Chapitre 576
10.
12.
8.
0.
24.
72.
42.
À première vue, on aurait dit une suite de nombres sans signification.
Mais pour les personnes réunies dans l’annexe souterraine, qui savaient ce que ces nombres signifiaient…
ils étaient étouffants.
Un silence pesant s’installa un moment.
« P-pour commencer… vous pourriez tous me donner une mèche de cheveux ? »
Penia regarda les autres en parlant.
Les femmes, toutes visiblement tendues, arrachèrent chacune une mèche et la lui tendirent.
Penia rassembla les mèches.
« Ouf… »
Après avoir poussé un soupir, elle s’arracha elle aussi un cheveu.
Tip…
Le cheveu de Penia tomba dans un petit bruit.
« Je vais commencer par celle de Ryanga. »
Penia posa le cheveu sur la table ronde et s’apprêtait à activer le sort quand…
« A-attends. »
Ryanga l’interpella à la hâte.
« E-et… qu’est-ce qui va se passer, exactement, quand le sort sera activé ? »
En entendant l’inquiétude dans la voix de Ryanga, Penia se racla la gorge, gênée.
« C’est simple. Quand je lancerai le sort, l’un des orbes se mettra à briller. »
« …Et l’orbe qui brillera sera celui qui m’appartient à l’origine… c’est ça ? »
« C’est bien ça. »
Penia acquiesça.
Ryanga hésita un instant.
« D-d’accord. »
Puis, comme un général se préparant à livrer une ultime bataille, elle hocha fermement la tête.
Peu après, Penia commença à lancer le sort.
Tandis que les formules du sort s’écoulaient de ses lèvres, le cheveu de Ryanga se mit à vibrer en émettant un léger bourdonnement.
Vrouuuum… !
Tous les regards se tournèrent vers la table.
Et, à un moment donné, le cheveu de Ryanga, posé négligemment dessus, se mit lentement à onduler…
FWOUSHH… !
Il se mit à briller de mille feux.
Et, au même instant…
« ! »
L’un des orbes se mit à luire.
Celui sur lequel était inscrit le nombre 24.
« Hein ? »
Le visage de Ryanga, qui s’était préparée à encaisser le coup quelques instants plus tôt, se décomposa aussitôt.
« « Ah… » »
Au même moment, les autres laissèrent échapper de petits cris.
Impossible de savoir s’ils étaient compatissants ou soulagés.
Ryanga saisit l’orbe de ses mains tremblantes.
« C-c’est… à moi ? »
Elle interrogea Penia.
Sa voix semblait étrangement étranglée.
« Euh… oui. »
Bien qu’elle n’ait pas elle-même produit le résultat, Penia eut inexplicablement du mal à soutenir le regard de Ryanga et détourna légèrement les yeux.
« V-vraiment ? »
« Oui… »
« Le sort… n’a pas raté ou quelque chose comme ça… ? »
« C’est vraiment… à moi ? »
« …Oui. »
« Il n’y a pas d’erreur, ou quoi que ce soit… ? »
Même si ces questions répétées auraient fini par faire craquer n’importe qui, Penia lui répondit avec sérieux, tout en évitant son regard.
Ryanga fixa l’orbe d’un air absent.
« Ahaha… »
Un rire creux lui échappa.
BAM… !
Toujours agrippée à l’orbe, elle s’effondra à la renverse sur le sol.
« … »
Toutes les femmes affichèrent une expression qui disait clairement : « Oh là là… »
En voyant Ryanga marmonner sans cesse « J’ai vingt-quatre ans… J’ai vingt-quatre ans… », comme si son esprit s’était brisé, Penia soupira.
« …J-je vais continuer… »
Elle prit rapidement la mèche suivante.
Elle appartenait à…
« Hmm… »
« Hmm… »
Magrina.
Au moment où Penia prit ses cheveux, Magrina serra inconsciemment les deux poings.
« Euh… »
Elle ouvrit la bouche comme si elle voulait dire quelque chose.
Mais…
« Non… laisse tomber. »
Elle la referma.
Car, même si elle avait peur, elle comprenait aussi une chose.
Au fond, tout n’était qu’une question de timing.
Une fois la boîte ouverte, le résultat serait le même.
Alors Magrina expira lentement et fixa la table, tendue.
Une fois encore, la douce incantation de Penia résonna dans la pièce.
« … »
Et l’orbe s’illumina.
Celui marqué du nombre 10.
« …Ah. »
« Ah… »
Le soupir de Magrina se mêla à ceux des autres.
…Pour une raison ou une autre, cette fois, les soupirs semblaient moins compatissants que soulagés, mais Magrina n’était pas en état de s’en apercevoir.
« … »
En silence, elle ramassa l’orbe.
« …C’est faux. »
Elle le déclara d’un ton ferme.
« …Pardon ? »
« C’est faux, n’est-ce pas ? »
Magrina regarda Penia.
« Non, enfin… tous mes essais précédents avaient parfaitement fonctionné. »
« C’est impossible. Regardez ça. C’est 10. Dix. »
« Euh… oui, je vois… »
« Réfléchis rationnellement. Il est impossible que l’affinité de Grand Frère pour moi ne soit que de 10. »
Magrina n’avait toujours pas perdu son sourire.
