de la barrière.
La pierre heurta l’écran.
La barrière resta intacte.
Sherry sourit.
« Ça fonctionne. »
« Bien. »
Nuriya abaissa les mains.
« Nous allons nous arrêter ici pour aujourd’hui. »
Sherry relâcha ses épaules.
« J’ai l’impression que ma tête va exploser. »
« C’est parce que tu réfléchis à chaque étape au lieu de reproduire machinalement. »
Sherry regarda ses mains. Sa Nova vibrait encore légèrement au bout de ses doigts.
« Je crois que je comprends mieux pourquoi les livres ne suffisent pas. »
Nuriya acquiesça.
« Les livres peuvent t’apprendre la théorie. Mais tu dois apprendre à reconnaître la structure d’une technique lorsqu’elle est réellement utilisée. »
Sherry hocha lentement la tête.
« Alors je dois continuer à en étudier. »
« Oui. Plus tu comprendras de structures, plus ton Mimétisme aura de possibilités. »
Sherry sourit.
« Ça me donne une bonne excuse pour passer encore du temps à la bibliothèque. »
« Une excuse pour travailler, cette fois. »
Sherry étouffa un rire.
Elles poursuivirent les exercices pendant encore un moment. Nuriya choisissait des sorts de plus en plus complexes et modifiait légèrement leur structure à chaque nouvelle démonstration. Sherry devait observer chaque variation, comprendre ce qui avait changé et reproduire la technique sans perdre son fonctionnement principal.
Ses premières tentatives restaient parfois imparfaites. Un sort de protection se fissura avant de se dissiper. Une technique de stabilisation s’interrompit avant d’atteindre son effet complet. Une petite manifestation de Grâce se divisa en plusieurs filaments avant de disparaître.
Mais Sherry ne se décourageait jamais.
Elle analysait son erreur, reprenait mentalement le mouvement de Nuriya et recommençait. Sa deuxième tentative était presque toujours fonctionnelle. Lorsqu’un sort résistait davantage, elle parvenait au moins à en reproduire la structure essentielle.
Nuriya finit par lever la main.
« Ça suffit pour cette partie. »
Sherry relâcha ses épaules.
« J’ai l’impression que ma tête va exploser. »
« C’est parce que tu réfléchis à chaque étape au lieu de reproduire machinalement. »
Sherry regarda ses mains.
« Je crois que je comprends mieux pourquoi les livres ne suffisent pas. »
« Les livres peuvent t’apprendre la théorie. Mais tu dois apprendre à reconnaître la structure d’une technique lorsqu’elle est réellement utilisée. »
Sherry hocha lentement la tête.
« Alors je dois continuer à en étudier. »
« Oui. Plus tu comprendras de structures, plus ton Mimétisme aura de possibilités. »
Sherry sourit.
« Ça me donne une bonne excuse pour passer encore du temps à la bibliothèque. »
« Une excuse pour travailler, cette fois. »
Sherry étouffa un rire.
Elle se pencha ensuite pour récupérer les deux pommes tombées au début de l’exercice. Elle en tendit une à Nuriya.
« Tiens. Pour me remercier de ne pas avoir détruit l’arbre. »
Nuriya accepta le fruit, ses doigts frôlant ceux de Sherry.
« Je ne sais pas si c’est exactement ainsi que fonctionne la gratitude. »
« Tu peux toujours commencer aujourd’hui. »
Elles reprirent le chemin de l’orphelinat. Le soleil était désormais plus haut et la brume s’était dissipée. Sous leurs pas, le gravier crissait doucement. Sherry marchait en balançant les bras, encore imprégnée de l’odeur de terre et de feuillage du verger.
À peine eut-elle franchi l’entrée de la cour que plusieurs enfants se précipitèrent vers elle.
Une petite fille lui sauta presque dessus. Sherry eut juste le temps de poser ses mains sur ses épaules pour éviter qu’elles ne tombent toutes les deux.
