Chapitre 555
Tout commença par un petit coup frappé à la porte. Kim Iwol était venu dans la chambre 602, où Choi Jeho et Park Joowoo discutaient en direct.
« On est en direct, là, ça ne te dérange pas… ? »
« … »
À la réponse de Park Joowoo, la personne derrière la porte se tut brusquement, comme si elle avait reçu un signal. Même lorsque Park Joowoo lui dit qu’il pouvait entrer, elle ne répondit pas.
Le chat explosa. Cela faisait près de cinq mois qu’on n’avait pas entendu sa voix. Forcément, tout le monde s’emballa. Baek Haewon se dépêcha aussitôt de monter le volume de son téléphone au maximum.
« Comme le savent les Sparklers, Iwol hyung ne fait généralement pas ce genre d’erreur… »
« C’est parce qu’il a changé de téléphone. Il n’a pas encore synchronisé le calendrier partagé. »
« La notification du direct n’a donc probablement pas dû s’afficher… »
À moins que ce soit pour montrer leur visage, les membres de Spark n’entraient jamais dans la chambre d’un autre et ne l’interrompaient pas pendant une diffusion. Leurs emplois du temps étaient toujours affichés sur le grand tableau blanc du Dortoir ; et même si l’un d’eux lançait un direct à l’improviste, les autres s’empressaient d’y laisser des commentaires de soutien dès qu’ils recevaient la notification, fiers d’exhiber leur amitié.
Kim Iwol veillait tout particulièrement à ce que les membres puissent échanger avec leurs fans sans être dérangés. Les Sparklers se racontaient souvent l’anecdote du jour où Choi Jeho et Lee Cheonghyeon avaient lancé spontanément un direct pour un tournoi du meilleur en-cas de minuit : pendant les cent quarante-cinq manches acharnées, Kim Iwol, tout juste rentré d’un emploi du temps individuel, n’avait même pas posé son sac et avait suivi le direct depuis le canapé du salon jusqu’au bout.
Une erreur pareille de la part de Kim Iwol était donc précieuse. Et, pour exagérer un peu, c’était la première fois en six mois qu’on entendait sa voix. Pas étonnant que le chat surchauffe. Puis Kim Iwol jeta de l’huile sur le feu.
« Désolé de vous interrompre… ! »
Tu ne nous interromps pas, alors viens, bon sang ! Baek Haewon laissa un commentaire, au bord des larmes. Ce n’était pas comme si elle exigeait que Kim Iwol montre son visage : son repos passait évidemment avant tout, mais…
≫ Iwol
… C’était tout ce qu’elle arrivait à faire : appeler son nom, rien de plus. Si ses amis des réseaux sociaux voyaient ça, ils diraient sûrement : « On sent tellement ton désespoir… ton score de détresse est de cent points. »
≫ Iwol ㅠㅠㅠㅠ
≫ yiwol ㅠㅠ tu me manques
≫ C’est vraiment Iwol ???
≫ Iwol. Je veux voir ton visage.
≫ KIM Iwol !!!!
Park Joowoo s’empressa d’apaiser le flot de commentaires. Il expliqua que hyung devait se reposer pour le moment et qu’ils apparaîtraient tous ensemble la prochaine fois, c’était promis. C’était une réaction naturelle pour quelqu’un qui venait de se réveiller d’un coma.
« Demande-lui pourquoi il est venu. »
Choi Jeho le suggéra à Park Joowoo. Quel centre admirable, capable de veiller à la fois au repos d’un membre et aux attentes des fans.
À la demande de son hyung, Park Joowoo se leva d’un bond. Peu après, on entendit la porte s’ouvrir. Baek Haewon retint son souffle, dans l’attente de savoir s’il avait quelque chose à leur dire.
« Je vous entendais parler et je me demandais ce que vous faisiez. »
Putain, notre bébé, c’est vraiment un chat pieuvre en smoking, serpent royal noir, aigle amoureux des humains… Baek Haewon eut l’impression d’étouffer. Cette petite miette de contenu de son membre préféré, tombée après six mois d’attente — à ce stade, elle avait officiellement arrondi la pause à six mois — faisait déborder le cœur de fan de Baek Haewon.
