Chapitre 335
Après la chute de la nébuleuse et l'engloutissement de tout ce qui l'entourait par une lumière blanche aveuglante, les soldats se retrouvèrent dans un monde revenu à la normale.
« ... Waouh. »
« C'est... »
Ils contemplaient un cratère gigantesque.
Non, cela ressemblait plutôt à un immense lac qui se serait soudainement asséché.
Le spectacle qui s'offrait à leurs yeux était tout simplement surréaliste.
« C'est quoi ce bordel... »
« Un truc pareil est-il seulement possible ? »
Bien entendu, les mages ne réagirent pas différemment.
« C'est... une magie lancée par un humain ? »
« Oh... »
« C'est le prototype de la magie primordiale... »
Celaime, Parkline et même Sharan, qui préparait un plan de secours au sommet du rempart de la forteresse, marmonnèrent dans un état second, les yeux emplis d'admiration.
Alors que tout le monde autour haletait d'émerveillement, Alon —
« Tu vas bien, frère ? »
« Je vais bien. »
Il laissa échapper un soupir sec et se serra la poitrine.
« Dire que c'était à ce point. »
Il avait certes injecté tout le mana inversé dont il disposait, s'attendant à une grande puissance.
Mais il n'aurait jamais imaginé une telle force de destruction, au point d'être lui-même balayé par sa propre magie.
« Sans Radan, ça aurait pu mal tourner. »
Dès que le sort fut lancé et qu'il s'abattit sur le sol, il exprima sa gratitude envers Radan qui, comme s'il l'avait attendu, s'était approché pour le protéger de l'impact.
« Merci. Ça aurait pu finir très mal. »
« Hé, c'est rien, frère. »
Répondit Radan avec un sourire joyeux.
« Au fait, tu sais ce qu'il est advenu des autres ? »
« Oh, tu parles de Seolrang et du Héros ? Seolrang est sortie rapidement, elle devrait aller bien. Et le Héros... eh bien, rien à craindre de ce côté-là. »
Alors que Radan marmonnait en se caressant le menton, déjà perdu dans ses propres pensées, Alon tourna son regard vers l'épaisse concentration de mana qu'il percevait tout près.
Là, appuyé contre un « Crâne de Bélier » à moitié brisé,
se trouvait la Paresse, effondrée.
La Paresse n'était pas dans un état normal.
Peut-être à cause d'une transformation monstrueuse ratée, la moitié inférieure de son corps avait disparu et le Crâne de Bélier, qui servait de catalyseur, était presque détruit.
En d'autres termes, il avait subi des dommages si graves qu'il ne pouvait plus combattre.
« Alors, c'est ainsi que ça finit. »
Le murmure de la Paresse flotta dans l'air.
Ses yeux étaient redevenus ce qu'ils étaient autrefois.
Ce même regard blasé du moment où il était apparu pour la première fois,
inspirant la peur à tous.
Même maintenant, face à la mort, c'était le même.
Un péché, mais différent des autres.
Non — Alon observa ce péché, si différent de celui dont il gardait le souvenir,
et ouvrit soudain la bouche.
« Puis-je te demander quelque chose ? »
La Paresse ne répondit pas.
Il se contenta de fixer le vide en silence.
Mais Alon posa tout de même sa question.
« Qu'est-ce que tu voulais dire... quand tu as dit que tu voulais protéger quelque chose ? »
La Paresse avait bel et bien dit cela lors de son apparition.
Qu'il voulait protéger quelque chose.
Et cela travaillait Alon depuis lors.
Les péchés qu'il connaissait — ceux qu'il avait vus jusqu'ici — étaient exactement tels qu'il s'en souvenait.
Ils semblaient se nourrir du désespoir de l'humanité.
Ils agissaient pour provoquer la destruction humaine.
Ils n'existaient pas pour protéger quoi que ce soit, mais pour causer du tort.
Mais un tel être — un péché qui apportait cycliquement la ruine au monde pour des raisons qu'il ignorait peut-être lui-même —
Que pouvait-il bien vouloir protéger ?
La Paresse, qui observait silencieusement Alon après la question, répondit soudainement.
