Chapitre 536
Qui a dit que je reviendrais ? Y a-t-il quelque chose de plus horrible que de retourner dans une entreprise qu’on a déjà quittée ?
Et qu’avaient fait les autres membres de Spark pour mériter ça ? Leur confiance devait être réduite en miettes ; comment étaient-ils censés travailler en groupe avec un membre qui avait déserté ?
Je coupai mon téléphone en soufflant, indigné. Je m’assis à mon bureau pour essayer de me vider la tête, mais impossible de me concentrer.
« Personne n’a vraiment protesté contre ce plan ? Ils vont mentir aux fans, alors que la vérité peut éclater à tout moment, et ça sans que ça ait la moindre échéance ? »
C’était complètement absurde. Ils ne pouvaient tout de même pas ignorer à quel point il était important de garder le rythme quand on était au sommet de sa carrière. J’avais passé un temps fou à leur faire la leçon jusqu’à leur en vriller les tympans. Et malgré ça, ils allaient rester là à regarder une annonce pareille être publiée ?
Ce qui me laissait le plus perplexe, c’était que Seongbin, entre tous, ait accepté. Quelqu’un d’aussi responsable, qui comprenait le fonctionnement de l’industrie, ne pouvait pas simplement rester les bras croisés tandis que la situation empirait sans raison.
Putain, l’agence les avait menacés ? Là, c’était une hypothèse tout à fait raisonnable.
Que mon contrat ait duré cinq ans ou que celui de tous les autres ait duré cinq ans, il était tout bonnement impossible que nous renouvelions tous les six à ce stade. S’ils le savaient, ils auraient dû se concentrer sur la consolidation de la formation à cinq, par tous les moyens. Je commençais à me demander si j’avais oublié de le préciser dans mes notes de passation.
≫ La pause d’Iwol…
C’est tellement inattendu que je n’arrive plus à me concentrer depuis que j’ai vu l’annonce.
En fait, j’espérais qu’il prenne un peu de repos, alors je suis soulagée, mais comme c’est le genre à tout encaisser, je ne peux pas m’empêcher de craindre qu’il lui soit arrivé quelque chose de vraiment grave.
≫ Iwol de Spark fait une pause.
La raison est un problème de santé.
Il ne semble pas y avoir de date précise pour son retour.
└ Quoi ?!
└ Oh non… les champions de l’endurance physique…
└ S’il doit tout arrêter, c’est que c’est grave. ㅠ
≫ U-T-P-I-A, bande de salopes.
Je vous avais dit d’arrêter de faire trop travailler les garçons
Putain, je suis tellement énervée que je n’arrive même plus à taper correctement.
Les communautés en ligne et les réseaux sociaux étaient déjà en ébullition. Les articles sur ma pause, illustrés par mes photos sur le tapis rouge, inondaient Internet.
« C’est le chaos, un vrai chaos… »
S’ils avaient annoncé mon départ, le vacarme aurait été encore plus assourdissant, évidemment, mais l’affaire aurait été réglée bien plus vite. Celui qui était parti ne reviendrait pas, et ceux qui restaient poursuivraient leurs activités sous une nouvelle forme.
En revanche, s’ils laissaient entrevoir une possibilité de retour, les appels en faveur de l’absent ne cesseraient jamais. Pourquoi ne comprenaient-ils pas que donner aux gens un vague espoir, puis faire comme si de rien n’était, était encore plus cruel ?
« Comment comptent-ils faire la promotion du groupe dans une ambiance aussi chaotique ? »
Ça aurait été une chose si j’avais disparu du jour au lendemain. Mais je les avais clairement prévenus que je finirais par me faire la malle… il y avait un million d’années.
Même quand j’essayais de ne plus y penser, je n’arrêtais pas de soupirer. Peut-être parce que j’avais l’esprit ailleurs. Je ne résolus que la moitié des exercices avant de vérifier les réponses, et il me fallut bien trois heures pour finir de noter mes erreurs.
***
Inutile de préciser que je me plantai au CSAT. Je n’avais même pas besoin de vérifier mon score pour savoir que j’avais complètement raté l’examen. Si j’avais espéré une bonne note après avoir étudié comme ça, le ciel lui-même m’aurait puni pour mon audace.
Ce n’était pas une perte de temps totale, cela dit. Je me demandais si la fonction d’ajustement de la reconnaissance du système continuerait de fonctionner même après que mon identité de Kim Iwol avait été révélée. À ma grande surprise, après avoir présenté ma carte d’identité au centre d’examen, personne ne me reconnut.
D’après ce que je pouvais comprendre, même si quelqu’un me rencontrait en personne et apprenait que je m’appelais « Kim Iwol », il me prendrait simplement pour quelqu’un portant ce nom, sans faire le lien avec « l’Idole Kim Iwol ». J’étais soulagé de savoir que je n’aurais pas à vivre éternellement comme un homme invisible. Mon but n’avait jamais été d’obtenir une bonne note, alors je ne m’en faisais pas particulièrement.