« Si tu t’ennuies, viens avec nous. »
À cette passe décisive en or de Choi Jeho, Baek Haewon se couvrit la bouche. Est-ce que ce serait vraiment raisonnable ? Elle mourait d’envie de voir son visage, mais ne devrait-il pas se reposer ?
Juste avant que l’ego de Baek Haewon ne se scinde en deux millions cent quarante mille morceaux, la petite voix de Kim Iwol se fit de nouveau entendre.
« Ça ne vous dérange pas ? »
Park Joowoo, qui avait disparu du cadre, y revint. À ses gestes, il semblait ouvrir la porte.
« Attendez un peu, je vais me changer. »
« Pourquoi tu dois te changer ? »
« Je suis en pyjama. »
Puis Kim Iwol partit se changer sans montrer son visage une seule fois. Un geste digne d’un idole professionnel, dont la seule apparition négligée avait été une photo en peignoir pendant la tournée mondiale. Mais Baek Haewon frappa son bureau, désespérée d’avoir encore raté « Kim Iwol au naturel ». Dans l’intervalle, elle rédigea consciencieusement un message d’intérêt public sur les réseaux sociaux.
≫ Kim Iwol apparaît dans trois secondes sur le direct de boys en mode île déserte sans les Maknaes.
Les mentions J’aime affluèrent aussitôt. Elle n’avait pas le temps de lire les messages des autres fans. Baek Haewon retourna vite sur le direct. Choi Jeho et Park Joowoo se décalèrent légèrement pour faire de la place.
« … Excusez-moi. »
Enfin, le visage qui leur avait tant manqué apparut à l’écran. Il portait les lunettes fantaisie qu’elle avait déjà vues une fois dans leur Contenu auto-produit.
« Ça fait vraiment longtemps, pas vrai, les Sparklers ? J’avais envie de vous voir, alors je me suis invité. Désolé d’interrompre votre petite réunion tranquille. »
Ses cheveux, sans coiffure particulière et retombant naturellement, ainsi que sa silhouette visiblement amaigrie avaient quelque chose d’étrange. Sa carrure de base lui gardait à peu près la même largeur d’épaules, mais la coupe de ses vêtements et la façon dont ses avant-bras remplissaient ses manches avaient clairement changé, et pas qu’un peu.
Son teint ne semblait plus aussi blafard qu’avant, mais était-ce une illusion ? Ou un effet de couleur selon l’écran ? Baek Haewon fixa Kim Iwol du regard, le cœur serré.
« Pour les lunettes… Je voulais être beau, vu que ça faisait longtemps. »
Kim Iwol sourit d’un air espiègle, mais Baek Haewon ne parvint pas à rire. Kim Iwol était du genre à refuser qu’on lui cache le visage, sauf s’il s’agissait de lunettes de vue comme celles de Choi Jeho.
« Il essaie de cacher ses cernes… »
Son idole ne voudrait jamais montrer à ses fans qu’il n’était pas en forme. Sinon, jamais cet homme si strict n’aurait mis de lui-même des lunettes qui lui couvraient la moitié du visage.
≫ Notre gars a fondu de moitié.
≫ Tu manges, au moins ?
≫ Kim Iwol, commande-toi tout de suite pour 50 000 won de plats livrés.
≫ Elle est passée où, la porte d’entrée de notre maison…
« Oh là là… Je mange vraiment bien ces derniers temps. Je suppose que ça ne se voit pas encore beaucoup. Pas vrai ? »
Tout en faisant comme si de rien n’était, Kim Iwol chercha de quoi se couvrir. Ses avant-bras avaient autrefois été comparables à ceux de Choi Jeho et Park Joowoo, mais ils étaient désormais devenus douloureusement maigres, et il s’efforçait de les cacher.