« Vous tous. »
« ... Quoi ? »
L'expression d'Alon se brisa un instant.
Il ne pouvait pas le comprendre.
Il fronça les sourcils en demandant à nouveau, mais la Paresse, qui commençait déjà à s'effriter en cendres, dit : « Ce que je voulais protéger... »
Et avec ces derniers mots,
« ... c'était l'humanité. »
Il disparut complètement.
Et Alon, fixant l'endroit où même les cendres avaient disparu,
« ... Quoi ? »
Ne put que froncer les sourcils davantage.
Mais seulement pour un instant.
Il ne pouvait pas rester perdu dans sa propre confusion.
« Frère. »
« ... Ah, Radan ? »
« Ouais, désolé d'interrompre tes pensées, mais je crois qu'il est temps de se dire au revoir. »
« Ah... »
Les mots de Radan ramenèrent Alon à la réalité.
S'ils s'attardaient davantage, la Bête de la Possibilité serait bientôt libérée.
Et alors, le Radan devant lui retournerait à son état d'origine.
« ! »
Alors qu'Alon s'apprêtait à poser une question qui lui était soudainement venue à l'esprit —
« Non, frère. »
Comme s'il savait déjà ce qu'Alon allait demander, Radan eut un sourire en coin.
« Tu te souviens de l'effet papillon ? »
« ... Ouais. »
« Je pense que c'est la limite de l'aide que je peux apporter. Ah, si seulement je pouvais utiliser des reliques, j'aurais pu en montrer un peu plus. »
En regardant Radan marmonner, Alon prit la parole.
« ... J'ai l'impression que cette question est sans danger, cela dit. »
« Qu'est-ce que c'est ? Faut être prudent, frère. »
« Est-ce que tu... viens du futur ? »
« Le futur, hein. Eh bien... »
Radan réfléchit un instant, puis hocha la tête.
« Pour être précis, ouais. »
« Donc on se connaît aussi, hein... Ça ne sert à rien d'en demander plus, alors. »
« Évidemment. Oh... »
Alors que Radan hochait la tête, il se souvint soudain de quelque chose et tendit un objet à Alon.
« Frère. Quand je redeviendrai normal, tu pourras me donner ça ? »
« ... Qu'est-ce que c'est ? »
« Mmm... tu sauras quand tu me le donneras. »
Ce qu'il lui tendit était une gemme bleue.
« Tu n'as pas dit que tu ne pouvais pas parler de certaines choses à cause de l'effet papillon ? »
« Oh, ce que je t'ai donné là vient d'une trame légèrement différente. »
Alors qu'Alon se demandait ce qu'il voulait dire par là, Radan pressa fermement la gemme dans sa main.
« S'il te plaît. Le "moi" de cette époque est un peu inutile, tu vois. »
Sur ce, il leva légèrement la main en signe d'adieu.
« Bon, j'y vais. J'ai encore quelques trucs à dire à Seolrang et au Héros. »
« ... Le Héros ? »
« Ouais, le Héros... Oh, c'est vrai, il s'appelle Eliban ici, n'est-ce pas ? »
« Pour quelqu'un qui s'inquiète de l'effet papillon, tu en laisses échapper pas mal. »
« Ah... eh bien, ça, ça devrait aller, non ? »
Radan haussa les épaules et s'apprêta à se détourner, mais il s'arrêta.
« Oh, c'est vrai. J'avais une dernière chose à dire. »
« Hein ? »
« Ouais. »
Il s'approcha à nouveau d'Alon et...
Tap
... posa une main sur son épaule.
« Frère, crois en tes propres choix. Tu n'as jamais pris la mauvaise décision. »
Il le dit avec détermination.
« Qu'est-ce que tu veux dire... »
Alon s'apprêtait à demander une explication face à ce soudain sérieux —
« Mais maintenant, c'est vraiment la fin ! Il ne reste plus beaucoup de temps ! Salut, frère ! »
Radan afficha alors à nouveau son sourire joyeux et disparut.
Pendant un long moment, Alon ne put que fixer le vide là où Radan avait disparu.