Il faudrait attendre un peu avant la publication des résultats. Comme je n’avais rien de mieux à faire et que je préférais gagner de l’argent plutôt que de puiser dans mes économies, je consacrai mon temps libre à me constituer un portfolio.
J’avais largement de quoi faire. Rien qu’à UA, j’avais créé des dizaines de modèles de présentations PowerPoint. Même si je devais supprimer les contenus confidentiels, les mises en page et les structures suffisaient à montrer mes compétences et constituaient de bons documents complémentaires.
À l’époque où je cherchais du travail, je détestais faire ça, mais après avoir laissé tomber quelque temps, je trouvais finalement ça plutôt amusant. Je m’étais même un peu amélioré en présentations PowerPoint. J’imagine que c’est vrai : plus on s’exerce, plus on progresse. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt et me préparer à travailler en indépendant ! J’avais été trop insouciant.
Entre deux, je gardais un œil sur les activités de Spark. Le jour même du CSAT, ils avaient prévu une diffusion en direct le soir. C’était leur première diffusion en groupe depuis l’annulation soudaine de celle prévue pour l’anniversaire de Jeho.
Ces chenapans abordèrent l’annonce de la pause dès le début de la diffusion. Je reconnaissais intérieurement qu’ils devaient s’expliquer et s’excuser de ne pas avoir pu diffuser le jour de l’anniversaire de Jeho.
En même temps, je trouvais ça téméraire. Comment pouvaient-ils invoquer des « problèmes de santé » de leur propre bouche sans savoir quelles histoires j’allais bien pouvoir inventer et répandre de mon côté ? Il ne fallait pas manquer à ce point d’expérience sociale pour ne pas comprendre qu’ils risquaient eux aussi d’en subir les conséquences.
Toutes les dix minutes, j’ajoutais une nouvelle remontrance à ma liste, dans ma tête. Je m’abstins de commenter, de peur que les fans, aussi perspicaces qu’une brigade de lutte contre la cybercriminalité, ne remontent jusqu’à moi. Je vérifiai quand même, au cas où — et comme je venais de créer une nouvelle adresse mail, le pseudo s’était automatiquement réglé sur « Yiwol ». J’avais failli leur envoyer une invitation à venir me chercher.
Malgré tout, Spark était professionnel. Aucun d’eux n’avait l’air perdu ou déstabilisé.
Comme ils étaient brusquement passés d’une formation paire à une formation impaire, il y avait parfois des moments où l’un d’eux semblait un peu à l’écart — surtout à cause des restes de leurs contenus promotionnels axés sur les relations entre membres, où deux d’entre eux devaient former un cœur ou prendre un selfie souvenir.
À chaque fois, Jeho se proposait pour se mettre en retrait au profit de ses amis du même âge. Alors Joowoo surgissait comme un fantôme, l’attrapait et le ramenait dans la formation. Les trois heures que j’avais passées à rédiger « La bonne attitude à adopter quand un membre démissionne » n’avaient pas été perdues.
« Ce serait bien s’ils publiaient enfin l’annonce de mon départ volontaire. »
UtopiA finit par décevoir mes attentes. Cette agence avait vraiment besoin d’embaucher un responsable professionnel au plus vite.
***
Après le CSAT, mon quotidien devint incroyablement monotone. Je travaillais le matin et, l’après-midi, je traînais comme un bon à rien en parcourant les nouvelles vidéos de Spark.
À part mes trois promenades quotidiennes dans le quartier — le matin, à midi et le soir —, je passais environ vingt-deux heures et demie par jour enfermé dans ma chambre. Je n’avais ajouté ces balades à ma routine que récemment, de peur de finir par moisir si je restais encore plus longtemps cloîtré.
Tandis que ma vie suivait son cours paisible, le monde extérieur filait à toute allure. La composition de l’équipe du projet pour lequel Woo Yoonjae avait auditionné fut confirmée et des communiqués de presse furent publiés ; Berion fit son retour avec un titre de saison hivernale.
L’arrivée de l’hiver signifiait aussi que les cinq membres devaient officiellement préparer les spectacles de fin d’année.
À part l’IDC et la courte pause de Kiyeon, Spark ne s’était jamais produit sur scène sans ses six membres. Même lorsqu’ils faisaient un passage en sous-groupes lors d’un concert, ils avaient soigneusement équilibré le tout pour que chaque membre ait exactement le même nombre de prestations au final.
Pour des prestations ponctuelles, ce n’était pas un gros problème tant que la scène ne paraissait pas vide. Mais si l’on partait du principe qu’ils allaient promouvoir le groupe à cinq pour une durée indéterminée, c’était différent. La réception de toutes leurs prochaines performances allait compter.
Je me disais qu’ils s’en sortiraient suffisamment bien. Vu leurs qualités de base, ce serait plus étrange qu’ils se mettent soudain à faire un flop. Je ne les cherchai donc pas particulièrement.
