Dans le faisceau de la lampe torche, la berline blanche renversée était déformée par le choc. Le sol autour d’elle était jonché de pièces arrachées et d’éclats de verre.
Au milieu des aboiements des chiens, on distinguait de faibles sanglots.
Xiao He leva sa lampe pour faire signe à Weifeng de se taire, puis s’approcha rapidement de la voiture retournée et s’accroupit pour l’examiner.
En éclairant de nouveau l’habitacle, il vit deux adultes à l’intérieur.
Un homme se trouvait au volant et une femme occupait le siège passager. C’étaient les deux blessés les plus graves ; tous deux avaient perdu connaissance. Attachés à leurs sièges et suspendus la tête en bas, ils avaient le visage en sang. Impossible de savoir où ils étaient blessés.
Xiao He comprit que les sanglots ne venaient pas d’eux.
Il fit donc le tour par l’autre côté, se glissa dans la voiture par la fenêtre et trouva sans difficulté l’origine des pleurs.
Un petit garçon d’environ cinq ou six ans.
Il ne portait pas de ceinture de sécurité, ce qui le rendait encore plus vulnérable que les deux adultes devant lui. Mais peut-être la chance lui avait-elle souri : malgré les tonneaux violents et la chute dans le fossé, il semblait indemne. Complètement perdu, il était allongé sur le toit retourné de la voiture et sanglotait.
Quand il aperçut la lumière de Xiao He, il s’interrompit et leva les yeux vers lui.
Leurs regards se croisèrent.
Xiao He lui demanda : « Dans la voiture, il n’y a que toi et les deux personnes devant ? »
Le petit garçon ne répondit pas. L’esprit encore embrumé, il hocha machinalement la tête.
« Je vais d’abord te sortir de là. »
Xiao He n’osa pas toucher aux deux personnes devant lui. Comme le petit garçon semblait en assez bon état et n’était pas coincé, il décida de le secourir en premier.
Il prit donc la lampe torche entre ses dents, leva le coude et l’abattit d’un coup, faisant voler toute la vitre de ce côté. Puis il arracha à la main les autres morceaux saillants pour éviter que le verre ne blesse l’enfant.
Une fois cela fait, Xiao He s’essuya distraitement les mains sur son pantalon noir et tendit le bras vers lui : « Allez, bonhomme, prends ma main. N’aie pas peur ! Tu seras bientôt en sécurité ! »
Heureusement, malgré la peur qui l’avait paralysé, l’enfant réagit à ces paroles. Il rampa lentement jusqu’à la fenêtre et tendit la main pour saisir celle de Xiao He.
Sans presque aucun effort, Xiao He le souleva hors de la voiture.
Tu as mal quelque part ?
À peine l’enfant sorti, Xiao He lui posa quelques questions et l’examina rapidement pour vérifier s’il avait des blessures visibles.
Après tout, les hémorragies internes sont fréquentes sur les lieux d’un accident de voiture, et il arrive aussi que l’adrénaline permette de ranimer temporairement les victimes. Quand d’autres découvrent l’accident, il est souvent déjà trop tard pour les sauver.
Le petit garçon continua de secouer la tête, apparemment enfin calmé. Il tira sur les vêtements de Xiao He, puis le supplia en pleurant de sauver ses parents.
« Ne t’inquiète pas, ne t’inquiète pas. »
Xiao He lui tapota la tête, demanda à Weifeng de veiller sur lui, puis retourna dans la voiture.
Il pouvait enfin examiner les deux adultes de plus près.
La jambe du conducteur était coincée sous son siège. Après avoir vérifié son état général, Xiao He n’osa pas détacher tout de suite sa ceinture.
Il ignorait si le pied de l’homme était simplement coincé ou complètement bloqué. Il craignait qu’en détachant la ceinture, son poids ne le fasse tomber, ce qui risquait de lui blesser davantage le pied, voire de déchirer sa plaie.
Avant l’arrivée des secours, Xiao He ne pouvait donc que le laisser suspendu ainsi.