« Jeho, réfléchis encore. C’est vraiment la meilleure option, cette couverture pizza ? »
« Il n’y a rien d’autre. »
« Une veste en maille, au moins… Oh, vous n’en auriez pas. Vous avez vite chaud, vous, pas vrai ? »
Kim Iwol accepta docilement la couverture pizza. Son aversion pour cette couverture était légendaire. Il l’avait pourtant choisie et offerte lui-même, mais il écumait dès qu’il la voyait, ce qui lui avait valu la réputation d’« idole de boys band qui avait manifestement eu une relation maudite avec la pizza dans une vie antérieure ».
Voir ce même Kim Iwol s’envelopper dans la couverture pizza pour le bien-être émotionnel de ses Sparklers était à la fois hilarant et touchant. Baek Haewon n’arrêtait pas d’appuyer sur le bouton de capture d’écran.
Iwol, si c’est ce que tu veux, j’utiliserai tous mes comptes pour faire tendance « Iwol Pizza » au lieu de « la moitié du visage ». Je ferai en sorte que tes efforts pour faire rire les Sparklers ne soient pas vains…
Au bout du compte, elle ne put empêcher « moitié du visage » de se retrouver parmi les recherches populaires. Même si les fans s’encourageaient à se concentrer sur les choses positives, il était impossible d’empêcher tous les sujets sensationnalistes de se répandre auprès du grand public.
Cependant, on dit que le pouvoir du rire et des mèmes est redoutable.
Le mème « Pizza en attente de livraison » — que Baek Haewon avait laborieusement découpé et retouché avec une boîte — et plusieurs autres montages se répandirent dans tout le pays.
Park Joowoo, qui avait participé au direct, choisit même pour photo de profil Bubble Pop, le temps d’une journée, un mème où Kim Iwol avait été monté devant une pizzeria, avec la légende : « Patron, je passe au bâtiment 2, chambre 1004 ? »
Quelque temps plus tard, lorsque Baek Haewon vit que le nom d’affichage de Kim Iwol, qui venait de rouvrir son compte Bubble Pop, était devenu « Iwol Pizza », elle rit si fort que les larmes lui montèrent aux yeux.
***
Après être apparu dans le direct, tout se passa sans accroc. Le fait d’avoir réglé le problème de communication le plus urgent y était pour beaucoup. Je reçus les mots de passe des comptes officiels sur les réseaux sociaux, réintégrai le Fan café que j’avais quitté et pus de nouveau envoyer des Bubble Pop.
Entre-temps, il y avait eu pas mal de choses à faire. Par exemple, tous les messages qui parlaient de moi étaient couverts de mèmes sur la pizza.
Pour être honnête, quand j’étais apparu dans le direct, je m’étais surtout inquiété d’avoir montré mon visage trop tôt. Les commentaires s’étaient davantage attardés sur ma santé que je ne l’avais prévu.
« De toutes les combinaisons possibles, il a fallu que je m’assoie à côté de ces deux-là ! »
Assis à côté de Choi Jeho, qui était le plus fort physiquement, et de Park Joowoo, l’autorité en matière de bras de fer, je faisais vraiment pâle figure. Je ne m’en étais pas rendu compte avant, parce qu’au quotidien rien ne nous poussait à nous comparer de façon aussi évidente.
Je ne voulais pas les inquiéter davantage et, si possible, je voulais leur montrer une meilleure image de moi. La solution désespérée que j’avais trouvée avait été de cacher le haut de mon corps. Mais la chambre de ces deux-là était vraiment mal équipée… et voilà le résultat.
