Auteur : RealmWeaver
Traductrice : Moonkissed
Atticus franchit les portes du Sanctuaire du Feu, suivi de Dekai, qui arborait un petit sourire.
‘Cet endroit n’a pas changé du tout’, pensa Atticus en observant les lieux. Tout était exactement comme dans ses souvenirs. Cependant, contrairement à sa dernière visite, il ne fut pas accueilli en grande pompe. Les élèves déambulaient, vaquant à leurs occupations, jusqu’à ce qu’ils aperçoivent Atticus traverser le sanctuaire. Ce fut un tollé général.
« N’est-ce pas… ? »
« C’est lui ! Que fait-il ici ? »
Des chuchotements et des murmures se répandirent comme une traînée de poudre dès qu’il fut reconnu. Même si cela faisait quelques jours qu’il était parti, il n’y avait plus personne dans le sanctuaire qui ne savait pas qui était Atticus ni ce qu’il avait accompli.
Il n’avait pas seulement battu les records du sanctuaire, il les avait pulvérisés. Tous les élèves avaient été choqués lorsqu’ils avaient entendu parler de ses exploits.
« J’ai déjà parlé avec Maître Magnus. Tu as l’intention de former ton domaine ? » demanda Dekai alors qu’ils marchaient.
Atticus acquiesça. Il y avait longuement réfléchi. Parmi tous les éléments, l’élément espace était le seul sur lequel il ne s’était pas encore concentré.
Même s’il savait que cela constituerait un atout inestimable pour ses capacités, il avait finalement décidé de mettre ce projet en suspens.
L’élément espace était important, mais un domaine était bien plus significatif.
Compte tenu de tout ce qu’il avait appris sur les éléments, il était convaincu qu’il ne serait pas si difficile de développer son élément espace une fois qu’il aurait trouvé un endroit approprié pour s’entraîner, un endroit regorgeant de molécules spatiales.
‘Malheureusement, notre famille ne dispose pas d’un sanctuaire pour l’espace’, pensa Atticus. Il en avait déjà parlé à Magnus et avait obtenu une réponse. L’homme qui avait construit la salle des éléments spatiaux à l’académie était Oberon Enigmalnk.
‘Après cela, s’il me reste du temps, je me concentrerai sur l’élément spatial’, décida-t-il.
« Et tu as choisi le feu comme premier élément ? » demanda Dekai d’une voix inhabituellement légère, comme s’il avait besoin d’entendre Atticus le confirmer directement.
« Oui. Le feu est actuellement mon élément le plus puissant. Je devrais donc être capable de réussir à former son domaine », répondit Atticus.
Dekai se détourna sans un mot, le bruit de sa canne résonnant à chaque pas, un petit sourire se dessinant sur ses lèvres.
Leur conversation n’était pas étouffée, et comme elle se déroulait entre deux maîtres, tout le monde l’entendit.
Un jeune homme de 16 ans s’apprêtait à tenter de former un domaine. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre avant même qu’Atticus n’atteigne les escaliers enflammés du sommet.
La foule qui s’était rassemblée autour d’eux grossissait, beaucoup cherchant à confirmer qu’il était bien là.
Ils atteignirent rapidement les escaliers enflammés.
« Les règles du sanctuaire sont absolues. Tu dois toujours grimper et atteindre le cinquième sommet par toi-même », lui rappela Dekai.
Atticus acquiesça et s’avança, concentré. La dernière fois qu’il avait fait cela, c’était trois mois auparavant, alors qu’il était encore un novice complet dans cet art. Aujourd’hui, il était loin d’être un novice.
Atticus posa son pied droit sur la première marche en feu, puis disparut. Une traînée de feu jaillit à une vitesse incroyable le long des marches.
Atticus atteignit le premier sommet en une seconde, jaillissant vers le haut et atterrissant sans un bruit. Tous les regards se tournèrent vers lui, et un sourire apparut sur le visage du vieil instructeur qui s’était occupé d’Atticus lors de sa première visite.
Les groupes étaient toujours séparés, mais il semblait y avoir plus de monde au sommet depuis son départ.
Atticus s’approcha du groupe avec lequel il était auparavant.
« Tu es devenu plus fort… », remarqua le vieil instructeur, et Atticus se contenta de sourire et d’acquiescer.
« Bon, tu connais la marche à suivre », dit l’instructeur.
Atticus ne perdit pas de temps. Dès que l’instructeur eut fini de parler, ses pensées se tournèrent vers les molécules de feu qui l’entouraient. L’air s’enflamma avant de tourbillonner et de prendre la forme parfaite de Magnus, majestueux dans toute sa splendeur.
« Excellent travail », commenta le vieil homme, impressionné par la facilité avec laquelle Atticus avait accompli cette tâche.
Les nouveaux arrivants qui venaient de rejoindre le sommet ne pouvaient s’empêcher de se demander qui était cet adolescent et ce qui se passait.
Après avoir salué l’instructeur, Atticus se retourna et se dirigea vers le deuxième sommet. Il gravit les marches à la même vitesse fulgurante et, une fois arrivé, il reçut un accueil plus chaleureux que lors du sommet précédent.
Il s’agissait des personnes qui avaient entendu le noble discours d’Atticus, et celui-ci était encore frais dans leur mémoire.
Cette fois-ci, Atticus passa très peu de temps au deuxième sommet, créant une construction de feu émouvante en une seconde. Passant au troisième sommet, Atticus répéta le processus, exécutant sans effort l’art requis avec la construction.