***
En conclusion, Alon remporta la victoire dans sa bataille contre le Péché de la Paresse.
Avec la défaite de la Paresse, le Territoire Noir disparut comme s'il n'avait jamais existé, et tous les incidents liés prirent fin.
Bien qu'Alon se soit occupé de la Paresse, la situation dans le Royaume d'Ashtalon était loin d'être bonne.
À cause du territoire noir dispersé par le Péché de la Paresse, plus de la moitié du royaume avait disparu.
Certes, le château et les territoires subsistaient, mais cela n'avait aucun sens.
Les territoires n'ont aucune valeur sans habitants pour les occuper.
Et la crise d'Ashtalon était quelque chose qu'Alon pouvait ressentir personnellement.
La raison en était l'« Empire ».
À l'origine, Psychedelia, qui traitait de l'histoire du « Royaume Allié », et Calipsophobia, qui traitait de l'« Empire », n'étaient pas liés dans le jeu.
Sauf dans une situation.
C'était lorsque la survie du Royaume Allié était en péril.
À ce moment-là, l'Empire envahissait toujours le Royaume Allié dans le cadre du système du jeu.
Et une fois que l'Empire commençait son invasion, le Royaume Allié s'effondrait presque instantanément.
Alon était légèrement préoccupé par cet aspect.
« Ils n'ont jamais été détruits dans le jeu, donc je ne devrais pas trop m'inquiéter... »
Pourtant, il ne pouvait pas facilement ignorer un contexte ou un arrière-plan qu'il connaissait déjà du jeu original.
« Mais pour l'instant, autre chose est plus important. »
Alon ramena ses pensées sur ce que le Péché avait dit plus tôt.
« Essayer de protéger... l'humanité, hein. »
Même après que la situation se soit quelque peu calmée, il n'arrêtait pas d'y penser.
Mais il ne parvenait toujours pas à comprendre ce que la Paresse voulait dire.
Et c'était tout à fait naturel.
Les péchés avaient toujours existé pour tuer les humains, et la Paresse elle-même avait tenté de provoquer la destruction du monde.
Alors pourquoi avait-il dit une chose pareille ?
« Eh bien, peut-être que c'était juste la conviction personnelle de la Paresse, pas une opinion partagée par tous les péchés... mais même ça, ça semble étrange. »
Tsk
Alon claqua la langue, perdu dans ses pensées depuis on ne sait combien de temps.
« Marquis. »
« Evan. »
« Alors c'est là que tu étais ? Je t'ai cherché partout. »
Evan s'approcha d'Alon, qui observait quelques invités levant légèrement leur verre lors du bal, une fois la crise passée.
« Quelqu'un me cherchait ? »
« Il y avait pas mal de monde, mais ce n'est pas pour ça que je suis venu. C'est juste que tu as disparu tout d'un coup, et tu n'as pas l'air très en forme. »
« J'avais juste quelques réflexions à mener. »
« Ce n'est pas à ça que servent les lits ? »
« Eh bien, c'est vrai. »
Répondit Alon distraitement en regardant vers l'étage inférieur.
« Ooooh — cette puissante bête est celle-là même qui s'est occupée de ces tas de viande tout à l'heure — »
[Hum~ !!]
« Ooooh ~ ! »
Entourée par les mages et profitant clairement de l'attention, Basiliora leva fièrement la tête.
[Miaou...]
Pendant ce temps, Blackie, allongé sur une autre table en train de manger, la regardait avec un mépris total.
Pourtant, même Blackie était choyé par les mages et se gonflait de fierté.
Finalement, Alon confirma qu'une foule de nobles s'était rassemblée autour d'Eliban et prit la parole.
« Ils ont l'air de bien s'amuser. »
« Je ne peux vraiment pas supporter Basiliora. Ça fait presque deux heures que c'est comme ça. Elle doit mourir d'envie d'attirer l'attention. »
Evan claqua la langue avec dégoût.
« Eh bien, c'était un dieu, après tout. »
« Est-ce que tous les dieux ont besoin d'attention à ce point... ? »
« Eh bien — »
Alors qu'Alon s'apprêtait à répondre que ce n'était pas le cas de tous, il se souvint soudain de Kalannon.
