Chapitre 386
Kwaaang !
Un grondement sourd retentit non loin de là, et une épaisse brume s’éleva dans le ciel nocturne. Salem, qui courait vers le palais, releva vivement la tête.
« Sir Arendt ? »
« Il semble qu’il y ait eu un combat tout près. »
Répondit un guerrier elfe aux sens aiguisés. L’impatience gagna Salem.
« Je dois d’abord aller les aider… »
Mais avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, Salem leva les yeux. Un esprit brillant d’une lueur rappelant celle des feuilles volait vers lui.
« Luna ? »
Salem appela l’esprit, les yeux écarquillés par la surprise. C’était celui qu’il avait envoyé en mission auprès d’Arendt.
« … Ne pas interférer et simplement se diriger vers le palais ? »
Comme pour confirmer ses dires, l’esprit hocha la tête et le fixa intensément une fois de plus.
Salem acquiesça, ayant aisément compris le sens du message.
« On dirait qu’ils ne les ont toujours pas trouvés. Très bien. »
L’esprit reprit son vol en ligne droite vers le palais.
L’autre esprit, Ray, qui se reposait tranquillement sur l’épaule de Salem jusqu’alors, s’envola également et ils partirent ensemble.
Salem donna alors ses instructions aux guerriers.
« Allons au palais en premier. »
« Êtes-vous certain que cela soit prudent, Lord Salem ? Ce n’est pas très loin, nous pourrions aller les soutenir… »
« Non, nous avons notre propre tâche à accomplir. »
Répondit fermement Salem.
C’était déjà assez audacieux d’être venu ici, en ignorant les ordres de protéger Llewellyn et Victor.
Mais heureusement, il semblait disposé à fermer les yeux sur ce point.
Salem et les elfes se hâtèrent de retourner vers le palais.
Mais ils furent bientôt contraints de s’arrêter.
« … »
Un groupe d’hommes vêtus de robes noires barrait la route. C’étaient des prêtres du Culte maléfique de Chernion.
Un mélange visqueux de sang et de salive dégoulinait de la gueule de goules aux allures de loups, dont les yeux fixaient les elfes avec férocité.
« Kurrrrrr… »
Comme si le grognement des goules était un signal, les prêtres commencèrent à sortir leurs armes une à une.
Une sombre puissance divine les enveloppa, comme si elle étendait sa protection sur eux.
« Que la gloire des ténèbres soit toujours avec nous. »
Salem tira calmement son épée en écoutant la prière récitée à voix basse.
Le guerrier elfe posté à ses côtés parla sans détour.
« Vous pouvez rester en retrait, Lord Salem. Nous nous en chargerons nous-mêmes. »
« Non. Je ne reculerai pas. »
Mais Salem refusa catégoriquement.
« Je vous laisse cet endroit. La moitié d’entre vous reste pour s’occuper de ces individus, et les autres viennent avec moi au palais. Nous n’avons pas de temps à perdre. »
« Très bien. »
Alors que celui qui se tenait le plus près de Salem acquiesçait, les guerriers se divisèrent naturellement en deux groupes. Salem adressa quelques mots brefs à ceux qui restaient en arrière.
« Rejoignez-moi plus tard. Ne vous faites pas blesser. »
« Entendu. »
Salem quitta rapidement les lieux, menant son groupe. Les prêtres tentèrent immédiatement de les poursuivre, mais furent bientôt forcés de s’arrêter.
C’était parce que les guerriers elfes restants leur barraient la route.
Roger était assurément un adversaire redoutable.
Même si trois personnes se ruaient sur lui de toutes leurs forces, elles pouvaient tout au plus entraver la progression de Roger.
Même en courant aussi vite que possible le long de l’étroit sentier, ils ne pouvaient mettre qu’une distance limitée entre eux et leur poursuivant.
Finalement, Arthur commença à sentir une présence à quelques pas derrière lui ; il envoya donc Arendt et Richt en avant et se retourna pour l’affronter de front.
Kwaaaaang !
Lorsque les épées s’entrechoquèrent, une chaleur capable de faire fondre les os explosa un instant. Mais elle fut rapidement compensée par un froid glacial.
« Dégage, tu es dans mon chemin. »
« … ! »
Une voix froide se fit entendre.
Au moment où Arthur abaissa son épée et recula, Arendt s’avança pour prendre sa place.