Mais sa voix trembla nettement sur la fin.
En voyant cela, Penia ne sut que dire et se contenta de la regarder avec compassion.
« Je refuse d’y croire. »
Magrina laissa tomber l’orbe qu’elle tenait.
Toc…
« Hm-hm… Déjà, c’est absurde d’attribuer une valeur numérique aux sentiments de quelqu’un par magie. »
Elle s’affaissa sur le sol et entoura ses genoux de ses bras.
« Et puis, sœur Penia ne pourrait même pas lancer un sort aussi avancé. Hum. »
« Hé !? Là, tu vas trop loin ! »
Penia protesta, incrédule, devant cette insulte sortie de nulle part.
Mais seulement un instant.
En voyant les deux femmes déjà effondrées intérieurement après avoir découvert leurs résultats, Penia secoua la tête, impuissante.
« …Je vais continuer. »
Après avoir soupiré, elle prit cette fois le cheveu d’Historia.
« … »
Comme toujours, Historia fixait le cheveu dans la main de Penia de son air absent habituel.
Mais, contrairement à son visage, la poignée de l’épée qu’elle tenait tremblait légèrement, révélant à quel point elle était nerveuse.
Vrouuuum… !
Penia reprit son incantation.
Et, une fois encore, l’orbe s’illumina vivement.
« … »
L’orbe gravé du nombre 12.
« …Ah… »
Un autre soupir étouffé résonna dans la pièce.
Historia, elle, resta simplement là, le regard vide, à fixer l’orbe lumineux qu’elle avait reçu.
Cinq secondes passèrent.
Puis dix.
« … ? »
Puis trente.
« …Euh, Historia ? »
Penia l’interpella prudemment.
Mais Historia ne dit toujours rien et se contenta de fixer l’orbe d’un air absent.
Penia agita doucement la main devant ses yeux.
« Allô… ? »
Toujours aucune réaction.
Historia demeura figée sur place, le regard silencieusement baissé.
Penia eut beau agiter la main, elle ne bougea pas d’un pouce.
« …Elle est morte debout… »
déclara solennellement Penia.
####
Ryanga s’était complètement effondrée.
Magrina était assise, les genoux serrés contre elle, et marmonnait sans fin.
Et Historia était apparemment morte debout.
Après avoir assisté à tout cela…
« « … » »
…les quatre survivantes restantes échangèrent des regards d’une complexité incroyable.
Naturellement, à cause des orbes qui restaient.
Les valeurs d’affinité encore disponibles étaient :
72
42
8
0
Il ne restait plus de nombres ambigus.
Autrement dit, elles en étaient arrivées au point où tout se jouait entre la vie et la mort.
…Même si, techniquement, beaucoup trop d’entre elles étaient déjà mortes, mais bon…
« …La suivante. »
Penia serra une autre mèche dans sa main, encore plus tendue qu’avant.
Cette fois, c’était celle de Rine.
« … »
« … »
« … »
Le silence s’abattit aussitôt sur la pièce.
Pas parce que c’était au tour de quelqu’un…
mais parce que les prochains résultats comptaient vraiment, cette fois.
Toutes se concentrèrent donc entièrement sur le sort de Penia.
Vrouuuum… !
Le sort s’activa une nouvelle fois, et un orbe se mit à briller.
Celui marqué du nombre 42.
« Ah… »
Un autre soupir familier se fit entendre.
Rine ramassa tranquillement l’orbe.
« C’est… un soulagement… »
murmura-t-elle doucement.
Mais, peu après, elle pencha légèrement la tête.
Bien sûr, 42 n’était pas un chiffre particulièrement bas.
Surtout si l’on tenait compte du fait que tous les nombres précédents étaient inférieurs à 30.
Mais ce n’était qu’une comparaison.
Pris isolément, le nombre 42 lui semblait tout de même étrangement bas.
« … »
Sans expression, Rine baissa les yeux vers l’orbe.
…À voir les coins de ses yeux, d’ordinaire relevés, s’affaisser, elle semblait profondément abattue.
Malheureusement, les trois autres ne la réconfortèrent pas.
« Ouf… »
« Haa… »
Elles se contentèrent de se regarder, accablées par une tension insoutenable.
« …La suivante. »
Penia prit la mèche suivante.
Celle d’Arculainysis.
« H-huhuhuhuhu… »
Dès qu’elle aperçut ses cheveux, Arculainysis croisa les bras, ferma les yeux et se mit à rire avec assurance.
À première vue, elle avait l’air calme, mais Penia voyait clairement ses paupières tressauter sans arrêt, tandis que son instinct tentait désespérément de les forcer à s’ouvrir.
En observant son combat intérieur, Penia prit la parole.
« Je commence tout de suite. »
Sans hésiter, elle lança le sort.
Et alors…
l’orbe flambo ya.
« Hein ? »
L’orbe affichant une affinité de 8.