『 Porte ton corps sur la chaleur / Souffle / Pour que tu puisses t’envoler 』
Mais alors, pourquoi étais-je en train de regarder le « spArk – Swimming + Scene Music Festival Live Clip », alors que je prétendais ne pas les chercher ? Eh bien, j’avais mes raisons.
Ces types étaient tellement célèbres qu’ils n’arrêtaient pas d’apparaître dans mes recommandations. Ils avaient complètement envahi mon fil de recommandations sur MiTube. Comment était-ce possible après que j’avais cherché seulement quelques extraits d’émissions de variétés au début ?
Par pur dépit, je regardais chaque jour des vidéos de hamsters courant dans leur roue, de gens plantant de la végétation dans d’immenses fourmilières et d’animaux sauvages blessés qu’on soignait avant de les relâcher dans la nature. Au final, je n’avais fait que créer un algorithme qui alternait entre les animaux et Spark.
Même à cinq, Spark avait une présence scénique de tout premier ordre. Ils étaient déjà devenus des stars par eux-mêmes, alors ce n’était pas étonnant.
Ce soir-là, ils devaient se produire à un festival de musique de fin d’année à Singapour. Je n’étais jamais allé à Singapour, alors je les enviais un peu.
Malgré tout, même si leur objectif était de conquérir le marché mondial, les Idoles de K-pop ne devraient-elles pas participer à au moins un festival de fin d’année en Corée ? De toute façon, dès que les circonstances le permettaient, leurs agences les envoyaient toutes avec enthousiasme en tournée à l’étranger. Franchement, c’était injuste pour tout le monde.
Je venais de terminer mon travail en indépendant et de rentrer de ma promenade du soir ; je n’avais donc plus rien à faire. Cela faisait longtemps que j’avais fini la vidéo de quinze minutes où deux hamsters couraient en même temps dans une roue.
« Je ferais mieux de dormir ? »
J’éteignis la lumière et m’allongeai dans mon lit. Des voix fortes me parvenaient à travers le mur. Je ne savais pas combien ils avaient bu, mais plusieurs hommes chantaient si faux et si fort qu’on aurait dit qu’ils voulaient réveiller tous les habitants de l’officetel.
… Regarder le festival de musique en direct ne serait-il pas meilleur pour ma santé mentale que d’écouter ça ? Ces chants d’ivrognes qui n’en finissaient pas me firent sérieusement envisager cette possibilité.
Pour échapper au bruit, je devais soit mettre des bouchons d’oreilles, soit lancer un autre son. Mon studio sinistre ne contenait aucun accessoire du genre ; je n’eus donc d’autre choix que d’allumer la diffusion en direct du festival, qui avait commencé un peu plus tôt.
Des groupes que j’avais appris à connaître en les croisant dans les studios de télévision animaient la scène. Le lieu était si éblouissant qu’il me semblait presque rêver en songeant que j’avais moi-même fait partie d’un tel univers l’année précédente.
J’attendis une heure et demie avant de voir enfin Spark. Quand je travaillais encore dans le milieu, la pratique consistant à faire passer les groupes populaires vers la fin pour les audiences et les recettes publicitaires me rendait furieux. Même maintenant que j’avais « pris ma retraite », ma colère ne s’était pas vraiment calmée. Je devrais peut-être organiser une campagne collective pour exiger qu’on mette les noms des groupes dans une boîte et qu’on les tire au sort.
Contrairement à moi, qui bouillais de rage, les membres de Spark souriaient tous. Ils firent monter l’ambiance avec une version remixée de « Drifting », réarrangée en piste de danse légère. Chaque visage apparaissant sur les écrans géants était une photo légendaire.
La musique atteignit son apogée. Au moment fort du morceau, Jeho, coiffé de façon volontairement décoiffée, se tenait au centre de la formation. Ses cheveux cendrés, à peine teintés de brun, et ses fines lunettes à monture argentée attiraient immédiatement le regard. La lumière se reflétait sur la chaînette accrochée à ses lunettes et faisait briller ses yeux.
Les plis de ses vêtements bougeaient au gré de chacun de ses gestes ; ses mouvements, fluides et assurés, semblaient tracer des lignes nettes dans l’air et laissaient le public bouche bée.
+
[Symbole éternel de Spark] Jeho
Jeho (24 ans)
Parcours
─ Danseur principal de Spark, 4e année
+
Symbole éternel, hein ? Pas mal comme surnom. Sûrement parce qu’il était un membre essentiel.
Même après mes débuts, le système ne m’affichait que mes niveaux de compétence. Pour ces types, il ne montrait même pas ça. J’imagine que les recrues expérimentées sont évaluées selon leur description de poste, plutôt que d’après leurs diplômes ou leurs résultats aux tests de langue ?
Je laissai échapper un petit rire incrédule. Le spectacle était génial.