Le chat blanc jouant dans la Terre Divine, faisant tout ce qu'il pouvait pour récupérer son pouvoir divin.
« C'est une question de survie, après tout. »
« ... Mais cette chose n'est même plus un dieu. C'est juste un animal de compagnie, non ? Pas nécessaire. »
« Ouais, c'est vrai. »
Alon hocha la tête, et Evan laissa échapper un profond soupir.
Puis Alon, comme s'il se souvenait de quelque chose, demanda :
« Evan, as-tu entendu parler du Joyau de Celui aux Yeux Clos ? »
« Ah, pas encore. »
« Vraiment ? »
« Oui. Mais ils ont dit qu'ils avaient trouvé un indice, alors ils ont demandé un peu plus de temps. »
Après avoir vérifié l'avancement,
« Descendons. »
Laissant derrière eux les questions sans réponse, ils se dirigèrent vers leur logement.
« Excusez-moi, êtes-vous le Marquis Palatio ? »
« ... Oui, et vous êtes ? »
Dans l'escalier, ils rencontrèrent un mage.
Il portait une robe rouge et semblait nettement plus âgé qu'Alon.
Il s'inclina soudainement très bas.
Puis —
« Je suis Gunan Croatz, professeur à la Tour Rouge. »
« Ah, je vois — »
« Eh bien, je suis assez doué en calcul simple, et j'ai contribué de manière significative à l'une des thèses de la Tour Rouge, le "Paradoxe Intermédiaire d'Atia". »
« Je... vois. »
« J'ai également développé un sort appelé "Cœur d'Atius", qui est entièrement basé sur des calculs fondamentaux, et il — »
Il se lança dans une présentation enthousiaste de lui-même.
« ... ? »
« ... ? »
Alon, déconcerté, regarda Evan.
Mais —
« ... ?? »
Evan pencha aussi la tête, manifestement tout aussi confus.
« Hum, je suppose que j'ai trop parlé. Quoi qu'il en soit, voilà. »
Et sur ce, le professeur de la Tour Rouge disparut.
« C'était quoi ce délire ? »
Toujours troublé et rempli de nouvelles questions, Alon continua de se diriger vers sa chambre.
« Ah, Marquis Palatio ! Vous voilà enfin ~ ! »
« ... Et vous êtes ? »
« Ah, mes excuses. Je suis Uyarne Palbin, professeur titulaire à la Tour Bleue. »
« Ah, je vois. »
« Hum, juste pour me présenter — avez-vous peut-être entendu parler des articles "Calculs Inversés de Kreuz" ou "Opérations Générales de Zalman" dans le domaine du calcul fondamental ? »
« ... ?? »
Et ainsi commença une autre présentation tout aussi naturelle, mais aléatoire, de la part d'un mage.
« Bonjour ! Marquis ! Je viens de la Tour Violette — »
« Je viens de la Tour Bleue ! »
Pendant sa marche, Alon fut soumis à deux autres séries de vantardises sur les « calculs fondamentaux » de la part de différents mages.
Totalement perplexe face à la situation, il finit par regagner sa chambre.
Le lendemain —
« Bonjour, Marquis ! Je viens de la Tour Rouge — »
« Je viens de la Tour Verte — »
« ... ?? »
Dès son réveil, des mages commencèrent à affluer dans sa chambre sans invitation.
Une nouvelle journée de défilé de présentations commença, et Alon commença à sentir que quelque chose clochait.
Puis, environ deux heures plus tard —
« Salutations, Marquis ! Candidat numéro 19 ! Je suis un mage de la Tour Verte nommé Torin ! J'ai une grande confiance en mes calculs fondamentaux ! Si vous me choisissez — ! »
À un certain moment, les mages commencèrent à crier des numéros de candidat — des numéros qu'Alon lui-même ignorait — et faisaient leur promotion avec passion, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.
« ... ?? »
Les doigts entrelacés, Alon ne pouvait que rester assis, l'esprit rempli de confusion.