« Hein ? »
« Ah… »
« Hein ?? »
La vérité éclata en un instant, réduisant à néant son sourire assuré de façade.
Arculainysis se figea.
« HEIN ????? »
Comme si elle ne pouvait tout simplement pas accepter la réalité…
comme si elle refusait d’y croire…
Arculainysis saisit l’orbe.
« HEIN ????????? »
Elle répéta le même mot encore et encore, les yeux grands ouverts, ronds comme des soucoupes, à fixer l’orbe d’un air absent.
« C-c’est… absolument impossible ! Ça ne peut pas… ! »
Elle secoua violemment la tête à plusieurs reprises.
Mais alors…
une idée sembla soudain lui venir.
« M-mais oui !! »
Arculainysis retourna rapidement l’orbe sur le côté.
« C-c’est l’infini ! Mon affinité est infinie ! »
∞
Elle s’écria fièrement en transformant le nombre en symbole de l’infini.
…Malheureusement, sa voix tremblante et ses yeux embués donnaient plutôt l’impression qu’elle allait fondre en larmes.
Hélas pour elle, toutes les autres, à l’exception de Rine, s’étaient déjà plus ou moins effondrées intérieurement ; il ne leur restait donc plus la moindre énergie pour réagir.
Et, surtout…
« … »
« … »
…les deux dernières femmes, à qui il ne restait que les affinités 0 et 72, se dévisageaient avec nervosité.
Autrement dit, personne n’avait plus la moindre attention à accorder à Arculainysis.
« J-je vais faire la suivante. »
Au moment où Penia prit le cheveu de Seollang…
« A-attends ! »
« …Oui ? »
Penia s’interrompit devant le cri soudain de Seollang.
« Et si on le faisait ensemble ? »
« Ensemble… ? »
« Oui, ouvrons les deux en même temps… ! Il n’en reste que deux, de toute façon, non ? Et d’après ce qu’on a vu tout à l’heure, les couleurs de la magie se séparent naturellement aussi… ! »
À la proposition de Seollang…
« …D’accord. »
Penia prit aussi l’un de ses propres cheveux.
« Ouf… »
Elle s’efforça de calmer son cœur affolé et activa le sort.
Vrouuuum… !
Les mèches se mirent à briller comme tout à l’heure.
Et alors…
l’énergie magique jaune…
et l’énergie magique bleue…
se séparèrent.
« Hein… ? »
La magie jaune se relia à l’orbe de gauche.
Celui affichant une affinité de 0.
Et alors…
« …Hein ? »
La magie bleue se relia à l’orbe de droite.
Celui affichant une affinité de 72.
« … »
Toute assurance disparut des yeux de Seollang.
Comme Historia avant elle, elle fixa l’orbe d’un air absent, incrédule.
Pendant ce temps, Penia…
« V-vraiment ? »
« C-c’est vraiment ça ? »
« C’est vraiment vrai !? »
…n’arrêtait pas de retourner l’orbe, comme si elle-même ne parvenait pas à croire ce qui se passait.
Puis…
« KYYYAAAAAAAAAAH… !! »
Des larmes de joie jaillirent de ses yeux tandis qu’elle célébrait son écrasante victoire.
Et ainsi…
« 24… 24… 24… L’affinité de mon patron à mon égard est de 24… »
« N’importe qui voit bien que c’est faux. Déjà, c’est impossible que ça ait du sens, pas vrai ? Oui, ça doit forcément être une sorte de manipulation d’un drôle de personnage, il n’y a absolument aucun moyen que… »
« ................................................................................................. »
« C’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfiniC’estinfini… »
…les quatre femmes brisées.
Et…
« Euh… c’est bizarre ? Peut-être que le nombre n’est pas apparu ? En y regardant de plus près, on dirait que l’énergie magique n’a tout simplement pas été insufflée dedans… »
Crac… !
« R-regardez ! Regardez ! Maintenant que je vois bien, ça a toujours été 90 ! Pas vrai !? »
…celle qui, après avoir serré l’orbe assez fort pour en déformer la forme, insistait qu’il affichait 90, dans un état encore plus lamentable.
Et puis…
« KYYYAAAAAAAAAAH… ! »
…celle qui pleurait de joie pour de bon.
Enfin…
« … »
Contrairement à tout à l’heure, où elle s’était contentée d’avoir l’air abattue…
Rine pencha la tête, comme si elle venait sincèrement de comprendre que quelque chose clochait.
« Hmm… ? »
Et puis…
« …Enfin, heureusement quand même… 24, c’est mieux que 0… »
« … »
Au moment où Ryanga tenta de se consoler après avoir compris la situation de Seollang…
le cœur de verre de Seollang se brisa.
…Crac… !
Le lendemain.
Alon se rendit au salon de réception pour dire au revoir à tout le monde avant de partir pour la Tour des Mages.
« « … » »
« ??? »
En les voyant là, le regard vide et l’expression complètement anéantie…
Puis…
« Maître… »
« Seollang… ? »
« Je ferai mieux… »
« ????? »
En entendant Seollang marmonner d’un air morose, sans raison apparente, Alon ne put qu’afficher une expression profondément perplexe.