Un givre glacial s’installa dans les environs, éteignant le feu que Roger avait allumé.
Une épée enveloppée de flammes et une épée gelée d’un blanc pur se heurtèrent violemment.
Clang !
Pendant ce temps, Richt s’avança et visa le dos de Roger. Cependant, son attaque fut également bloquée par un bras ressemblant à celui d’un loup-garou.
Dans le bref instant où sa garde baissa, Arendt fit pivoter son épée et changea la direction de la lame de Roger.
Crack !
L’épée, incapable de résister à la force descendante, fendit le sol avec un craquement sonore.
Profitant de cette ouverture, Arendt rejoignit Arthur et commença à courir dans la direction opposée.
Richt, qui avait échangé plusieurs coups avec Roger, parvint à se défaire de lui. Peu de temps après, il rejoignit les deux autres.
« Tout le monde va bien ? »
« Pas vraiment. »
« Je ne vais pas bien. »
Arthur et Arendt répondirent avec des réponses similaires au même moment.
Richt répondit calmement.
« On dirait que vous allez bien tous les deux. »
Son regard se posa brièvement sur Arendt, qui marchait devant.
« Je pensais qu’il serait un peu ébranlé… »
Parce qu’il avait traversé une épreuve si terrible.
Mais Arendt semblait toujours avoir transcendé les normes des êtres humains ordinaires.
Il s’en était douté lorsqu’il avait entendu pour la première fois qu’il utilisait le nom de Roger si négligemment, causant toutes sortes d’ennuis.
« C’est plutôt Arthur le problème. »
Bien qu’il prétende le contraire, des éclats de son anxiété transparaissaient depuis l’apparition de Roger.
Mais Richt ne pouvait le blâmer, car il n’était pas très différent.
« Le vrai défi commence-t-il maintenant ? »
Le visage de Richt se durcit un instant.
Jusqu’à présent, les seules choses qui l’accompagnaient étaient la conviction que le combat était simplement un devoir, et l’honneur de pouvoir manier son épée au combat.
« Il fut un temps où je pensais que je mourrais pour cela. »
Mais maintenant, il avait réalisé le véritable poids de la mort.
La haine et le ressentiment envers l’ennemi, et la peur de perdre quelqu’un.
Tu dois tenir ton épée en gardant à l’esprit la souffrance que ceux que tu laisses derrière toi devront endurer lorsque tu mourras.
La véritable guerre consistait à surmonter même cela et à faire face à l’ennemi juste devant soi.
Ironiquement, celui qui lui avait appris cela était un apprenti chevalier qui ne savait pas à quel point sa propre vie était précieuse.
« Tu ne dois pas tourner le dos à l’ennemi. »
À cet instant, une voix sinistre interrompit leur course.
Roger, qui avait rapidement réduit la distance, fit un grand bond.
Et après un moment.
Bang.
Il atterrit devant les trois hommes dans un vacillement de flammes. Roger releva lentement la tête et les fixa calmement derrière son masque.
« On dit que vous faites partie du cercle restreint du héros, et pourtant vous n’avez même pas appris quelque chose d’aussi élémentaire ? »
« J’ai parlé comme ça et j’ai fini par me faire tellement réprimander par lui… »
Arendt laissa échapper un petit rire et déclencha le Toucher glacial. Une glace froide s’installa autour d’Arthur et de Richt comme pour les protéger.
« On dirait que tu as un peu changé d’avis récemment. »
Roger n’évita pas le défi frontal qu’Arendt choisit de lui lancer.
Kwaaaaang !
Le froid extrême et les flammes ardentes s’entrechoquèrent, faisant trembler l’air ambiant.
« Ugh, ça va sérieusement me tuer, putain ! »
L’immense pression arracha une malédiction de sa bouche. S’il n’avait pas porté de gants, sa prise aurait été certainement mise en pièces.
Mais Arendt tint bon, agrippant l’épée à deux mains.
Au moment où il relâcherait sa garde, il sentit que l’équilibre s’effondrerait. Ce qui était agaçant, c’est que même dans ces moments-là, Roger ne montrait aucun signe d’inconfort.
« Ce putain de bâtard. »
Un Dieu minable, une scène minable, un monde de merde.