La femme, en revanche, était dans un état relativement bon. À part le choc à la tête qui l’avait rendue inconsciente, elle ne semblait pas avoir d’autres blessures extérieures évidentes. Il suffisait de détacher sa ceinture pour la sortir.
Xiao He dut donc encore fournir quelques efforts pour la tirer hors de la voiture.
En voyant sa mère secourue, le petit garçon accourut aussitôt, s’agrippa à elle, impuissant, et se mit à pleurer et à crier.
La voix de Zuo Cheng lui parvint d’en haut, non loin de là : « Frère Xiao, comment ça se passe en bas ? Le véhicule de secours est en route ! »
Xiao He leva la tête et répondit à pleins poumons : « Il y a trois personnes ! L’une d’elles est coincée et doit être dégagée ! »
« D’accord ! »
La vallée était très calme. Même séparés par une bonne distance, ils s’entendaient clairement.
Après avoir reçu ces précisions, Zuo Cheng les transmit aussitôt à la police de la circulation et lui demanda d’envoyer davantage de secours médicaux en fonction de la situation.
Bientôt, Xiao He vit apparaître au-dessus de lui des gyrophares rouges et bleus.
— Les secours étaient arrivés !
« Weifeng ! »
Xiao He tapota le chien et lui demanda de remonter pour leur montrer le chemin.
Il était vraiment difficile de parcourir le versant escarpé. Même avec les lumières pour s’orienter, les secouristes ne pouvaient pas descendre la pente tout droit.
Xiao He comptait donc envoyer Weifeng les guider par un petit détour, en empruntant le versant plus doux sur le côté.
Sans hésiter, Weifeng obéit et fila dans l’obscurité voisine avant de disparaître.
Quelques aboiements retentirent sur la pente, puis des gens franchirent la glissière de sécurité et descendirent peu à peu par le versant plus doux, leurs lampes allumées.
Une dizaine de minutes plus tard, Xiao He retrouva l’équipe de secours en tête.
« Par ici ! »
Xiao He leur fit signe et s’écarta pour les laisser examiner d’abord la femme allongée au sol. Puis il ramassa sa lampe, se pencha pour éclairer la voiture et leur indiqua où se trouvait le blessé à l’intérieur : « La jambe du conducteur semble coincée. Je n’ai pas osé le bouger. Vous devriez d’abord vérifier. »
Quant à la manière de le sortir et à la marche à suivre, il s’abstint de donner son avis : les secouristes étaient plus compétents que lui.
« D’accord, merci ! »
Les secouristes n’eurent pas le temps de discuter avec Xiao He. Après avoir écouté son bref compte rendu, ils passèrent aussitôt à l’action : ils examinèrent la voiture et vérifièrent qu’elle ne présentait pas d’autre danger.
Weifeng, qui les avait guidés avec succès, se rapprocha aussi de Xiao He. Il renversa la tête et le regarda d’un air plein d’espoir.
De toute évidence, c’était la créature la plus enthousiaste de toute l’opération de sauvetage.
Xiao He lui tapota la tête avec approbation et murmura : « Je te donnerai une ration supplémentaire en rentrant ! »
« Ouaf ! »
Pendant ce temps, après avoir évalué la situation, les secouristes se préparèrent à redresser le véhicule.
Ils découvrirent que le pied du conducteur était bel et bien coincé sous son siège.
Mais remettre sur ses roues une voiture retournée était très difficile, et leurs outils ne leur permettaient pas de la soulever facilement.
La meilleure solution consistait donc à la faire basculer pour la redresser, et ainsi éviter que le conducteur reste suspendu la tête en bas et ne souffre d’une congestion cérébrale.
En voyant cela, Xiao He n’hésita pas longtemps et vint immédiatement leur prêter main-forte.
Au rythme des « Un, deux ! Un, deux ! » lancés à l’unisson, la berline blanche, qui avait fait un tonneau avant de finir dans le ravin, fut enfin remise sur ses roues.
Les secouristes s’emparèrent de leurs outils et forcèrent rapidement la portière côté conducteur pour poursuivre l’opération.
Xiao He jeta un coup d’œil autour de lui. Après s’être assuré qu’il n’avait plus rien à faire, il remonta tranquillement, l’air d’un chef.