« Tu avais promis ! »
« Je sais, je sais. Je suis là. »
« Tu viens jouer maintenant ? »
« Maintenant, oui. Mais pas trop longtemps. Je dois aussi aider à ranger les livres. »
« Tu avais dit que tu jouerais d’abord. »
« Je n’ai pas oublié. »
Sherry posa une main sur sa tête et lui ébouriffa doucement les cheveux. La fillette protesta en essayant de remettre sa natte en place, mais son sourire ne disparut pas.
Une autre sœur passa près d’elles avec un panier de linge dans les bras.
« Sherry, n’oublie pas que les petits doivent ranger la bibliothèque après le déjeuner. »
« Je m’en souviens, sœur Elara. Je les aiderai. »
« Et essaie de ne pas transformer le rangement en jeu. »
Sherry prit un air parfaitement sérieux.
« Je ne vois pas pourquoi vous dites cela. »
« Parce que la dernière fois, tu as organisé une course entre les étagères. »
« Les enfants avaient besoin de motivation. »
« Ils ont surtout renversé trois piles de livres. »
Elara poursuivit son chemin avant que Sherry ne puisse répondre. La jeune fille attendit qu’elle soit suffisamment éloignée pour murmurer à la petite qui lui tenait encore la main :
« Elle exagère un peu. »
« Tu avais fait tomber les livres. »
« Trahison. »
Un peu plus loin, sœur Maëlys surveillait les plus jeunes. Elle intervint lorsqu’un garçon tenta de récupérer un jouet qu’une petite fille tenait déjà contre elle.
« Vous pouvez jouer ensemble », leur expliqua-t-elle en s’accroupissant près d’eux. « Il y en a assez pour deux. »
Le garçon baissa les yeux vers le jouet, puis regarda la fillette. Celle-ci le lui tendit finalement avec hésitation.
« On peut le faire rouler chacun son tour. »
« D’accord. »
Maëlys leur sourit et posa une main sur l’épaule de chacun avant de se relever.
Sherry observa la scène avec attendrissement. La cour sentait le linge propre, la soupe qui mijotait dans les cuisines et la terre chauffée par le soleil. Tout autour d’elle, les enfants parlaient, riaient et se poursuivaient entre les bancs. Elle connaissait leurs voix, leurs habitudes et leurs petites querelles. Elle savait qui se cachait derrière le vieux puits lorsqu’il était contrarié, qui volait discrètement les morceaux de pain au dîner et qui prétendait ne pas avoir peur de l’orage.
Elle connaissait aussi toutes les sœurs de l’orphelinat. Certaines s’occupaient davantage des enfants, d’autres des repas, de l’entretien ou des études. Nuriya, elle, avait accepté de prendre en charge son entraînement et ne lui laissait presque rien passer.
Sherry n’aurait voulu changer cela pour rien au monde.
Après avoir joué un moment avec les plus jeunes, elle monta finalement à l’étage. Elle traversa le couloir dont les murs portaient encore l’odeur de la cire et rejoignit la bibliothèque.
La pièce était calme. La lumière entrait par les hautes fenêtres et dessinait de longues bandes dorées sur le plancher. Des étagères couvertes de livres occupaient les murs, certaines trop hautes pour les enfants, tandis que plusieurs tables étaient disposées au centre. Quelques enfants plus âgés travaillaient déjà en silence. On n’entendait que le frottement des plumes sur le papier, le craquement occasionnel du bois et le bruissement des pages que l’on tournait.
Sherry choisit une place près d’une étagère et posa devant elle plusieurs ouvrages. Les couvertures sentaient le cuir ancien et la poussière. Elle passa distraitement le doigt sur le dos de l’un des livres avant de l’ouvrir.
Elle avait décidé de revoir les bases des sorts élémentaires avant son entrée à l’Académie.
Les sorts fondés sur les éléments étaient appelés des sorts élémentaires. Ils constituaient une partie fondamentale de l’apprentissage des Résonants et permettaient de comprendre la manière dont la Nova pouvait être utilisée à travers différentes affinités.
Sherry parcourut les premières pages.
Le feu.
L’eau.
La terre.