« Enfin, au moins, ça a détendu l’atmosphère. »
Je préférais de loin les voir rire et discuter joyeusement plutôt que de retrouver l’ambiance morose d’avant. Mon mème du direct avait beau avoir évolué jusqu’à devenir « la part de pizza gardée pour demain », j’en étais quand même fier. Si ça pouvait alléger ne serait-ce qu’un peu l’inquiétude que j’avais causée à tout le monde pendant mon absence, ils pouvaient le retoucher et le remixer autant qu’ils voulaient…
« Hyung, tu regardes encore les mèmes sur la pizza ? »
Lee Cheonghyeon m’adressa la parole alors que j’allais me vider la tête et éteindre mon ordinateur. Craignant qu’il ne me prenne pour quelqu’un qui aimait se voir devenir célèbre partout sur Internet, je rectifiai aussitôt :
« “Encore” ? Je les ai regardés que quelques fois. »
« À ce stade, c’est déjà une obsession. Ou alors… tu aimes vraiment les mèmes sur la pizza ? On devrait tous se déguiser en pizzas pour le poisson d’avril, cette année ? »
« Essaie, si tu veux me voir manifester devant un entrepôt de pepperoni. »
Malgré mon sérieux, Lee Cheonghyeon éclata de rire. Il était tellement pénible que je le fusillai du regard pendant une dizaine de secondes.
Alors qu’une bataille psychologique aux étincelles volait bas, les autres membres commencèrent à sortir de leurs chambres, un à un. Ils se réunissaient pour discuter de notre retour. C’était le résultat de mes insistances incessantes ces derniers jours : je commençais à trouver le temps long.
« On ne va pas s’y mettre tout de suite, mais je veux bien envisager une petite séance de recherche d’idées. »
J’avais eu beaucoup de mal à obtenir l’accord de Jeong Seongbin. Depuis mon retour, j’avais remarqué quelque chose : ces gars étaient devenus bien plus stricts avec moi. C’était apparemment le sort réservé à un traître. Une fois de plus, je me promis de ne plus jamais faire quelque chose d’aussi irréfléchi.
« Pour être honnête, on a déjà une idée générale du concept. Je pense qu’il ne reste qu’à décider du moment et de l’ampleur du retour. »
Jeong Seongbin prit la parole en s’asseyant. Comme je n’avais ni agenda ni ordinateur, je regardai avec Lee Cheonghyeon la tablette de ce dernier. L’application Dotion regorgeait d’idées et de plans de promotion.
« Ils n’ont pas dû avoir beaucoup de temps… et pourtant, ils ont déjà bien avancé. »
J’avais suivi leurs spectacles de fin d’année et leurs emplois du temps individuels, alors j’avais une idée assez vague de tout le travail qu’ils avaient fourni. Même allongé là, les yeux fermés, à tendre l’oreille, je les avais parfois entendus parler de leur travail. Vu tout ce que j’avais appris, ils avaient avancé très vite.
« Vous avez déjà décidé du concept ? Vous comptez sortir une réédition ? »
À ma question, posée par précaution, le regard de Lee Cheonghyeon se fit plus perçant.
« Hyung. »
« Oui ? »
« Si tu reparles d’une réédition, je ne te le pardonnerai pas. »
Il souriait, mais ses lèvres tremblaient. On aurait dit un professionnel qui faisait de son mieux pour garder un sourire aimable. Il ne me fusillait même pas du regard, et pourtant, il m’intimidait. Je me tus donc sans discuter.
« C’est Seongbin qui a décidé du concept… Il a travaillé dessus avec Cheonghyeon. »
Park Joowoo ajouta rapidement une explication.
« Vous deux ? »
« Oui. »
Jeong Seongbin se gratta la nuque en riant, l’air gêné.
« Je n’ai entendu que les grandes lignes, mais c’est vraiment intense. Tu vas devoir t’entraîner dur, hyung. »
« Si on compte faire la promotion au complet, ça ne sert à rien de décider de la date du retour maintenant. Tu dois d’abord retrouver ton endurance. »
Kang Kiyeon et Choi Jeho ajoutèrent leur grain de sel.
« C’est quoi, le BPM, pour que vous disiez ça ? »
À ma question inquiète, Jeong Seongbin me tendit une feuille. Il m’expliqua qu’il l’avait imprimée pour que je puisse voir mes paroles.
Le titre était…
« Sprint »