Très vite, Atticus atteignit le quatrième sommet et aperçut les cinq personnes avec lesquelles il s’était entraîné auparavant. Le regard de l’une d’entre elles s’assombrit immédiatement.
La dernière fois qu’il était venu ici, il avait affronté Cerron et l’avait battu à plate couture. C’était une expérience que Cerron n’oublierait jamais. Il voulait venger son frère William, mais il avait été humilié à la place.
Atticus salua Isolde et les autres d’un signe de tête, sans dire un mot. Heureusement, Dekai n’était pas là, alors Atticus s’approcha d’un instructeur au hasard et le défia.
Le combat fut différent de celui qu’il avait livré contre Dekai. L’instructeur était fort, mais Atticus, grâce à sa vivacité d’esprit, parvint à lui porter un coup décisif en quelques minutes.
Atticus atteignit ensuite le cinquième sommet. Les escaliers en feu étaient dans le même état, mais ils étaient nettement plus brûlants.
Atticus arriva rapidement au cinquième sommet et vit Dekai qui l’attendait déjà au bord de la mer de feu.
« Te souviens-tu de tout ce que je t’ai dit avant que tu ne quittes le Sanctuaire du Feu ? » demanda Dekai.
Atticus acquiesça.
« Bien. Alors vas-y », répondit Dekai.
Atticus prit une profonde inspiration et s’avança dans la mer de feu.
Après avoir avancé suffisamment, Atticus s’assit en tailleur sur la plate-forme du cinquième sommet, entouré d’une vaste rivière de feu qui coulait à flots.
La chaleur était intense, pesant sur sa peau comme un poids lourd, mais son expression restait calme. Il ferma les yeux et sa respiration devint régulière et mesurée tandis qu’il se concentrait sur ce qu’il avait à faire.
La rivière de feu n’était pas seulement un amas de flammes, elle était remplie à ras bord de molécules de feu. Atticus pouvait sentir les molécules de feu danser autour de lui.
Il prit une profonde inspiration, inhalant la chaleur, puis expira lentement, laissant son corps se détendre davantage dans le flux du feu.
C’était crucial. Il ne se contentait pas de s’asseoir dans le feu, il devait être en phase avec lui s’il voulait former son domaine. La connexion qu’il avait avec les molécules de feu n’était pas suffisante, il devait l’approfondir, permettre à son corps d’être complètement en phase avec elles.
Atticus tendit son esprit, sentant les molécules de feu autour de lui. Former un domaine exigeait plus que du contrôle, cela exigeait une relation.
Très vite, Atticus remarqua quelque chose et tenta une méthode.
Ses mains reposaient sur ses genoux, ses doigts tapotant légèrement, lentement, de manière rythmée, essayant de se synchroniser avec le flux des molécules de feu.
Les tapotements n’étaient pas aléatoires ; ils correspondaient au pouls qu’il sentait dans le feu, au rythme auquel les molécules résonnaient. Chaque tapotement était une tentative de communication et de connexion, pour faire croire au feu qu’il était l’un des leurs.
Le temps passa, mais Atticus ne savait pas combien. Il avait complètement perdu la notion du temps. Cela pouvait être quelques minutes, quelques heures ou plusieurs jours ; le feu se moquait bien du temps.
Sa respiration restait régulière, sa poitrine se soulevant et s’abaissant au rythme des flammes. Son corps, bien que calme et impassible, était recouvert d’une fine couche de sueur, la chaleur finissant par vaincre sa résistance.
Le fleuve de feu était brûlant.
Le véritable défi était plus profond. Atticus devait aligner ses émotions sur la nature du feu. Le feu était sauvage, imprévisible, mais il pouvait aussi être contrôlé et dirigé.
Il devait trouver cet équilibre en lui-même. Il fouilla dans ses sentiments, abandonnant son contrôle habituel, laissant le feu ressentir sa colère, sa passion et sa motivation. Atticus repassa les visages de ses ennemis dans son esprit, les synchronisant avec l’énergie du feu.
Alors que ses émotions s’exprimaient librement, il remarqua un changement.
Les molécules de feu autour de lui commencèrent à réagir, leur mouvement chaotique ralentissant légèrement, s’alignant sur le rythme de son cœur.
Ses doigts, qui tapotaient instinctivement, reposaient désormais immobiles sur ses genoux. L’action physique n’était plus nécessaire ; la connexion commençait à se former à un niveau plus profond, plus intense.
L’esprit d’Atticus plongea dans le feu, non pas pour le contrôler, mais pour le comprendre, pour être en phase avec lui. Il laissa ses pensées fusionner avec l’essence du feu, ressentant son intensité, sa chaleur, son pouvoir destructeur et sa lumière vivifiante.
Plus il s’enfonçait, plus il se perdait dans le flux, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de distinction entre lui et le feu.
C’était épuisant, plus mentalement que physiquement. Il sentait sa conscience s’étirer, mais il s’accrochait, refusant de lâcher prise.
Il savait qu’il était proche ; le feu n’était plus seulement autour de lui, il faisait partie de lui, et il faisait partie de lui. La connexion était encore fragile, comme un fil, allant et venant, mais elle était là.
Le temps passa, mais Atticus n’en avait pas conscience. Les semaines se transformèrent en mois, puis une longue période s’écoula.
Puis, il le sentit : un léger changement, un moment d’alignement parfait. Les molécules du feu ralentirent encore leur danse chaotique, leur rythme s’accordant parfaitement à celui de son cœur.
Atticus ouvrit brusquement les yeux, qui brillaient d’une lumière intérieure. Le feu autour de lui réagit en tourbillonnant plus près, non pas avec hostilité, mais en harmonie.