L’air.
Elle poursuivit avec les éléments plus rares : la foudre, la lumière, la glace et le métal.
Elle prit des notes, revint sur certains passages et relut plusieurs fois les descriptions des sorts qui retenaient son attention. Par moments, elle s’arrêtait pour observer ses propres mains, imaginant la manière dont la Nova circulerait dans ses doigts si elle tentait de reproduire l’une des techniques décrites.
Pour une Résonante ordinaire, l’étude de ces sorts servait principalement à comprendre les possibilités offertes par sa propre affinité. Sherry, cependant, avait une raison supplémentaire de les étudier.
Son thème, le Mimétisme, lui permettait d’aller au-delà de la simple utilisation de son affinité.
Sherry pouvait reproduire temporairement une technique ou un sort après l’avoir suffisamment observé, compris et étudié. Son pouvoir ne lui permettait pas d’acquérir l’affinité ou la constellation d’un autre Résonant. Elle restait une Résonante de l’Air.
Cependant, son Mimétisme lui permettait d’utiliser sa Nova pour reproduire partiellement certaines propriétés d’un autre élément et de lancer un sort correspondant. L’effet obtenu pouvait être légèrement moins puissant que celui produit par son véritable utilisateur, mais la technique restait reconnaissable.
C’était précisément pour cette raison que Sherry étudiait les sorts élémentaires avec autant d’attention.
Elle voulait comprendre ce qu’elle pourrait reproduire.
Le temps passa sans qu’elle s’en aperçoive. La lumière qui s’étendait sur le plancher se déplaça lentement jusqu’au pied de sa table. Ses yeux commencèrent à la brûler et ses doigts se crispèrent autour de sa plume.
Après près d’une heure, Sherry referma finalement son livre et s’adossa à sa chaise. Le bois craqua derrière son dos.
« J’ai mal à la tête… »
Une voix lui répondit depuis la table voisine.
« Tu n’étais pas obligée de tout lire aujourd’hui. »
Sherry tourna la tête. Une jeune fille plus âgée qu’elle la regardait par-dessus le livre ouvert devant elle. Elle avait une tache d’encre sur le bout du nez et semblait lutter depuis un moment contre un sourire.
Sherry rassembla ses notes en une pile maladroite.
« Je dois être prête pour l’Académie. »
« Tu viens à peine de passer le test. »
« Justement. »
La jeune fille referma son propre livre avec un soupir.
« Tu sais, être acceptée ne signifie pas que tu dois connaître toute la bibliothèque avant la rentrée. »
Sherry glissa sa plume dans son encrier.
« Je ne veux pas tout connaître. Seulement assez pour ne pas avoir l’air complètement perdue. »
« Tout le monde sera perdu au début. »
« Pas moi. »
« Tu viens de dire que tu avais mal à la tête. »
Sherry resta silencieuse un instant, puis posa une main sur son front.
« C’est une douleur stratégique. »
La jeune fille rit doucement.
Sherry rangea ses notes, puis remit les livres à leur place. Lorsqu’elle quitta la bibliothèque, elle entendit aussitôt des éclats de rire dans la cour.
Son visage s’illumina.
Elle descendit les escaliers quatre à quatre, ralentit au dernier moment pour éviter de recevoir une remarque de sœur Elara, puis franchit la porte donnant sur l’extérieur.
Les enfants l’attendaient déjà près du vieux pommier.
Sherry posa les mains sur ses hanches.
« Alors, qui voulait jouer avec moi ? »
Toutes les mains se levèrent immédiatement.
Elle éclata de rire.
Un enfant lui attrapa la manche, une autre lui prit la main et la petite fille aux nattes se plaça devant elle avec un air triomphant.
« Tu es la prisonnière. »
Sherry regarda le cercle d’enfants qui se formait autour d’elle.
« Je proteste officiellement. »
« Trop tard », répondit la fillette. « La partie a commencé. »
Sherry poussa un soupir théâtral, puis se laissa entraîner dans le jeu.
Sa matinée n’était pas encore terminée.