Pendant un instant, il se demanda pourquoi c’était lui qui se tenait face à un ennemi presque digne d’être le boss final dans « Le Chevalier bleu de l’Épée sacrée ».
Mais Arendt transforma naturellement ces sentiments en colère et en frustration.
Grincement.
Les épées frottèrent l’une contre l’autre, produisant un son désagréable. Au moment où Roger le remarqua, Arendt puisa dans toute sa puissance magique.
Une violente tempête de neige souffla, obscurcissant leur visibilité.
Les flammes de Roger furent repoussées un instant.
« … ! »
Profitant de son hésitation, Arendt se baissa et roula pratiquement au sol.
Et puis, avant même que Roger ne puisse saisir la situation, il se retourna et commença à courir.
« Toux, toux, oh, putain ! »
Tout son corps le faisait souffrir, comme s’il allait voler en éclats.
Arthur s’approcha précipitamment et le réprimanda.
« Pourquoi rends-tu toujours les choses plus difficiles pour toi-même ? »
« Ah, je ne suis vraiment pas fautif cette fois ! Qui aurait pu savoir que ce bâtard agirait comme ça et se jetterait soudainement sur moi ? »
Arendt répliqua avec irritation, mais Arthur cria encore plus fort.
« Ne mens pas, espèce de bâtard ! Je t’ai vu agir avec arrogance comme si tu attendais ça ! »
« Tch, tu es si vif d’esprit sans aucune raison. »
« S’il vous plaît, je vous en supplie, arrêtez de vous disputer inutilement ! Ne pouvez-vous pas au moins être sérieux face à l’ennemi ? »
Ne pouvant plus le supporter, Richt trancha sèchement. Arendt haussa les épaules en courant.
« Combien de fois t’ai-je dit que si tu es sérieux, tu perds… À gauche ! »
Au moment où Arendt cria, Arthur et Richt se jetèrent simultanément dans des directions opposées.
Kwaaaaang !
Avec une forte explosion, l’endroit où se trouvaient les trois personnes juste avant fut complètement détruit.
Arthur roula sur le sol et retrouva son équilibre, puis observa la scène avec retard.
Le mur juste à côté de lui était à moitié détruit, faisant pleuvoir des débris.
Dans la poussière épaisse, une autre personne, autre que Roger, se releva lentement.
Arthur murmura sans s’en rendre compte.
« Ça me rend fou. »
Un ennemi caché à proximité avait lancé une attaque surprise.
« Comme prévu, ce bâtard n’était pas seul. »
Arthur leva la tête en entendant la voix au-dessus de lui.
Alors que ses supérieurs étaient encore en train de rouler au sol, Arendt avait déjà bondi seul au sommet du mur.
Même au milieu de sa confusion, il trouva cette vue particulièrement agaçante.
Le nouvel ennemi n’était pas un inconnu.
« Je crois qu’il s’appelait Ain. »
Arendt se souvint du nom qu’il avait entendu un jour.
C’était le bras droit et l’ardent disciple de Roger.
Arendt murmura avec perplexité.
« Tu veux me tuer à ce point ? »
« Tu dis vraiment ça en ce moment, espèce de maudit bâtard ? »
Alors qu’Arthur répliquait avec irritation, Ain, ayant retrouvé ses appuis, réajusta sa prise sur son épée et chargea à nouveau vers eux.
Au moment où Richt se déplaça naturellement pour l’engager, Roger, qui avait déjà réduit la distance, se jeta sur Arendt.
Arendt sauta rapidement du mur.
Clang !
L’ayant manqué de justesse, l’épée de Roger trancha l’endroit où il se tenait un instant plus tôt.
Roger claqua la langue en jetant un coup d’œil à l’espace vide, où ne restaient que des fragments du mur brisé.
« Tu es aussi vif qu’un rat. »
Arendt s’était déjà enfui avec Arthur.
Richt se défit également facilement d’Ain et les suivit.
Même si Roger savait qu’Arendt essayait délibérément de l’attirer, il n’avait d’autre choix que de suivre.
« Ain, ne le laisse pas s’échapper. »
« Oui. »
Ain répondit fermement et s’élança immédiatement. Roger, qui avait jeté un dernier regard vers le palais, se mit également en mouvement peu après.
« Que les ténèbres soient avec toi. »
Ceux qui ne craignent pas Dieu seront un jour punis par le ciel.
Roger n’en avait aucun doute.